‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 123 sur 226 · AU S1BUR VIAN , CONSUL EN CHEF D'ALGER, A MARSEILLE · texte numérisé non relu

AU S1BUR VIAN , CONSUL EN CHEF D'ALGER, A MARSEILLE

Monsieur ,

Par voie de Livourne , je vous ai écrit une lettre, en date du 6 du courant , par laquelle je vous ai dit ce qui s'était passé ici à l'arrivée de M. de Manty. Du depuis, je vous ai encore écrit par voie de Tunis , par laquelle vous apprendrez que mardi dernier, 8 du courant, le divan général étant assemblé dans la Casaba, descendirent encore dans la maison du roi, où étant, m'envoyèrent quérir, et me dirent que M. de Manty venant ici , avait pris à la côte une de leurs barques et une polacre, venant ici chargées de blés; et que c'était méchamment (ait, après avoir pris leur barque, venir en leur rade avec bannière blanche, sous prétexte de faire la paix. Je leur répondis que je ne croyais pas que les navires du roi se missent à des choses si basses, et que si tant était que l'on eût pris de leurs barques , que ce pouvait être plutôt quelque navire de Malte ou Livourne; mais tout ce que je leur sus représenter ne servit de rien, vu la colère où ils étaient, disant que je savais cela et n'en avais rien dit. Après un gros conflit, ils me demandèrent si , quand ils avaient donné le bastion aux Français , c'était pour sortir le blé ou le corail. Je me défendis là-dessus, que je n'étais ici pour le bastion , et qu'il y avait un homme particulier pour cela, qui , jusqu'à présent, leur avait payé la taxe, et qui donnerait raison de cela. Et, l'ayant fait venir, lui firent la même proposition; mais , ne sachant que répondre , la rumeur fut grande, et courûmes fortune, lui et moi , d'être brûlés ; car cette maudite parole passa plusieurs fois parmi mille ou douze cents Barbares, pour lors assemblés dans ce divan. Enfin, par la gr$ce de Dieu et l'assistance de nos bons amis, nous évitâmes le péril , et, après nous avoir envoyés en prison , où nous avons demeuré deux jours , ils ont passé leur colère sur le bastion; car, à même temps, ils envoyèrent quérir le sieur Chcleby, général de leurs galères , et lui commandèrent d'armer, et obligèrent

LETTRE DU SIEUR PION. — DÉCEMBRE 1637. 409 six galères y aller là-bas poui» raser ledit bastion , ruiner tout ce qui se trouverait dedans , et emmener les personnes ici esclaves ; et ont , de plus, arrêté entre eux que jamais ledit bastion ne se redresserait ni par prière du roi de France , ni par commandement du grand-seigneur : que le premier qui en parlerait perdrait la vie. Les galères sont parties depuis hier pour aller faire cette belle exécution , et voilà en quoi sont aujourd'hui les affaires en ce pays; que s'il n'y avait que le bastion qui«en pâtisse, ce serait peu de chose; car leur agent, qui est ici, a lait tout ce qu'il a pu pour empêcher que M. Sanson, au nom du roi , ne fit point de paix avec cette milice. Il a cru de bien faire, mais tout le mal leur tombe dessus, bien (pie nous autres qui sommes ici ne pouvons pas manquer d'être de la féte; car s'il est véritable que M. de Manty vienne canonner la ville, ainsi qu'il leur a fait entendre, nous sommes assurés de finir tous nos jours misérablement, ayant été arrêté dans le divan, qu'au premier coup de canon on coupe la tête à tous les Français. Me semble qu'on devrait aller avec un peu plus de réserve en cette affaire , et considérer que nous sommes environ quinze cents personnes à la merci de ces barbares. Dieu , par sa grâce, nous préserve du péril qui nous menace. Si les vaisseaux reviennent et que M. Sanson descende à terre , j'estime que celte affaire s'accommodera à l'amiable : vous en pouvez faire part et donner avis, s'il vous plait, à ceux que jugerez qui sera du devoir. Je n'écris point donc à M. Sanson; s'il est à Marseille, vous lui montrerez la présente. Et cependant priez Dieu pour nous, et croyez, etc., etc.

Pio».

Mais bientôt la mer devint si mauvaise que les vaisseaux de M. Ferraud , qui portaient à leur bord M. Sanson, las d'attendre en vain le reste de la division, mirent à la voile et abandonnèrent Alger. On voit par les dépêches ci-dessus que si M. Sanson eût voulu descendre à terre , sans doute le traité eût été conclu; mais cet envoyé, ne voulant pas s'aventurer dans une si dangereuse mission sans autre garantie que le sauf-conil. 5a

finit proposé par le divan, au lieu des otages qu'il avait réclames, préféra retourner à Marseille, malgré les pressantes invitations de M. Pion , vice-consul, qui se vit exposé à toute l'animosité des Algériens, dont la rage fut telle qu'ils détruisirent le bastion français, sorte de comptoir militaire que la France

possédait à Alger, ensuite d'un traité.

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M. de Bordeaux fut prévenu, au commencement tle Tannée suivante(i638) par ces avis secrets, du projet des Barbaresques.

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