‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 148 sur 226 · II · texte numérisé non relu

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458 LIVRE V. — CHAF. X.

Et proche de ces deux canons, il y en a encore deux petits pierrters, la balle de fer de cinq livres environ, et se chargent par la culasse avec

bacalar de proue, ou grosse poutre sur laquelle est bâti le château de proue.

On met encore à poupe, au vide des deux échelles, deux de ces pieri iers ou petites pièces de canon , lesquels servent lorsqu'on prend

La plupart des galères turques particulières n'ont qu'un canon de vingt-cinq à trente livres de balle, ou quelqu'un de ces petits pierriers, parfois et rarement.

Quant au nombre des galères qui sont en la mer Méditerranée , le pape en a d'ordinaire cinq , le roi quatorze ; à présent il y en a vingt-

Le roi d'Espagne près la royale , ou patronne royale , en a à gène , leur ordinaire séjour, quatorze, à Dénia six: sont vingt.

A Gènes , quatorze commandées par Doria, qu'il tient à solde et à tant l'année.

En Sicile , y joignant les quatre de l'escadre de Sardaigue , quatorze , qui étaient en l'année 1 624 armées. 11 est vrai que depuis ces dernières guerres il a beaucoup perdu de chiourmes, et par conséquent ne saurait en armer si grand nombre.

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«aille de sa poupe , au côté droit ; il est carré de huit pieds de hauteur au moins.

La patronne royale étant hors de la présence de la royale , arbore l'étendard comme la royale, en présence de laquelle elle «net son étendard aux calses, c'est-à-dire au haut de son arbre de

Après la patronne royale vient immédiatement la pies, et porte l'étendard, en compagnie de la patronne royale, arboré à poupe ; en présence de la royale , elle 1 ote et la met aux calses de la maitre.

Après la capitane de Naples marche celle de Doria, et après elle la

capitane de Sicile ; lesquelles en usent avec la royale et la patronne royale comme la capitane de Naples.

Ce serait ici le lieu de parler des galères de Venise : la sérénissime république en a d'ordinaire en la mer, en Candie , Corfou , ou Zante , en la Céphalouie ou à Venise, quarante environ et deux galéasses ; mais n'ayant des esclaves, et armant ces rames de forçats condamnés, ou mariniers forcés et volontaires, qui s'exposent à cette fatigue pour de l'argent, elles ne peuvent être bonnes autant comme elles le sont à la voile et hors des cliiourmes ; sont très-bien armées, vaisseaux forts et légers , ils ne sortent guère de leur golfe , et rencontrant des autres galères font semblant ne les voir, et prennent un autre chemin ou proue, et n'attendent nos saints, et allant sous leurs forteresses épargnent

Ce serait une douteuse dispute , et de difficile résolution, de savoir quel nombre de galères la république peut armer, pan* qu'ils ont un certain droit sur les gondoliers et mariniers de leurs États et pouvoir de les mettre an rang. Par commune opinion, la république peut mettre en la mer quatre-vingts galères d'armes, ou bien à tout rompre et sans grand'chionrme , cent vingt.

Il faut maintenant venir aux galères de semi-puissances: Savoie en a deux , Malte six , Florence six , la république de Gènes cinq ; et ces capitanes, en présence de la royale, conservent leur étendard arboré à poupe.

Jadis la députationde Catalogne maintenait aussi deux galères armées, l'une desquelles portait l'étendard comme les autres capitanes , et y étaient les armoiries pures du comté de Catalogne , couvertes d'une couronne de comte ; ils prétendaient les avoir indépendantes du roi d'Espagne et de ses ministres ; et le comte duc d'Alcala , gouverneur de Bru colonne, en ayant, en l'année 1622, voulu disposer, la députation s'opposant, l'empêcha et ne les lui voulut donner pour porter des caisses d'argent pour sa majesté catholique à Gènes. Cette capitane prétend, en présence de la royale d'Espagne, de n'abattre l'étendard , et de fait ne Je voulut faire lorsque le prince Philibert passa avec la royale à Barcelonne.

Es années navales des galères, deux seulement ont dignité : la royale et la patronne royale.

La différence de la royale ou capitane aux autres galères, est qu'elle porte sur sa poupe les armoiries de son prince ou écussons couronnés, son fanal aussi couronné, son étendard comme j'ai dit, en poupe.

La patronne porte aussi le fanal , mais non pas couronné , et peut porter les écussons des armoiries de son prince couronnées.

Mais au lieu de porter l'étendard arboré à poupe , elle le porte sur le haut ou calses de son mât de maître, et sur le trinquet une banderole appelée gaillardet.

Si une galère particulière a pris sur l'ennemi l'étendard d'une capitane, le capitaine a le privilège de porter sa vie durant, et ce, pendant qu'il commande , la bandière carrée à la maître.

Et s'il a pris une galère, un fanal sur la poupe ; mais, pour cela, il précédera la patronne.

Les galères particulières portent aux calses du maître ' et de leurs trinquets des bandières longues à queues , dans lesquelles il y a les armoiries de leur prince , qu'on appelle communément gaillardet.

Les galères particulières, au lieu où la capitane ou patronne portent le fanal , portent l'image taillée en bois du saint à la protection duquel elles sont dédiées.

Les royales, capitanes, pitronnes et galères particulières , outre le* susdits étendards, gaillardets ou banderoles , ont leurs étendards de combat, tels que bon semble au capitaine; lequel, en occasion de combat ou de grandes solennités , elles arborent sur la poupe.

Durant les guerres de la Terre-Sainte , la capitane du pape ni aucune des royales ne commandait; mais on destinait la capitane de la sainte ligue , en laquelle montait le cardinal légat du pape et le général élu du pape et des couronnes ; et dans le champ de l'étendard il y avait de part et d'autre un crucifix en champ d'argent.

Sans doute la capitane du pape précède toutes les royales et capitanes

1 Aux flèches.

rovales ou autres; néanmoins, étant à Messine, et la capitane de Naples arrivant avec nombre de galères, la capitane du pape se retirait sous la forteresse nommée le Salvador, en lieu écarté bon du salut , sons prétexte de s'aller accommoder ; mais en l'année 1623 , la même capitane du pape étant allée a Naples , la capitane de Naplcs la salua , et ne lui quitta sa place ; ce que voyant , elle alla prendre poste vers le petit môle, et les Espagnols dirent qu'il est honteux que des galères qui ne font, depuis tant d'années, aucun exploit ou action honorable, aient le premier lieu parmi les galères qui font leur métier et la guerre incessamment.

Mais nonobstant toutes ces raisons, il est certain et hors de conteste que toutes les forteresses maritimes royales et capitanes doivent le salut à la galère capitane du pape, en considération de ce qu'elle appartient au souverain pontife, vicaire de Dieu en terre, quoique dans le champ de l'étendard il n'y a que les armoiries du pape, timbrées de la tiare pontificale et des clefs de saint Pierre.

Elles doivent aussi le salut aux galères royales sans difficultés quelconques , néanmoins nous avons un célèbre exemple à ce contraire. Le prince Philibert de Savoie , grand-prieur de Castille , allant en Italie , généralissime de sa majesté catholique et vice-roi de Sicile , s'embarqua à Carthagène , et côtoya l'Espagne jusque auprès de Barcelonne. Les messieurs du comté de Catalogne résolurent de lui faire entrée solennelle , et parce que leur môle est court et étroit, mit pied à terre ù quatre milles de Barcelonne plus au large, pour recevoir les accueils et honneurs de son entrée , qu'il fit à cheval. Ayant mis pied à terre , le marquis de Sainte-Croix , son lieutenant-général , avec la royale et vingt-cinq galères , tourna la proue vers le port de Barcelonne , duquel il s'approchait tout à l'aise, attendant qu'on le saluât ou sa royale; mais approchant et voyant qu'on n'y songeait , envoya en terre un capitaine du canon , demander le sujet pour lequel on différait de le saluer. On lui répondit qu'on ne le saluerait pas, parce qu'il n'y avait en la royale une personne du sang royal ; on en donna avis au généralissime, lequel n'y avança rien , et tout honteux retourna donner fond , c'est-à-dire mouiller l'ancre, sous le cap devers ponant; mais c'est une bizarrerie

catalane , car de vrai , les villes et forts maritimes doivent à la royale le salut : je dis même celles qui ne sont sous la sujétion du prince auquel est l'étendard.

Quant à la patronne royale , distinguons deux sortes de villes , des capitales ou des royales particulières; capitales, en France, serait Marseille, Toulon; à Naples, la ville même; en Sicile, Palerme et Messine. Celles-là , je dis les capitales , ne doivent le salut aux patronnes , oui bien les autres, comme Antibes, Cannes, la Ciotat, Manfredonia , Palliando, Keggio, Melazzo, Siracusa, le fort du cap Passero, Trapani et autres. Depuis l'année 1614 jusqu'à l'année 1624, au temps des généraux D. Pietro de Leiva, marquis de Sainte-Croix , docteur d'Arragona , Melchior Borgia et autres , il se pratiquait de la sorte dans les terres d'Espagne.

En France, nous n'avons jamais eu de patronnes royales qui aient porté étendard, néanmoins cette année, à ce que j'ai appris, monseigneur le cardinal-duc , grand-amiral de France , a commandé à M. le bailli de Forbin, lieutenant-général sur les galères, d'arborer étendard ' : ce qu'il a (ait, et ne l'a été onoque ci-devant. Cet étendard ne peut être appelé que patronne royale, puisque la royale avec l'étendard était à Marseille.

Les villes maritimes de semi-puissances, comme Savoie, Malte, Florence et Gênes, doivent sans contredit saluer les premières les étendards arborés des patronnes royales, et n'en font difficulté, quoique Gênes, Rappelant le siège de la principauté, semble ne le faire qu'à contre-cœur.

Ce que je dis de la patronne royale portant étendard se doit entendre des capitanes de Naples , Gênes et Sicile.

Mais maintenant parlons de la façon des saluts. Les galères ont quatre sortes de saluts : le premier quand elles ont le tendelet tendu , de l'abaisser bas, de saluer avec voix, trompette et canon, et en tous ces saluts, on cal unie (c'est-à-dire baisser bas à demi la tande' , comme qui lèverait son chapeau).

' Voir ci-deaiu* , p. 358, le mémoire «nr la * Tente d'étoffe étendue an-desnu du chi i ooduite de M. de Forbin devant Genêt- tes* d'arrière ou berceau de poupe.

La royale rendant le salut à une ville capitale sujette à son prince , tirera deux coups de canon , seulement après qu'on l'aura saluée.

A une ville et citadeUe ordinaire, un coup; au moindre, rien du tout.

A une ville capitale d'un duc souverain , ou semi-puissance qui aura tiré tout son canon , la royale répondra de quatre coups de canon . L'année 4620, lorsque le prince Philibert alla à Malte avec trente galères, tout le canon de la cité Valette, du bourg et de l'Ile la Sangle et des châteaux Saint-Edme et Saint- Ange tira ; la royale répondit la premier'.: seule de quatre coups de canon , et après elle toutes les galères tirèrent chacune quatre coups.

La maxime générale des saluts des galères est à coups de canon pairs : savoir deux ou quatre, hors la royale, au cas que j'ai dit, tout ao contraire des vaisseaux ronds.

Lorsque les capitanes de Naples, Gènes et Sicile vont se joindre à la royale, elles abattent, comme j'ai dit, l'étendard de la poupe, et l'arborant aux calses saluent et les galères de leurs escouades, la royale, de quatre, coup» de canon chacune, la royale ne répond que de deux.

Si la patronne de Naples, Gènes et Sicile va se joindre à la royale, avec une escouade, toutes saluent, et la royale répond d'une seule ca-

Si plusieurs particulières vont la joindre, elle salue; la leur répond , si dessus leadites galères il n'y avait quelques si relevées que sa condition exigeât le salut.

La capitanc de Savoie, Florence ou Gènes allant se joindre à la royale, toute l'escouade saluera de quatre coups, et la royale répond de deux.

En l'année 1627, le prince Philibert, généralissime d'Espagne, naviguant entre la Faviliane et Trapani de Sicile, monseigneur le grand-maître de l'ordre de Saint-Jean avait fait savoir à son altesse

e sa majesté catholique de la place et rang de

envoyèrent les galères de l'ordre se joindre à son armée; la capitanc et les galères tirèrent leurs quatre coups, le général de l'artillerie alla en personne demander à son altesse, appuyée à l'easentarole de la poupe,

et qui les regardait venir à soi , l'ordre et le nombre des canonnades qu'il repondrait ; son altesse lui donna le commandement en ces mots : Dos ,f porque mi madré, sian très ( deux , et parce que c'est ma mère, que ce soit trois ).

Ce fut à l'imitation de la France, de laquelle bien long-temps auparavant même, quand la reine-mère Marie de Médicia vint en France , la royale rendit trois coups à l'étendard de l'ordre.

A Savoie, Gênes et Florence, jamais la royale n'a répondu que deux coups.

Aux patronnes de Savoie, Maite, Florence et Gênes arrivant près la royale, elle répond un coup seul si elles conduisent escadres; si elles sont seules , ne leur répond rien.

Par maxime générale, jamais on ne salue de nuit, et l'on remet la partie au jour.

Si une personne de haute condition , comme généralissime, prince du sang , passe en terre ou par mer proche la royale , elle saluera : pour d'autre, non avec le canon; néanmoins, ces grands seigneurs , passé la première fois , commandent qu'on ne tire le canon , et se contentent du salut baissant la tente et voix et trompette : elle ne salue les personnes d'inférieures conditions.

Les capitanes deNaples, Gênes et Sicile, Savoie, Malte et Florence, salueront nou seulement les susdites personnes en la façon que dessus, mais aussi les cardinaux , vices-rois et princes souverains ou leur frère a voix , trompette cl canon : passé la première fois , ils font le même compliment que les princes du sang. i

Si le Saint-Sacrement, porté à quelque malade, passe à vue de la royale , si le temps le permet et en a le loisir, pour plus de révérence, on abat la lente , salue à canon , voix et trompette ; s'il est porté en procession , le même ; si c'est une sainte relique , le même ; si une croix passe , futr-ce devant un corps qu'on porte en terre , on salue baissant la tente , à voix et trompette ; mais il est à observer que les jours de vendredi ou samedi des quatre-temps , on ne salue point à trompette , oui bien à voix et canon, hors le vendredi saint. Ayant taché de savoir la cause de cette exception , on ne m'en a su donner autre , si ce n'est

que les trompettes sont instrument de joie , gloire et triomphe , et que ces jours-là il faut être plongé en deuil , pénitence et humilité.

Lorsqu'on célèbre la sainte messe en terre , vis-à-vis la poupe des galères , on abat la tente, et lors de l'élévation du Saint-Sacrement, on salue deux fois à voix et trompette.

Il est aussi à remarquer qu'aux saluts à canonnades, une galère particulière ne le peut ni doit si sa ca pi ta ne ou patronne qui commande ne lui a envoyé l'ordre ; mais aux saluts abaissant la tente, de voix et trompette, une galère particulière, le personnage digue de salut s'y rencontrant vis-à-vis d'elle, doit, sans attendre d'autre ordre, le faire.

Sur ce sujet, remarquez que dès qu'une galère est en un corps d'armée, elle ne peut tirer le canon à la mer sans permission du généralissime dans les ports de leur général prticulier.

En fait de salut à canonnades, les galères particulières ne doivent saluer sans ordre de leur générai.

Nous avons parlé des saluts des royales ou capitanes , des villes et châteaux , ou forteresses de terre , tours, fermes, et des saluts dans les ports ; maintenant venons aux patronnes particulières.

La patronne particulière de Sicile arrivant à N a pies doit , elle et sou escadre, saluer le château, qui lui répondra par nombre de boites et cinq coups de canon au moins.

A plus forte raison les galères particulières et sans fanal feront le même.

Mais remarquez, s'il vous plait , que la capitane de Napies, Gènes, Sicile allant se joindre à la royale , quoiqu'elles mettent leur étendard aux calses, leur patronne l'y met et conserve aussi et ne le bouge point , mais lui obéit toujours , comme nous le dirons.

11 y a des lieux , comme à Messine , où non seulement le château ou forteresse, mais la ville , arbore étendard ; en ce cas la ville doit saluer les capitanes royales , car elles précèdent les capitanes , comme j'ai dit.

Nous avons aussi quelques lieux de dévotion que toutes les galères , passant à vue de jour, saluent à coups de canon, entre autres Notre- Dame de Montserrat, et la sainte chapelle de la Trinité de Gaëte, II. 59

assise dans la fente d'une des montagnes qui se fondit à Ja Passion de mon Sauveur, si la tradition est vraie ; Notre-Dame de Trapani ; et les marinier s ont une telle religion à ces salutt, que si on ne les faisait, ils imputeraient à irrévérence le premier mauvais temps ou la première disgrâce qu'ils souffriraient.

Les galères généralement toutes, passant à vue de plusieurs églises, i, oratoires et lieux de dévotion, notamment de la Vierge, . à voix et trompettes par trois fois. Notez que, lorsqu'on salut , si la chiourme vogue, on lève le* rames, c'est-à-dire on cesse de voguer pour saluer avec plus de révérence et de décence respectueuses, autant que le temps et le lieu le

t, venons, aux galères des semi-puissances ou ducs rains, j'entends Savoie, Malte, Florence et Gènes : leurs comme j'ai dit aux capitanes, saluent les royales , patronnes royales et ca pi ta nés des couronnes ; leurs patronnes et galères particulières, à plus forte raison , le doivent aussi faire.

Leurs patronnes rencontrant les galères patronnes des capitanes royales, les doivent saluer.

Si les galères particulières des escadres royales rencontrent les patronnes des ducs souverains , elles les doivent saluer.

De galères à galères particulières , à force égale , chacune fait son chemin, ou la plus forte donne la loi et se fait saluer; néanmoins les

des couronne! ^ ^ S°Uye™™ Mrt,cdieres Lorsqu'une personne entre dam une galère , la première civilité est de la faire donner à la bande , c'est-à-dire les hommes s'approchant de l'apostis ou côté de la galère pour la faire pencher, afin qu'elle monte plus facilement; la seconde civilité est, entrant dans la galère, la saluer baissant la tente, à voix et trompettes, -et la dernière, de la saluer à coups de canon, deux ou quatre, selon sa qualité; car tel personnage ira sur une capitane, que toute l'escadre le saluera : à quelques uns on ne tire que deux coups de canon; à d'autres , quatre de la galère seule sur laquelle il monte.

Il est vrai qu'allant sur une galère particulière, le capitaine doit prendre permission de son général , non de recevoir la visite , mais de le saluer à canonnades. On rend les mêmes honneurs descendant tle dessus une galère qu'en y entrant.

Quant aux personnes auxquelles on doit ces saints, cela est fort arbitraire : il est vrai qu'on les doit ménager, et ne les reudre à toutes sortes de personnes , car c'est une grande soumission et révérence.

Les galères capitanes et patronnes et particulières , partant d'auprès des galères qui sont par-dessus elles , usent des mêmes respects , honnenrs et saluts qu'en arrivant ; et si le lieu où elles sont ou veulent aller les oblige à laire la partance de nuit, elles prennent congé de jour et se mettent de levée, c'est-à-dire en lieu de pouvoir partir sans incommoder les galères et autres vaissetmx qui sont dans le port.

Retournons aux galères des ducs souverains de Savoie, Malte, Florence et de la république de Gênes. Ces quatre escadres ne se cèdent pas l'une à l'autre, au contraire, chacune d'elles prétend la place de patronne royale , c'est-à-dire la main droite et le lieu le plus honorable et plus proche de la galère royale. Savoie a ses prétentions en qualité de roi de Chypre, et se sert des mêmes raisons qui fondent sa royauté ; Gênes allègue sa royauté de Corse , et ses autres raisons que je pis.se sous silence pour dire que la capitane de Malte est en possession du rang et poste de patronne royale, de la main droite de la royale dans les ports, et naviguant, du lieu plus avantageux après elle; et a été maintenue en icelle et conservée en la main droite contre celle de Florence à l'arrivée de la reine-mère du roi en France , par arrêt solennel du conseil du roi , contre celle de Gênes , par arrêt contradictoire du roi d'Espagne, rendu solennellement en l'an 16*21 , et mis en exécution, leur donnant la possession par le prince Philibert, généralissime d'Espagne, et en diverses armées et voyages ont obtenu le susdit rang , lequel leur a été conservé ou confirmé par le marquis Sainte-Croix , lieutenant -général du généralissime, et les galères de Florence ont acquiescé à ce jugement , car depuis , aux armées navales , la capitarie de Malte tenant son rang , se sont contentées de guider l'avant-garde , rang sans doute inférieur à celui de patronne royale, puisqu'il n'y a

que d'être toujours près de la personne du premier ou de celui qui commande.

Celles de Gènes n'acquiescent point à cet arrêt et possessions , au contraire ont depuis tâché, à force d'argent, d'occuper, en l'absence même des galères de Malte, le poste, et ont failli d'en venir à bout; et le prince Philibert, l'an 1629, en eut quelque ordre ou tentation, que le comte Gatinaro, prieur de Sainte-Euphémie et général des galères de Saint-Jean, lui fit perdre. Depuis ils ont tenté le marquis Sainte-Croix, son lieutenant-général, et n'ayant pu le gagner, le privèrent de la qualité de noble citoyen génois qu'ils lui avaient donnée. Mais tout cela ne leur a réussi , car Malte est en possession; ils se trémoussent pour l'envahir, et lorsque la capitane de Malte va à Gênes elle salue la ville qui lui répond, puis la capitane d'Espagne, commandée de Doria, laquelle répond , et la capitane de Gènes, prétendant attirer à soi ce salut et d'en faire son droit, ce qui est tout-à^fait ridicule et hors de propos, salue aussi .

Pour Savoie , lorsqu'ils armeront des galères et les enverront aux armées navales, partie pour leurs raisons du royaume et partie pour leurs alliances des couronnes, elle prétend le lieu de patroune royale , néanmoins en la cause ou procès en Espagne, elle n'intervint point ni liersa (sic), et laissa prononcer en faveur de Malte.

Quoique Florence souil're que Malte, en sa présence, occupe la place de patronne royale, elle ne cède néanmoins à ce point de la saluer. S'étant rencontrées plusieurs fois à la mer, celles de Malte leur ont gagné le terrain. Depuis quelques années ces aigreurs se sont adoucies , et la patronne de Florence salue à voix et trompette la capitane de Malte, et la pitronne de Malte la capitane de Florence de même. Depuis peu d'années elles ont fait un voyage ensemble à cette condition que chaque capitane commanderait par semaine, celle de Malte commençant. Ce serait le bien de la chrétienté que ces deux bonnes escadres naviguassent ensemble, car elles donneraient bien de la peine à notre ennemi commun , j'entends le Grand-Turc et ses sujets. Ces quatre capitanes donc, de Savoie, Malte, Florence et Gênes, saluent toutes les forteresses, châteaux et villes qui arborent étendard des deux couronnes,

et quelques villes en particulier, comme Messine, parce que la ville en un de ses bastions, comme j'ai dit, arbore son étendard.

Elles saluent aussi les premières les villes des dues souverains comme Livourne, Malte, Nice et Gènes; et c'est l'ordinaire que toutes les galères tirent chacune quatre coups de canon.

Si les capitanes saluent, à plus forte raisou les galères particulières ou patronnes doivent saluer les mêmes villes, châteaux et forteresses.

Maintenant disons quelque chose des saluts des villes : comme j'ai dit , toutes les villes, châteaux et forteresses maritimes doivent saluer la capitane du pape et les capitanes royales après qu'elles ont tiré ; et »i l'ordre est que toutes les galères saluent , il y a deux façons de faire la décharge des canons : l'une, que au second coup de la galère qui commande, toutes tirent à la fois; l'autre, que les galères font leur salut l'une après l'autre : la première est française, la seconde espagnole, mais il y a peu de différence et d'importance.

Lorsque les galères saluent les premières, la coutume est que la ville, château ou citadelle répoud avec bon nombre de boites, sur la lin du salut quelques volées de canon, comme par exemple si l'escadre a tiré vingt coups de canon, la ville répondra de quinze boites et quatre volées de canon.

Lorsque la galère qui commande salue seule, si elle est capitane ou patronne royale, on lui répondra à coups égaux, si elle est patronne d'une capitane royale ou galère particulière, trois coups. Les saluts de terre sont volontiers de nombre impair de canonnades.

Il arrive assez souvent que des galères patronnes, des capitanes royales, portent des personnages de grande condition; en ce cas-là elles saluent les premières les villes ou forteresses, qui leur rendent le salut, et après la citadelle salue le personnage de haute condition et les galères répondent. Quand ces personnages vont en terre, s'ils fout savoir désirer passer inconnus, lorsqu'ils sont proches de la forteresse dans l'esquif, barque ou chaloupe, elle les salue encore à volées de canon.

Après avoir parlé et amplement traité des saluts actifs et passifs des galères entre elles , et des forteresses maritimes, parlons maintenant des saluts des vaisseaux aux galères. Par maxime générale reçue de tous

les prince» de la mer Méditerranée , l'étendard de» galères est préféré à relui des vaisseaux ronds; pour le prouver il ne faut que l'histoire de la Terre-Sainte, ce»qui s'est passé sur ce sujet aux armées navales de» Vénitiens, Luctpiois et Génois, l'histoire de notre temps des armements de l'oidre de Saint-Jean , des grands-ducs de Florence, dn duc d'Ossnfia et cent autres. Les galères ont toujours commandé et été tenues plus propres à porter les généraux d'armée que les vaisseaux; et de fait leur légèreté, agilité, facilité à voler sur la mer est admirable: en un moment vous voyez une voile haussée et baissée, ce vaisseau se tourner à toutes mains et se manier comme un cheval , qualité que Homère donne aux vaisseaux et qui s'approprie grandement bien aux galères. Lorsque les papes ont fait des voyages et les plus grands monarques , ils se sont servi en leur trajet des galères, ie sais bien que feu M. de Guise nous a fait voir cette nouveauté en la Méditerranée, que son vaisseau , on lui dans son vaisseau, voulut absolument commander aux galères, et «ra'après avoir été long-temps en mésintelligence avec nos généraux des galères de France, il eut cette consolation ou contentement à la veille, se peut dire, de son malheur et de son éloigncment de la France.

Je n'ignore pas les raisons que monseigneur le cardinal-duc, grandamiral de Fiance, a pour le vouloir ainsi, et de conserver cet avantage et nouveauté sur les galères, ce que je n'impugne, révérant tous ses sentiments et ordres; je dirai néanmoins, avec les respects (pie je dois, crae, en France seulement , de la Méditerranée, on le pratique de la sorte , car les autres monarques ou princes estiment les vaisseaux ronds, en comparaison des galères , des chevaux de bâts et bons à porter grand chaos de marchandises et attraits, et pour servir comme de magasins aux galères ou bien d'arsenal et lieu de dépôt tle leurs prises et denrées, et pour tant les vaisseaux ronds doivent les premiers le salut aux galères à nombre impair de canonnades.

Partant donc que des vaisseaux qui se trouvent dans les ports de la Méditerranée hors de la France, ils saluent les premiers les royales ca pi ta nés des républiques et capilanes particulières, ou patronnes royales des couronnes, à nombre impair de canonnades, plus ou moins, selon la qualité du vaisseau ou courtoisie du lieutenant-général ou ca-

PRATIQUE DE LA GUERRE. — DÉC. 1640. Ali

pitnine cl chef de Tannée. Lorsque le duc d'Qssufia arma ses sept grands galions, qui furent la terreur des Vénitiens et du levant, ils mouillèrent a Malte et saluèrent sans le disputer leur capitane; il est vrai qu'ils n'avaient patente que du duc d'Ossuûa , vice-roi de Naples; en quoi se méprit le feu sieur de Manty, car feu M. de Guise, soil-disant amiral de France des mers du levant (ce qu'on ne lui avoua jamais , et n'en avait brevet ni lettres), lui donna qualité de vice-amiral et lieutenant-général, avec laquelle il fut à Malte, et ayant besoin de l'ordre, présuma demander que les galères le saluassent le premier; on lui répondit ce que vous inférez du discours précédent, après quoi il se rendit à son devoir ou à la nécessité, et salua le premier. Il est vrai que peu de temps après, ayant rencontré les galères de l'ordre proche le cap Passa ro , en Sicile, il ne salua; mais la nécessité l'ayant forcé de retourner pour la seconde fois à Malte , il lit ses excuses et reçut toutes sortes de courtoisies.

Je sais bien y avoir grande différence entre l'amiral qui commande aujourd'hui eu la Méditerranée et l'autre armement, car il n'était que lieutenant-général et celui-ci général en chef; l'antre n'avait lettre* que d'un amiral soi-disant tel , celui-ci lettres du roi et du grand-amiral de France. Et si un prince peut choisir qui bon lui semble pour général de son armée, il peut par même raison faire porter son oriflamme ou principal étendard au vaisseau que bon lui semblera , puisque cela lui est arbitraire, et peut donner à son amiral la dignité et autorité que bon lui semble.

Il ne faut pas douter que si nous étions en paix avec l'Espagnol, et s'il allait en un port sujet d'Espagne, qu'on ne fit grande difficulté de le saluer.

Pour les ducs sérénissimes ou semi-puissances, sa patente étant ample comme elle est, elles ne doivent ni ne peuvent faire difficulté de saluer les premières : je dis leurs villes , forteresses et châteaux.

Pour le vice-amiral, il aurait lieu d'en douter, et si leur patente n'était très-ample, en quoi glt l'affaire, j'en douterais avec raison, parce que cela nous est nouveau en la Méditerranée, et n'est reçu généralement de tous les princes qui y ont intérêt.

m LIVRE V. — CHAP. X.

Les vaisseaux donc , hors ces amiraux qui , à l'arrivée des galères , étant dans les ports, arborent leur pavillon, sont obligés de saluer les royales, capitanes du pape et Sicile, Naples et Gènes (quand je dis Gènes, c'est-à-dire de Doria ) , qui ont l'étendard d'Espagne, s'ils sont des sujets d'Espagne; s'ils sont d'autres princes, on ne les y peut forcer. J'ai vu néanmoins la royale, arrivant à Messine, forcer tous les vaisseaux qui étaient dans le port , sans exception de nations , à la saluer à canonnades, et elle ne répondit; il est vrai qu'il n'y avait pas des vaisseaux de guerre ni de grande considération.

A ceux de guerre qui en out même plusieurs sous leur commandement , la royale ne répond qu'un coup , la capitane du pape le même, les capitanes de Naples, Gènes et Sicile deux, celles des ducs sérénissimes, Savoie, Malte, Florence et Gènes trois, si tout leur canon tirait même, mais la capitane seule répond.

Les patronnes de Naples, Sicile et Gènes commandant une escadre, si le vaisseau salue de cinq coups, elle en tirera deux; si sept, trois; si tout le vaisseau tirait, ce qu'il ne devra, quatre.

Maintenant parlons des saluts en naviguant Lorsque la royale ou une capitane du roi navigue avec nombre de galères, la coutume esl qu'on envoie uu quart des galères à l'avant-garde, et le reste navigue au gros en cette façon :

Si l'on va à la voile, la royale va sur le vent, la patronne royale la seconde, et les autre» successivement selon leur rang; tellement que la dernière de l'armée est la plus sous le vent.

L'avant-garde \ a devant l'armée environ huit milles, et le conducteur de l'avant-garde, pour conserver cet avantage de chemin sur l'armée , peut faire la force de voiles ou rames que bon lui semble.

Les galères qui naviguent avec une royale ou autre galère de commandement , doivent ne la jamais passer , c'est-à-dire que leur proue soit vis-à-vis de la moitié de la royale ou galère qui commande.

Et de peur qu'on ne se trompe quand elle change de voile , il y a ordre pour cela, par signe d'un étendard qu'on déploie sur la poupe ; et ainsi on montre la voile qu'on a dessein et ordre de faire.

I/es galères de l'armée doivent faire ce que celle qui commande fait : si elle vogue, voguer; si elle fait voile, le faire; enfin faire toute la navigation (ru'elle fait.

Si le temps est tout-à-fait changé et qu'on aille aux rames seules, l'armée navale met la galère de commandement au milieu ; et on navigue avec le respect que j'ai dit, l'éperon ne passant jamais sa misaine : c'est le terme qui signifie le milieu de la galère.

Si l'avant-garde découvre quelques vaisseaux, elle ne peut ni ne doit suivre; mais bien à l'heure même faire halte et en donner avis a la galère qui commande , laquelle l'enverra reconnaître.

Cet office de reconnaître le vaisseau appartient à la patronne royale, néanmoins elle n'y doit aller sans ordre du général.

On envoie avec elle ou sans elle nombre suffisant de galères pour reconnaître le nombre des vaisseaux découverts.

Les galères qui vont reconnaître peuvent faire force de voiles et de rames, telle qu'il semble à propos à celui qui commande; et pour y aller, les galères commandées laissent avancer toute l'armée pour ne passer par proue des galères. Lorsque ces galères approchent du vaisseau qu'on va reconnaître, s'il ne baisse ses voiles pour attendre , la galère qui commande lui fait une fumée , puis lui tire une canonnade sans balle; s'il va toujours à son chemin , lui tire la troisième canonnade avec balle, et alors toute l'armée, s'il y a nombre de vaisseaux , doit mettre la proue dessus. Il regarde la prudence du général, cependant que des galères vont reconnaître, d'aller tout à l'aise pour donner loisir aux galères de revenir au corps de l'armée.

Lorsque des galères vont reconnaître un vaisseau , s'en approchant , elles doivent gagner le dessus du vent.

Un vaisseau qui a dessein de se laisser reconnaître doit amener, ou bien abattre sa voile de gage, donner lieu à la galère de lui gagner le vent, et, à modeste distance, saluer à coups de canon sans balle, impairs; la galère lui rendra le salut comme j'ai dit.

Si c'est vaisseau de guerre, le capitaine enverra sa patente par son lieutenant ou pilote.

S'il est vaisseau de marchandises, le capitaine ou le secrétaire ira sur II. 60

474 LIVRE V. — CIIAP. X.

la galère, et y demeurera cependant que Je lieutenant de la galère,

le pilote et quelques mariniers iront visiter le vaisseau.

La visite faite, n'y trouvant rien de contrebande, on le laisse aller; il salue derechef, la galère ne répond, et puis retourne à l'armée.

•Mais que ce soit vaisseau de guerre ou marchandises, le capitaiue qui est allé reconnaître doit s'informer exactement des nouvelles à l'armée de l'ennemi, de son nombre, force et état des vaisseaux qu'il a laissés eu des ports, de leur départ et autres particularités.

Les galères qui ont reconnu, retournées à Tannée , si c'est une capitane, le général envoie son capitaine; si ce n'est qu'une galère particulière , le capitaine même va faire son rapport au généralissime ou général ; les galères retournées à leur rang saluent à voix et trompettes.

Lorsque le vaisseau reconnu est ennemi , l'armée y va ; on le combat, coule en fond ou prend à bonne guerre; mais quiconque prenne l'éteudard est obligé le porter à celui qui commande, duquel il recevra louanges et récompenses.

La coutume est que, le malin ou sur le soir, naviguant ou dans un port, on salue à voix et trompette la Vierge, et naviguaut, la galère qui commande, par trois fois, et elle rend le salut deux fois.

Si l'on rencontre des vaisseaux de nuit, l'ordre est de ne les combattre; mais on les suit à l'esquilée jusqu'au jour, de si près qu'on ne les perd de vue, et le jour fait ou les reconnaît.

Nous avons parlé des navigations des armées navales grosses en nombre; disons quelque chose de la navigation de peu de galères.

Par exemple, celles de Malte, elles naviguent toutes ensemble, prennent leurs postes, et dans la navigation et dans les porte, selon l'ancienneté des capitaines. A la mer, la capitane lient le dessus du veut, et les autres consécutivement font lionne garde, et ont des mariniers experts sur cela sur le calse de la maître; celle qui découvre est obligée d'en donner avis à la capitane, et vont toutes ensemble ou en corps reconnaître. Lorsque le vaisseau prend chasse, va qui peut et le joindre le premier, surtout des vaisseaux de rames; et alors ne regarde de passer par proue aux autres galères , car il faut aller ou le vaisseau fuira. Pour les vaisseaux ronds, qui peuvent difficilement

PRATIQUE DE LA GUERRE. — DÉC. 1640. 475 échapper de devant les galères, toutes vont ensemble, et le général donne les ordres du combat, de les rationner à brider, se mêler, s'arrêter et faire de faux-abords et assauts. Lorsqu'il est pris ou rendu , le général donne les ordres de celui qui devra commander, cl de ce qu'il y est à faire, de l'amariner et envoyer en chrétienté, ou de le remorquer, c'est-à-dire le tirer après soi par force : ce que le capitaine ne fait jamais, si ce n'est en cas de grande nécessité.

Au demeurant de la navigation, les galères sont obligées de faire ce que fait la capitane, comme faire voile tente, amener la voile, abattre la tente, voguer toute la galère ou l'un des quartiers, faire même voile qu'elle, et imiter et obéir en toute sa navigation.

S'il fait nuit obscure ou temps dangereux de se séparer, la royale capitane et patronne allument des chandelles dans leurs fanaux ; le lieu de la navigation étant étroit, les galères particulières mettent un fanal avec une chandelle allumée pendue à leur poupe, de peur que les autres galères ne les investissent, c'est-à-dire choquent ou frisent.

Elles ont aussi une coutume de faire la preuve, c'est-à-dire la découverte, le matin et le soir, et, lorsqu'une galère avertit avoir découvert un vaisseau, elle le fait en cette façon : un marinier expert monte ou, si le temps est fâcheux, s'attache au bout de l'antenne de maître , du côté de poupe , et aux barbes ( cordes ) auxquelles on attache l'espignon , puis on trise ( hausse ) l'antenne , et attire par force la quarre de proue à la mesannie, et la joint à l'arbre, de façon que l'antenne semble hante sur l'arbre de maître. Après que l'antenne est ainsi mise avec l'homme en haut, on naviguera une heure ou plus, et chacun des hommes qui sont en la peine regardent le plus qu'ils peuvent sur l'horizon , et , découvrant un vaisseau de rang, fait un signe de la main ouverte; s'il est rond, tient le poing fermé; s'il voit plus de galères que n'est son escadre, il redouble autant de fois le signe. On navigue encore quelque temps pour s'en bien assurer, et, la chose avérée et la découverte confirmée des autres galères, on donne ou prend chasse selon le nombre des vaisseaux ennemis.

Les galères donnent aussi le mot sur le tard : par cet ordre , une

heure de soleil la galère ejui commande l'avant-garde attend le gros de l'armée, et, prenant le dessus du vent, la royale ou capitane, qui salue à toix et trompettes , demande le mot , le reçoit, et derechef, puis fait force voiles ou rames pour rejoindre son ;ivant-garde; après, la patronne royale rend même devoir à la royale, et reçoit le mot et le donne à son escouade , car la royale ne le donne qu'à la patronne royale et aux capitanes, non aux galères particulières; et la nuit, se rencontrant sans se connaître, elles se donnent le mot. Et bien qu'il semble qu'étant de la sorte public il ne serve de beaucoup , on a néanmoins vu qu'il a servi , et que les galères ennemies se sont mêlées parmi des chrétiennes , et qu'on les a reconnues par le mot.

11 ne sera pas, peut-être, désagréable que nous disions quehpie chose eu général des ordres et lieux de combat. Nous avons déjà dit que le lieu le plus honorable et avantageux est le dessus du vent, parce qu'on est en état de battre le vaisseau ennemi en ruine ; mais aux armées navales, on ne le peut, car il faut bien tâcher que toute l'armée l'ait où la royale ne le peut avoir, parce qu'il faut de nécessité qu'elle soit au milieu de l'armée , c'est-à-dire qu'étant rangée en forme de demilune , elle soit dans le milieu, et ait égale nombre de galères à sa droite ou gauche ; personne ne doute que ce ne soit son lieu de combat, mais bien de celui de la patronne royale, d'autant que nous n'en avons pas des exemples; car, en la bataille de Lépante et de Juan d'Autriche, il y a différentes opinions du lieu où était la capitane de Malte, patronne royale, car aucuns disent qu'elle était à la main droite de la royale; les autres, à la corne droite de la demi-lune, et la capitane de Naples à la gauche. Quant à l'importance de la place, il est bien certain que le commandement de la corne droite est plus honorable et plus nécessaire que celui de la main droite, parce que, prenant l'ordonnance de la bataille, il faut que celle qui commande la corne droite et gauche la tienne unie et ralliée , et étant assez éloignée de la royale, il est nécessaire qu'il y ait des galères et personnes de commandement qui puissent, selon l'occasion, donner des ordres; mais quant à la sûreté de l'événement du combat, il est expédient que la

royale ait auprès d'elle, à sa main droite et gauche, des galères renforcées; car toute la bataille se donnant pour et contre l'étendard, pour le conserver et acquérir , il faut avoir auprès d'icclui deux bonnes capitanes et galères fortes. On le voit en la bataille de Lépante : la capitane de Malte fut prise de l'ennemi , et regagnée sur lui par les galères de son escadre qui se tinrent toujours proche d'elle et ne l'abandonnèrent jamais; ce fut tout l'effort plus grand de la bataille navale. Il y en a même qui veulent que la royale ait derrière elle deux galères renforcées, chargées d'hommes de valeur et de munitions, pour, au besoin, la renfoncer. Néanmoins, D. Juan d'Autriche, contié en sa valeur et en la bonne assistance de celui pour lequel il (combattait, ne voulut ce renfort, et dit qu'il voulait combattre sans supercherie, ce qui n'aurait pas été, car, à la guerre, toutes inventions sont permises.

Les petites escadres, comme Malte, Florence, attaquant, mettent au milieu la capitane, si l'on ne combat avec les voiles, et conservent le respect, hors en ce qui est d'aborder; car investit qui peut et juge en être temps.

Ceux qui ont pris des étendards ou bannières sont obligés de les représenter au général , qui récompense ceux qui ont bien fait, ou loue à son prince leur courage et bonne action, afin qu'il les gratifie.

Et parce que tel exploit ne se passant fort rarement sans que quelqu'un pie les pots cassés, lorsqu'il meurt sur les galères des personnes de condition , et qu'on ne peut porter les corps en terre pour des considérations, on les enveloppe dans un linceul et une bière si l'on a du bois pour la faire; et après que le prêtre de la galère a récité les oraisons pour le décédé, on le jette en mer, et tire deux ou quatre coups de canon, selon sa condition, et salue à voix et trompette.

Lorsque les galères retournent du cours, si elles n'ont fait prise utile et honorable, elles saluent en la façon que j'ai dit ci-devant ; lorsqu'elles ont fait prise de considération ou honneur, elles tirent deux ou trois fois le canon par l'ordre que j'ai dit ci-devant, par l'ordre du général.

Si le général a été tué en l'occasion ou est mort au voyage , les ga-

lères, quelles prises qu'elles aient faites, ne font que le salut ordinaire.

Si un capitaine d'une galère a été tué , et que les autres fassent entrée , elle n'en fait aucune, entre avec sa tende arborée en désordre, vogue les rames sans accord , salue a peine à voix basse , ne couvre sa poupe que d'un étendelet d'herbage, gros drap noir et gris , et témoigne le deuil possible à cause de sa perte.

Lorsque les galères entrent dans un port, si le temps le permet, elles entrent sans tende, amènent leurs voiles à la bouche du port, n'entrent au rauque ; après les saluts , les galères patronnes ou particulières laissent aller la capitane prendre son poste, et après vont prendre le leur , et le prennent saluant leur capitane ; et peuvent , pour se ranger, passer de proue de leur capitane.

Il est encore une sorte de salut qu'on pratiquait, que le prince Philibert désapprouva, et depuis on ne le pratique : c'est que les capitaoes et galères particulières mettent leur étendelet de damas ou écarlate sur la poupe, leurs pavesades autour de la galère, leur étendard de damas, tlamme et ilammette aux antennes de maître et trinquet, et leurs banderoles à chaque banc , puis font prendre les armes aux soldats et mariniers, et faire des décharges de la mousquelerie , durant et après les canonnades. La capitane de Malte, avec grand appareil, alla saluer la royale d'Espagne, commandée du prince Philibert ^ il en dit ses sentiments, qu'il faisait bon voir cela , mais que c'étaient des appareils bons après une bataille gagnée. Le comte Gatinara, général desdites galères, lui répliqua que la religion estimait plus gagnant ses grâces qu'uue bataille ; et lui répliqua qu'il faisait grand état de la bonne volonté que l'ordre lui portait, et qu'il ferait le semblable de son chef.

Les galères, la veille de la fête du saint en la protection duquel elles sont vouées ou combattent, si le temps le permet, se parent de leur haut appareil que j'ai dit, et font au moins trois saluts de canonnades et mousquetades, et le lendemain, lorsqu'on élève le Saint-Sacrement de la messe qu'on célèbre en terre, vis-à-vis la poupe des galères.

Chaque galère a son chapelain, et l'escadre une chapelle pour oé-

PRATIQUE DE LA GUERRE. — DEC. 1640. 479 lébrer , où elles se trouvent, même en terre d'iulidèles , la sainte mcw nous une barque eu forme de pavillon ou lit carré. Toutes ont cette dispense du pape.

On fait cette magnificence aussi à l'avènement du prince à la souveraineté, et à la naissance de ses enfants, alliés, parents et confédérés, et es autres réjouissances publiques et célèbres de fêles fort solennelle» pour occasion spirituelle et temporelle.

11 reste encore à raisonner d'une cérémonie assez particulière : lorsqu'il faut calfeutrer, accommoder, ou mettre sur le côté la royale ou capitaiic qui commande , il appartient à la patronne de recevoir sur elle l'étendard , et donner le sien à sa patronne. J'ai vu le diiférend au temps du duc d'Ossuna , vice-roi de Sicile, en l'an 1617. La capitane de Naples voulut se mettre sur le côté et espalmer ; sa patronne prétendait prendre sur elle son étendard ; la ca pi ta ne de Malte s'y opposa , et le marquis Sainte-Croix ordonna qu'elle le recevrait. La patronne de Naples, déchue d'espérance d'avoir l'étendard royal, demanda celui de l'ordre; on lui répondit qu'il ne pouvait être porté sur une galère qui ne fût de l'ordre, et, de fait, on le porta sur la patronne de Malte , que le commandeur de Yanterol , depuis grandprieur de Saint-Gilles, commandait. Lorsque la galère s'élève des deux côtés, les autres galères saluent à voix et trompette; et lorsqu'on y retourne arborer l'étendard.

Venons des galères de la chrétienté à celles des Turcs; elles pratiquent les saluts à la voix des chiourmes, non à trompettes; la plus grande partie ne portant qu'un canon et quelques pierriers , leur canon au plus est de trente livres; mais ils n'ont ces civilités, respects et déférences , au contraire en usent barbarement; à Constantinople, néanmoins, ou salue la royale à coups de canon , et oblige les vaisseaux qui sont dans le port à la saluer à canonnades, et ne répond jamais ; il est vrai qu'il ne parait auprès d'elle que des galères de ses sujets , lesquelles abattent l'étendard. Ceux qui nous ont écrit l'histoire de ce pays-là nous en ont conté tout c* qu'ils ont voulu; il est vrai qu'entrant dans les ports, ils ne saluent' avec le canon, arrivent et partent incivilement.

Pour les galères de la sérénissime république, elles en usent comme

les autres chrétiennes. A peine les capitaines ont des trompettes, et épargnent soigneusement leurs munitions et ne les jettent allant dan» leurs havres ou sous leurs forteresses. L'ordre de naviguer est le même que des autres galères chrétiennes.

D'ici en avant, nous dirons les mêmes choses que nous avons dites eu l'Océan, avec peu de différence.

Il est temps de dire quelque chose des vaisseaux ronds entre eux ou avec des galères. Je dis donc que le roi est le seul des monarques et princes ayant côtes et havres en la Méditerranée qui fait que l'étendard des galères salue celui des vaisseaux, et que les amiraux saluent les royales et capitanes royales.

On pratique ès armées navales des vaisseaux ronds de la Méditerranée, d'y avoir amiral, contre-amiral et vice-amiral, (pi portent leurs pavillons aux arbres de maître, trinquet et mesanc, en tout temps, occasion et lieu.

Le lieu plus avantageux de la navigation est, comme en l'Océan, le dessus du vent, pour les raisons alléguées ou traitées des saluts de l'Océan.

Sans doute, les citadelles, châteaux et forteresses maritimes doivent le salut les premiers à l'amiral de leur prince, hors la capitale en laquelle le prince sera et où il aura arboré le pavillon, s'il n'y a une personne royale dans l'amiral , je dis du sang royal.

Pour le vice-amiral et contre-amiral, la pratique est la même qu'en l'Océan.

Je dis le même pour la quantité et la qualité des saluts et nombre de coups qu'on tirera; mais le salut principal est aux canonnades.

Avec cette différence que, en la Méditerranée, nous ne pratiquons pas la façon de faire mettre bas aux vaisseaux le pavillon , et les galères même ne les y forcent. Il est vrai que si un vaisseau d'un monarque ayant dignité rencontre un autre vaisseau des sujets de son maitre, qu'il l'obligera mettra bas le pavillon, mais non pas un vaisseau d'un autre prince. Par exemple, l'amiral de France, rencontrant le viceamiral d'Espagne, si nous étions eu paix, ne l'obligenut-il à abattre sou pavillon? non, et n'exigerait de lui que le salut.

Ce salut, au surplus, comme en l'Océan, consiste à passer sous le vent, amener les voiles et attendre le vaisseau qui vient à lui, saluer à canonnades, et envoyer sa commission sur l'amiral.

De vaisseau à vaisseau particulier, le plus fort fait la loi, et ou se pique fort des saluts à canonnades, et les vaisseaux de marchandise* se font prier de saluer ceux de guerre et de soullrir leur visite.

Les amiraux de Savoie, Malte, Floreuce et Gènes doivent le salut à l'amiral et vice-amiral de France et d'Espagne sans contredit.

Approchant de la bouche des porte, ils plient partie de leurs voiles, et retiennent surtout le gage pour saluer les forteresses, et le moindre vaisseau salue le plus grand en dignité, et les églises qu'on a coutume de saluer.

Un vaisseau particulier du roi est obligé de saluer l'amiral et viceamiral d'un duc souverain.

Et pour ce qui est des vaisseaux de partis contraires qui pourraient arriver en un port neutre ou d'un price neutre, on en use comme en l'Océan.

Les vaisseaux désarmés Baluenl l'un après l'autre, selon leur rang et dignité, avec médiocre distance d'un salut à l'autre. Pour ce qui est de donner ou envoyer le mot, la pratique est la même qu'en l'Océan , prenant garde à ne se passer par proue les uns des autres.

II y a même peine qu'en l'Océan à ceux qui ne saluent ceux qu'ils sont obligés de saluer et de secourir le vaisseau qui demande secours à canonnade. La pratique des saluts entrant et sortant des ports est la même qu'en l'Océan, et en divers lieux on salue les forteresses et la ville, comme à Malte, à Messine, à Naples, Saragouse, Palerrae, Livourne, Civita-Vecchia, Gênes, INice, Tolon-la-Forteresse ; et si pourtant ils veulent saluer la ville, la coutume est d'en avertir le gouverneur ou magistrat , afin qu'il se tienne prêt à répondre.

Que s'ils portent des personnes de liaute qualité, ils saluent la forteresse qui leur répond , et après salue le personnage et le vaisseau répond; et s'ils vont à terre, les forteresses les saluent aussi, et commencent à tirer les canons qui sont sous le vent. On n'use guère que par bravade de tirer avec le boulet.

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Lorsque les vaisseaux entrent dans un havre, l'amiral donne l'ordre des saluts; s'il n'en donne aucun, il répond lui seul avec le canon ou salue, et les autres seulement avec les voiles j car les vaisseaux particuliers ne peuvent tirer le canon sans la permission de l'amiral ou de celui qui commande.

La nuit on ne salue jamais; on remet le salut au lendemain au faire de jour, et envoient devant eux leurs chaloupes avertir la forteresse quel vaisseau y arrive.

Lorsque l'amiral salue quelque personnage de haute condition , les autres vaisseaux, s'ils n'ont le commandement, ne doivent saluer; le même s'entend du vice-amiral commandant.

On use aussi de faire la fumée et tirer une canonnade sans balle au vaisseau à la mer qu'on veut obliger à saluer, et le second avec la balle, si l'on est à portée, s'il ne se range à son devoir.

Dès qu'on se met à donner chasse à un vaisseau , on déploie son pavillon afin qu'il le puisse voir, reconnaître et se laisser approcher.

On fait différence des lettres des vaisseaux de guerre et marchands, en ce que les unes s'appellent commissions, les autres patentes ou lettres de chargement : c'est comme en l'Océan.

Tout navire marchand naviguant seul arbore son pavillon en haut, au hasard de l'abattre s'il trouve plus fort que lui du même prince , ou autre qui ait celte bigarrerie en l'esprit; s'ils sont plusieurs , ils conviennent entre eux des commandements et dignités. Les vaisseaux français revenant du Levant le font tous les jours et en usent comme en l'Océan.

Le jour de la fête de leur saint et aux quatre particulières de l'année, si le Saint-Sacrement, la procession avec des reliques passe h vue des vaisseaux , saluent avec le canon comme en l'Océan ; mais ou ne force personne; de même, si quelque personne de condition va visiter le vaisseau, si l'on jette en mer le corps de quelque personne de condition décédée et qu'on ne peut ou veut porter en terre pour des considérations.

Je traiterai ici une matière qui ne sera pas désagréable , pourôter l'amertume que cette chicane de cérémonies pourrait laisser en l'esp it

de quelques uns , c'est rumine les Anglais et Hollandais sont traités en la Méditerranée ; je commence des Anglais.

Ils sont reçus dans tous les ports favorablement, dans tous les havres, et on traite librement avec eux ; dans les ports, ils saluent l'étendard d'Espagne; à la mer, s'ils sont assez forts, n'en font état.

En l'an 1515 , don Pietro de Lassa , général des galères de Sirile, alla en Levant avec vingt galères renforcées , desquelles étaient celles de Malte et Florence.

Proche de Zante, il rencontra huit grands vaisseaux anglais; l'escadre de Malte les alla reconnaître : ils dirent tout haut qu'ils ne reconnaissaient pas l'étendard d'Espagne , qu'ils priaient les galères de Malte ne se mêler du combat et les laisser faire, qu'à elles ils rendaient volontiers obéissance. Le général de Malle alla sur la ca pi ta ne royale, fit son rapport et déclara ne pouvoir combattre contre eux ; que son ordre , quoique le roi d'Angleterre eût diverti ailleurs ses biens, maintenait vives les dignités anglaises et des chevaliers des autres langues; qu'on les recevrait favorablement à Malte ; que le pape même le trouvait bon , et partant qu'il ne pouvait prendre part à ce mépris, que don Pietro de Lassa but et dissimula , et , passant outre , donna ordre au général de Malte de les aller visiter; ils le saluèrent et souffrirent la visite de ses gens et lui envoyèrent des présents, et l'escadre de Malte s'éloignant d'eux , ils donnèrent feu à tous leurs canons chargés à balles, pour faire voir qu'ils s'étaient préparés et mis en état de combattre généreusement.

A Livourne et Gènes , ils sont les bienvenus, et encore mieux à Venise.

Quant aux Hollandais, ils sont fort bienvenus à Livourne et à Gènes ; et pour preuve que les Espagnols les souffrent de bon cœur, s'ils les rencontrent avec leurs galères aux rades et hors de la portée du canon , les Hollandais ne se bougent , n'arborent leurs pvillons ni ne saluent les galères.

Pour Malte , ils y sont très bienvenus. Après que la trêve passée entre les Espagnols et les Hollandais la guerre fut ouverte , il en alla quelques uns à Malte; le prince Philibert, à la suscitation de quelques mouchards ,

W» LIVRE V. — CIIAP. X.

en lit plainte, allégua les termes de la donation de Malle à l'ordre, avec condition expresse de ne souffrir en ses ports les ennemis du roi catholique. L'ordre répondit à*on altesse qu'il la suppliait considérer qu'il ne se pouvait passer de Hollandais, qu'ils lui fournissaient du bois, plomb, étain , poix, guiteron, soufre, salpêtre et poudres, boulets de fer et pierre, et les clous des vaisseaux; et que leur déniant le port , c'était s'exclure d'espérer d'eux ce nécessaire secours; qu'ils lui donnaient même des vaisseaux quand il en demandait; que néanmoins l'ordre se pourvoirait pour s'en passer et n'avoir commerce avec eux , ce que l'on fit en abondance. De là à huit mois, le prince Philibert envoya demandera Malte quantité desdites munitions; l'ordre les refusa ^'excusant d'en avoir véritablement ; que ce qu'il en avait étant consommé ne savait où s'en pourvoir, néanmoins le secourut d'une médiocre quantité; mais puis se contenta par la nécessité du commerce de Malte avec les Hollandais , à ce point qu'il pria l'ordre de faire venir de Hollande deux vaisseaux chargés de munitions sous son nom; le traité fut fait avec MM. de Sali coffre, qui les chargèrent en Hollande. Dès lors les Espagnols ne disent plus mot du commerce des Hollandais à Malle, où on les reçoit , leur donne le port et cède quoi qu'ils ont besoin avec courtoisie et civilité.

Pour Venise, quiconque y porte argent ou marchandises est le trèsbienvenu et reçu à bras ouverts.

Voilà les maximes générales dessaluts des galères et vaisseaux ronds, desquelles on peut tirer celles que j'aurais omises et qu'on pourra juger par conséquence, ressemblance ou rapport de celles (pie j'ai ci-devant rapportées.

Four ce qui est des festins, la pratique, quant aux vaisseaux ronds, est la même qu'à l'Océan aux festins <pii se font sur les galères : le canon ne Urejama.s.

Que si l'on s'enquière ou cherche la cause pour laquelle les galères ne saluent avec la voile, c'est que leur plus ordinaire et principale façon de naviguer est avec les rames, leurs chiourmes aussi saluent à voix comme j'ai dit.

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