LETTRE DU ROI. — FÉVRIER
et en la poursuite de l'armée ennemie qui l'attaquait, me donnent sujet d'envoyer en Languedoc presser mon cousin le maréchal de Schomberg de rendre le secours de la Catalogne le plus puissant et le plus prompt qu'il se pourra , et de vous dépêcher en même temps le sieur de Besançon pour vous faire connaître combien il est nécessaire d'avancer le secours de mer en la côte de Catalogne , et que je ne désire rien davantage que de savoir que vous y soyez avec les forces dont j'ai fait état.
Que comme les avantages des Catalans peuvent donner lieu d'employer utilement mon armée de ce côté-là en divers endroits, je désire que, pendant que le sieur de Lamotte-Houdancourt agira vers Barcelonne ou ailleurs, selon les occasions qui s'offriront , avec un corps de troupe français de quatre mille hommes de pied et mille chevaux et l'armée du pays, mon cousin le maréchal de Schomberg, avec le corps d'armée qu'il formera des troupes qui lui resteront, aille du côté de la terre attaquer et prendre Collioure et Roses , et, qu'en même temps qu'il se présentera devant ces places du côté de la terre , vous les attaquiez par la mer, et agissiez en toutes choses de concert avec ce lui , mande de faire de sa part avec vous, vous donnant l'un à l'autre, en toutes occasions, une assistance mutuelle.
Que pour assurance de mon armée navale , vous receviez d'abord le fort et le port de Cadequia , que les Catalans ont promis de remettre en vos mains.
Et parce crue ceux qui connaissent Collioure et Roses estiment qu'en les attaquant du côté de la terre et de la mer, en même temps, l'on peut emporter chacune de ces places en quinze jours; cela succédant, comme je l'espère de l'assistance de Dieu , l'on pourra porter mes armes ailleurs, et peut-être attaquer Salscs; mais c'est un projet auquel il ne faut penser qu'après avoir fait réussir ceux-là, auxquels je m'assure que vous n'omettrez rien de votre part , ni aux autres choses qui regarderont l'avancement des affaires de la Catalogne, du bon acheminement desquelles il y a lieu de beaucoup espérer. C'est ce que je vous dirai par cette lettre, me remettant audit sieur de Besançon de vous faire particulièrement connaître combien je désire l'avanceii. 67
ment dudit secours , l'ayant fait informer de tout ce qui est de mes intentions. Et parce que je lui ai donné charge de s'embarquer avec vous, à faire tout ce que vous désirerez de lui pour mon service, je vous le recommande comme une personne capable d'agir utilement en ces occasions , et que je tiens tres-atfectionné à mon service , priant Dieu qu'il vous ait, monsieur l'archevêque de Bordeaux, en sa sainte
LOUIS
LETTRE DU ROI
A M. L' ARCHEVEQUE DE BORDEAUX, ENVOYANT LE SIEUR D'ARGENSON EN CATALOGNE EN QUALITÉ D'INTENDANT, AFIN DE GARDER AVEC LUI COR- RESPONDANCE ET BONNE INTELMGENCB.
Mons. l'archevêque de Bordeaux , sur l'avis que j'ai eu des dispositions pressantes des états et peuples de la Catalogne , j'envoie le sieur d'Argenson, conseiller en mes conseils d'état et privé, pour. en recueillir les fruits, et pour s'employer en tout ce qui sera à traiter avec eux, et en qualité d'intendant de la justice , police et finances en mes armées de terre et de mer, et dans le pays de Catalogne , prendre soin du payement et de la subsistance des troupes, et de les tenir si bien disciplinées qu'elles ne puissent donner aucun sujet de plainte à ces peuples. Ce que j'ai bien voulu vous faire savoir par cette lettre, et vous dire que comme j'ai ordonné audit sieur d'Argenson de vous donner part de ce qu'il avancera pour mon service en ces quartiers-là , aussi mon intention est que vous gardiez une correspondance étroite avec lui, que vous fassiez tout ce qui sera nécessaire de votre part pour l'exécution du traité qu'il fera avec ceux du principat de Catalogne, et, qu'en toutes occasions, vous considériez particulièrement ses avis, comme d'une personne en qui j'ai une entière confiance. Et me remettant sur lui de ce que je pourrais ajouter à la présente , je ne vous la ferai plus longue que pour prier Dieu qu'il vous ait, sieur l'archevêque de Bordeaux , en sa sainte garde.
LOUIS
Écrit i SMOt-G^rmain-n-Layc , le 16 de «Trier i6f i.
FÉVRIER 1641. 531 M. Bidaud continue de renseigner M. de Bordeaux sur les
affaires d'ftalie.
LETTRE DU SIEUR BIDAUD a m. l'archevêque ob bordeaux.
Monseigneur ,
J 'ai reçu par le patron Baptiste l'honneur de votre lettre du 1 6 de ce mois, suivant laquelle je ne manquerai pas de tenir votre excellence avertie, par toutes occasions, de ce qui concernera le service du roi et le vôtre en particulier , avec la ponctualité et fidélité que j'ai toujours fait.
Le marquis de Leganez de Castanières avec les autres ministres d'Espagne partirent jeudi dernier. Le mauvais temps les a retenus quelques jours à Morgues. Il y a long-temps que je me suis donné l'honneur de vous donner avis de leur départ par la voie de M. le comte d'AUetz, qui m'en a accusé réception; et depuis ma dernière , j'ai été averti que le vice-roi de Naples avait assemblé dix-huit vaisseaux en Baïa, la plupart hollandais, lequel ayant licencié les mariniers pour les remplacer d'Italiens , il est très-certain qu'il lui sera difficile de trouver la quantité qu'il lui faut, et de soldatesque aussi pour les bien armer, dont je tiendrai ponctuellement avertie votre excellence, et de ce que ses galères feront aussi.
M. de Castelan a attaqué Ponte Stura et Monte Calvo; j'espère qu'il l«s aura pris avant que le nouveau gouverneur de TVIilan soit en état de les secourir; il a fait revue générale de ses troupes, et n'a trouvé en tout qu'environ douze mille fantassins et deux mille chevaux, qui ne suffisent pas même pour garder les places du Piémont et du Montserrat, sans parler de celles du Milanais. La trésorerie sans un sou, et les rentes et droits dudit État payés par avance au marquis de Leganez pour toute cette année; mais les Milanais chantent hautement qu'ils se soulèveront si on continue les impositions et mauvais traitements, et sans pouvoir avoir secours d'Allemagne,
où les affaires de la maison d'Autriche sont en très-grande confusion, quoique M. Bannier se soit retiré des environs de Ratiabonne , qu'il aurait prise en peu de jours et tout ce qui était dedans, s'il avait continué son entreprise. J'ai envoyé le pli que votre excellence m'a adressé à sou altesse de Parme, et par le premier de nos ordinaires je ferai tenir à Rome et Livourne les autres. M. le maréchal d'Estrées a encore eu quelques démêlés qui l'ont obligé à sortir de Rome. Le paquet que M. Rabut disait m'avoir envoyé par un gentilhomme génois, nommé Jean-Baptiste Levanso, m'a été rendu, ou pour mieux dire, à mon homme, par un marinier qui l'avait eu du sieur Baptiste Luca, joueur d'instruments de notre ville. Je vous supplie de conserver dans l'honneur de vos bonnes grâces et sous votre protection,
Monseigneur, votre, etc.
Bidaud.
A Oèatt, le 16 «Trier i6fi.
Cette relation de M. de Bordeaux est relative à la prise de vaisseaux que lit M. de Chastellux sur les côtes de Catalogne.
Depuis la prise des « cinq vaisseaux , deux galères et la polacre , « chargés d'affûts de canon et de plomb, l'archevêque de Bordeaux a toujours été aux écoutes de quatre vaisseaux qu'il avait eu avis par les prisonniers qui chargeaient à Cadix et qui les devaient suivre, ce qui obligea ledit archevêque d'envoyer cinq vaisseaux de guerre commandés par les sieurs de Chastellux, Duquesne, Paul , d'Ariel et Barault , pour voir s'ils ne les rencontreraient pas; lesquels étant arrivés*sur les hauteurs deTarragone, prirent une barque chargée de farine, qui leur apprit que les galères d'Espagne commandées par Jeauetin Doria s'en étaient fuies vers les Alfages dès qu'il avait aperçu les vaisseaux, et qu'il y avait un vaisseau anglais chargé de blé et une galiote devant la ville, qui obligea ledit Chastellux à s'en aller pour l'attaquer; ce qui fut fait aussi heureusement que projeté, et le vaisseau si maltraité qu'en présence du général et de toute l'armée espagnole, et de tous leurs canons qu'ils avaient mis sur la rade, le vaisseau trouva plus tôt terre qu'il n'eût
RELATION. — MARS 4644. 533 voulu, et qu'il eut été nécessaire pour la conservation de ces blés. La galiote, s'échouant tout haut sur terre, évita sa perte par ce moyen, et les bataillons des ennemis, regagnant la ville plus vite que le pas , obligèrent leur général, qui est le connétable Colonne, priuce de Botero , à faire le même, qui n'avait pas accoutumé de voir emporter trois hommes d'un coup de canon près de lui , comme sa dépêche envoyée au duc Ferrandine, qui a été interceptée, le témoigne. Le même jour les vaisseaux du roi mirent à la voile et prirent encore une barque chargée de vivres , deux brigantins chargés, l'un de confitures et l'autre de volailles, et la felouque de la capitanedes ennemis, par lesquels ils apprirent qu'il y avait trois vaisseaux mouillés sous un fort qui garde la marine de Valence. Ils se résolurent de les y aller attaquer à cent cinquante milles de là; nonobstant tous les mauvais temps, ils y vont, les attaquent, et après plusieurs coups de canon de part et d'autre, et du fort, qui ne s'épargnait, deux vaisseaux sont enlevés et le troisième si maltraité qu'il gagna terre avec sa perte et de tout son grain. De sorte que ces quatre vaisseaux , chargés avec tant de peine à Cadix pour achever d'avitailler les places et armée de Roussillon pour dix-huit mois (les cinq premiers en ayant porté, comme ils estimaient, pour dix mois), se trouvent maintenant entre les mains du roi, à la réserve de deux qui sei-vent à engraisser les poissons. Il se trouve une petite remarque digne de considération, qui est que l'un des vaisseaux pris est anglais et l'un des trois que l'armée du roi avait pris à Naples l'année passée; lequel avait été relâché sur les fausses chartes-parties qu'il fit voir au général de leur pays; ce qui confirme les avis qu'on a que tous les vaisseaux anglais et flamands qui naviguent dans le Détroit sont pour les Espagnols ou leurs sujets; ce qui a obligé l'archevêque de Bordeaux de faire publier à Gênes, Livourne et toute l'Italie, que tous les vaisseaux et barques qui apporteraient des vivres dans les places du Roussillon et de la Catalogne seraient traités comme gens qui portent vivres aux assiégés. Toutes lesdites places étant par toutes ces prises réduites à telles extrémités, que les soldats n'ont que dix-huit onces de pain, moitié d'orge , un jour et douze de biscuit l'autre, si noir et si moisi que les chiens de l'armée du roi n'en veulent pas manger, encore
en ont-ils si peu qu'on est très-certain qu'ils ne peuvent continuer cette ration deux mois durant s'il ne leur vient secours d'ailleurs.
LETTRE DU ROI