RELATION. — DÉCEMBRE 1640. 3G
villon, ne voulant hasarder le passage avec uue si petite escorte, bien que les huit autres vaisseaux eussent relâché au cap Corse pour nous y attendre.
Le 23, nous arrivâmes à Porto-Vecchio, où l'amiral vint mouiller le lendemain , pour y (aire aiguade", et prendre de là le premier beau temps pour le voyage de Naples. Le veut étant contraire aux uns et aux autres, nous retint plus long-temps qu'on eût pu désirer.
Le 28, une felouque expédiée par les sieurs Relon et Rabut, consuls de la nation à Livourne , rendit les dépêches à M. de Boitleaux , où était une lettre que son altesse de Florence lui écrivait, pleine de civilités et de beaucoup d'oflres. On témoignait que l'armée pouvait rendre un service très-considérable si elle venait paraître devant celte ville, qu'elle y recevrait des traitements «i bons qu'ils donneraient sujet aux Espagnols d'en être en quelque jalousie; que ce voyage ne pouvait avoir que des suites très-avantageuses , puisque le grand-due ne prétextait le refus qu'il faisait de ses galères et de deux mille hommes qu'il est obligé de douner à l'Espaguol lorsqu'il en est requis , que de la garde et de la garnison qu'il y convient entretenir sur la frontière pour se garantir des surprises d'une armée si puissante. On propose au bailli de Forbin de s'y en aller avec ses galères, escorté de dix vaisseaux ; il fait connaître qu'il est prêt à obéir, d'autant plus volontiers qu'il est assuré d'y trouver des moyens de subvenir aux nécessités des galères par l'assistance du général des galères de Florence , qui est son ami très-intime , et par la correspondance qu'il a <le longue main avec le sieur Gattine. Quelques jours après, on eut avis par une autre felouque que les vaisseaux des ennemis avaient relâché à Gaëte, ayant appréhendé la rencontre de notre armée. M. île Bordeaux prend en même temps la résolution de les aller brûler làdedans; il exhorte les galères d'être de la partie; le bailli de Forbin s'en excuse par les mêmes raisons ci-dessus déduites, et loin de se promettre du secours de Livourne, il témoigne qu'il faut tenir suspect tout ce qui vient d'un prince qui est allié d'Espagne, et qu'il n'a
• Faire de l'eau
dessein de l'attirer dans ses ports que pour leur donner quelque grand avantage, ou pour le faire périr par la faim, s'il ne le peut par autre voie. Ce fut sur ce sujet que M. de Bordeaux lui reprocha qu'il avait toujours fait des difficultés, quand il avait été question de servir, et que Livourne était un refuge assuré à ses galères quand il y avait des honneurs et des saluts à recevoir, niais quanti il y fallait aller pour se mettre en état de rendre quelque service, c'était un port suspect et ennemi. •
On sut aussi que le Ferrandine était passé en Espagne avec vingts deux galères et que celles de Naples avaient désarmé et étaient dans le port de Gênes ; cela donna jour aux galères de penser à leur retraite. Le 7 de septembre, elles partirent de Porto-Vecchio, et se séparèrent de l'amiral, qui avait la route du côté de Naples. Le 10 elles arrivèrent à l'ile de Sainte-Marguerite, le 13 à Toulon, et le 15 le bailli de Forbin reçut une lettre de M. de Bordeaux par un de ses gardes, qui l'exhortait de se mettre à la mer avec le plus de galères qu'il pourrait pour tacher de s'opposer au désir que don Francisco de Melos avait de passer en Piémont neuf cents hommes sur quatre galères; le persuadait extrêmement de se mettre en état de servir tout le mois d'octobre; qu'il savait qu'on avait résolu de trajeter de l'infanterie sur de petites barques; et pour lui faciliter les moyens de ce faire, il donnait ordre à son secrétaire de lui compter dix mille écus, ce qu'il fit; lui ollrait de prendre deux mille quintaux de biscuit de Saint-Tropez et quinze cents milleroles de vin que le commandeur de Guitaud lui fera délivrer, et lui faisait espérer qu'étant à Livourne, il lui ferait fournir argent et vivres. Il résolut d'y aller avec neuf galères qu'il avait déjà renforcées de chiourmes , ordonne qu'on prendrait cet argent , change après cet ordre, et dit qu'il veut y mener les dix-huit ensemble, les fait mettre en état, et le 27, au lieu de prendre cette route, prend celle de Marseille, où il est entré dans le port le 28 au point du jour, et an même temps licencia tous les soldats, qui firent de grands désordres au sieur d'Aiguebonne, qui leur refusait paiement et congé, et publiaient eux-mêmes que c'était par le mouvement de celui-ci qui était obligé de conserver l'ordre.