‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 122 sur 226 · AU SIEUR VIAN, CONSUL EN CHEF DUD1T ALGER · texte numérisé non relu

AU SIEUR VIAN, CONSUL EN CHEF DUD1T ALGER

Monsieur ,

Par la polacre , patron Tabor, j'ai reçu celle qu'il vous a plu m'écrire, à laquelle je me réserve faire réponse au long par le même; celle-ci sera seulement pour vous avertir de ce qui s'est passé jusqu'à présent sur l'arrivée des vaisseaux du roi. Vous saurez donc que, le 1 9 du passé, arrivèrent ici les navires Y Intendant et Y Espérance. Après avoir mouillé l'ancre à la rade hors la portée du canon, et avoir salué la ville, le divan y envoya une felouque pour savoir quels navires c'était, et, ayant appris que c'étaient des navires du roi et de l'escadre de M. de Manty qui venaient ici avec M. Sanson , par ordre de sa majesté, pour traiter la paix avec cette milice ; mais que , par la violence du temps , s'étant séparés à la mer, ayant ce lieu pour rendez -vous , où ils venaient attendre leur amiral. Le divan ne leur Gt, pour lors, autre réponse; et après avoir séjourné cinq jours à la rade, le divan étant assemblé dans la maison du roi, m'envoyèrent quérir, et me demandèrent quels navires étaient ceux-là et ce qu'ils demandaient ; et quoiqu'ils en fussent bien avertis, je ne laissai de les informer de tout, même je leur fis lecture d'une lettre que vous m'aviez écrite par le capitaine Ferraud. Là-dessus me firent commandement de leur écrire que , s'ils étaient amis, qu'ils entrassent dans leur port, autrement qu'ils se

missent à la voile; sinon qu'on les irait quérir par force. Deux jours après , arma ici M. de Manty, lequel , après avoir mouillé l'ancre et tiré un coup de canon, on lui envoya la felouque, et, au retour, apporta une lettre que M. Sanson écrivait au sieur bacba , portant en substance qu'ils étaient là de la part du roi , pour retirer les Français qui étaient en Alger, et leur rendre les Turcs qui étaient sur les galères du roi. Ledit sieur bâcha m'appela pour lire la lettre, laquelle je lui expliquai et mot à mot, et après m'envoya à l'aga lui faire lecture de ladite lettre. Us me promirent donc de faire réponse à ladite lettre le lendemain, ainsi que ledit sieur Sauson désirait ; mais un jour et voire deux s'étant passés sans qu'ils aient daigné répondre, enfin, le troisième jour, qui était le dimanche matin, mondit sieur de Manlin fit appareiller et mettre bannière rouge. Le divan étant assemblé dans la maison du rai, conclurent d'envoyer des sauf-conduits pour faire descendre M. Sanson à terre, et venir proposer dans le divan ce qu'il demandait. A l'issue du divan, le bâcha et l'aga m'envoyèrent quérir, et m'ordonnèrent de faire une lettre à M. Sanson, comme la leur, ce que je ne pus refuser ; et quoique je leur représentasse que, sous ces saufconduits ledit sieur Sanson ne viendrait pas en terre, et qu'ils lui devaient avoir envoyé des otages , ainsi qu'ils avaient fait aux Anglais et Flamands lorsqu'ils étaient venus ici pour semblable a If aire en l'année 1 628, à Sanson Napolon lorsqu'il vint dresser le bastion, néanmoins, tout ce que je leur sus dire et représenter ne servit de rien, comme encore moins servirent leurs sauf-conduits, puisque M. de Manty était déjà à la voile pour aller chercher et rejoindre son escadre, en intention, à ce qu'il leur fit entendre, de revenir ici exécuter les ordres qu'il a de sa majesté. Cette nouvelle les mit ici tous en alarmes, et l'appréhension qu'ils ont de sa venue fait qu'ils se préparent tant qu'ils peuvent pour se défendre. S'il revient et M. Sanson , et qu'il descende à terre , j'estime que celte aff aire s'accommodera ; car ceux qui ne sont point intéressés, et enfin tout le général , désirent la paix avec les Français; il n'y a que quelques particuliers qui 60nt intéressés, pour avoir quantité de Français esclaves, qui se roidissent en cette alFaire, et encore à la sollicitation de quelques mauvais chrétiens. M. de Manty est

LETTRE DU SIEUR PION. — DÉCEMBRE 1637. 407 parti d'ici depuis le 29 du passé; de depuis nous n'en avons point eu de nouvelles. Deux jours après son départ , l'on apporta la nouvelle que l'on avait vu dix ou douze navires à la mer, qui fut cause que la ville demeura en armes toute la nuit; et fus contraint de sortir tout ce que j'avais dans ma maison, particulièrement les papiers de la chancellerie et les miens, que j'ai mis entre les mains d'un ami, pour n'avoir rien que ma personne à sauver lorsque la rumeur arrivera , si tant est qu'ils reviennent. Il y a deux jours qu'il est arrivé ici un autre navire de l'escadre avec bannière blanche, et, après avoir demeuré vingtrquatre heures à la rame , s'est remis à la voile sans que personne lui ait pu parler, le divan n'ayant jamais voulu permettre que l'on ait envoyé une felouque à bord. C'est tous les navires que nous avons vus ici ; c'est ce qui me fait croire qu'il* se retrouveront avec les capitaines , puisque leur rendez-vous est aux Fonnentières et ici. C'est véritablement un grand malheur que tous les vaisseaux ne soient venus ensemble; car c'était lorsqu'ils y pensaient le moins, et, les surprenant comme cela , indubitablement ils auraient obtenu tout ce qu'ils désiraient ; mais quoi que ce soit , s'ils reviennent , et que M. Sanson descende en terre, l'ailaire s'accommodera; il n'y a que quelques particuliers qui se raidissent pour leurs intérêts. M. Sanson , à sa partance, m'envoya une lettre que vous m'écrivez du 20 octobre, par laquelle vous me recommandez de faire remettre ce consulat en l'état qu'il était auparavant. Vous pouvez croire que, selon que l'occasion se présentera, je n'oublierai rien; et s'ils reviennent et que les affaires s'accommodent , vous en verrez des effets : aussi en a-t-il bien de besoin ; car en l'état qu'il est, un consul ne se peut maintenir, et , sans vanité, je ne crois pas qu'un autre eût tant duré que moi ; mais Dieu remédiera à tout, s'il lui plait. Cependant je prie Dieu qu'il vous conserve en santé, etc., etc.

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