LETTRE DU SIEUR PION, VICE-CONSUL EN ALGER
AU SIEUR SANSOPf.
Du ,7 nore«br« i6J7. en AlKer
Ce billet en particulier sera pour vous donner avis que, par les menées du sieur Saut , j'ai été empêché d'aller à bord. J'eusse fort désiré avoir l'honneur de vous aller saluer , et par même moyen vous entretenir une demi-heure sur ce qui se passe ici ; mais l'on ne m'a pas voulu donner licence aujourd'hui , quoique hier on me l'eût promise. Vous accepterez s'il vous plaît ma bonne volonté, et recevrez pour avis d'être réservé avec le sieur Saut; car je vous donne parole qu'il fait ce qu'il peut pour empêcher vos bons desseins, et répète partout et publiquement qu'il n'est pas raisonnable que les Turcs donnent les Français sans argent; et a tellement animé le sieur Amcza-Aga contre vous, que ce matin l'étant allé voir chez lui et l'ayant rencontré à la porte, il m'a tenu quelques discours sur cette affaire que je n'eusse pas cru devoir sortir de sa bouche. Je l'ai néanmoins adouci tant que j'ai pu pour faciliter les affaires ; il me semble qu'il serait à propos, sous main, de l'indemniser pour vingt ou vingt-cinq esclaves français qu'il a ; vous savez son pouvoir dans le divan, que s'il penche de votre côté, les affaires seront bientôt conclues ; et encore qu'il lui faille promettre quelque chose , faut prendre garde que ce soit par la bouche du sieur Saut, car il vous trompera et vous persuadera d'indemniser encore le sieur Cheleby, qui a encore cent Français; mais c'est à cause de mille écus que ledit Cheleby lui a promis, s'il fait que ses esclaves lui soient payés. J'aurais beaucoup d'autres choses à vous dire, mais je ne le puis à cette heure. J'estime que le divan vous enverra des otages si vous les demandez. Je vous donne le bonjour et suis , etc.
Pion.
LETTRE DU SIEUR PION
AU SIEUR SAKSON.
Du 6 décembre 10U7, en Alge».
J'ai reçu le paquet de lettres que vous m'envoyâtes à votre partance d'ici, et au même instant le divan étant assemblé dans la maison du roi, m'envoya quérir cl demander le sujet de votre partance , et quelle réponse vous leur faisiez. Je leur fis lecture de la lettre que vous m'écrivez, et la 1cm expliquai de mot à mot, leur représentant qu'au lieu de sauf-conduit il vous fallait envoyer des otages, ainsi qu'ils avaient fait aux Anglais et Flamands lorsqu'ils étaient venus ici pour semblables sujets; et en l'année IC28, ce fut M. Sauson à qui ils envoyèrent à bord de f ' Annonciade, deux agas-bachi, deux boulou-bachi, et Aly-Dey, et que par conséquent ils vous en devaient envoyer autant. Us me dirent que par la lettre que vous écriviez audit sjeur bâcha , vous ne le» demandiez pas; toutefois , je leur répondis que si, et qu'en leur faisant lecture de votre lettre, je le leur avais demandé pour vous. Enfin, après un gros conilit, il fut arrêté que si vous reveniez et vous les demandiez, qu'on vous les donnera. Quanta la bannière rouge que mit M. de Manty à sa partance, ils me demandèrent ce qu'elle signifiait: je leur dis qu'ils connaissaient que c'était bannière de guerre, et que le sujet qu'ils lui en avaient donné était très-grand, vu le peu de compte qu'ils avaient fait du pavillon du roi et d'un si brave homme, qui se connaissait , qui était vice-amiral de France et qui n'en devait pas attendre moins. Cela Jes mit en alarmes , et depuis ils ont fait travailler à se préparer pour se défendre. Pour les lettres que vous m'envoyâtes, je les ai toutes rendues, et particulièrement celles de M. Duparc, lequel m'a dit qu'il maintenait ce qu'il vous avait écrit pour ladite affaire et du discours du sieur Saut, lorsqu'il lui donna àdiner dans sa maison après la partance du sieur Dupin. Je ne me suis pas informé de plus de discours, voilà pourquoi je ne vous en parlerai pas davantage; mais puisqu'ils viennent de delà, je ne doute pas qu'ils ne soient chose mau-
vaise ; aussi ne s'en faut-il pas étonner, puisqu'il est ennemi mortel de notre nation ; car il n'a pas oublié et n'oublie encore de faire jouer tous les ressorts de sa malice pour empêcher une si bonne œuvre et l'exécution des ordres de sa majesté. II n'a pas manqué de publier parmi les Turcs que tous ni M. de Manty n'avez pas d'ordres du roi de traiter autre paix que celle que feu Sanson avait faite, qui était de prendre les Français non vendus , en échange des Turcs qui sont sur les galères de sa majesté; et pour les autres, les payer comme ils ont coûté au bazar. Il a de plus répété à plusieurs boulou-bachi et autres en général, la conséquence de cette affaire, disant que si aujourd'hui on donne les Français sans argent, que demain peuvent venir les Anglais et Flamands avec des forces comme les vôtres , et en faire autant. Enfin, je ne vous puis tant dire qu'il y en a. J'ai appris secrètement qu'il y a deux jours il a écrit au bastion et donné ordre de faire venir ici le Mcm Jean Bua avec des facultés, moyennant lesquelles il fait état de contre-carrer vos bons desseins aussi bien cette fois comme il a ûùt l'autre; et défait, à ce que j'ai appris, le sieur Ameza-Aga a promis qu'il ne se ferait pas de paix. Bien que ledit Ameza m'ait assuré que si vous reveniez et descendiez en terre, qu'il se promet d'accommoder cette affaire à l'amiable , néanmoins ne s'y faut pas fier. Depuis votre départ, les pauvres esclaves ont été plus maltraités qu'avant. Deux galères , l'une d'Ali l'autre du Cheleby, ont parti pour Bone, qui ont porte quantité de Français esclaves; néanmoins cela n'empêche pas que si vous revenez à cette affaire , j'accommode qu'on ne les fasse tous revenir. Mercredi dernier, 2 du courant, environ deux heures après midi , arriva ici un navire de l'escadre , lequel après avoir mouillé l'ancre assez proche de la ville et avoir tiré deux coup de canon pour demander nouvelles , le divan n'a pas voulu permettre qu'aucune felouque soit allée à son bord, quoique je les en aye priés. Enfin , le jeudi au soir il remit à la voile. Je fus marri de ce que je ne pus l'avertir de ce qui se passait ; mais depuis votre départ, l'on me tient tellement de court que je n'ai pas permission de sortir du port et de la ville. Dieu, par sa grâce, nous délivrera tous de deçà du malheur qui nous menace, et que nous puissions servir M. de Manty et vous. Son nom et la bannière rouge ont