‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 146 sur 226 · ORDRE DES S/VLUTS. — DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

ORDRE DES S/VLUTS. — DÉCEMBRE

teresse , elle tirera sur le vaisseau avec la balle , et si elle le met à fond et le fait perdre, le gouverneur de la citadelle aura bien fait.

Si un vaisseau manque de ce respect à son amiral , le général ou lieutenant-général le peut priver ou suspendre de sa charge, et faire donner la corde aux nochers, principaux objets de ces punitions.

Le même, s'il manque à saluer la personne de son général ou lieutenant-général.

Si un vaisseau manque de respecta un amiral d'autre monarque, il le peut, selon les lois de la guerre navale, forcer à canoiuiades de le faire; et s'il mésarrive du vaisseau, c'est la peine de l'incivilité du capitaine.

Si un vaisseau manque de respect à son vice-amiral ou contre-amiral , le capitaine s'en plaindra au général ou lieutenant-général , lequel lui en fera raison. Le nocher devra faire bonne partie de la pénitence, s'il ne vérifie avoir l'ordre exprès de ne le faire.

Si un vaisseau passe par proue de l'autre, hors en cas d'urgente nécessité, le nocher en est comptable, s'il ne vérifie d'avoir eu l'ordre exprès de le faire; auquel cas , le manquement tombera sur son capitaine, et sera blâmé de ne savoir son métier r»u les termes de civilités de la mer et le respect de vaisseau à vaisseau.

Lorsqu'un vaisseau, la nuit ou le jour, tire une canonnade pour demander aide ou secours, le vaisseau qui le voudra secourir (ce que le plus proche doit faire) passera sous son vent, et ne devra regarder si l'autre lui passe par proue, la nécessité le force à cela.

Les vaisseaux ronds, sortant des havres ou de dessous les forteresses saluent comme Hs ont fait y entrant ; mais, en ce rencontre, on pratique moins le salut du canon que des voiles.

Parfois, les vaisseaux voulant partir saluent la ville ou la forteresse à coups de canon, comme prenant congé; en ce cas, le capitaine s'entend avec le gouverneur, afin qu'il lui rende son salut ponctuellement.

Nous voyons assez souvent des vaisseaux particuliers porter des personnes de haute considération; lorsqu'ils arrivent dans les havres, le vaisseau salue la forteresse avec le canon , et elle répond , et peu de temps après, salue le personnage qui est dans le navire, lequel répond

à proportion des canonnades qu'on a tirées le saluant, à nombre impair.

Lorsque ces personnes de haute condition vont en terre dans des chaloupes, esquifs, barques ou brigantins, et passent proche des forteresses, si elles les saluent de quelques volées de canon , elles rendent le salut levant le chapeau.

Je n'oublierai pas à remarquer que lorsqu'un vaisseau salue ou rend le salut avec canonnades, il doit tirer la première sous le vent, pour montrer que c'est par amitié £t civilité.

U y a quelques vaisseaux lesquels, pur fanfare et bravade, saluent à la mer d'autres vaisseaux à la balle parfois, même ne pouvant retirer de leurs canons les boulets. On ne leur rend pas pour cela le salut avec plus grand nombre de canonnades ni avec la balle.

Lorsque l'armée navale entre dans un havre, tous les vaisseaux sont obligés saluer avec les voiles pour le canon de l'amiral saluant ou rendant le salut; les autres ne le doivent faire sans ordre particulier; car, en ce cas, l'amiral paie pour tous.

Lorsque les vaisseaux -sont en corps d'armée ou à vue de leur amiral, ils ne doivent tirer le canon pour saluer quelques grands personnages qui iront dans leurs bords, sans permission de celui qui commande.

La nuit , on ne salue point , et si c'est lieu de saluer avec canonnades, on renvoie le salut au lendemain au matin; mais, en ce cas, les vaisseaux qui veulent entrer de nuit dans les porls doivent envoyer leurs chaloupes, si le temps le permet, ou crient, si la voix peut être ouïe, quel vaisseau c'est et d'où il vient; et le capitaine doit empêcher ses gens d'aller en terre et pratiquer.

Lorsque l'amiral salue quelques personnes de haute condition , le vice-amiral .et autres vaisseaux de l'armée ne doivent saluer, si on ne leur en envoie l'ordre, ce qui est néanmoins l'ordinaire; car si le plus digne salue, le moins digne le doit faire aussi , imitant son chef. Entendrez le même du vice-amiral , séparé avec d'autres vaisseaux de l'armée de leur amiral.

Lorsqu'on salue quelques grands personnages descendant d'un vais-

ORDRE DES SALUTS. — DÊCEMRRE 1640. 453 se .m , on attend qu'ils en soient éloignés, que le vent ou la fumée du canon ne les incommode, et on tire toujours la première canonnade dessous son vent. Je dis ceci pour ce que, aux galères, on le pratique différemment.

Lorsqu'un -vaisseau croit qu'un autre le doive saluer à la mer, et le veut obliger à cela, pour l'avertir qu'il est son ami, il lui fait fumée, c'est-à-dire brûler sur le tillac mie livre de poudre; s'il ne se soumet à la fumée, il lui tirera une canonnade sans balle, et s'il ne se met en devoir , lui tirera la seconde canonnadê avec la balle , signe de rupture s'il ne se range à son devoir. •

Il est vrai qu'en l'Océan, où l'on pratique moius les saluts avec canonnade, on ne fait tant de cérémonies, et si un vaisseau ayant son pavillon en haut ne l'abat et n'amène ses voiles, le plus fort lui vu dessus et le canonne, et lors le dessus demeure au plus fort.

Les lettres qu'on donne aux vaisseaux de guerre s'appellent commissions; aux marchands, patentes ou lettres de chargement et voiture , sans lesquelles ils ne doivent naviguer, et contiennent le lieu et le temps qu'ils partent, où ils vont, et le nombre d'hommes qu'ils portent . Les lettres des vaisseaux de guerre ne sont raisonnées de la sorte , et contiennent seulement l'ordre qu'il a de son prince de se tenir à la mer.

Le vaisseau marchand peut changer de dessein en son voyage , cl prendre patentes, lettres ou attestations du consul de sa nation ou du magistrat , en la forme que dessus.

Tout navire marchand naviguant seul peut mettre son pavillon au haut de son arbre de maitre , au hasard de l'abattre ou amener s'il rencontre des vaisseaux plus forts que lui à la mer.

Plusieurs navires de marchandises, naviguant de conserve ou compagnie, peuvent convenir entre eux des dignités, rangs et saluts; mais rencontrant des navires de guerre, tous mettent bas le pavillon et situeront , car leur ordre de guerre ne s'étend qu'entre eux , non à l'égard des autres, et ne sont considérés hors d'entre eux, des vaisseaux ou dans les havres, que comme vaisseaux séparés ne faisant corps , parce que leur compagnie n'est autorisée du prince.

Les vaisseaux voués à la protection particulière de quelque saint, la

veille de sa féte, font réjouissance, c'est-à-dire mettent au vent tous leurs étendards, pavesades, bandières, banderoles, flammes et flaramettes ou gaillardets, et ceux qui ont de la poudre à perdre tirent quelques canonnades.

Ils font le même les jours des principales fêtes de Tannée et de celles de la ville, havres ou forteresse dans lesquels ou sous laquelle ils se rencontrent.

Lorsque le Saint-Sacrement ou procession des saintes reliques passe à vue des vaisseaux qui sont dans un havre, ceux qui appartiennent à des catholiques apostoliques et romains saluent avec le canon; mais on n'y force personne , on ne touche au pavillon. Le même quand le seigneur, gouverneur, ou le lieutenant du roi au havre, passe à vue

Quelque personnage de haute condition allant visiter un vaisseau, on le salue quand il est monté dans le bord et quand il en est dehors et si éloigné que le vent ou la fumée du canon ne l'incommode.

L'amiral volontiers ne salue que les princes ou personnes du sang de son prince, le général ou lieutenant-général.

Si une personne de hauc condition meurt dans un vaisseau, et qu'on ne le puisse, pour des considérations, porter inhumer en terre, et qu'on le jette en mer, après qu'on l'a jeté, on tire quelques canonnades au lieu du son des cloches : cela dépend du général ou capitaine.

Et parce que les mariniers ne meurent pas toujours de faim , et font quelquefois des festins ou traitent des personnes de condition, la coutume, outre les saluts entrant et sortant du vaisseau, est de tirer un coup de canon à chaque santé des grands qu'on boit ou de ceux que l'on traite; mais en tout cela il n'y a point de loi certaine.

Que si vous demande/ pourquoi on salue plutôt de la voile de la gage que d'une autre, outre que je vous pourrais répondre qu'il ne se rend point de raison des coutumes, je vous demanderais pourquoi saluant un autre vous ôtez votre chapeau , non votre pourpoint ; de même, on abaisse la voile des gages comme la plus haute, et de laquelle on se sert aux combats et pour faire tourner les vaisseaux et changer de proue. . •

ORDRE DES SÀLLTS. — DÉCEMBRE 1640. 455 Le discours que dessus , et celni qui suit pour la mer Méditerranée , ont été rais par écrit par M. le commandeur de Virville, chevalier de Malte, gentilhomme du Dauphiné, de la maison de Grolée.

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