‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 173 sur 226 · AVRIL 1641. 547 LETTRE DU PRINCIPAT DE BARCEL0N3NE · texte numérisé non relu

AVRIL 1641. 547 LETTRE DU PRINCIPAT DE BARCEL0N3NE

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX , POUR LES VAISSEAUX QUIL A PRIS A SON ARRIVÉE, ET L'ÉTENDARD QU'IL LEUR A ENVOYÉ '.

Excel LEvrissiMO BHHOI , Excrllentissime seigneur ,

Sempre bavem pensât que ab lo Nous avons toujours pensé qu'aemparo y favor de sa mages ta t vec l'appui et la faveur de sa machristiauissima (que Dcu guarde) jesté très -chrétienne (que Dieu y ab lo valor de tant gran soldat garde) et la valeur d'un si grand corn es vostra excellcncia, nos po- guerrier que votre excellence, nous driam prometrer multiplicadasvic- pouvions nous promettre de nomtorias tant per mar corn per terra ; breuses victoires tant sur mer que de la que tingue vostra excellen- terre. Après avoir rendu à Dieu, cia lo dijous santo en estas costas , notre Seigneur , d'infinies actions despres de haverne donadas infini- de grâces du succès obtenu le jeudi tas gratias a Deu, nostre Seftor, ne saint, par votre excellence, en ardonam a vostra excellencia mil rivant sur ces côtes , nous le prions norabonas, tenim per sert que pus d'en recevoir mille congratulala armada naval a la primera en- lions , et nous avons pour certain trada destos mars es estada tant que plus l'entrée de l'armée nadischosa, nos podem prometrer en vale en ces mers a été heureuse , lo esdevenidor rnoltas occasions de plus nous pouvons nous promettre douar a vostra excellencia nora- que l'avenir nous fournira de frébonas de altras victorias majors ; quentes occasions d'adresser de y no sols en axo conexera lo ene- semblables congratulations à votre mich ab quantas veras empren sa excellence pour des victoires plus magestat christianissima la delTen- signalées. Ainsi l'ennemi connaisa «le aquesta provincia, pero en- tra avec quelle sincérité sa majesté cara en la merce nos ha fet vostra très-chrétienne a entrepris la déexcellenriaenhonrraraquestprin- fense de cette province, et en ripât ab lo estandart de la capitana même temps il apprendra l'hon-

Celte lettre n'est pa» traduite dan» loriginat.

deGriinaldo, quehavemrecebutab neur qu'a fait votre excellence à molt gran gust y aplauso unirersal ce principat en lui envoyant l'étende tôt lo poble. Lo gentilhom que dard de la capitane de Grimaldi , vostra excellencia nos ha fet merce que nous avons reçu avec la plus enviarnos ab lo estandart y carta grande joie et aux applaudissede vostra excellencia nos ha refe- ments universels de tout le peuple, rit de paraula la merce nos fa sa Le gentilhomme que votre excelmagestat christianissima y vostra lence nous a fait la grâce de nous excellencia en otferir su armada envoyer avec l'étendard et une dénaval a la disposicio de aquest con- pèche nous a appris de vive voix cistori en tôt lo que sia en benelici que sa majesté très-chrétienne a de la provincia. Quant Deu vulla mis l'armée navale à la disposition que vostra excellencia sia en de notre assemblée pour tout ce aquesta ciutat, tractarem lo que qui sera utile au bien de la promas convindra en servecy d'ella y vince. Lorsque, graceà Dieu, votre de sa magestat christianissima, y se- excellence sera dans cette ville, guirem en tôt lo parer de vostra nous délibérerons ensemble sur ce excellencia, que com a tan gran sol- qui conviendra le mieux au service dat sera lo mas assertat. Guarde de sa majesté très-chrétienne , et Deu a vostra excellencia. nous suivrons en tout les avis de iwiona . y abrii .1 prinur d« .6(i. "Otre excellence : l'opinion d'un si

grand soldat sera toujours prépon-

Lo canonge don Joseph Solkr. dérante. Dieu garde votre excellence.

Excel lent issimo , etc., etc. Barcelonoe, i» avril 1641.

Le chanoine don Joseph Solek.

Dans cette dépêche du roi, le plan de campagne contre l'Espagne est nettement tracé, M. le prince de Condé devant avoir le commandement supérieur et absolu des troupes de terre et de mer.

LETTRE DU ROI

A m. l'archevêque de bordeaux, touchant les deux desseins, ou

D'ASSIÉGER COLLIOURE AVEC PARTIE DES TROUPES , OU DE BAILLER TOUTES LES TROUPES AU SIEUR DE LAMOTTE - HOU D ACCOURT , POUR ASSIEGER TARRAGONE, REMETTANT LE TOUT A M. LE PRINCE.

De Vfruille», le 4 «Tril 1641

Monsieur l'archevêque de Bordeaux , après avoir considéré les derniers avis que j'ai reçus de Languedoc et de Catalogne, et ce qui se peut faire de mieux vers l'Espagne, je trouve que les résolutions que l'on peut prendre sur les affaires de ces quartiers-là se réduisant à l'un des deux avis qui ont été ouverts par ceux qui en ont le plus de connaissance, le premier, d'envoyer en Catalogne, au sieur de Lamotte- Houdancourt, toutes les troupes d'infanterie et de cavalerie destinées pour mes armées de Languedoc et de Roussi lion, ainsi qu'il vous a déjà été mandé ; le second , de laisser agir le sieur de Lamotte-Houdancourt avec ses six mille hommes de pied et douze cents chevaux français que l'on dit qu'il a, les joignant aux forces des Catalans, et cependant d'assiéger promptement Collioure avec le reste des forces des armées de Languedoc, celle de mer concourant en même temps à ce dessein.

Et comme il est difficile déjuger de deçà, laquelle de ces deux propositions doit être plutôt suivie, je m'en remets à ce qui sera résolu sur les lieux par mon cousin le prince de Condé; et je me contenterai de vous dire que s'il est vrai, comme on le tient, que le* armées du roi d'Espagne ne puissent subsister dans la Catalogne sans les vivres qu'elle* tirent par mer, il semble qu'il vaudrait mieux tâcher à les faire périr, empêchant, par le moyen de mes forces de mer, qu'il ne leur vienne des vivres par mer, que de les aller attaquer de force et de hasarder contre eux un combat dont le succès ne peut être que douteux.

Si donc l'on pouvait faire périr en cette sorte les armées d'Espagne, il faudrait que, pendant que mon cousin le prince de Condé ferait assiéger Collioure par le sieur vicomte d'Arpajon avec le reste de mes forces de terre, vous tinssiez la mer avec mon armée navale, pour re-

trancher aux ennemis toute assistance de vivres de ce côté-là, contribuant en même temps de votre part tout ce que vous pourrez pour la prise de Collioure.

Mais aussi , au cas que l'on apprenne que les armées ennemies puissent subsister en Catalogne sans être secourues de vivres par mer , il vaudra mieux envoyer toutes les troupes audit sieur de Lamotte pour s opposer aux ennemis et les chasser de la Catalogne sans rien entreprendre contre eux que bien à propos, ainsi que je le recommande au sieur de Lamotte, avec lequel , en ce cas, vous agirez de concert en tout ce qui sera à faire dans la Catalogne; et comme j'écris amplement mes sentiments sur tout ce que dessus à mon cousin le prince de Coudé, qui sera en Languedoc presque aussitôt que ce courrier , je me remets à lui de résoudre ce qui sera pour le mieux en ce sujet. Et cependaut vous ne perdrez aucun moment de temps à toutes les choses qui regarderont mon service et les avantages de mes ailaires de ce côté-là. A quoi je n'ajouterai rien par cette lettre, que pour prier Dieu qu'il vous ait, monsieur l'archevêque de Bordeaux, en sa sainte garde.

LOUIS

LETTRE DE M. D'ARGENSON

V M. LARCHEVÊQl'E DE BORDEAUX , DISANT QU'IL SERAIT BIEN AISE QUE LOS FtT PARAITRE L* ARMÉE NAVALE VERS LES CÔTES DE B ARCELO.YNE.

D« Barcelone, le 5 iml i&ji

Je suis très-aise d'avoir vu par la lettre qu'il vous a plu dem'écrire, et par les dépêches et mémoires de M. le maréchal de Schomberg, qui m'ont été montrées par M. de Besançon suivant votre ordre , que je ne me suis pas trompé quand j'ai dit à M. de Chaillonet que difficilement M. le maréchal de Schomberg pourrait avoir toutes choses préparées pour entrer dans le Roussillon avant le 15 de ce mois, puisque votre rendez-vous est au 10 pour résoudre vos ordres seulement, et que pendant le temps du partement dudit sieur de Chaillonet d'ici et

LETTRE DE M. D'ARGENSON. — AVRIL 1G41. 551

celui de votre jonction avec M. le maréchal de Schoraberg , j'estimais que si quelque autre affaire importante ne vous occupait vous pourrie* venir vous faire voir ici avec votre armée à ces messieurs, qui m'en avaient témoigné un grand désir, auquel il était encore bien plus nécessaire alors de satisfaire, vu que ce peuple n'a pas cru qu'il dût venir ici d'armée navale pour le roi jusqu'à ce qu'ils ont su votre glorieuse action de la prise des vaisseaux et des galères ennemies. C'est pourquoi M. de Lamotte vous a attendu ici jusqu'au 2 de ce mois , comme il l'avait dit audit sieur de Chaillonet, afin de vous communiquer toutes ses pensées et les nôtres. Trois Portugais, qui se sont venus rendre ici de l'armée ennemie qui est à Tarragone, nous disent qu'ils sont déjà en nécessité de vivres, et que si, par la prise du port de Salses, ils leur étaient ôtés, il faudrait qu'ils se retirassent pixxnptement à Tortose ; mais comme vous avez vos ordres du roi bien précis et qui m'ont été corn muniqués en partant de la cour, il n'y a personne ici qui ose ou qui pense à rien proposer au contraire , sachant aussi de quelle importance est votre dessein; quand il n'y aura plus de commandement net, je vous dirai ce que j'estimerai le mieux à faire pour la gloire de Dieu, pour le service de sa majesté et pour le contentement de son éminence, qui sont trois fins que j'ai toujours rencontrées par le même chemin et les seules qui règlent mes intentions , sans être jaloux néanmoins que mes avis prévalent ni soient préférés à ceux des autres, que je respecte toujours, encore qu'il me soit bien permis de dire, puisqu'il n'a été que trop public, qu'il y a eu bien plus de gloire dans les événements pour ceux qui les ont suivis où j'ai été, que pour ceux qui les ont méprisés. Je n'écris pas ceci , monsieur, pour vous les faire valoir ni poor vous convier seulement a les écouter, mais pour vous faire connaître leur sincérité , irai peut les avoir rendus quelquefois agréables à celui qui dispose des succès ainsi qu'il lui plaît.

Je n'ai encore rien avancé dans le traité que j'ai à faire avec ces messieurs, qui me donneront seulement aujourd'hui par écrit leurs intentions touchant leurs privilèges et les explications plus claires des conditions sous lesquelles ils ont pris la résolution de se donner au roi. C'est une chose si vaste que leurs usages et leurs privilèges, et leur forme de

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gouvernement est si dissemblable à celle des autres peuples sujets des souverains , que je n'ai pu encore m'en rendre aussi savant comme j'en ai besoin pour faire ce qui m'est commandé, avec un ordre si exprès de ne rien dire ni rien proposer qui les puisse choquer, reconnaissant déjà assez qu'il est pour le moins aussi dangereux d'en parler contre leurs sentiments que contre Saint-Marc à Venise. C'est pourquoi je ne vous dis rien sur le salut du pavillon , la chose étant trop délicate de tous côtés pour en parler sans une évidente nécessité qui obligerait peut-être à passer sur quelques considérations pour de plus grandes. Si j'osais quitter cette ville, je serais allé à Palamos vous assurer moi-même de mes obéissances; mais les choses sont ici en tel état que ce serait gâter tout de sortir seulement un jour d'ici, comme M. de Besançon , qui l'a fort bien connu, vous pourra le faire entendre. Aussitôt que j'aurai fait avec ces messieurs quelque chose qui méritera votre connaissance, je ne manquerai point de vous en tenir informé et de vous témoigner partout que je suis toujours avec la même passion,

Monsieur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Le trésorier , qui a quelques fonds pour la garnison de Cadequia , est allé avec M. de Lamotte à Montblanc, où je lui ai écrit alin qu'il envoie ou vienne ici pour faire le paiement, ainsi qu'il lui a été ordonné de delà par un état qu'il a entre les mains.

J'ai écrit aussi à M. de Lamotte et au munitionnaire de son armée, pour le pain de la garnison de Cadequia ; cependant il sera bon, s'il vous plaît, que le vôtre y pourvoie puisque ces troupes sont de la vôtre.

LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX, TÉMOIGNANT DE LA JOIE DES CALER KS ET VAISSEAUX QU'IL A PRIS A SON ARRIVEE (COMBAT DU 5 MARS).

Monsieur ,

Le sieur de Chaillon.net vous dira la joie que le mi a reçue de la bonne nouvelle qu'il a apportée de votre part, et celle que j'en ressens en mon particulier, qui est plus grande que ne vous la saurais représenter; il vous dira aussi l'espérance qu'a sa majesté qu'un si bon commencement ne demeHrera pas sans suite, et que vous ne perdrez aucune occasiou d'employer utilement ses armes aux lieux où vous êtes.

Pour moi , qui connais votre affection et votre humeur, je ne doute nullement que les ellets ne correspondent à mon attente et aux espérances que vous me donuez vous-même.

En effet, si vous pouvez empêcher que les Espagnols ne secourent de vivres la Catalogue et le Roussillon, il y a grande apparence de croire que les provinces auront beaucoup «le peine à subsister, et que les armes du roi n'y feront pas de petits progrès. Je vous prie d'y contribuer de votre part tout ce qu'il vous sera possible, et d'agir en votre emploi avec patience, ne vous rebutant pas si toutes les choses que vous pourriez désirer du côté de la terre ne correspondent pas à point nomme à vos pensées.

Je vous prie me mander quelles forces de mer les ennemis peuvent avoir, soit de vaisseaux ronds, soit de galères, ce qu'ils en peuvent assembler pour s'opposer à votre armée, quel nombre de gens de guerre ils peuvent embarquer sur leursdils vaisseaux et leurs galères , d'où ils les peuvent tirer, l'état auquel vous apprendrez que seront leurs armements, et enfin tout ce que vous pourrez apprendre de leurs desseins et de leurs forces. Comme les galères ne peuvent pas porter avec elles du biscuit pour nourrir long-temps leurs chiourmes et leurs équipages, et qu'il faut le plus souvent qu'ils en retournent prendre dans le port d'où elles sont parties, ce qui fait perdre quelquefois de belles occa- II. -o

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lions, je vous prie de faire convertir en biscuits partie des blés qui se sont trouves sur les vaisseaux espagnols que vous aveu pris, pour la subsistance des galères et des vaisseaux du roi , afin qu'ils ne soient point contraints de partir des lieux où ils sont pour aller faire de nouvelles victuailles, et qu'ils y puissent demeurer tout autant de temps que le service du roi et l'avantage des affaires de sa majesté et celles des Catalans le requerront.

J'écris aux sieurs de Gangé et de Vinceguerre , ainsi que vous l'avez désiré.

J'écris aussi aux sieurs de Baune et de Terne sur le sujet de leur brnuillerie, que je serai bien aise d'accommoder au retour de votre voyage. Cependant je vous prie d'empêcher qu'ils ne se demandent rien l'un à l'autre jusqu'à ce que j'aye pris connaissance de leur différend, et leur en faites défense de la part du roi.

Je demanderai le commandement d'une des deux galères d'Espagne pour le chevalier de Chastcllux. Pour l'autre, sa majesté n'y pourvoira point qu'à la fin de la campagne, cependant celui que vous y aurez établi par commission y servira.

Nous tacherons de faire faire le fonds nécessaire pour l'entretien desdites deux galères, mais pour le présent, le plus sûr est que vous vous serviez de l'argent de la vente des blés que tous avez pris, que les munitionnaires du roi paieront comptant. Je suis ,

Monsieur, votre, etc.

Le Cardinal de Richelieu.

Quand on saura la valeur des prises, je parlerai au roi k ce qu'il lui plaise gratifier les capitaines.

De Ruel, le il avril idj i.

Par la dépêche suivante, et par d'autres encore, ou verra qu'au milieu des terribles préoccupations qui devaient assaillir les Catalans révoltés contre l'Espagne et attendant tout de l'intervention française, une question relative au salut du

pavillon suspendit long-temps l'entrée de la flotte française a Barcelonne.

LETTRE DE M. D'ARGENSON

* M. L ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX, TOUCHANT LE SALUT DU PAVILLON DE CATALOGNE A CELUI DU ROI DE FRANCE.

De Rarcflootie , le i3aYTil iSJi.

Monsieur ,

Ces lignes ne seront que pour vous assurer toujours de mon obéissance, ne croyant pas avoir aucune chose à ajouter au mémoire dont M de La motte et moi avons prié M. du Perron de vous entretenir. Je ferai aussi mon possible afin qu'il vous porte par écrit un extrait des ordres qui ont été tenus en cette ville lorsque les généraux d'Espagne sont venus en ce port avec les armées navales de leur roi , pour vous faire voir comment ils en ont usé pour le salut d'un pavillon royal à l'autre, et vous donner moyen de résoudre ce qu'il vous plaira d'en faire, si vous désirez venir ici, n'estimant pas qu'avec ces messieurs, qui sont si jaloux de leurs anciens usages, il soit facile de faire qu'ils en usent autrement que vous verrez par les desseins de leurs registres. Si j'avais pu quitter ici, je serais allé déjà moi-même, il va long-temps , vous demander la continuation de vos bonnes grâces; mais M. de Besançon , qui a vu ici ùn peu la méthode de ces messieurs, vous aura dit rombien il s'en faut accommoder à leurs humeurs. J'ai encore si peu avancé le» conditions du traité que j'ai à faire pour la donation , que je ne puis vous en rien dire davantage que par mes précédentes ; j'espère pourtant que dans peu les choses auront uu avancement plus grand , encore que leur lenteur soit extrême à cause de tant de têtes à qui nous avons affaire. Si nous avons l'honneur de vous voir ici , je vous en rendrai compte bien exactement et vous témoignerai partout avec quelle passion je suis,

Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

LETTRE DE M. DE NOYERS

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX , TOUCHANT LES AFFAIRES DE CATALOGNE

Monsieur ,

J'admire votre modestie dans celle qu'il vous a plu m'écrire, qui me tait la principale partie de votre conquête, et se contente de me dire que les ennemis ont perdu deux galères, sans parler des cinq vaisseaux chargés de grains et de munitions. Je prie Dieu que, même aux dépens de ma curiosité et de la passion que j'ai à tous les bons succès de l'Etat, vous en puissiez toujours ainsi faire, et que les armées du roi en fassent au triple de ce que l'on en publie.

Monseigneur vous répond sur l'article de l'entretènement des deux galères.

M. le bailli de Forbin étant ici , je vous assure que je ne le laisserai en repos que je n'aye vu le fonds qui reste dans la charge et la chiourme, pour le presser de vous envoyer les six galères dont vous m'écrivez.

Monseigneur le prince étant maintenant sur les lieux avec tout pouvoir, vous mettra hors de la peine où vous met le retardement de M. le maréchal de Schomberg.

M. de Ghaillonnet a dit à son éminence que vous étiez allé en Catalogne pour contenter messieurs de la députation, mais leur ayant donné satisfaction, vous faisiez état de reprendre la route deCollioure; ce que son éminence a estimé très-bien concerté, si l'étatdes aftaires dedelà vous permet d'en user ainsi : le jugement en est remis à M. le prince et à ceux qui sont sur les lieux. Je vous dis de même sur le sujet des régiments des Galères et de Provence, car et la mer et la terre , j'entends les forces de l'une et de l'autre, étant au roi, il est bien raisonnable que le tout soit employé à son service , et que si vous en aviez plus de besoin sur vos vaisseaux que M. de Lamolte en terre, les régiments vous demeurent , et même qu'il vous en donne encore d'autres , sinon , et qu'ils soient plus utiles à la terre , il faut les lui donner; et je suis assure que vous le jugez ainsi. Il n'y a pas de difficulté que ces deux régiments,

LETTRE DE M. DE NOYERS. — AVRIL 1641. 5*7

serrant à la terre avec les autres troupes, doivent être traités également, et je mande à M. d'Argenson d'y suppléer.

Nous nous servirons des bons avis qu'il vous plait nous donner pour empêcher le transport des blés de Provence, et ils sont venus fort à propos, parce que les députés du pays qui sont ici sollicitaient la mainlevée des défenses.

Je fais le même de ce que me faites l'honneur de m'écrire des étape* depuis Leucate jusqu'à Cannes, car il fautfaire un pont d'or aux ennemis.

L'on refusera les recrues des compagnies des Galères et de Provence qui y restent , afin qu'elles se mettent en état d'aller joindre leur corps.

Aussitôt que j'ai eu reçu la vôtre, j'ai renvoyé un second courrier en Poitou pour en faire partir les deux régiments des Vaisseaux et de la Couronne : ainsi j'estime avoir entièrement satisfait à tout ce que vous avez désiré. Votre, etc.

De Noyers.

De Ruel, le i3a»ril .«{,

Les événements qui causèrent la disgrâce de M. de Bordeaux à la fin de cette année 1 64 1 ont pour ainsi dire leur source dans la dépèche suivante de MM. de Lamotte-Houdancourt et d'Argenson, apportée à M. l'archevêque de Bordeaux par M. du Perron. En effet, M. de Lamotte-Houdancourt , parent et ami de M. de Noyers , commandant les troupes françaises en Catalogne , repoussa les Espagnols jusqu'à Tarragone, devant laquelle ville il mit le siège. Voulant prendre cette place par la famine , il fit enjoindre à M. de Bordeaux de la bloquer étroitement par mer, en lui indiquant ses points de croisière. Soit que le blocus fût impraticable, selon ce que disait M. de Bordeaux, soit que ce dernier voulût traverser par jalousie les derniers ordres de M. de Lamotte-Houdancourt, le blocus fut mal ordonné, le secours entra dans Tarragone, et la flotte française fut complètement battue.

MÉMOIRE

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