LETTRE DU CARD. DE RICID2LŒU. — MARS
ser aux forces navales que ]es ennemis pouvaient avoir de ce côté-là ; mais puisque vous n'estimez pas que cette escadre soit assez, forte et que vous aviez fait armer douze galères , je m'étonne , ayant le pouvoir que je vous ai donné en ma charge , que vous ne les faites toutes mettre à la mer, sans vous amuser à vous plaindre. Encore, qu'à vous dire le vrai, je ne juge pas qu'une escadre de douze galères soit beaucoup plus considérable qu'une de dix , puisqu'il n'y en a que deux davantage, qui ne sont pas capables d'un grand effet , si ce nombre de deux n'a quelque vertu particulière que je ne sais point encore, et que je veux croire que vous n'ignorez pas.
Puisque vous jugez que le service du roi requiert qu'on mette à la mer toutes les galères que vous avez ordonné, M. de Noyers en envoie l'ordre à M. Lequeux , comme aussi de faire toutes les choses que vous lui direz pour le service du roi.
11 vous fait réponse à la proposition que vous faites de vous rendre maître , avec les régiments de Provence, des Galères, celui de la Couronne et des Vaisseaux , de toutes les places qui sont sur la mer depuis Colliourc jusqu'à Carthagène; à quoi j'ajouterai qu'il vaut mieux n'entreprendre pas tant et se rendre seulement maître des places depuis Collioure jusqu'au port de Roses , icelui compris.
On vous laisse donc lesdits deux régiments de Provence, des Galères et ceux de la Couronne et des Vaisseaux: mais comme ces deux derniers ne peuvent marcher que quand ils seront prêts, il ne faut pas que cela vous arrête de faire ce (pic vous pourrez et devrez auparavant.
On pourvoira à la subsistance de ces troupes ainsi que vous le pourrez désirer.
Quant à l'artillerie , c'est à vous de vous servir de celle que vous avez sur vos vaisseaux, tant parce qu'elle n'est pas eu petit nombre que parce qu'il serait impossible de fournir à tant de choses, et que quelques-uns pourraient croire que vous nous proposez des choses plus que difficiles pour avoir occasion de ne rien faire.
Je m'imagine qu'auparavant que vous receviez cette dépêche, M. de Besançon vous aura fait passer par-dessus toutes sortes de difficultés, il. 68
Pour le moins vous prié-je de ne vous excuser plus sur le manque de pouvoir que vous avez si ample que , pourvu que vous ayez autant de bonne volonté et de savoir-faire, vous ne manquerez d'aucune chose nécessaire pour faire réussir les bons desseins que je ne doute point que n'ayez.
Quand le sieur Picard, qui est maintenant près de vous, sera de retour, on pourvoira au paiement des appointements de trente-neuf et quarante, de» capitaines de brûlots et de marine que vous recommandez. Je suis ,
Monsieur, votre, etc.
Le Cardinal de Richelieu.
LETTRE DU SIEUR BIDAUD
A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX , TOUCHANT DES* NOUVELLES DE DIVERS ENDROITS.
Depuis ma dernière, nous n'avons rien de nouveau d'Espagne, sinon qu'on en attend toujours les deux galères dont j'ai écrit à votre excellence chargées d'argent et de l'amiral de Castille qui va vice-roi en Sicile ; celui de Naples y a fait passer les vaisseaux de Baïa pour embarquer environ trois mille fantassins levés par force et huit cents chevaux et les envoyer en Espagne. Quant aux émotions de Bari , elles se sont véri6ées , et on a avis que ceux d'Aquila en Abruzze , à l'imitation des autres, ont aussi tué leur gouverneur et les Espagnols qui y étaient. On demande à ce royaume-là deux millions d'or, outre une autre infinité d'impositions qu'on y a déjà établies, ce qu'il refuse d'accorder, et de prendre les armes pour assembler le bataillon , d'où l'on juge qu'il pourra arriver quelques soulèvements plus considérables que relui des villes de Bari et d'Aquila.
Votre excellence aura su du Piémont que M. le prince Thomas, ainsi que je lui ai mandé, demeure ferme dans le parti d'Espagne, nonobstant le traité qu'il a fait avec le roi et l'argent qu'ensuite il a reçu de
LETTRE DU SIEUR BIDAUD. — MARS 1641. 530
sa majesté. Les Espagnols lui dounent toutes leurs troupes, et cinquante mille écus le mois pendaul la campagne, pour la subsistance d'icelles , espérant qu'ils n'en auront point de besoin dans le Milanais, s'ils entretiennent des forces en quelque façon considérables audit prince pour i iitreprendre dans le Piémont. Toutes leursdites troupes, jusqu'aux garnisons, marchent du côté d' Yvrée pour se joindre à celles dudit prince, et les ennemis demeurent si faibles et si haïs dans le Milanais , qu'on ne rencontrera jamais une plus propre conjoncture ni plus facile à y réussir. Le mauvais temps ayant porté ce patron à Morgues, les galères ilu marquis de Leganez l'ont obligé de leur vendre sa felouque, si bien qu'il a été contraint de retourner en arrière en prendre une autre poulie service de votre excellence. Je vous supplie de conserver dans l'honneur de vos bonnes grâces et de votre souvenir,
Monseigneur , votre , etc.
BlDAUD.
A Grora , ic 18 mari 16J1.
LETTRE DU ROI
\ MM. DF. M ICHAULT ET DES YVETEAl'X , TOUCHANT LA CATALOGNE.
.Saint-Gtrmain.rti'Laye, le 10 min 164t.
Messieurs de Machault et des Yvcteaux, ayant reconnu, par les avis que le sieur de Lamotte-Houdancourt donne de l'état des affaires de la Catalogne , combien il importe de délivrer cette province des ennemi;, qui la travaillent et la ruinent et conséquemment peuvent mettre les esprits des peuples en disposition de s'altérer, je mande bien expressément a mou cousin le maréchal de Scliomberg, par le courrier, qu'il redouble la diligence et les soins que je lui ai déjà recommandés pour assembler toutes les troupes que j'ai destinées tant pour le Roussi lion que pour la Catalogne, en sorte qu'il ait dix à douze mille hommes de pied et deux à trois mille chevaux , et qu'au lieu d'entretenir un parti pour agir dans le Roussillon suivant ce que j'avais projeté, il fasse pisser toute l'armée dans la Catalogne, selon les avis qu'il aura dudit sieur de LamoUc de l'état des choses dans le pays; et parce que j'en-
tends que vous aidiez tous deux en ce qui dépendra de vous et de l'autorité de vos charges à mondit cousin pour hâter l'assemblée et le passage dudit nombre d'infanterie et de cavalerie en Catalogne , et que je me promets beaucoup de vos soins en une si pressante et importante occasion , j'ai bien voulu vous ordonner, comme je fais par cette dépêche, d'y apporter avec mondit cousin et sous ses ordres toute l'affection et la diligence qui vous sera possible, sans y rien omettre qui puisse être désiré de vous, étant certain que vous ne sauriez rendre de soins plus considérables , vu que, comme avec un prompt et puissant secours les aHaires de la Catalogne sont pour continuer dans leur prospérité , aussi le retardement ou la faiblesse des troupes sont capables d'y ruiner entièrement mon service. A quoi n'estimant pas nécessaire de vous en dire davantage, je vous recommanderai seulement de me faire savoir ponctuellement l'état des forces qui se doivent assembler à Narbonne pour le composer. Et sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait, messieurs de Machault et des Yveteaux, en sa sainte garde.
Signé LOUIS.
Et plus bas, De Machault. j jj
J'ai l'original de la lettre du roi, ci-dessus transcrite.
Fail « Narbonne , le 5 avril i6{i .
LETTRE DE M. DE NOYERS
A M. DP. LAMOTTE-HOUDANCOURT , TOUCHANT LE PROJET DU ROI SUR LA CATALOGNE ET LE ROUSSILLOH. 0
Monsieur mou cher cousin , son émiuence a très-bien reçu les avis que vous nous avez envoyés sur la mort de M. Paul Claris, et je la vois résolue de faire passer en Catalogne toutes les troupes que le roi avait destinées pour le Roussillon, afin d'en chasser les ennemis et de faire voir aux Catalans que sa majesté ne les veut pas assister faiblement. Il est maintenant question d'y préparer toutes choses, afin que lorsque vous aurez tout ce moude sur les bras , il ne vienne pas à périr faute
LETTRE DE M. DE NOYERS. — MARS 164*. 541
d'avoir pourra aux vivres et munitions nécessaires pour la subsistance. Faites-en, s'il vous plaît, un état, et donnez ordre à M. de Chauflburneaude faire aussitôt travailler à l'exécuter, l'envoyant pour cet effet en Languedoc, aussi bien M. d'Argenson étant maintenant près de vous, il y serait du tout inutile, et ce serait dommage de laisser un si bon ouvrier oisif. J'envoie l'ordre à M. de Schomberg de contribuer de tout son possible à l'avancement de ce grand armement, et à faire en sorte que vous puissiez avoir les troupes dans le temps que vous le» demandez, afin qu'ayant chassé les ennemis de la Catalogne, fortifié et muni d'hommes les avenues du pays, vos peuples soient en repos, cl les troupes puissent revenir dans le Roussillon pour le réduire en l'obéissance du roi. Voilà à peu près le cours des desseins que l'on estime pouvoir entretenir en cette campagne et vous donuer moyen d'y acquérir pour le moins autant de gloire que vous avez fait l'année dernière en Italie. M. d'Argenson aura fait voir à votre députât ion que l'on ne néglige rien par deçà et que l'on fait le cas que l'on doit du présent qu'ils ont fait au roi; et je m'assure que messieurs leurs ambassadeurs leur témoigneront assez que c'est avec grand cœur et avec grande sincérité que l'on agit avec eux , afin qu'ils soient obligés de faire le même avec vous, auquel je souhaite toute la prospérité et la gloire que doit ,
Monsieur , votre , etc.
De Noyers.
De Ruel, ce »o mari 1O41
LETTRE DU ROI