ES ARMEES NAVALE» DE LA MER MEDITERRANEE
Quoique l'Océan et la mer Méditerranée ne soient séparés que par le détroit de Gibraltar, néanmoins la façon des vaisseaux est différente, les termes de la marine sont aussi en plusieurs parties différents : en l'Océan, lés galères ne peuvent naviguer ou n'y réussissent pas, à cause du flux et reflux ; ou parce qu'étant vaisseaux fort légers , subtils et délicats , ils ne peuvent résister aux longues vagues de l'Océan , ni prêter le côté , ni quand le flux se retire se coucher, parce que la quille et la caréné se courbent ou consentent facilement ; mais la plus forte raison est qu'elles ne peuvent régir aux vents furieux et longs qui régnent en l'Océan , que les chiourmes et hommes de rames y souffrent trop et ne peuvent vivre long-temps , parce que ne pouvant faire des grandes forces qu'ils n'aient le corps libre et nu de la ceinture en haut, ils ne peuvent demeurer en cet état aux vent* et froids de l'Océan. Et pour le faire bref, chaque mer a sa façon particulière de vaisseaux , navires et galères , et les vaisseaux qui sont bons en une mer ne servent en l'autre : nous voyons que les remberges, navires gros, ne cheminent et ne se peuvent mouvoir en la Méditerranée, nos pataches ne peuvent portér leurs voiles en l'Océan , ni nos tartanes ou polacres ; d'où je conclus que chaque mer a ses vaisseaux usagers. Je dis même les diverses contrées que uous appelons les côtes , ont diverses façons de vaisseaux : une galère de Barcelonne est taillée différemment de celle de Marseille; l'une légère, l'autre pesante; l'une de durée j l'autre non. Les Turcs font leurs galères différentes des nôtres, je dis le corps et la forme de galères ; les Vénitiens , de nous et des Turcs ; .Malte de Florence, et Florence de celles de Civita-Vecchia ou du pipe.
Les vaisseaux donc de la Méditerranée plus propres à la guerre sont
les galères, parce que, avec les voiles ou rames, elles se manient mieux en calme; on avec le vent elles sont plus promptes et agiles en ce grand étang (telle la pouvons-nous appeler à l'égard des autres mers), les vents v durent moins, l'air y est plus tempéré, les chiourmes y vivent plus long-temps , et le voisinage d'un terrain à l'autre rend leur navigation plus considérable, agréable et utile.
Anciennement on les appelait trirèmes, parce que à chaque banc il y avait trois hommes qui voguaient trois rames de différentes grandeur et force. A présent on a mis les forces de trois en une seule , avec quatre hommes au moins qui la manient, en frappent ou poussent l'eau, et par cette force font avancer la galère.
En la Méditerranée, On appelle voiles carrées tous vaisseaux ronds, et qui portent la voile carrée.
Voiles latines, les galéasses, galères, galiotes, frégates, brigantins, leutbres, et tous vaisseaux qui portent voile taillée en triangle et n'ont qu'un arbre de maître, le trinquet et deux antennes.
Des galéasses, il n'y a «nie les Vénitiens et le grand-seigneur qui en aient ; je ne crois pas nécessaire d'en traiter.
Des galères, il y en a de deux sortes : subtiles ' et bâtardes; les subtiles sont ainsi nommées parce qu'elles ont le gavon' de poupe aigu et subtil et peu de gavon.
I^es bâtardes sont celles qui ont un gavon large à la poupe, je dis le vif du vaisseau sur lequel est posée l'œuvre morte de la poupe avancée, et s'élargissant peu à peu. Don Juan d'Autriche, à l'armée navale, commanda qu'on n'armât que des galères subtiles et à la galoche , c'està-dire à trois rangs différents , parce que on les tenait plus légères, vîtes et promptes. Néanmoins, de notre temps on ne se sert que des galères bâtardes et armées d'une rame, c'estr-à-dire que , au lieu de trois hommes, on en met quatre ou cinq, qui voguent une seule rame.
L'ordinaire est que les capitanes voguent vingt-huit rames par bande, y compris celui que le fourgon, ou lieu de la cuisine, occupe, qui est de
1 Ou Sen«ile«. situe à l'arriére, dam lequel on mettait Ira
• Compartiment iotericor de la cale , poudre».
PRATIQUE DE LA GUERRE. — DEC. 1040. 457 treize du côte gauche, les galères particulières vingt-cinq, et les royales plus grandes , trente-trois par côté.
A chaque banc des royale» de cette grandeur, on met six hommes de chaîne aux capiUnes, six aux bancs de chaque côte devers la poupejusques à l'arbre, qui sont à trente bancs (ce qu'on appelle le quartier de poupe); de l'arbre en bas, cinq, aux galères particulières cinq , jusqu'au quinzième liane, et quatre du quinzième au vingt-cinq, qui sont dix par côté.
Les galères n'ont que deux mâts , ou arbre de maître et trinquet ; jadis elles portaient un arbre de mesane posté , qui se plantait à l'cssentarole ou proche la tenaillée de la poupe dans le tabernacle ; on a ôté l'usage augmentant les voiles de la maître , et les galères turques la plupart même ne portent point de trinquet.
Les voiles sont : la bourde , maniez , mesane, trion ou voile , quadreou de fortune; toutes les galères de la Méditerranée les portent d'une façon.
Il y a aussi une voile pour l'arbre de proue , qui prend le nom dudit arbre, et s'appelle la voile du trinquet.
A travers de ces voiles, à la sixième et quatrième partie, on coud et met une bande forte de double canevas gainée de deux en deux pieds de cordes longues d'une brasse , grosses à proportion, qu'on appelle tiercerol . Lorsqu'il y a trop de vent, on les lie par-dessus le gordin , ou la maître corde de la voile , qu'on diminue par ce moyen d'une sixième ou quatrième partie; mais le salut des galères ne se faisant avec les voiles , passons outre.
Les galères chrétiennes porteut dans leur coursive, entre l'arbie de uiaitre et le trinquet , le canon de coursier, lequel est , sur une bonne galère, de cinquante livres de balles, sous les rambades' droites et sénestres. Elle porte deux canon» de quinze livres de balles de fer chacun , qui sont morts et ne reculent point.
A côté de ces canons , il y a deux autres canons à tirer balles de pierre de huit pouces courant de diamètre. .
' Gircette pour prendre les riz. couverU élevés à Tarant; il* étaient ordinal
lUuibadet , porte» de relranchemenU rement hauts de si* pieds.