ET CE QU'ELLES FIRENT DURANT L'ANNÉE
SOT DE M. DE BOEDEAUX- OSSEA VlTIOMS.
Le 8 juillet , le* galères s'élant rendue» Quoique les galères n'arrivent mus pa-
i le pavillon, on fit voile aux iles Sainte- villon que le H , elles comptent la
Ma rguerite, où les galères donnèreut fond' mation de leurs victuailles dès le 1" ou le
sous les baux , et les vaisseaux , à cause du a, qu'elles sont parties de Marseille
Le q, j'eus avis que huit vaisseaux pa- Il n'y a point de meilleurs témoins de
raissaient parle travers de Ma n ton, quelque ce manquement que le sieur de Baumes,
trente milles au large ; j'en donnai avis aux lequel ayant eu part de la résolution d'al-
vaitseaux , et parce que le calme ne per- 1er après ces vaisseaux , il vint à la capi-
inetlait point aux uns et aux autres de Une le lendemain pour se plaindre de la
marcher , je m'embarquai sur les galères navigation , disant qu'il voyait encore ces
a l'entrée de la nuit , et leur donnai ordre vaisseaux , et le «ieur bailli lui opiniùtra le
de voguer par l'aire de vent que j'avais re- contraire, marqué les vaisseaux le soir ; ce qui fut fait jusques à ce que je fusse endormi ; mais à l'instant tout revira a terre et m'éloigna tant si loin que l'on ne vit plus de vaisseaux le matin.
Le l o , on continu» le long de la côte Tous les capitaines des galères savent
vers Gènes, sur l'avis que Bidaud avait mieux leurs défauts de cette navigation donné que les galères de Naples étaient parties , mais avec si grande lenteur que
tout ce que je pua faire ce fut d'attraper le golfe de Spcxzia le i5 ; mais , quoi que je base , je ne pus jamais résoudre que les galères allassent jusques à Livoume, et je consentis de m'en retourner , sur la proposition qu'on me fit d'aller 1 la côte d'Espagne , au-devant de l'escadre de Gènes et de celle d'Espagne qui y étaient , et m'en revenir par Alger.
Le 17, l'on part pour retourner: je dé- Idem. sirai» qu'on prit la route du cap Corse , afin d'éviter la connaissance des terres et ce qui pourrait venir de la mer.
Celte roule se lient tant que je veille , «lès que je dors on gagne lef terre* avec telle diligence que le 19 on est a Sainte-Marguerite.
Le 20 , on demande a un ebacun de se préparer pour voyage d'Espagne et d'Alger ; l'on déclare que ce voyage ne se peut dire , mais qu'il vaut mieux faire celai de Naples , auquel infailliblement on trouvera vaisseaux et galères : on y consent , on demande a partir, et à l'inslant on déclare qu'on n'a point de vivres, qu'on en veut aller prendre; on demande deux jours pour cela.
La nuit du 1 o an 1 1 , on va aux vivres , on y demeure huit jours tout entiers ; cependant les galères d'Espagne passent devant les îles Sainte-Marguerite. Etant revenues, l'escadre du ponant étant arrivée , on fait voile le 19 droit au cap Corse , où on est arrêté par un coup de vent trois ou quatre jours. Après cela l'on veut continuer le voyage de Naples ; les galères déclarent ne le pouvoir, et que la plage romaine est trop dangereuse. On se réjouit donc d'aller chercher les galères d'Espagne , qu'on disait être au golfe de Spezzia ou à Portofin , avec le corps des galères et six vaisseaux seulement ; on déclare que les galère* ne sont pa* armées pour cela. On lire douze cents hommes des vaisseaux, et on met sur chaque galère un capitaine des vaisseaux avec soixante hommes d'infanterie. Les galères d'Espagne cachées dans le port de Gènes , nos galères criant a l'eau, on les emmène le i.{ août en un lieu nommé Sainte-Terre pour en prendre.
Le 16, elles sont au golfe de Spezzia
Les sieurs de Montigny , Cangé et Montmeyan , sont témoin* de ces changements et résolutions, et de la demande d'aller aux vivres ; non qu'elles en fussent pressées pour quinze jours encore si l'on n'eût bougé du Gourjan, mai* voulant s'éloigner de la côte de France , le bailli demanda d'en aller quérir avec assurance qu'il en prendrait jusques à la fin de septembre.
Le samedi au soir, les galères partent pour aller quérir de* vivres a Toulon, avec défense et promesse de n'aller point a Marseille, et d'être jde retonr le mardi au soir ou mercredi matin , le vent le permettant. Au lieu de cela , l'on envoie cinq galères a Marseille ; on ne revient que le samedi matin au Théoulc , toute la journée on est a la Sianne à faire de l'eau, le dimanche on se rend sous le pavillon, le lundi toute l'armée part.
Le mercredi sur le soir, les galères d'Espagne passent a la vue de Sainte-Marguerite par un si bon vent que l'escadre de ponant parut ce même jour , qui témoigne que le vent était bon pour ramener les galères de Toulon , si elle» en eussent eu envie.
Il est encore a noter que toutes les difficultés imaginables ont été faites par le bailli quand on a proposé d'aller ver.
Gênes , voulant à toute force qn'e* lui donnât dix-huit cents homme, au lieu <fa
cents, n'ayant pas voulu mouiller la nuit i Saint-Pierre d'Arène , parce qu'il n'était pas sou* le canon des vaisseaux à crier qu'on voulait tout perdre quand on a propose ' que les galères menassent des vaisseaux dans le mâle , et plus encore de ce qu'on les tenait si loug -temps mouillée* à l'ouverture de ce port, qui était leur perdition assurée s'il venait le moindre coup de vent.
Le 17 , on fait route vers Me d'Elbe , Les sieurs de Baumes, du Plesais , Sainl- ■ yanl tous les jours donné ordre aux Just et Ternes , qui ont prié plusieurs fois galères d'aller devant les vaisseaux pour qu'on les envoyit à la guerre et qu'on tâcher à prendre langue, sans que jamais renforçât un peu leurs chiourmes, sont
ils aient amené une felouque, témoins si on l'a voulu faire, quoiqu'on en
' ait envoyé plus de douxe ordres par lettre».
Le 18, étant sur la pointe de l'Elbe , du Toute l'a côté de l'ouest , je propose aux galères de s'en aller par le canal de Piombino durant que les vaisseaux iraient du côté de la Corse , afin de se rencontrer à Monte- Cristo et avoir des nouvelles de tous côtés : ils n'y veulent pas obéir.
Le 19, je leur commande d'aller à Idem Monte-Cristo pour faire leur aiguade, tenant une garde sur le haut de la montagne , et d'envoyer deux galères renforcées vers Gilli et Giletti , lesquels enverraient deux felouques bien armées sur le cap Argentin pour prendre quelques felouques de Maplcs : ils le refusent.
^ Le même jour ils demandent à aller à Le sieur de Cangé sait comme quoi , l'eau vers le cap Corse , de soixante milles après l'avoir refusé au bailli de Forbin , arrière de Monte-Cristo (je ne l'approuve qui vint lui-même, je le refusai encore
pas), quoiqu'ils n'eussent pas besoin d'eau, à deux hommes qu'il envoya après pour n'y ayant que trois jours qu'ils en avaient prier de me presser de lui donner ce
pris j que s'ils voulaient aller à Leri , puis- congé, qu'ils ne voulaient pas aller à Monte- Cristo ou autre aiguade que j'avais fait reconnaître quatre milles au-dessous, que je leur montrais du doigt , qu'ils y pouvaient aller ; mais que je ne voulais point
du tout qu'il.') <Ie-.ceinlii-.enl du côté du cap Cane.
La iiuil du H) au 20 , elle* partent de Toule l'armée *ait < deieou» le pavillon «an» congé et contre l'ordre exprès, s'en vont en terre nommée Bastia , tirant ver* le cap Corse.
Tout le 20 on fait route vert Monte- Idem Cristo, n'ayant aucune nouvelle des galère», que l'on croyait être ver» Lcri.
La nuit du 20 au 21, on demeura autour de vclk.
Le 21, n'ayant aocune nouvelle, on e*t Toute» ce» difficulté» et cette obligé de rendre le bord ver» la Cor** pour senec n'étaient que pour tirer l'a
sur le *oir 00 rencontre jour» du côté de la France pour consugalères qui venaient de Bastia, où mer le temps, afin que l'on pût prétexter elle* avaient été contre l'ordre , et prirent de manque de vivres le retour qu'on
port la nuit à Monte-Cristo. lait faire en France.
Le 22 , 00 fait route vers le mont Ar- 1 ; les galères prennent port à Giili , qu'elle» voulussent jamais aller à la terre pour prendre langue, quoiqu'elle» ne fussent qu'à dix milles de U.
Le même jour, les galères prirent port au Genette , et l'armée demeura bord sur bord dessus; on leur commanda d'envoyer quelques galères reconnaître le port d'Hercule pour savoir ce qu'il y avait dedans, sur le rapport qu'on avait eu qu'il y était entré un vaisseau de cinq a six cents charge d'hommes et munitions pour Porto- Longone : ils n'en Grent rien.
Le 23 , à la pointe du jour, il parut un Le chevalier de vaisseau venant du côté de Naples, qui tira jusque» à prenait la route de Porto-Uercole ; cinq si près des galères qu'elles ou six vaisseaux de l'armée lui donnent la entendre sa voix, chasse , l'un desquels passa exprès où étaient les galères , et tint un coup de canon pour leur f.iire signal de donner chasse avec eux audit vaisseau: pas un ne partit, et le vaisseau par le calme se sauva.
L'après-diner le conseil fut assemblé de Cette vérité est couuue de toute l'armée ,
tous le» capitaines des galères et de tous les officiers de l'armée , pour leur dire la roule qu'on avait résolu de prendre de Naples , où on était assuré , par uue dépiV che de M. le maréchal d*Estré«s , que : armés en guerre et es embarquaient dix-huit compagnies de cavalerie et cinq mille hommes de pied. M. le bailli de Forbin dit que les galères ne peuvent aller, pour trois raisons : la première , à cause de la plage romaine qui est trop dangereuse ; la !, qu'il n'y a ni port ni eau par- Civita-Vecchia; la troisième , qu'il croyait que les vivres manqueraient aux galères ; lesquelles à toute extrémité n'en avaient pu porter que jusqu'au i5 septembre. Il fut répondu qu'à la plage romaine tous les jours les galères d'Espagne j passent sans rien craindre ; que , pour l'eau , ils la pourraient prendre h Civita- Vecchia , et la rafraîchir à l'île Pons, à soixante milles de Naples ; pour les vivres, que le sieur bailli s'était chargé d'en faire suivre après les galères, en sorte qu'elles pourraient tenir le temps qui leur est ordonné à la mer. Les sieurs de Ternes, Baumes , Saint-Just , Vaubelle et du Piessis , déclarèrent qu'ils avaient des vivres jusques i la fin de septembre, et qu'ils étaient prêts à aller où l'on voudrait, pourvu qu'on leur fortifiât un peu leurs . hiourmes. Le sieur bailli déclara qu'il ne ni fortifier leurs chiourmes , ni ' la séparation d'aucune de ses galères, dont il était chargé du corps, qu'il voulait tout ramener ensemble. On lui offre de lui restituer les vivres qui avaient pu être consommés par les soldats des vaisseaux qui avaient été embarqués sur les galères; il le refuse , disant qu'il avait peu de vivres , de peur que l'excuse du
et la haine que le bailli a témoignée » ceux qui ont déclaré avoir des vivres depuis te temps-la et le reproche qu'il leur en a fait , témoignent celte vérité. Mais pour faire voir qu* ce n'était pas le manque de vivres, mais la crainte des ennemis qui empêchait ce voyage .c'est qu'ils été justifié depuis qu'il y avait port et aiguade partout, et que quand on n'eût eu des vivres que jusqu'au 1 5 septembre , et les mille quintaux et les vivres que j'offrais les pouvaient faire subsister jusqu'à la fin ; et de plus j'offre de faire voir que les galère» peuvent porter du pain pour soixante jours sans rien retrancher, et pour soixawtedix en retranchant , comme celles de Maillet dr Livourne font tous les jour» , quoique plus petites et plus chargées d'hommes qne celles de France.
volonté , on ne saurait alléguer raison pourquoi l'on n'a jamais voulu laisser six gâtera, qui déclaraient avoir vivre* et em demandaient i essaimer le tout au 23 d'août, qui était le même compte de* journées
séqueot en devaient encore avoir pour vingt- sept journée* , si elles eu ou chargé pour
manque de n'en avoir pas ne fût recevable.
On lui propose de mener lotîtes les galères L'on ne peut deviner la raison pourà Civita-Veccbia', et que la elle» pour- 1™ P»» voulu aller à Civita-
ra.enl avoir des victuailles pour leur ar- Vccchia, tout le monde sachant que c'est gent , déclare que le» capitaines n'avaient un P°rt - et °u «*»e année i! y a » point d'argent , et que par conséquent ils grande quantité de blé , et par conséquent ne pouvaient aller là. On lui offre de l'ar- de pain , qu'on en charge là pour l'Espagne , gent , il n'en veut point recevoir, de sorte témoin le vaisseau du cardinal Sacbetti. qu'on est contraint de consentir leur retour en France et leur donner des vaisseaux pour les escorter ; on ordonne seulement auparavant de partir, d'envoyer deux galères reconnaître le port Hercule, pour savoir ce qu'il y avait dedans , et à la nuit le» galères vont reprendre port au Genêt te.
Le »4» raer de labèche avec une grosse houle empêche les galères d'aller audit port Hercule , ce qui obligea l'armée à rendre le bord vers Monte-Cristo , afin de faire la séparation des galères hors de la connaissance des terres, qui en eussent pu tireravanlage. Les galères mettent à la mer, mais le mauvais temps les oblige de relâcher à (Jilli , où ils demeurent tout le a5 , que la même mer dura, tan» donner aucune de leurs nouvelles ; ce qui obligea d'envoyer six vaisseaux de guerre vers la Planons» ou cap Corse , où tous le» pilote» jugeaient parle* vents qu'ils étaient allés.
Le a6 , elles vinrent joindre l'armée ; et comme les vaisseaux qu'on avait ordonnés pour leur escorte en étaient séparé» . on jugea plus à propos , durant qu'on irait chercher lesdits vaisseaux , de mener
toute l'armée à Porlo-Vecchio en Corse , là où les galères et les vaisseaux pourraient
1 CiriU Vecchu , sur une baie située dans y sj|« J|. et y* aj' 5o» j TE. d« Paris. Elle est à
la raer de Toscane. Port «errant ordinaire- dix lieues dan» l'E -S.-E. du port Hercule. Il
ment de station aux galères du pape. Elle est à y a bon fond et bon mouillage. ( Ptl,l Flan, .lis huit lieues dans le N.-O. de Rowe. par 4»« * tu mer.)
faire leur aiguade en attendant que lesdil* vaisseaux lei rejoindraient.
Le 37 , on entre dan* ledit port , qui Le bailli jugea à propos avec tout le est un lieu désert; là où il arriva trois fe- conseil d'aller à Livournc, disant que le louques de Gènes et de Livourne , donnant général de* galères du grand-duc était son avis que les galères d'Espagne étaient grand ami , qu'il ne le laisserait manquer encore en Vav, sur l'avis qu'elles avaient de rien . que le frère de Gastiaes, baneu que les galère* se séparaient des vais- quier, ferait la même chose : cette belle seaux ; qu'elles avaient fait plusieurs par- résolution, lui dure tant qu'il croit qu'il tances , s'étaient toujours réunies dans le faut aller à Livourne pour y recevoir des port ; qu'il faut croire que c'était pour at- compliment» et en rendre, tendre le passage des galères de France. On reçoit avis de Livourne que le grandduc était extrêmement pressé de donner ses galères , qu'il offrait pratique a l'armée et qu'il témoignait grand désir qu'elle y allit ; cela fit juger que son dessein était de prendre le prétexte de la présence de l'armée de ne pas bailler ses galères , et fit changer la résolution à leur permettre d'aller en France au commandement d'aller à Livourne avec quelques vaisseaux pour la garde, leur offrant pain, vin, viande et poisson , que l'on tirerait des vaisseaux durant le temps qu'on irait à Naples, si le temps le permettait.
Les 28 , 19 , 3o et 3l , on fut obligé de demeurer dans le port , a cause du mauvais temps , sans avoir aucun avis ni de l'armée , ni des vaisseaux séparés du corps do l'armée pour l'escorte des galères.
Le 1" de septembre, l'armée fait voile pour s'en aller le travers de Monte-Cristo , pour de là envoyer les galères à Livourne avec huit gros vaisseaux commandés par le commandeur de Montmevan , et de là faire prendre la route de Naples à l'armée.
Ce même jour arrive une felouque du bailli de Forbin , de Bastia , là où il l'avait envoyée aux vivres , qui rapporte que les vaisseaux attendaient les galères