DE LA VINTYQUATRENA DR GUERRE
POUR LA BONNE VENUE DE l.'EXCEL- LENTISSIME SEIGNEUR L' ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX , MON SEIGNEUR QUE DIEU GARDE.
Le xr» jour ,l„ moi, d irril . l'a <lr k Ditinle de Noire Seigneur lôji.
D'après le vote et l'avis de la virUrquatrcna de guerre , les seigneurs conseillers en ayant délibéré, arrêtent que lorsque l'excellent seigneur archevêque de Bordeaux arrivera, après que son excellence aura fait tirer le canon sur sa Hotte pour saluer la ville, celle-ci lui rendra son salut avec vingt pièces de canon de ses forts; et si son excellence fait tirer quelques coups à boulet, la ville rendra aussi le salut à boulet , en conformité de ce qui sera ordonné par son excellence.
568 LIVRE V. — CIIAP. XI.
Cette dépêche est relative aux difficultés de nouveau soulevées par les Catalans au sujet du salut du pavillon.
LETTRE DE M. D ARGENSON
A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX-
Monsieur ,
Aussitôt que M. du Perron m'a rendu les deux dépêches qu'il vous a plu de m'écrire des 13 eH 5 de ce mois, j'ai entretenu messieurs les conseillers de cette ville sur le sujet du mémoire que vous m'avez envoyé pour réponse aux leurs touchant le salut, dont ils s'éclaircissenl de sorte avec vous qu'il sera aisé déjuger, s'il vous plaît, qu'ils ne manquent point de respect au pavillon du roi , puisque de leur part ils ne font difficultés de faire ce que vous désirez que par crainte que sa majesté improuve qu'ils en eussent usé avec moins d'honneur pour sa personne qu'ils n'ont fait pour le roi de Cast il le pendant qu'ils l'ont reconnu. Vous craignez donc de faillir et dedésagréer au roi, et eux aussi, qui m'ont témoigné qu'ils seront prêts de rendre à votre personne les mêmes honneurs qu'ils réservent pour le roi ou pour monseigneur le dauphin , si sa majesté le commande ; et dès à présent, sur l'espérance qu'ils avaient que ce que je vous en ai écrit par le retour de la barque du sieur de Saint-Geniez vous satisferait et que vous viendriez, ils avaient préparé vingt pièces de canon, ainsi qu'ils m'ont dit, bien qu'ils n'en aient jamais tiré plus de douze pour les généraux du roi d'Espagne. Après tout cela, je ne saurais que vous dire davantage, sinon qu'il faudra attendre la décision du roi sur cette difficulté si les raisons que messieurs les conseillers de la ville vous écrivent particulièrement ne vous contentent et ne vous font changer de dessein ; car pour eux, ils y demeurent fermes, et disent nettement ne pouvoir communiquer à d'autres qu'au roi ces honneurs sans un ordre exprès de sa majesté, à laquelle et à son éminence ils m'ont dit qu'ils en écriraient pour faire voir que leur difficulté n'est que pour la plus grande gloire du rai, qu'ils témoignent honorer et respecter avec amour particulier. Que si
LETTRE DE M. D'ARGENSON. — AVRIL 1641. 5G9
vous jugez à propos de demeurer ferme comme eux dans votre pensée , cela n'empêchera pas que vous ne passiez de deçà aussitôt qu'il vous plaira pour aller à Salses et à Tarragone, comme j'ai vu par toutes vos lettres que vous en aviez le dessein , sur ce que tous ces messieurs qui savent l'état des choses en ce pays le jugent à propos; et s'il ne vous plait de mettre pied a terre à Bareclonne, j'irai vous trouver à votre amiral , si vous avez agréable de m'envoyer une de vos galères ou quelqu'autre vaisseau pour m'y conduire , bien que l'air de la mer me soit extrêmement contraire par les maladies que j'y ai faites autrefois. Messieurs de la députation vous répondent sur Ynidor de Figuières, en la place duquel ils laissent le seigneur Joseph Acosta , homme fort estime ici et duquel ils s'assurent que vous serez content.
Je crois que ces messieurs de la députation vous écriront aussi combien ils jugent nécessaire que vous passiez jusque* à Salses et voir Tarragone, parce qu'ils m'en ont paru fort pressés ce matin , et m'ont prié de vous l'écrire. Je ne doute point que vous ne trouviez quelqu'expédient pour empêcher cependant les vivres de Roses et de Coln'oure, où il faudra que vous retourniez acquérir de la gloire aussi , dès que vous aurez vu avec M. de Lamotte ce qui aura été possible à faire contre les ennemis à Tarragonc, où les dernières et meilleures résolutions .se doivent prendre sur les lieux, lorsque l'on voit les choses de près.
J'ai bien du regret que l'on ne s'est trouvé en notre ville disposé à suivre nettement votre désir, pour vous y voir caresser ces messieurs, qu'il faut traiter de cette sorte, comme vous le savez très-bien faire, pour entretenir la bonne humeur où ils sont pour sa majesté, à laquelle celui qu'ils appellent Prolecteur du bras militaire écrira au premier jour pour tous les cavaliers , et bientôt après j'espère d'envoyer un courrier à la cour pour y porter ce qui aura été ici projeté pour la conclusion du traité, s'il agrée ainsi à sa majesté et à son éminence, dont je remets à vous entretenir pleinement quand j'aurai l'honneur de vous voira votre passage, et de vous assurer moi-même que je suis sans réserve,
Monsieur, votre , etc.
Malgré son opinion prononcée contre l'entreprise de Tarragone , M. de Bordeaux prévient M. d'Argenson qu'au reçu d'un avis écrit par ordre du roi, il partira pour Tarragone avec l'armée navale.
A M. DARGRN&ON
Monsieur ,
Je ne puis en façon du monde , sans ordre exprès du roi , me séparer de celui que j'ai de faire saluer son pavillon à tout le monde, et de ne saluer jamais personne , la réserve que ces messieurs veulent faire pour la personne de sa majesté étant une excuse qui pourrait aussi bien servir de prétexte à tous les princes et h tous les lieux de la terre de lui rendre ce respect qu'à messieurs de Barcclonne, et néanmoins il n'y a aucun lieu du monde qui y manque. Le nombre des coups de c anon ne se règle que par l'affection , mais celui du devoir est de sept -, et de commencer le premier, auquel , après avoir répondu , s'ils ont envie de voir brûler de la poudre, j'en ferai tirer plus de deux mille.
Pour ce qui est de passer à Tarragone , je vous ai mandé si ponctuellement que le peu de forces que j'ai ne se peuvent séparer, qu'il est superflu de le répéter; mais je vous dirai encore une fois que si vous jugez plus nécessaire, pour l'exécution du traité fait ou à faire avec messieurs de Barcclonne , que je descende en bas que de demeurer ici pour empêcher le secours d'entrer dans les places, vous ne m'en aurez pas sitôt donné votre avis par écrit que je ne mette à l'instant à la voile , si le temps me le permet , mon inclination , jointe à la lettre que ' ous m'avez envoyée du roi , m'obligeant à déférer beaucoup à vos avis , comme je ferai à toute rencontre. Car, pour vous dire le vrai ,' mon sens particulier n'eût pas été qu'on eût commencé à écorcher l'anguille
' Celte lettre, eu partie reproduite dans le recueil d'Aubery (t. Il, p. G6i), «e trouve ici complète.
par la queue , et que tous eussiez appelé à tous tant de troupes n'étant pas fournis d'artillerie, de vivres ni d'argent, comme tous me mandez, craignant qu'un dessein incertain n'en fasse aTorter uu très-assuré et trèsutile au service du roi. Quinze jours ou trois semaines tous donnaient la prise de Collioure, et par conséquent de Perpignan, et lors on vous pouTait mener et l'armée natale et l'armée de terre, sans rieu appréhender, au lieu que vous emploierez même temps à assembler le* troupe* où tous êtes , dont les premières pourrotit consommer les fonds que tous aurez, durant que les dernières viendront. Et par ainsi, eu tout temps vous les trouverez inutiles; mais quand les choses proposées réussiraient, je les estime si peu considérables et si difficiles, au prix de celles qu'on projetait , que j'appréhende bien qu'elles ne correspondent pas aux espérances qu'on a conçues d'une si grande armée. Pour moi , je ne suis que pour exécuter ce qui me sera prescrit du côté de la cour; j'aurai grande joie d'en recevoir les ordres, ou bien votre avis pai écrit , qui me peut mettre à couvert du reproche qu'on me pourrai . faire de n'aToir pas exécuté les ordres qu'on m'avait donnés.
Vous verrez un mémoire conforme de plusieurs côtés, l'état véritable du Roussillon et la nécessité qu'il y a de les empêcher de recevoir du secours de vivres. Par la comparaison de Perpignan à Tarragonc, vous jugerez ce qui est plus utile au service du roi : en l'un j'y trouve la facilité, utilité par la conjonction des terres , et tout ce qu'il y a de ports à l'ennemi emporté ou en état de ne nous pouvoir nuire , sans aucune dépense ni perte d'hommes ni de temps , et sans empêcher que l'autre dessein ne se puisse exécuter quinze jours après ; et dans l'autre, je ne vois qu'un dessein vaste sans aucun but, sans utilité pour le service du roi , rempli de toutes sortes de difficultés et sujet à une extrême dépense dont je ne vois pas le fonds , et dont je crains les événements , de quelque côté que réussisse. Si l'on vient à perdre quelque combat, dont les succès sont incertains , jugez ce qu'il peut arriver; si vous manquez d'argent ou de vivres, voyez ce que deviendra votre armée, et l'ordre qu'on vous donne d'avoir bien soin qu'il ne lui manque ni pain ni subsistances ; et quand tout vous réussira, et que vous aurez Tarragone, Tortose et autres lieux que tiennent les Castillans, si vous ne les fortifiez quand vous ren-
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verrez l'armée au Roussillon , les ennemis les reprendront , et la crierie des peuples, que vous appréhendez, maintenant, et qui est votre seul prétexte , redoublera. Si vous les voulez fortifier, il faut que cette armée batte la campagne jusqu'à ce que les fortifications soient en défense. Voyez un peu, monsieur, quels fonds il vous faudra pour entretenir cette armée durant tout ce temps-là , quels fonds pour les fortifications? iniels fonds pour les munir? et quels fonds pour entretenir les garnisons qui seront nécessaires là? Casai et Turin vous l'ont assez fait apprendre ; et l'avantage que vous en tirerez, ce sera d'avoir des places à cent lieues de votre frontière , pour lesquelles secourir il vous faudra laisser sept ou huit places des ennemis derrière.
Que si vous attendez à les secourir par mer, jugez quelle dépense, étant nécessaire de venir de Provence, n'ayant pas un port dans toute la Catalogne où il puisse demeurer un vaisseau l'hiver, et les ennemis ont tous leurs ports et toutes leurs places qui confinent ces lieux-là; sans vous dire, monsieur, que notre ancien et véritable domaine est le Roussillon, qui n'est engagé que pour 300,000 écus, et que tout le titre que nous aurons de la Catalogne ne sera fondé que dans l'opinion des peuples, dont vous connaissez la fermeté.
Je ne me suis su empêché, comme votre ami et celui de M. de Lamotte, de vous dire mes petits sentiments par écrit, comme j'avais fait par M. du Perron, que j'appréhende bien ne vous les avoir pas fait entendre; lesquels je soumets néanmoins de telle sorte aux vôtres, que je serai toujours prêt d'exécuter ce que vous jugerez à propos, pourvu qu'il vous plaise me les donner par écrit, puisque je n'ai nul ordre de la cour.
LETTRE DE M. D ARGENSON
V M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX, ENVOYAST LA COPIE DIS MEMOIRE PU PMIICB DE BOTERO, LE COXV1ANT DE DEMEURER EN LA CÔTE, ET MEME D'AIDER A FAIRE LE SIÈGE DE TARRAGONE.
MONSIEUR
Je vous envoie la copie d'une lettre du prince de Boléro , dont j'ai l'original qui a été trouvé entre les mains d'un courrier que nos gens ont pris et mené à M. de Lamotte ; vous verrez par là combien le* ennemis craignent votre armée , et le mal que vous pouvez leur faire, même aux Alfages, en vous avançant prompt ement, comme il semble m nécessaire que je ne saurais assez vous en supplier.
M. tle Lamotte m'écrit du Montblanc , que si vous pouvez demeurer seulement dix jours dans cette côte, qui est celle dcTarragone, Salses, et autres lieux de là, il espère, avec l'aide de Dieu, d'en chasser les ennemis, qui sera une gloire où vous n'aurez pas une petite part. Et que si ayant conféré vous et lui ensemble, vous jugez qu'il faille assiéger Tarragone , vous en pourrez prendre s'il vous plait une attaque, en laquelle il vous aidera de troupes pour cet effet : je crois aussi que si vous prenez cette résolution avec lui, comme utile au service du roi, il sera nécessaire que vous l'aidiez de votre canon , parce que les chevaux et l'équipage de l'artillerie n'étant pas encore arrivés de Languedoc , ledit sieur de Lamotte n'a pu faire conduire en sou camp que deux des pièces qui sont en cette ville. Ce que j'ai pensé à propos de vous écrire par avance, afin que vous fassiez, s'il vous plait, conduire avec vous les affûts de terre que vous avez dans vos vaisseaux , bien que je sois encore incertain si vous vous résoudrez à ce siège , quand vous aurez conféré l'un avec l'autre.
J'ai fait ce que j'ai pu pour résoudre MM. les conseillers de cette ville à saluer les premiers ; et pour les y convier, je me suis avancé de leur dire jusque là , que vous et moi les assurions que sa majesté ne le trouverait point mauvais ; mais ils sont si fermes dans leurs coutume*,
qu'il m'a été impossible de les persuader; tellement, que je vois qu'il n'y a qu'un ordre du roi qui puisse décider cette difficulté. Et en attendant cette décision, si vous aviez agréable de venir en cette ville , où je vois que l'on vous désire fort, vous pourriez, il me semble, descendre à terre à une demi-lieue de la ville, où je vous ferais prendre avec un carrosse, et faire avancer votre armée, que vous iriez joindre avec une galère , ou un vaisseau qui vous viendrait prendre le lendemain , ou bien vous pourriez arriver en ce port avec quelques galères ou avec quelques vaisseaux , et laisser votre pavillon sur l'amiral plus éloigné, comme je vous l'ai déjà écrit. Ce que je vous propose, poui: le désir que j'ai de vous entretenir en cette ville même , où l'on me témoigne que l'on veut vous rendre plus d'honneurs qu'à aucun général des armées du roi d'Espagne qui y ait jamais été, et où M. Yoidor de Figuières a ajouté encore tant de choses à ce que nous leur avons fait entendre de vous , que je reconnais leur désir de vous «voir s'augmenter tous les jours.
Mais si , après tout cela , vous jugez ne pouvoir venir en cette ville que la difficulté du salut ne soit décidée par un ordre de sa majesté , je vous supplie de m'envoyer une galère ou un de vos vaisseaux quand vous passerez , afin que je puisse vous aller assurer de mon obéissance, comme je le désire; et de vous hâter de venir, s'il vous plait, le plus tôt qu'il vous sera possible.
Permettez-moi pourtant , monsieur, d'ajouter qu'il me semble que cette difficulté de salut, quoique indécise , ne doit pas vous empêcher d'entrer en cette ville, à mon avis, et me pardonnerez, s'il vous plaît, si la passion qwe j'ai de vous y voir me fait vous dire cela, sur l'assurance que j'ai que vous me croyez plus que personne du monde, Monsieur, votre, etc.
Argehson.
A Birceionnc , ce 10 avril iGJ r .
AVRIL 1641- 575 M. d'Argenson pensant qu'il fallait aller à Tarragone avec l'armée, et non pas en Koussillon , pour ôter de l'esprit de c eux de Catalogne que le roi ne les voulait pas accepter , mais prendre seulement quelques ports de mer dans le Roussillon durant le désordre des Catalans avec le roi d'Espagne , écrivit la lettre suivante à M. de Bordeaux.
LETTRE DE M. D'ARGENSON
A M. LARCHBVÊQliE DR BORDRAUX.
Monsieur ,
La lettre qu'il vous a plu de m'écrire par M. d'Aubigny est pleine de raisonnements fort considérables; mais si vous eussiez été à Barce- Jonueau même temps que M. de Lamotte a écrit à la cour la proposition sur laquelle on a donne à M. le maréchal de Schombcrg les ordres de faire passer toutes les troupes en Catalogne, selon les avis qu'il aurait de l'état des choses par ledit sieur de Lamotte, afin de chasser les ennemis du camp de Tarragone et des frontières de Lérida, avant que de faire ce qui vous aurait été prescrit et que vous estimez maintenant encore plus à propos, je suis assuré que vous auriez été du même sentiment dudit sieur de Lamotte ; car les esprits de ce peuple étaient tellement ébranlés par la crainte du grand péril qu'ils avaient vu si près d'eux , que la plupart des nobles, qui n'ont pas été tous d'avis du changement arrivé, prenaient cette occasion pour les faire consentir aux belles propositions que leur faisaient les partisans du roi de Castille pour les obligera retourner sous son obéissance; et si cela fût arrivé, vous auriez élé bien loin d'exécuter votre dessein avec la facilité présente; de sorte qu'il se peut dire que M. de Lamotte a rassuré ces peuples par ta présence cl par cette dépêche qu'il fit très-à propos; car s'ils eussent su ou vu que l'on voulait commencer par le Roussillon avant que d'ôter Barcelonne de danger, cette grande ville , qui fait mouvoir tout le reste , se fût aussitôt portée à des résolutions bien éloignées du service du roi , et je n'eusse pas trouvé ces messieurs dans la bonne disposition où je
les ai rencontrés pour la plupart à mon armée, avant laquelle un«? grande partie d'eux estimaient que sa majesté ne voulait point accepter la donation du pays et ne cherchait qu'à s'approprier du Roussillou et de quelques ports par le moyen de leur confusion; ce qui était si bien suggéré par les ministres de Caslillc, que les plus zélés pour la France en ont eu l'esprit inquiet jusqu'à ce que les lettres de sa majesté que je leur ai apportées et les discours que j'ai faits dans leurs assemblées ont confirmé les uns et persuadé aux autres la bonne volonté entière de sa majesté, en telle sorte que c'est un crime parmi eux de dire le contraire, et ceux qui ont manqué ici à faire les feux de réjouissance pour cette bonne nouvelle ont couru fortune de la vie.
Je vous écris tout ceci , monsieur, pour vous faire connaître l'étal des affaires qui a convié M. de Lamotte à donner cet avis depuis lequel vous avez bien pu juger qu'il s'attendait que l'on fortifierait seulement les troupes de deçà et que vous exécuteriez votre dessein, puisque sans insister nous vous fîmes prier pir M. de Besançon de faire un voyage ici et vers Tarragonc avec votre armée pour assurer encore davantage ces peuples et cette côte, pendant que M. le maréchal de Schomberg se préparerait pour l'exécution de ce qui était projeté de votre côté et qui n'est qu'un peu différé.
Et si ces messieurs qui sont en Languedoc eussent attendu les avis de M. de Lamotte pour faire passer les troupes en Catalogne, suivant ce qu'il leur écrirait de l'état des choses, comme le porte 'l'ordre et les lettres du roi qui nous ont été écrites, au lieu de les envoyer comme ils ont fait, j'ose dire inconsidérément, sans savoir auparavant des nouvelles dudit sieur de Lamotte, et sans aucun argent pour les faire subsister eu un pays où c'est plus ruiner le service de sa majesté que d'y aider en faisant de la sorte, nous eussions pu tenir ici quelques conseils ou vous aller joindre à quelque rendez-vous , et résoudre de faire ce qui aurait été trouvé plus à propos pour le bien de sa majesté et de cette province dans la conjoncture présente.
Mais comme nous avons su par le courrier même qui nous a apporté les dépêches du roi , et qui a rendu à ces messieurs en Languedoc celles sur lesquelles ils ont fait passer ainsi toutes les troupes, qu'elles étaient
LETTRE DE M. DARGENSON. — AVRIL 1641. 577
déjà dans les montagnes ou avancées au deçà du Pertuis , et les autres sur la mer pour passer à Barcelonne, bien que de mon chef j'eusse écrit à Narbonne, à M. de Scbomberg et à M. de Machault, aussitôt que les dépêches du roi me furent rendues, qu'ils ne fissent point psser les troupes sans envoyer de l'argent en même temps, parce qu'il valait mieux ne les avoir point ici que de les faire venir se dissiper ou ruiner, et faire révolter le pays contre nous, qui avions plusieurs fois écrit à ces messieurs, et même par le sieur de Chaufiburneau , que nous n'avions d'argent que pour payer les troupes qui étaient déjà ici jusqu'au \ 5 de ce mois.
Il est certain que dam cette rencontre fâcheuse et produite par les manquements (pie tous pouvez juger sur ce fait véritables, le meilleur remède, à mon avis, c'est de se servir promptement de toutes les troupes qui sont ou qui arrivent maintenant à Montblanc, pour faire quelque grand effet avec célérité, et retenir après ici seulement celles que l'on aura moyen de faire subsister et qui seront nécessaires pour la garde du pays, pendant que vous retournerez faire dans le Roussi lion ce qui avait été premièrement projeté ; et j'ose dire que si on profite de ce malheur il peut être bon à quelque chose, parce que cette saison est plus propre pour agir vers Tarragone que les mois de juin et de juillet, durant lesquels le chaud est beaucoup plus insupportable de deçà qu'il n'est encore dans la plaine du Roussillon.
Et par tout cela , monsieur , tous jugerez bien que si en cette occasion tous n'agissez avec le tout ou partie de votre armée de mer Ters Tarragone , ce que fera M. de Lamotte n'aura aucun effet approchant de celui que tous pourrez faire joints ensemble; et tous ne pouvez douter, ce me semble , que sa majesté ayant ordonné que toute l'armée de terre passe Ters Tarragone , qu'elle n'ait , en même temps , voulu que celle de mer fasse tout ce qu'il sera nécessaire de sa part, u'étant pas à propos qu'elle demeure sans action. J'ai aussi tu par toutes vos dépêches précédentes comme vous étiez résolu d'aller vers Salses , sur ce que M. de Besançon tous rapporta à son retour de Barcelonne ; d'ailleurs vous apprendrez pr les lettres de M. de Chastellux, auquel j'ai conseillé d'attendre ici de tos nouvelles , les grands avantages que il. 73
vous pouvez prendre sur les ennemis , si vous allez ou envoyez vers Tarragone et Salses et aux Alfages avec des forces plus grandes que celle» avec lesquelles vos cinq vaisseaux seul» y ont acquis tant de gloire ; et quand vous serez en lieu où vous pourrez conférer ensemble , vous et M. de Lamotte, vous pourrez prendre la resolution qui vous semblera plus utile au service de sa majesté , et qui doit être le seul but de tous ses serviteurs qui le sont aussi de son émineuce. Je vous supplie donc de tout mon cœur de vous disposer à cela en la façon qui vous sera la plus agréable et que vous jugerez pour le. mieux. Cependant je fais aujourd'hui assembler le conseil de la ville, composé de cent persounes, qu'ils appellent le Sage Conseil, pour les faire résoudre de rendre au pavillon du roi le salut premier, comme vous le désirez, sur l'assurance que nous leur donnerons, vous et moi , par écrit , que sa majesté l'aura ainsi agréable , et qu'à l'avenir ils useront de leurs anciennes coutumes, c'est-à-dire qu'ils ne salueront pas une autre fois les premiers , si sa majesté ou son fils ainé n'y sont en personne, ou s'ils n'en ont ordre exprès de sa majesté.
Que si je ne puis obtenir d'eux ce que je désire, autant pour votre satisfaction que pour aucune autre considération , je me rendrai jeudi prochain 25 de ce mois, à trois heures après midi, au plus tard, à Blancs , où je vous supplie très-humblement de venir aussi à la même heure au plus tard, afin que je puisse avoir l'honneur de vous entretenir de plusieurs choses.
Et si mon éloquence , quoique fort mauvaise, surtout en une langue que je sais fort peu , persuade à ces messieurs ce que je désire avecpassion, je vous en donnerai avis au même lieu de Blanès, et aux mêmes jour et heure au plus tard, aûn que vous puissiez, s'il vous plait, venir en cette ville par la mer; et en ce dernier cas, il faudra, s'il vous plait , m'envoyer une de vos galères afin que j'aille au-devant de vous à votre amiral , et que ces messieurs y envoient aussi, comme je leur ferai résoudre.
Je vous envoie les lettres de messieurs de la députalion pour tout ce que vous avez désiré d'eux pour Cadequia et Palamos, et puisque, en quelque sorte que ce soit, j'espère l'honneur de vous voir bientôt
LETTRE DE M. D* ARGEN SON. — AVRIL 1641. 579 quoique je ne puisse, sans crainte de quelque accident, abandonner tant soit peu cette ville, comme vous le verrez , je finirai dans l'espérance de vous assurer moi-même que je suis plus que personne au monde,
Monsieur , votre , etc.
De a.rc«lonne, ce as avril i6{i-
P. S. Vous verre» par ma dépêche jointe et faite depuis celle-ci, comme messieurs de la ville ont résolu de saluer les premiers le pavillon du roi ; c'est pourquoi n'y avant plus rien qui vous puisse retarder de venir en cette ville de Barcelonne , je vous y attendrai avec impatience , et il ne sera pas besoin que vous allie* a Blanés, où je n'irai point aussi. .
LETTRE DE M. LE PRINCE
a h. l'archevêque db bordeaux , touchant le siège de coluoure.
Monsieur ,
Je vous envoie visiter par le porteur que bien connaissez, c'est M. d'Espenan , pour ajuster tout ce qu'il faut faire avec vous pour le siège de Collioure, que je veux entreprendre aussitôt que M. de Lamotte-Houdancourt me renverra partie de son armée. Je m'assure que vous aurez secondé ses entreprises et que vous aurez eu avec lui et M. d'Argenson une parfaite correspondance pour agir ensemble dans leurs desseins présents, regardant aussi eux et vous, à prendre garde diligemment qu'il n'entre point de vivres à Collioure ni Roussillon, et vous assurant mon service , je veux demeurer à jamais,
Monsieur,
Votre, etc.
Henry de Bourbon.
De Tiarboooe, ce a5 avril 1641.