‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 2 sur 226 · NAVALE DE PONANT · texte numérisé non relu

NAVALE DE PONANT

Fait i Compi.'„iir , le II <k mai 16J8.

Les dix-huit vaisseaux, trois brûlots et cinq flûtes qui ont eu ordre de repasser le Détroit, les vaisseaux de Hollande et ceux qui doivent sortir des porto de ponant assemblés en la rade de Saint-Martin de Ré, les autres brûlots et tlùtes qui doivent être achetés ou frétés suivant les états de dépenses joints aux susdits vaisseaux, l'artillerie ordonnée pour la terre avec son train et tout ce qui en dépend étant embarquée, les victuailles pour l'iufanterie qui doit être chargée sur lesdito vaisseaux étant faites, ledit sieur archevêque de Bordeaux fera embarquer le régiment de la Melleraye et les trente compagnies destinées pour servir en ladite armée, tant sur les vaisseaux de guerre que sur les flûtes qui auront été par lui frétées, pour les porter ainsi qu'il avisera pour le

INSTRUCTION. — MAI 1638

i, et, après avoir fait la recrue générale de l'armée et pourvu à tout ce qui sera nécessaine pour la mettre en état, la fera mettre à la ■voile le plu» tôt qu'il pourra pour sortir d'entre les terres et aller reconnaître Belle -lie, d'où se fera la partance d'icelle du premier beau temps, pour faire sa route à la côte d'Espagne. Aussitôt que l'année sera assemblée, il enverra un homme, confident, à M. le prince, pour savoir s'il veut entrer en Espagne du côté de Fontavabie ', et s'il veut qu'au même temps ledit sieur archevêque attaque le Passage* de Saint-Sébastien ou Figuer*. Avant que partir de Belle -Ile, il établira le conseil de guerre, qui sera composé du vice-amiral, contreamiral, sergent- major, premier capitaine et principaux officiers de l'armée, par l'avis desquels il se conduira en l'exécution des desseins et entreprises que le roi veut être tentées, et en toutes les autres occasions qui se pourront offrir pour le bien du service de sa rnajesté.

• Fontarabie, dans l'angle du S.-E. du golfe de Gascogne, sur la petite rivière de la Bidassoa qui sépare la France de PK»pagnc. La ville de Fontarabie est espagnole; elle est située par 43" 1 1' 56" N. et 4" <f iS" a PO. de Paru ; les marée* v soutdeSh. 5o"; le port est assez boa et défendu par une forteresse à peu près a 6 lieues de la barre de Rayonne.

' Passage , port sur la cote du N. de l'Espagne, par *> *i' 3o» N., et par 4° i4' i5"a PO. de Pari, (don VincenU Toffino). Le Passage est un des meilleurs ports de l'Espagne quand on est dedans , mais c'est un de ceux dont l'abord est le plus difficile; cette cote est du nombre de celles qu'on appelle eûtes de fer, c'eat-è-dire qui n'offrent point de sonde au large. L'entrée du Passage n'est a proprement parler qu'une crevasse entre deux montagnes escarpées , et comme rien ne peut la faire reconnaître a quelque dk-

i pied de laquelle ; la nuit, on peut s'entretenir k la vue dn feu de lUe Sainte-Claire, située k l'entrée de Saint-Sébastien, en ob-

n*ont point de direcl ion déterminée et qu'elle» suivent le vent. I-es pilotes du pays sont extrêmement alertes, et leurs bateaux sont de l'espèce nommée biscayenne. Ces embarcations sont excellentes et viennent à bord des vaisseaux dans les plus mauvais temps. Si contre toute vraisemblance on n'avait pas de pilote, on pourrait se présenter a l'entrée du Passage, eu prenant bien garde à ne point accoster la pointe de PO. ; mais pour y en •

, il faut venir vent sou* vergue*. La lans le passage , le fond est excellent et net , et le brassiage propre aux plu* gros vaisseaux. On pent se dispenser d'y mouiller, la plupart de* vaisseaux s'amarrent à terre ; le seul inconvénient de ce port quand on est une fois dedans , c'est de recevoir de tons cotés des rafale* extréi , et d'y éprouver quelqueex violent pour démarrer les

foi» un

lent pe

Us* le* précautions que l'on puisse

■ Figuier, cap; il «'est nommé u.

vemeut Figuier, Figuierc , Vlguera ; et enfui aujourd'hui, le* cartes ma^evues, dre»»é<!,

fi LIVRE DI. — CHAP. VI.

L'armée, disposée en ordre de bataille, fera sa route dudit lieu de Belle-Ile à la côte de Galice vers le cap de Finistère, ou pour aller droit au Passage de Saint-Sébastien, si M. le prince veut attaquer Fontarabie , ou pour chercher l'armée navale d'Espagne ; et ayant appris de ses nouvelles, s'il est estimé audit conseil de guerre être avantageux à notre service de l'aller attaquer, soit qu'elle soit à ta mer, soit qu'elle soit encore dans les ports, exécuter ce qui en sera résolu avec toute la diligence qui sera possible, se conduisant aussi avec telle prudence pour ce regard, que l'avantage lui en demeure s'il y a moyen ; sa majesté ne désirant pas que son armée soit hasardée sans nécessité de combattre s'il n'y a quelque apparence d'avoir un bon succès.

Si, par bonne fortune, il se rend maître de Saint-Sébastien', ou du Passage, ou de l'un desdits lieux, il saura de mondit sieur le prince s'il se voudra charger de la garde et fortilicatiou d'icclui , auquel cas il le lui consignera entre les mains avec tous les canons, vivres, munitions et autres choses qui auront été prises en la place.

le nomment cap de la Higuera , c'eut la large de Saint-Sebastien, elle parait longue ,

pointe de l'O. de l'entrée de Fontarabie, au et la partie de l'O. aernble excavée , maif en

fond du golfe de Gascogne, et sur la côte se rapprochaut de terre elle reprend sa fi-

d'Espagne, dont il fait la frontière. Il est si- gurc haute et escarpé».'. tucpar43"n'a8"N.-E.,par4*/ i5"al'0. ' Saint-Sébastien , sur la côte d'Espagne ,

de Paris. Cette poiute était surmontée d'un dans le golfe de Biscaye, a l'O. du Passage,

château au S. duquel il y s une petite cha- par 4g* ig' 5o" >., et par 4* 18' i5" à l'O. de

pelle près dé la pointe ; ou tronve une roche Paris. La petite ville de Saint-Sébastien n'a

a très-petite dislance , il n'y a pas de passage qu'un mauvais port de marée derrière des

entre elle et la terre; la partie de l'E. est jetées qui ne mettent pas les vaisseaux à

pareillement d'un mauvais fundi il s'y trouve l'abri du ressac assez violent pour casser

deux hautes roches et plusieurs autres par les cibles. La rade est assex bonne ; on y

leur travers à bonne distance de terre ; pour trouve 7 brasses d'eau fond de sable, mais

les éviter il fant ranger la pointe de l'O , et il n'y a plus d'abri dès que tes vents passent

dans le mouillage on relève le cap Figuier, an N.-O. , et quand ils soufflent du S.-O. ils

au N.-N.-O. On y est a l'abri des vent» de arrivent sur la rade par une coulée qui donne

N.-O., il y a une lieue, un quart a l'O., un des rafales violentes. Saint-Sébastien est le

quart S.-O.,. du cap Figuieran port du Pas- port affecté aux expéditions de la compagnie

«age ; dans les environs du cap il existe une de Carra k ; mais les vaisseaux chargés sur

montagne dont le S.-O est très-escarpé, cette cote par le mauvais temps n'y entrent

mai* le N. est en tains. Lorsqu'un vaisseau que lorsqu'ils manquent l'entrée du Pas-

ia relève a sept ou huit lieues de distance au «âge.

. INSTRUCTION. — MAI fC38. 1»

En ce cas, si M. le prince s'est rendu maître de Fontarabie et qu'il n'ait pas lu-soin de toutes les troupes qu'il aura eu terre, il lâchera d'obtenir de lui deux ou trois mille hommes de pied avec un marêchal-de-camp de son armée pour charger sur les vaisseaux du roi et s'eu retourner à la côte de Biscaye et en celle de Galice, toute i quelques desseins sur les ports de Larrrtîo ' ou Bilbao* , et même sur la Corog/ie^f s'il voit qu'il y ait lieu d'y pouvoir réussir.

Si aussi mondit sieur le prince refuse de se charger de la garde et loi tihr.it ion de ce qui aura été pris, ledit sietu- archevêque demeurera sur le lieu pour le fortifier, y établira un gouverneur pour le roi , et une garnison t^'lle qu'il le jugera propre, et mettra la plaee en tel état qu'il n'y ait rien à craindre, informant sa majesté et M. le cardinal de ce qu'il aura fait et du nombre de gens, vivres, munitions et artillerie qu'il faudra mettre en ladite place pour la conserver au service de sa majesté, afin qu'il y soit pourvu eu diligence, ou que, remplaçant les hommes, vivres, artillerie et munitions qui pourraient , à cet clFet , avoir été divertis de ladite armée navale, clic «oit

' Larèdo, ville sur la cote de Biscaye co Espagne; B y a une baie ouverte à l'E. et dans laquelle on mouille depuis troia jusqu'à neuf brasses ; elle est dan* l'O.-iV-O. de la rivière de Bilbao. L'entrée de la baie est entre Larèdo au .S. , et Santona au N. ; La> redo «t par 45» a5' 8* N. , et par 5" 35' 5S» ■ PO. de Paris ( don Vinccntc Toffioo }.

' Bilbao , principale ville de Biscaye sur la cote septentrionale d'Espagne; la rivière Ibaïcabel y forme un port de marée excellent et très-fréquente. Lat. 43» i4' iS* N., long. 5» a' i5' a PO. de Paris ; il y a a l'entrée du port une barre qui force les vaisseaux a n'r entrer qu'à haute marée; les marée* y sont de trois heures un quart. Au large de la pointe de PE. s'avance un écueil avec quelques roches sous Peau , du large il parait blanc , haut , escarpé. 11 y a mouillage au dedans de cet écueil par sept ou huit brasses, entre la pointe et la jetée qui restent à PE. Les vais- <eaui dans cette rade sont entièrement à l'abri des vents du iV-O. Elle est éloignée

d'une lieue un quart an S- un quart S -U de la barre située à l'embouchure de cette rivière. Cette barre est sur le coté de l'O. , où l'on voit quelques maisons, lorsque le» deux plus à l'O. sont l'une sur l'autre , ou lorsque les denx plus à l'E. un peu en dedans du mage, sont ouvertes d'une voiU' à bateau, on rst dans les marques de- la barre.

1 La Corogne , un des meilleurs ports de l'Espagne entre le cap Ortégal et le cap Finistère; elle est dans une grande luie qui se divise en deux branches; celle de PE.-N^E. renferme le Ferrol, département de 1a marine espagnole dans ces mers. La Corogne est dans leS.-O. du Ferrol, dans un enfoncement qui se trouve a tribord en entrant. Il se tait un grand commerce en cet endroit ; l'entrée en est très-difficile a cause des rochers et des ilôts qui s'y rencontrent ; si l'on vient du [N.-E on peut atterir au cap Prior, d'où on peut relever la tour d'Hercule 1 peu près au S.-O. et demi S. quelques degrés S. { Petit Jlambeau de la mtr. )

10 LIVRÉ m. — CHAP. VI.

mise en état d'aller faire d'autres progrès le long de» côtes ennemies *

Et, bien que M. le prince refuse le secours de deux à trois mille hommes dont il est parlé ci-dessus , ledit sieur archevêque ne laisser» pas (après avoir assuré les lieux qu'il aura pris) d'aller le long desdites côtes tâcher de faire de nouvelles entreprises, lesquelles néanmoins il mesurera selon les forces qui lui resteront, sans rien hasarder que bien à propos.

Allant et Tenant le long desdites côtes , s'il apprend qu'il y ait quelques vaisseaux ennemis dans les ports , U tâchera de les prendre ou Brûler, selon la facilité qu'il y trouvera.

Et s'il fait rencontre de quelques vaisseaux de Tunis, ou d'Alger ou des autres corsaires de Barbarie , leur fera donner chasse, prendre, combattre ou brûler, jusqu'à ce qu'il ait nouvelles que le traité de paix projeté avec lesdites Barbaries soit conclu, auquel cas tous actes d'hostiUté cesseront contre eux.

9i les Portugais se saisissent de quelque port de mer, ou , ayant quelque dessein à exécuter, envoient demander secours, il leur sera envoyé cinq ou six vaisseaux , avec des forces à proportion du besoin qu'ils en auront; et eu cas qu'ils réussissent à quelque chose, le roi ou M. le cardinal en sera promptement averti, afin de pourvoir au secours qu'il sera nécessaire de donner auxdits Portugais.

Sa majesté approuve néanmoins que ledit sieur archevêque s'avance en la côte de Portugal , s'il juge qu'il y ait apparence que lesdits Portugais exécutent quelque dessein d'importance; et en cas qu'ils veuillent lui consigner entre les mains Sétubal \ la tour de Bélem »

• Sctural, ville sur la côte de Portugal, route est à l'B. i N.-E. et E-N.-E., su

dans l'enfoncement que forme la cote à l'est grandes «eues; l'entrée de Saint- Voal est

du cap Spicbel , entre ce cap et celui de large de quatre à einq lieues , mais toute

Sines Sétuval est une espèce de cul-dc-sac remplie de bancs, ne laissant rien qu'un

ou do grandrbaiequirt^oit plusieurs rivières, canal par où les navires entrent et sortent

et dont l'entrée est difficile à cause des bancs en »c servant des marques de reconnais-

de sable qui obstruent le goulet. Se'tuvat San ce. »

est uns corruption du mol Saint- foal. — • La tour de Bélem, dans la rivière du

Du cap Spichel, à l'entrée de Sétuval, dit Tage, en Portugal ; c'est un excellent fwitit

l'auteur du Petit flambeau de la mer, n la de reconnaissance |wur les vaisseaux mouil-

INSTRUCTION. — MAI 1638. n

ou quelque antre port de mer propre à faire descente, il tirera profit de l'occasion, et mettra des gens à terre pour s'en assurer, et assister lesdit» Portugais aux occasions cpii se pourront offrir. Sa majesté ne désirant pas toutefois que, sans avoir l'un desdits ports ou autres, ainsi qu'il est dit ci-dessus, ledit sieur archevêque fasse aucune descente en ladite cdtc de Portugal, qu'il s'engage- plus avant aver lesdits Portugais qu'à leur promettre l'assistance et secours de sa majesté quand ils voudront entreprendre quelque chose.

S'il est averti que les ennemis aient dessein de venir à la côte de France, ou qu'ils y soient déjà venus, il i-eviendra en ladite cote avectoute l'armée pour les combattre et empêcher d'y faire descente, supposé qu'auparavant ledit avis il ne soit point attaché à l'exécution de quelque entreprise, laquelle, en ce cas, sa majesté entend qu'il continue sans l'abandonner en aucune façon du monde si elle est d'importance et qu'il juge qu'elle puisse réussir, s'il ne reçoit ordre exprès de le faire. Mais sa majesté veut aussi qu'en ce cas il eu presse l'exécution le plus qu'il pourra; et icelle achevée et le lieu mis en état de sûreté autant que la brièveté du temps lui pourra permettre, il revienne ainsi qu'il est dit ci-dessus chercher lesdits ennemis pour les combattre.

Si ledit sieur archevêque de Bordeaux fait descente eu quelque lieu où M. le prince soit , ou bien dans le voisinage , il recevra le> ordres de M. le prince et lui obéira, et, pour ce qui est de tous autres commandants des armes du roi , ils auront à assister ledit rieur archevêque selon qu'il les en requerra pour le serv ice de sa majesté.

S'il rencontre en mer des vaisseaux anglais, il n'y a pas de doute qu'ils ne doivent le salut ' ; mais s'il faisait rencontre d'une armée navale d'Angleterre (à quoi il n'y a nulle apparence ), Ici deux armées pourront passer sans se saluer; et si l'armée anglaise voulait contraindre celle du roi au salut, sa majesté commande aurlit sieur

le* en dedmi dc« *Me* de Cachop, qni »e Saint-Joseph , par ri ou 1 5 lirawi , »o'nt U

projettent au large de» pniule* de» «toux rive du nord. Cette tour <-ft pre*]ue i une

• "les A l'ouest de celle tour lp» vaisvaux lioueotiest de la * «11.- de IisImmiih •ont obligé» de mouiller de*.nnt le village ' Voir plu«ba« le règlement des anlnt»

il LIVRÉ III. — C1IAP. VI.

archevêque de tout hasaider plutôt que de faire ce préjudice à l'honneur de la France. Le mieux sera d'éviter une telle rencontre.

N'ayant été fait fonds que pour deux mois de montre aux gens de guerre qui seront sur les vaisseaux , dont le premier leur sera donné lorsqu'ils seront prêts à entrer dans lesdits vaisseaux , pour leurs plus pressantes nécessités, il faudra avoir soin de faire provision de vivres pour eux , et employer plutôt toute leur seconde montre en vivres , à la charge de leur payer leurs décomptes à leur retour.

LOUIS

BoUTHlLUEB.

Le départ de IL de Bordeaux étant retardé, M. le prince de Condé lui écrivit les deux lettres suivantes pour se plaindre de l'incurie de l'administration chargée du matériel de l'armée.

LETTRE DE M. LE PRINCE

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

Dr Bordca,,!.,,»» .638.

"9 Monsieur,

J'espérais toujours l' honneur de vous voir ici, comme vous me l'aviez fait espérer; j'ai un grand regret d'y être sans y jouir du bonheur de votre présence. J'ai mille obligations à tous ces messieurs que je vois souvent à la promenade, mais nul ne (ait conduire les munitions ni canons, ni par mer ni par terre. Je vous supplie y pourvoir et me faire savoir de vos nouvelles. J'attends MM. les marquis de la Force et tle Gèvres, comme aussi le sieur du Plessis-Besançon , avec impatience. Il n'y a pas un sou à la recette générale de toutes les assignations à moi données; bref, tout va mal. Pour le blé, il est à Bayonne, et aussi ce crui élait parti de Brouage y est arrivé à bon port. L'armée sera belle, et" sj le reste était prêt, j'espérerais dès à présent me mettre en campagne. MM. les gouverneurs de Guienne sont tous deux ici : le père ne prie point encore d'aller à Plaçât. Je crois que si vous venez, il s'en

LETTRE DE M. LE PRINCE. — MAI 4638. 13 in. Néanmoins il promet, s'il y est, de vous rendre la visite; le fils aussi. Je vous supplie de me croire, ■ j^onsjeur °

Votre trè»-aHcctionné à vous rendre service,

Henry de Bourbon.

LETTRE DE M. LE PRINCE

A M. L'ARCHEVEQUE DE BORDEAUX

Monsieur ,

Vos dernières m'ont fort affligé. Puisque vous me faites perdre espérance de vous voir et l'armée navale, nous ferons ce que nous pourrons en attendant; mais si l'accident de votre armée est tellement conjoint à la substance de la nôtre que l'une ne puisse rien sans- l'autre, il n'y a que Dieu qui puisse disjoindre encore par miracle les substances qui n'ont qu'une même subsistance : vous y arriverez par votre prudence; et si nous vous avions vu et qu'il ne tint qu'à vous assurer un port, ce serait chose facile, et en un quart d'heure de conférence je vous le ferais voir clairement. Je vous supplie donc y penser sérieusement et faire tous vos efforts pour venir un jour ici , et qu'il vous pbise de me croire,

Monsieur,

Votre très-affectionné à vous faire service,

Henry de Bourbon.

■D« Bordeaux, o* i\ n»« «38.

On voit par la relation suivante des opérations de l'armée navale commandée par M. de Bordeaux, que plusieurs vaisseaux français mouillés près Saint-Sébastien, sous le feu de l'eilnemi , avaient paru au conseil de guerre présidé par HVl. le duc de Lavalette dans une position si désespérée qu'on avait résolu de les broder. Apprenant cette décision , -AI. de Bordeaux s'y opposa

formellement , et dépêcha immédiatement , pour conserver ces navires , plusieurs officiers entre lesquels on remarque Duquesne, alors fort jeune, qui contribua plus que pas un à relever les vaisseaux de la côte et à les sauver.

DR CE QUI S'EST PASSE EN L'ARMEE NAVALE DU ROI DBPUIS L'ARRIVÉE DE M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX. 6 JUIN 1638. 1

Depuis l'arrivée de l'archevêque de Bordeaux à La Rochelle, qui fut le 6 juin 1638 jusqu'au 12 juillet, que l'escadre du Levant , commandée par M. le commandeur Desgonttes , est arrivée, tout le temps s'est passé tant à aller visiter M. le prince, qui était pour lors

' Cette deuxième relation offrant un usez que d'eau doue* pour remettre a la voile ;

«rand nombre de détails statistiques, et pou- le commandeur Desgoultcs en était l'amiral,

vant servir de poiDt de comparaison avec et le chevalier de Montigny vice-amiral,

celle de M. de Bordeaux , a paru utile a an- tous deux vaillants et d* très-grande expe-

nexcr au texte, le P. Fouruierayant ëtéauwi rience. Depui* Toulon et Marsci Ile iU n'a-

IM des acteurs de cette campagne : valent rencontré aucun vaisseau espagnol

« Le roi avant résolu d'attaquer puissam- sur leur route , quoiqu'ils eussent toujours

ment, et par mer et par terre, 1a ville de rangé les cotes d'Espagne. Voire ayant avis

Fontarabie, donna la charge de l'armée de que don Alonzo de Menéie était à Baroe-

terre à* monseigneur le prince de Condé, et lonnc avec des forces navales qui étaient de

de mer à M. de Bordeaux. L'armée déterre considération, ils mouillèrent a la vue de

fut en peu de temps mise sur pied , cf fit cette ville, sans que ce général en voulût

une lieureuse entrée dans le peys ennemi tâter, et le pavillon de France fit le tour

par la prise qu'elle fit du Passage, havre que d'Espagne sans que d'aucun havre , cap ou

l'on estime dus meilleurs d'Espagne , et par cote, pas un ennemi ne parut,

le siège qu'on posa en même temps devant Le 1 4 de juillet , partirent de la rade de

Fontarabie. L'armée navale, quelque dili- Ré sept gros vaisseaux , commandes par le

genec qu'y apporta son général, ne put si sieur de Treillcbois, pour aller au Passage

tôt tenir la mer , d'autant que les vaisseaux et mener six cents matelots a M. le prince ,

tirés «les côtes de Bretagne et de Normandie pour équiper et mettre en mer les galion?

1 à la rade de Pile de Ré sur le qu'il avait pris au Pavsage, et empêcher tant

de juin; le N du même qu'ils pourraient qu'aucun secours n'entrât

mois arriva l'escadre du levant , composée par mer dans Fontarabie , ce qu'ils firent

de vingt-sept vaisseaux, dont dix-huit fort heureusement, car, après avoir décharge

étaient galions beaux à merveille, et le* leurs matelots au Passage, nue Qotte de sn

autres étaient vaisseaux-légers on brûlots, pinasses et doute navires cspagaols voulant

tous si bien équipés qu'ils n'avaient besoin entrer dans le canal de Fontarabie, n'y «a

à Condom, qu'il préparer les choses nécessaires pour quanti ces. eçca dres seraient arrivées, afin qu'elles n'eussent aucun retardement, cl ;i chercher les fonds nécessaires , Uni |xmi la Mibsmtancé de l'armée que pour l'entretien des régiments qiu devaient embarquer,

icnèrent que «1rs coups , et après un combat Je dru i li. uni. avant vu deux de leurs vaisseaux couler à Fond , iU se retirèrent à Saint-Sebastien.

I < i3 de juillet commença a souffler le vent , attendu de si long-temps , nécessaire |iour amener les vaiaseairx que le roi (siuit venir de Hollande , et bien que nous ne doutassions nullement que M. le citera lier de Coupeauvdlc ne partit incontinent et ne nous les amenât incontinent ; cela toutefois n'empêcha pas de nons mettre en mer, tant parce qae M. le prince envoyait courrier rur courrier , pour nous (aire avancer , comme aussi parce que nous atious vent propre et que nous étions bien informes de l'état de l'ennemi , et que les vaisseaux que qooj avion» étaient très-forts de bois et de canon , et remplis de boni hommes de mer et de main.

Ktant en rade , après les avoir attendus crarlque temps , comme aussi ta Couronne qn'oo travaillait beaucoup à tirer de la rivière de Souder à cause de «a grandeur, le Ki de juillet on commença a faire emliarquer les régiments de la Meillerave et de la Couronne , et le *j8 , comme l'on était prêt de lever les ancres, parurent sur notre horizon no* vaisseaux de guerre de Hollande , dont nons en avions acheté six et arrêté les autres de la compagnie des Inde*. Cela réjouit grandement notre armée , tant pour le nombre qu'ils étaient, que pour leur bonté et la quantité de poudres, et autres munitions qu'ils nous apportaient. Voyant toutefois qu'ils avaient besoin de quelques rafraîchissements , nons le* laissâmes a La Rochelle avec ordre de nous suivre au plus tôt, et, après les salve? accoutumées , le jeudi ag de juillet , l'amiral voulant faire voile . en

donna h: signal , déploy ant son artimon ei tirant un coup de canon, et un niénir in-Jant trente-quatre autres gros vaut* aux dep!< w ■ rent «etnhlableinrnl leurs artimons, appareillèrent prumpteiuejil à Terni les un» deautres , franchirent le jhi tut» d'Antioche . qui est le détruit d'entre 111e de Ile et d'OUron, et tous portés d'un veut de nurdest , cinglèrent jusqu'au vendredi matin a l'ouest-sur-ourst , San; avancer plus de cin<| lienes au sud-sud-ouest , après quoi le venl calma tout-a-fxit. •

Le dimanche, |>reniiw jour d'août, nous eûmes le venl de N.-O., mais fort petit, puft il fraîchit sur le haut du jour, et avant avance une beue au sud , nous ajierrûnic* le cap Figuier, frontière d'htpagne, auquel nous allions tout droit ai le calme né fut survenu, qui continua toute la nuit et le lunditnatiu. que nous nous trouvâmes vis-à-vis de Saint - Sebastien , finalement , le temps s'étaut hausse , un petit vent s'éleva qui nous fit aller mouiller l'ancre a la rade de FonLarabie. au droit du château de Figuier.

Le mardi 5 août à la pointe du jour parurent 1< - ennemis , lesquels ayant chargi sur soixante pinasses et vaisseaux léger* cinq cents hommes, des vivres et de* munition*, pour ravitailler et rafraîchir Foutarabie, disparurent incontinent, et se retirèrent à Saint-Sébastien , et les cotes voisines le voyant découverte* , et que l'un de no* vaisseaux, assisté de deux pataches, avait déjà gagné le venl , et que toutes I es chaloupe» de notre flotte , armées en guerre , les pour suivaient a force de rames , la chaloupe du CoraU, vaisseau de six ou sept cent» tonneaux où j'étais, en attrapa deux pour H part , chargés pour la plupart île balles de mousquet, encloses dans de petites caisses nV

<jui consistaient en celui de la Meillerayc, celui de la Couronne, et

dix compagnies de celui des vaisseaux , lesquels étant loges en différentes provinces, à la réserve de celui de la Meillerayc, qui était en (garnison prtie dans les lies de Ré et d'Olérou et partie dans Niort.

sapin l'un pied et demi de long , cl de cinq et frégate*, que l'expérience * fait connaître

a six pouce» de large.-" «ire de trè»-bon aervice daoa le» occasion».

te jour suivant, monseigneur de Bot- Le 1 4, veille de l'Assomption, pendant que ileauf fit partir une enadre ponr tenir la toute la France, obéissant aux ordre» rt commet, aller a la petite guerre . etToir si l'en- mandement» de sa majesté, se consacrait pai nemi ne paraîtrait point. En ce même jour vreu public à la sacrée Vierge, lui dreIMnt |ilusii'iira vaisseaux allèrent au Passage dé- par toute la ville desautels et la prenant poui liarquer deux nulle hommes pour garder le la protectrice de ses états et la médiatrice port et le bourg, et en rejeter le régiment auprès de son Gis d'une paix que nous ne il&Serïgnan. On alla aussi par mer recon- pouvons plus espérer que du ciel, plusieurs, naître Saint-fieliattien ; M. de Bordeaux alla dans l'armée navale, jconèrent ce jonr. * visiter M. le prince et fit en plein cou- l'imitation de leur général M. de Bordeaux , seil des offres pour l'avancement du siège, que j'en» l'honneur d'accompagner, allant lesquelles eussent réussi à l'honneur de la visiter la Couronne. M. Dclauntry-Kaziliy , France, si elles n'eussent été refusée* par la qui y commandait en qualité de vice-amiral |alousie, à œ qiiel'nn dit, de quelques-uns. de l'armée, lui avant préparé une magni-

Lc sixième jour , nu fil sortir du Passage lique collation, il n'y toucha que de» yeux, ijnatrc galiuns, de préside huit cents ton- I>c jour de l'Assomption , notre armée, ueaux chacun, qu'où résrrra seub de tous étant presque toute ramassée devant Fonlales vaisseaux que M le prince avait pris rallie, la sacrée Vierge fut saluée de) prières sur l'ennemi, et furent conduits en l'an- publiques et des titres de Stella- Maris , el méc au grand regret de nos ennemis, qui les ftegina Frnncorum; M. de Bordeaux célébra pouvaient apercevoir des créneaux de leur la sainte messe dans son amiral , la mer ville. étant extraordinairrment calme. J'eus aussi Le onzième jour , arriva notre arrière- le bonheur de la dire au même lieu , aprè* garde, composée de onze galions. Le ■ 3 parut avoir entendu de confession ses principaux ta Couronne, que la seule vitesse fit presque officiers et domestiques, méconnaître , car la prodigieuse masse de ce Le lnndi de grand matin , monseigneur vaisseau ayant mi* en l'esprit de la plupart dépêcha une escadre vers La Bochclle, pour qu'il serait pesant a merveille et difficile a \ conduire trois des quatre galions pris sur gouverner , ils ne se pouvaient persuader l'ennemi , afin de les y équiper et de les qu'il fut si bon voilier , et qu'il pût devan- mettre en état de rendre service, ccr un clietif brûlot , avec lequel il vint , En même temps il Gt partir deux brûlots, comme ils voyaient que souvent la Couronne quelques flûtes et huit gros vaisseaux pour le laissait derrière soi. tenir la mer , commandés par M. de Monti- Par cette arrivée, notre flotte se trouva gnv. contre-amiral de l'armée depuis la recomposée de soixante-quatre voiles , dont les nue de la Couronne, à laquelle il avait quitté quarante-quatre étaient galions , depuis la qualité de vice-amiral. U eut ordre d'é- 3oo tonneaux jusqu'à. 2,000 , deux pataches pier l'eunemi , empêcher que rien ne torexccllcntes, et le reste était brûlot»', flûtes lit de Saint-Sébastien, et d'approcher le plus

RELATION. — JUIN 1638. il

L'avis qu'avaient apporté les capitaines Régnier et Brocq, d'un voyage qu'ils avaient fait pour conduire de l'artillerie à Bayonne, qu'il y avait dam le Passage onze galions prêts à sortir , obligea l'archevêque de Bordeaux de presser l'assemblée de ces troupes, en-

près qu'il pourrait de Guétaria, en sonder U rade, et reconnaître si l'armée du roi y pour-

Le mardi , sur les sept à huit heures du matin, î Europe , l'un de» plus agréante» vaisseaux de l'armée et des mieux équipé* , sur lequel était monte le aieur chevalier de Montigny , ayant découvert a l'ouest de lui quatonc galions d'Espagne et quatre frégates, portés d'un bon vent, marchant de front en bel ordre , en donna aussitôt avis par un coup de canon à toute son escadre ,

éloignes les uns des autre» , pour mieux découvrir sur mer. et en même temps dépêcha une patachv pour en donner avis à M. de

Bordeaux.

M. de Montigny était pour lor» ver» Saint - Sébastien , et l'ennemi paraissait a une ou deux lieues de Guétaria. Ou ne peut s'imaginer pourquoi don I^opcx, amiral de cette es-

battre , ayant tous les avantages qui peuvent faciliter une victoire, et que tout homme du crcur et d'expérience, comme lni, eût pu souhaiter ; car ils avaient le vent très-favorable et étaient plut forts que nous en grandeur et nombre de vaisseaux , et avaient les rôles à leur dévotion , et une retraite assurée en tout événement. A quoi toutefois sans avoir égard , il se rangea sur les dix heures a U rade de Guétaria , avec l'étonné ment de tous les nôtres , qui les allèrent reconnaître, et voir leur contenance presque à la portée du canon. Toute la nuit et le mercredi suivant, le temps se changeant d'heure en heure . nous fumes rechasses vers Saint-Sébastien , quoique nous fissions le possible en lonvoy.mt , de nous écarter de I ennemi. U même arriva a M de Bordeaux, le-

quel , après avoir tenu conseil , où tous les capitaines avaient assisté, et pourvu à la sûreté du canal de Fontarabic , duquel ou bailla la garde au sieur Dclaunay-Bazillv , vice-amiral , partit de Figuier , ne prenant avec soi que dix vaisseaux de guerre et cinq brûlots. La mer ne lui étant aucunement favorable, nous ne l'aperçûmes que sur les dix et onze heures, et ri net qu'après diverses 1» niées , tant s'en faut qu'il pût avancer que la mer le portait non sans danger vers les côtes de Biaris et Itaxonne, les pilote» mêmes désespérant presque de |>ouv<iir sauver l'amiral; on croit que l'expérience et Industrie du sieur Drsgouttcs le sauva , après que M. de Bordeaux, accompagne de» sieurs de Biicquoy-de-Sainl-Georges, Thibaud rt Bochebrune se furent embarques sur le taisseau la fierpe , a cause qu'étant plus petit il se soutenait mieux.

EnGn le jeudi au soir étant arrive , tous de compagnie sur les cinq heure* s'approchèrent de Guétaria. et l'amiral ayant donne le signal , tous mouillèrent les uns plus proches de l'ennemi qu'il ne t.JJait , comme on vit après Les chaloupes firent bonne garde toute la nuit, escortées de la Boy ait. et de ta Cardinale . pataches qui furent toujours sur voile.

I* vendredi , jour de saint Bernait , comme lEunipe , lu Madeleine de Brest, et ttiperance avec deux brûlots, pensèrent donner sur l'ennemi . le vent tomba tout à coup, et ue pûmes empêcher tout ce jour que plusieurs chaloupes n'allassent et ne vinssent de Sai ut-Sébastien a Guétaria.

Le samedi au soir, le capitaiue Giron, l'un des plus cipériinentes homme» de mer que non» avons, qui a fait tout le tour du monde, et commande plu» de vingt an» J a de» vais-

48 LIVRE in. — CHAP. VI.

voyant donner avis à M. le prince du rapport qui loi avait été fait pr lesdius capitaines, l'assurant qu'en cas qu'il se pût rendre maître desdits vaisseaux , on ne manquerait pas de lui envoyer des matelots en nombre suffisant pour les naviguer : de sorte que ledit archevêque

seaux de i ,000 tonneau*!-, monté sur un chétif brigsntin accompagné de huit chaloupe*, bailla la chasse aux chaloupes et pinasses ennemies , après une mousqueterie qui dura plus d'une heure.

Ce même soir, sur le» dix à onxe heures , >ulant passer de Guétaria a , après avoir alarmé tout le > , fut contrainte de se retirer , par les canonnades que lui tirèrent r Intention: 1 le Triton.

Durant tout ce temps l'ennemi se fortifia tellement qu'il croyait être hors de tout péril, car outre la situation du lien qui lui était très-avantageuse, étant au midi couvert de h cote , à l'occident de la ville de Guétaria , et au 1

laquelle ils s'étaient rangés en file, trant le flanc et la bouche de leurs canons ; l'amiral était de 1,600 tonneaux, le vice-amiral un peu moindre , et on voyait le long de la ville six galions de 800 tonneaux chacun , et cinq autres gros vaisseaux , tous forts de boi* , et bien fournis d'artillerie.

Don Lopei, qui commandait l'armée, s'élant rangé entre la montagne et la ville, sur la montagne il y avait deux batteries qui commandaient toute la rade, et deux autres a fleur d'eau qui flanquaient et enfermaient toute leur armée. 11 y avait encore d'autres batteries en des lieux qui nous pouvaient fort incommoder.

1* dimanche matin , sur les neuf heures , les batteries de la montagne ayant commencé, 00 lira en très-peu de temps un trèsgrand nombre de coups de canon , sans endommager beaucoup nos vaisseaux, quoique l Europe et le Coq en fussent fort proches ; I amiral

deux coups, dont l'un rua deux matelots sur le pont et l'autre se planta dans le mât et y laissa son boulet de huit livres de calibre , cela nous fit connaître que nous nous étions trop avancés ; et notre amiral ayant donné le signal fit retirer toute l'armée de plus de cinq cents pas, de qnoi l'< et croyant que 1 en aller tout-à-fait, on entendit tous les vaisseaux et les cites voisines qui étaient bordée* d'homme* , retentir de bravade* , sifflement*, moqueries, brocards et paroles insolentes, quoique contre l'avis des plus intelligents aux aflaires de la marine, qui disaient à don Lopez que ces gouaches françaises se retiraient pour mieux sauter, et qu'il* étaient les plus trompés du monde s'ils ne jouaient de quelque trait dont Us

La face de notre année était à la vérité pour lors fort triste et fort morne, tant pour ne pouvoir réprimer l'insolence de ces biavades , que pour nous voir destitués de tout vent; M. de Bordeaux, entre temps, songeait au moyen de le* pouvoir forcer et perdre dans le lieu même et le poste qu'Us croyaient si avantageux. Voila que le ciel , favorisant ses desseins , change de face tout-a-fait ; un frais agréable vient de la mer, quelques ondes blanchissent au loin, la houle croît et fait rouler avec majesté nos vaisseaux , le vent promet une victoire certaine ; on conclut unanimement l'attaque, chacun se rend en son bord , la joie remplit le coeur de tous nos Français , et une allégresse extraordinaire se montre sur leur face ; personne ne songe a dîner quoiqu'il fut onxe heare*. Les prière* étant faite* et le* ordre* donné* , on vit incontinent l Europe, la Licorne, le Çjrgne, le Coq, la,

de Bordeaux envoya en diligence à Brest pour y hâter cinq vaisseaux qui lui devaient venir de ce lien, et qu'ils arrivèrent si à propos, que le troisième jour de juillet, la nouvelle de la prise dudit Passage et des vaisseaux qui étaient dedans étant apportée par

i sieurs de Monligny et de Cangé , lient l'entreprise , unités du de Chastelus et des sieurs du Me, Caienac et la Chesoaye, tous lesquels «'avancèrent si près, que, du mousquet, ils pouvaient choisir leur ennemi ; suivirent cinq brûlots commandes par les capitaines Mata . Mole , Collo, Bruyé, Jamin et \ niant, soutenusdr* chevaliers de Sériantes, Liniéres, Garnier et Paul , et du sieur de Bois-Joly, qui avaient derrière eux le chevalier de Cou- Ûaus, le liroti du Marcé et Duquesoe , pour

be».n, le Heu étant si étrJt quTb ,„■,.„„raient combattre de front avec plus grand nombre de vaisseaux. L'Europe ayant lâché sa bordée, fut suivi des autres, auxquels répondit , non seulement, par plusieurs décharge» toute l'artillerie des Espagnols , mais de plus les batteries de terre. Ce tonnerre ayant continué un bon demi-quart d'heure , parmi les éclairs et horreurs de tant de bouches à feu , à travers une épaisse qui empêchait de se voir les uns les » , passent deux brûlots qu'un vent d'arrière porte dans la Hotte ennemie , sans qu'il lut besoin de beaucoup de grappins pour s'y attacher , et ceux qui les eondui- «aient s'étant prestement retire» dan» leur chaloupe , les artifices étant allumés , un horrible feu sortit à grosses ondées par tous les sabords, saisit les galions d'Espagne, s'attache à la poix , gagne les cordages, et

flammes. 0a cri lamentable et plein d'horreur s'élève d'une part , secondé d'une cousternation universelle de tons ceux qui bordaient les rivages voisins. Un troisième brûlot survenant , allume d'autres feux , les quatre et cinquième arrivant de temps en

temps , changent toute cette flotte en I renr d'une forêt qui brûle , et ôte aux • pérance de se pouvo terces de CastiUc , composés de soldats , y périrent on par le feu ou par l'eau, les uns i demi brûlés, enlevés par la violence des soute» embrasée* ; les autre» se jetant en mer, espérant gagner le bord , et poursuivi» par le sieur du Crotset , lieutenant de l'amiral. Les bouffées de (eu et de flammes sautaient parfois de fort loin d'un bord à l'autre, et s'éievant d'autres fois jusqu'au plus haut des mâts , les pavillons et mâts de huuc tombant dru et menu imitaient le tracas d'une forêt agitée de quelques tourbillons. Ces pauvres gens courent de proue en poupe, crient , hurlent sous la pluie de charbons qui leur tumbe d'en haut, avec de» pièce* de voiles qui tombent en lambeaux demi-brûlés, la grêle de plomb et des carreaux de fer que leur lance notre et les canons de nos bords, ts se précipitent en mer , et demi- , s'étouffent dans le* eaux ; or , leurs canons «'allumant, tirent et foudroient partie de ceux qui les voulaient secourir ; tantôt le feu prend aux soutes, aux poudres , enlevant les ponts et t illacs, et, avec un fracas inexprimable , portait jusqu'au ciel le» fumée* de toutes couleurs. L'amiral était encore sain et entier proche de la montagne , lorsque le monde qui était sur terre, voyant meure un brûlot, commandé par le sieur Desjardins de Brouage, envoyé de monseigneur de Bordeaux porter de ses nouvelles a don Lopez, qui avait encore assez de courage pour faire jouer son artillerie parmi tant d'incendies, et se défendait du sieur dcCaxenac, qui était mouille près de lui et le ballait continuellement; ses compatriote» , plaignant son dés-

nu courrier de M. le prince, ledit archevêque fit des diligences incroyables pour trouver des matelote autres que ceux desdits équipages; et, de fait, en trois fois vingt-quatre heures il en fut assembla cinq ou six cents, outre ceux de l'équipage de sept vaisseaux qui

astre, tantôt élevaient le» mains au ciel, tantôt les abaissaient sur leurs genoux et faisaient toutes Im postures que l'horreur d'un tel spectacle pouvait causer. Le brûlot se tronva fort en peine , battu de l'artillerie de» vaisseaux et de celle de terre , qui lui coupa son gouvernail , et désespérant de pouvoir aborder et jeter le grappin , dévala dans sa chaloupe , l'alluma , et le vent le conduisant , embrasa un vaisseau qui «tait devant l'amiral , et quelque temps après oo vit sortir une fongade île cet amiral , sans qu'on sache si elle fut causée par le brûlot on par les coups de canon do sieur de Cazenac, ou par l'air embrasé tant du brûlot que de la barque voisine ; tant il y a que ce grand vaisseau s'embrasa avec un auUv dunkerquois qui était a côté, qui brûlèrent vingt-cinq ou trente vaisseaux, barques ou autres bateaux a hunes, et beaucoup plus grand nouibre de pinasses ou chaloupes avec force maisons de la ville; et l'embrasement des soutes vomit tant de feux , que la montagne voisine en brûla plus de six heures durant et la changea en un volcan. Le feu de tous t'opiniàtranl , irrité «le» eaux onctueuses de la mer, va les consumant jusqu'à la quille , couvre la mer de tisons, planches et morceaux de voiles a demi brûles que la mer jette le long des côtes ; j'en ai vu depuis recueillir des charbon» a plus de dix lieues de la, si parfaitement brûle* , que je m'en servais |îonr crayonner. Le commandeur «le OhasteJus y gagna un pavillon dunkerquois. Les plus généreux des Espagnols, et spécialement un , qui tenait l'rpce nue dans l'amiral . «'étant envelopi « - ilans Itmrs pavillons au lieu de suaire.

L'amiral et le vice-amiral étaieut d'environ 1700 tonneaux : en l'nn, il y avait cinq cents hommes, en l'autre sept cent-. L'ami-

ral et vice-amiral de Galice, qui conduisaient cette escadre , avaient été joints par don Lopei, homme de grande réputation en Espagne, qui se trouva dans le vaisseau amiral, y pensa périr avec les autre*; il s'en échappa loutefoU après avoir rendu tout le combat et donné tous les ordres qu'on pouvait espérer d'un homme de cœur et entendu capitaine Ils attendaient encore douze vaisseaux et si» frégates de Ounkerque, avec plusieurs autres vaisseaux de Lisbonne, qui se devaient joindre a ceux qui étaient a Saint -Sébastien. L'effort de cet incendie fut depuis les onze heures jusqu'à deux heures , de sorte qu'en trois heures M. de Bordeaux mit en charbon quatorze vaisseaux, dont chacun, pour sa grandeur, méritait d'être amiral, outre quatre frégates, et ne resta qu'un galion échoué et rasé de coups de i ,1111111 , qui y demeura inutile. Nous n'y avons perdu que vingt-cinq hommes, une poule et un pigeon ; nos vaisseaux qui y furent les plus maltraités furent la Fortune et la Maçticleine , où commandait le chevalier de Scnantes, qui fut plus de deux heures

loupe. Tous les chefs de celte armée navale contribuèrent à cette victoire : l'archevêque de Bordeaux ayant très-prudemment pourvu à tout ce qui causa la victoire, et particulièrement à se fournir de boas brûlots, où il fit des dépenses très-grandes et n'y épargna rien. Jl y en avait le 1 à 5oo tonneaux, que tout homme qui n'eût vu les grappin» qu'ils avaient au bout de leurs vergues eût pris pour de bons vaisseaux de guerre. Sa vigilance fut incroyable , son courage ne se rebuta d'aucune des difficultés que nous avons dit ci-dessus lui être armée» ; il fut

furent commandés de ces ports, nommés Treillebois, SaintvÉtienne , Rares, Gui ton , Régnier, la Treille et Broeq; et en même instant dépécha par terre un commissaire de la marine, un maître d'équipage et un maître charpentier, lesquels s'en allèrent en poste avec argent pour fournir à la dépense nécessaire pour le travail desdits

Les capitaines ordonnés pour porter des matelots ne purent faire même diligence, ne pouvant sortir d'entre les terres, à cause du vent sud-ouest qui dura jusqu'au 14 juillet, qu'ils mirent hors le pertuis, et arrivèrent le 17, à deux heures après midi, au cap du Figuier, où, après avoir reçu les commandements de M. le prince, ils commencèrent d'établir leurs gardes, et à donner les matelots qu'ils avaient amenés au commissaire et maître d'équipage pour les employer aux travaux.

Durant ce temps, le commandeur Desgouttes, par des diligences tout extraordinaires, fît remettre son escadre en état de partir, en telle sorte que le 20 juillet elle eût fait voile, si l'infanterie qui devait embarquer dessus eût été en état de ce faire; mais le

et y sut •) parfaitement ménager le temps, l'occasion et le courage îles braves hommes qu'il engagea en cette occasion, qu'effectivement il emporta one victoire entière , sans aucun désordre, témérité' ni perte de vaisseaux on d'homme*, de quoi incontinent il rendit grâce à Dieu par le TeVeum qu'il en urDrsgouUcs sauva i l'ordre des attaques avec Us mouillages et prit parfaitement bien l'avantage du vent. L'ordre et le courage que le chevalier de Montigny apporta en sa découverte ôtèrent a ses ennemis la volonté de le combattre en mer ; quoique plus forts que lui en nombre de gens et de vaisseaux, les enferma dans leur propre havre, i leur jonction avec ceux de Sainli , et eut la prudence de donner l'avis et le temps à son général de venir lui le moyen de terminer l'affaire par

une victoire entière , qu'il partagea avec le très-courageux et vaillant chevaherdeCangé, qui conduisait avec lui toute l'entreprise. Cazenac se logea au lieu où il faisait le plus chaud , n'abandonna jamais l'amiral ennemi , et fut plu* de deux heures aux raousquetades avec lui. Le commandeur de Chastelus y gagna nn pavillon dunkerquois ; le» sieurs du Me, la Chesoaye, de Bois-Jolyet le chevalier «le Senante*, Linièrcs, Garnier et Paul, assistés des sieurs de Confiant, Marcéet Duquesne, gardèrent si bien leur ordre, et firent si beau fen, et se conservèrent avec tant d'adresse au milieu du feu et de l'eau, qu'iU besoin du chevalier d'Arrérac, qui it la Rtjrne, ni les sieur* de Caco, de bataille, Coupcauvillc , et trois Flamands destinés pour les soutenir , qui fait moin* que le* autres, s'ils

22 LIVRE m. — CHAP. VI.

manque de subsistances , que M. de Villemonté avait été" obligé d'aller chercher lui-même en Bas-Poitou avec le régiment de la Meillcraye, retarda l'embarquement jusqu'au 25 , que les calmes et le vent contraire empêchèrent de mettre à la voile jusqu'au 29 , ayant plusieurs fois levé l'ancre inutilement sans pouvoir sortir.

Durant lequel temps, ayant eu nouvelles des capitaines des vaisseaux qui étaient devant le golfe de Fontarabie, qu'en l'absence de M. le prince il avait été tenu un conseil où présidait M. le duc de la Valette , dans lequel on avait proposé de quitter le port du Passage, et brûler tous les galions qui y étaient, et que, sans l'extrême opposition qu'ils y avaient faite, cela aurait été résolu et exécuté; mais que tout ce qu'ils avaient pu gagner était de soumettre l'affaire à M. le prince, lequel, pour éluder une proposition si contraire au bien du service du roi, et pour ne pas faire honte à ceux qui l'avaient mise en avant, ordonna a un capitaine de navire, nommé Saint- Étienue, d'entrer dans le port avec son vaisseau; et en cas qu'il vit ne le pouvoir garder, brûler tons lesdits vaisseaux, et même le sien, pour se retirer.

Cette nouvelle venue à l'archevêque de Bordeaux , il commanda au chevalier de Cangé, aux capitaines la Chcsnaye, Duquesne et Paul , d'embarquer huit compagnies d'infanterie , cl de faire tous leurs elfbrts pour gagner le Passage , afin de jeter leur infanterie sur les vaisseaux pris, et eux d'en garder l'embouchure avec le reste de* vaisseaux, en telle sorte que quand ceux de la terre même auraient quitté, ils pussent conserver les vaisseaux, lesquels, par touées , chaloupes et autres moyens extraordinaires , firent si bien qu'ils se mirent hors des terres, contre la créance que tout le monde avait qu'ils le pussent faire.

Le même jour que le chevalier de Cangé quitta l'armée, qui lût le 2G au matin , le chevalier de Coupeauville arriva avec dix vaisseaux de Hollande ou du Havre ; mais , comme il leur fallait prendre quelques vivres, et qu'ils étaient chargés de quelques agrès de la Couronne, qu'il fallait lui donner, il fut ordonné auxdits vaisseaux •le demeurer à la rade jusqu'au 1er août, durant lequel temps chacun

RFXAT10N. — JUIN 1638. 23 se préparerait, et la Couronne , qui n'avait encore pu sortir le courant d'Oléron , se mettrait en état de Tenir avec eux.

Cependant le reste des victuailles de l'armée avec l'artillerie se chargerait pour s'en venir sous leur escorte avec quelques-uns des brûlots qui n'étaient pas encore prêta.

Le 29, sur les six à sept heures du soir, s'étant levé un petit vent de terre, l'amiral, qui était mouillé il y avait trois jours avec vingt-six voiles entre Oléron et Ré, attendant le temps, partit, lequel, tantôt arrêté par calme, tantôt par des bourrasques de vent qui le mettaient hors de la route, tantôt par des vaisseaux de son escadre qui demeuraient derrière, tint la mer le 30 et le dernier du mois sans pouvoir gagner autre chose que la vue des terres d'Espagne qu'il eut vers le soir, tons les vaisseaux étant extrêmement séparés d'un coup de vent qu'il avait fait ce jour-là.

Le i" d'août, après avoir ouï la grand'messe dans le bord de l'amiral et dans la plupart des vaisseaux de l'armée où la grandeur des navires donnait moyen de la dire , un petit vent nord-ouest commença à rassembler tous les vaisseaux, et on continua la route droit au Passage, afin de se tenir sur le vent de la rade du Figuier, mais comme la nuit approcha on fut obligé de remettre le cap à la mer pour la laisser passer, n'y ayant point d'apparence de prendre terre la nuit en un lieu si dangereux que cet acul de pays, ici où les grands vaisseaux ne peuvent jamais aller que dans une extrême bonasse ou avec un grand péril.

Le 2, l'archevêque de Bordeaux alla dans une chaloupe visiter le Passage, où le sieur de Cangé, avec quatre autres navires de guerre, était mouillé pour la conservation d'icelui , durant que le corps de l'armée vint mouiller à la rade du Figuier, où s'étant rendu dès le soir, après avoir rendu ses devoirs à M. le prince, on commença à visiter les postes de la mer et à établir les gardes nécessaires pour empêcher le secours qui pourrait entrer dans la place ; ce qui fut fait si heureusement que le lendemain à la pointe du jour, 3 du mois, les gardes avancées découvrirent quantité de barques, pinasses et chaloupes qui venaient pour entrer; de quoi ayant donné avis à l'amiral , les gardes ordonnées et quelques vaisseaux commandés à met-

tre sous voile en cas d'alarme repoussèrent ce secours dans Saint-Sébastien, en faisant échouer plusieurs à la côte, et avec leurs canons et mousquets en maltraitant plusieurs dans leurs bords.

Les prisonniers pris rapportèrent que don Àlonzo en personne avait entrepris de faire entrer ce secours, qui" était composé de huit grandes barques à huniers, de quelque 5 ou 600 tonneaux, et de 37 pinasses , tant bateaux que chaloupes, dans lesquelles il y avait 5 ou 000 hommes de guerre, force pain, autres rafraîchissements, et surtout du plomb eu balles.

Ledit don Alonzo étant monté sur une des plus grandes barque», armée de force pierriers et de petits canons , en avait autour de lui six ou sept pinasses ou chaloupes, et ainsi par différentes escadres était composé ce secours, lequel, nonobstant qu'il vit appareiller les vaisseaux, et les chaloupes aller à eux, ne laissèrent pas de s'en venir si près de l'amiral qu'il fut obligé de leur tirer un coup de canon, qui les lit revirer à l'autre bord incontinent. Les mêmes prisonniers rapportent aussi que l'amirante de Gastille ayant fait embarquer ce secoui's avec grand'pcinc et grand soin , il ne put jamais obliger soixante ou quatre-vingts chevaliers, qui étaient venus de la cour d'Espagne avec lui, à s'embarquer, disant qu'ils étaient venus pour monter sur des galions et non sur des pataches.

Le même jour M. le prince fit tenir conseil pour savoir ce qu'il ferait du Passage, où les galions d'Espagne étaient et où tous les ennemis faisaient tous les jours diverses attaques, proposant à l'archevêque de Bordeaux, s'il ne se voulait charger de le garder, il serait obligé de brûler les vaisseaux et le Passage, et retirer ses troupes de là ; à quoi ledit archevêque ayant répondu que s'il lui plaisait d'augmenter la garde qu'il y avait au Passage de quelques troupes du camp, il s'offrait de prendre telle attaque qu'on lui voudrait donner, et qu'il s'assurait qu'il passerait le fossé dans trois jours sur terre, et qu'il y avait trois semaines qu'on était après de faire sous terre; que, pour le Passage, il y laisserait six vaisseaux qui y favorisaient bien la garde d'icelui. Mais quelle raison qu'il pût dire, M. le prince voulut absolument qu'il se chargeât de la garde dudit Passage comme d'une chose presque

abandonnée, ce qui obligea ledit archevêque, après avoir mis ordre à toutes ces gardes de la mer, de s'en aller mener ses troupes audit lien; lesquelles, au lieu de les loger dans le bourg comme étaient les autres troupes, les fit camper aux deux tétes du bourg , faisant fortifier son campement de grandes redoutes et de signes de communications entre elles, lesquelles commençaient depuis le haut de l'éminence jusqu'à la mer.

Il avait été aussi résolu que trois régiments de l'armée de M. le prince camperaient sur une émiuenec qui est entre un lieu nommé Arse et la Rentrée, et qui faisait téte a Touzoès et Ernany , où l'on disait que les ennemis faisaient leur assemblée, comme l'amirauté faisait à Saint-Sébastien.

Mais cette dernière résolution ne fut point suivie, M. le prince ayant rappelé un des régiments qu'il avait en ce quartier-là, et laissé les deux autres logés dans Arse et la Rentrée , comme ils avaient toujours été.

Le 5, tous ceux de l'armée de M. le prince se plaignant qu'ils ne pouvaient faire aucuns travaux sur terre à cause de la multitude des canons qu'il y avait dans la place et du peu de service qu'on retirait de l'artillerie de l'armée , l'archevêque de Boixlcaux offrit de faire descendre deux batteries, l'une de cinq canons et l'autre de trois, fournissant d'officiers et de munitions pour les exécuter; ce qui fit tel effet que dans le lendemain qu'elles furent mises à terre, les soldats s'allaient promener dans les fossés comme aux autres lieux.

Le 6 ; le secours qui avait manqué d'entrer par mer se présenta par terre; mais on ne put si bien faire qu'à la faveur de la nuit il n'entrai soixante ou quatre-vingts hommes qui portaient tous des petits sacs de plomb en balles sur le dos.

Le 7, l'entrée de ce petit secours ayant élevé le courage à Michel Peyrès , qui était celui que l'Espagnol avait envoyé comme le plus expérimenté de son pays, et qui avait appris dans l'Ile Sainte-Marguerite à défendre les places, il fit une sortie à la tête de deux cent cinquante hommes, commandés par les plus expérimentés capitaines qu'il eût, qui avaient avec eux le neveu de l'Alfière, gouverneur de la place , et l'enii. 4

seigne qui avait entré le jour d'auparavant avec ce secours. Ils furent reçus dans les tranchées par le régiment d'Enghien; les deux capitaines espagnols fuient pris prisonniers blessés, ledit neveu du gouverneur l'AlGcre , vingt-cinq soldat) et trente ou quaraute tués sur la place.

Le 8 , les ennemis essaient de jeter dans la place quelques particuliers pour dire l'état auquel ils étaient, et pour convier les assiégés à tenir jusqu'au 15 ; mais comme la vigilance de M. le prince avait établi une garde très-exacte depuis ce secours qui avait entré par terre, un de ceux qui portaient les lettres fut attrapé, par le rapport duquel et par ses dépêches ou apprit que les ennemis espéraient une grande armée uavale, composée de l'escadre de Dunkerque, de celle de don Antoine d'Oquèdo, des galions de la Corogne et du reste de l'escadre de Biscaye ;

Que l'ami ran te faisait une assemblée à Saint-Sébastien, au Touzocs et Eruany , où tous les cavaliers de la cour venaient et où déjà le régiment des Hollandais et plusieurs autres étaient joints avec plusieurs compagnies d'ordonnance ;

Que, du côté de la Navarre, le vice-roi approchait, qui avait sous lui pour commander les troupes le grand-prieur de Navarre , et que déjà dix-neuf compagnies du régiment du comte-duc, et quarante hommes de chaque compagnie qui étaient arrives du Roussillon; que le régiment des Napolitains , refait aussi bien que celui du comte-duc , depuis la bataille de Leucate, y était;

Que toutes les villes-garnisons de la Navarre et d'Aragon marchaient , et qu'ils espéraient faire un corps de dix mille hommes sans la cavalerie ; et que tout cela, sans faute dans le 15 d'août, donnerait secours, étant résolus de venir attaquer le camp, ne songeant plus de venir au Passage, depuis que les troupes de l'armée navale y étaient descendues.

Le 10, l'escadre de Hollande, commaudée par le sieur de Coupeauville, arrive.

Le 1 1 , l'archevêque de Bordeaux retourne au Passage pour voir si l'avis que l'on avait donné, que les troupes de l'amiral étaient venues camper sur les montagnes près du Passage, était véritable.

Le 1 2 , six cenU mousquetaires et deux cents piquiers des régiments

de la Meilleraye et de la Couronne sont commandés pour aller faire une reconnaissance, vont par tons les lieux, où ils nctrouventquede méchants retranchements gardés par des milices, qui sont enlevés ou défaits. On passe jusque sur le pont de Saint-Sébastien; là on ne trouve aucune résistance, et rien ne parait qu'un extrême effroi aux ennemis, avec un tocsin continuel dans Saint-Sébastien.

Le même jour, l'archevêque de Bordeaux revient au camp, la Couronnearrive à l'armée, et M. le prince, qui avaitété le joUrd'auparavanl reconnaître l'éminence entre la Rentrée et l'Arse , ordonne un conseil an lendemain.

Le 14, le conseil étant assemblé, l'archevêque de Bordeaux rapporte l'état auquel est le Passage, et comme quoi les troupes ayant été à la guerre n'avaient trouvé aucun corps , et qu'il n'y avait rien à craindre en ce lien. Dans ce conseil, on résout de faire le campement prémédité sur l'éminence avec cavalerie et infanterie, auquel devait commander le sieur de' Freschc , lequel étaut entre Eruatiy et le camp , empêchait que les ennemis pussent rien entreprendre avec un grand corps. Les troupes devaient être soutenues par les troupes de la marine qui étaient au Passage, lesquelles, par le retranchement de leur camp, s'étaient mises en étal de ne rien appréhender.

Le soir du 14, M. de la Valette Gt grand bruit de ce qu'on avait ordonné au sieur de Fresche de commander au sieur de Mun, raaitrede-camp (qui était un de ceux qui devaient composer le corps de l'Arse), à cause qu'il était de ses parents. Au même temps, plusieurs avis de différents endroits sont apportés à M. le prince, que, depuis le 15 jusqu'au 17, le camp devait être attaqué par les deux armées de l'aroirante et du vice-roi de Navarre.

Le 15, M. le prince tient conseil, envoie quérir l'archevêque de Bordeaux, et à sa descente des chaloupes, il trouve MM. d'Épernon et de la Houdinière , qui lui disent que M. le prince étant résolu (sur les avis qu'il avait eus) de quitter le Passage, il serait bien aise de n'y être pas contraire. Le conseil se tient, la proposition du secours certain d'un corps d'armée se fait, les voix vont toutes à quitter le Passage ; l'archevêque de Bordeaux dit que si on est assuré qu'il vienne

mie armée si forte que celle de Fontarabie, ni qu'on puisse résister gant lever le siège, qu'il vaut mieux rappeler les troupes du Passage , lesquelles aussi bien ne pourraient le garder si on lève le siège de Fontarabie; mais l'on pouvait, laissant les troupes de la marine au Passage, continuer le siège : ce qui serait bien plus avantageux et plus honorable pour le roi

Que cette contre-marche témoignera faiblesse et donnera grand rceur aux ennemis; néanmoins que si ou croit ne pouvoir prendre Fontarabie ni résister aux ennemis sans ce secours, qu'il valait mieux quitter le Passage, puisqu'on peut présumer que celui qui sera maître de la campagne le sera du Passage, étant commandé de montagnes.

Le même jour, M. le prince donne ses ordres, commande àl'archevéque de Bordeaux de donner ses soins à ses troupes à quitter le Passage, et de brûler le reste des vaisseaux qui étaient dedans; et à Cangé, qui y commandait, de ramener les vaisseaux du roi qui y étaient.

Les vaisseaux qui y ont été brûlés sont un galion de six ou sept cents tonneaux propre à porter des marchandises , et qui n'avait de batterie sur son haut pont ayant été fait pour apporter des marchandises des Indes , et appartenant au duc de Maquaide , lequel n'était pas màlé, et dont tous les hauts étaient pourris; deux vaisseaux pris sur les Hollandais, de vingt années, qui étaient tous dégréés.

Le I G, les troupes sortent selon les ordres qui leur sont dontiés , les retranchements s'abattent, et les vivres, hôpital et les munitions de guerre étant embarqués , le sieur de Cangé avec les autres vaisseaux lève l'ancre et se rend à l'armée le 1 7 au matin.

Lequel jour 17, le chevalier de Montigny, qui avait été envoyé à la mer depuis deux jours, avec dix vaisseaux de guerre et deux brûlots, pour faire la garde entre Saint-Sébastien et cette rade et pourvoir s'il ne découvrirait pas les ennemis, envoya la frégate du baron de Marsay donner avis à l'archevêque de Bordeaux que quatorze grands galions paraissaient sur les hauteurs de Gutarry". Ce qui obligea d'assembler le conseil

' Guitaria ou Gue'laria , port sur la cote Sebastien ; on le nomme aussi Saint-Anile Guipuscoa en E«pagne. Ce petit port est toinc. On retire de Guutaria «les fers d Esdan* le .golfe de Gascogne à 10. de Saint- pagne ; le mouillage est k l'E. de la pointe.

et y appeler non seulement ceux qui ont accoutumé d'y assister, mai» aussi tous les autres capitaines, pour donner leur avis en ce rencontre, auquel il fut résolu ce qui ensuit :

Premièrement, que l'amiral sortirait avec dix vaisseaux de guerre et cinq brûlots pour s'en aller joindre ceux du sieur Montigny, qui sont au nombre de douze , compris deux brûlots.

Qu'on laisserait dans le port le vice-amiral avec vingt vaisseaux et une cbaloupe armée de chacuu des vaisseaux qui sortaient, alin que l'entrée en fût gardée avec même force que si tous les vaisseaux y étaient, laissant ordre au sieur Delaunay-Razilly avec une instruction fort ample pour la garde dudit port, dont serait donné copie à monseigneur le prince, pour qu'il fût informé du soin qu'on prenait de sa conservation , quoique ledit archevêque lui en eût rendu compte en personne.

Et à l'instant les ordres étant établis pour la garde du canal, l'ancre fut levée sur les onze heures de nuit, comme le vent de la terre commençait à venir. Et tout ce que l'ou put faire durant le reste de la nuit, ce fut de gagner les hauteurs du Passage et de Saint-Sébastien, là où les calmes surprirent les vaisseaux avec une houle du côté d'ouest, si furieuse que si le commandeur Desgoultes, par son soin ordinaire , n'eût prévu le danger, on allait tomber insensiblement à la côte, où il se fût perdu ; l'archevêque de Bordeaux croyant que les petits vaisseaux se soutiendraient mieux , s'embarqua dans le vaisseau du sieur Dumé , lequel , quelque soin qu'on y pût apporter, avec tous les autres de la flotte, furent jetés à la côte de Bayouue par la houle , en telle sorte que n'ayant plus d'espérance qu'à mouiller une ancre à la mer en une côte sauvage, on mouilla. Durant cet efiroi, arriva une lettre du sieur de Montigny, qui mandait comme il gardait les galions avec ce qu'il avait de vaisseaux, mais que, comme il n'était pas assez fort, il demandait du renfort.

U meilleure manière de Tenir chercher ce on peut la ringcr mot crainte. La pointe port e«» de prendre connaissance de Montor- Atalava , au S. de laquelle on trouve la rade gueil , montagne in S.-O. de laquelle est de Guetaria, est i deux lieues un quart dan» bati Saint-Sébastien , a moins cependant l'O. , 1' S. de la pointe de Saint-Sebailien. qn'on ne Tienne de l'O. Les pilotes ne se font Guetaria est par 45* 1 8' 3o» N., et 4" 29' K pas attendre , d'ailleurs la cote est saine et à PO. de Paris (Von Fincentt Toffino).

Sur les huit ou neuf heures du lendemain 1 9 , un petit vent de terre s'éleva si favorablement que non seulement les vaisseaux furent élevés de la côte, mais aussi l'amiral sortit de la rade, et tous ensemble arrivèrent à la rade de Gutarry, où ils trouvèrent ledit sieur de Montigny, qui gardait encore les quatorze galions comme il avait promis. Le calme empêcha que dès le soir la résolution prise ne fût exécutée , qui était que dix navires de guerre s'en iraient feindre d'aborder lesdits galions et qu'à leur hanche ils mèneraient chacun un brûlot; mais , étant tous amarrés à terre, il y avait à craindre que des vaisseaux de guerre lesabordant, tout allât à terre : aussi ce projet ne fut-il pas exécuté.

Le roi, voulant remplacer la garnison des Iles de Ré et d'Oléron , ordonna une levée de dix compagnies dans les paroisses. Ces troupes devaient être entretenues aux frais des îles.

LETTRE DU ROI

AUX HABITANTS DES ÎLES DE HÉ ET O'OLËRON, POUR LA LEVEE DE DIX COMPAGNIES D'INFANTERIE POUR LA GARDE DESDITES ILES.

De PAR LE ROI ,

Chers et bien-aimés, ayant résolu de faire mettre sur pied dix compagnies d'infanterie pour employer à la garde de nos îles de Ré et d'Oléron, et désirant que l'assemblée d'iceUes se fasse dans les proisses desdites iles pendant dix jours, nous vous faisons cette ordonnance, pr laquelle nous vous mandons et très-expressément ordonnons que vous ayez a recevoir et loger lesdites compgnies, et à fournir à Tentretènement effectif d'iceUes, durant ce temp, les vivres nécessaires gratuitement A quoi nous assurant que vous satisferez, nous ne vous faisons celle-d plus expresse. N'y faites donc faute , car tel est notre plaisir.

LOUIS

Su BLET.

Doom! i S*iat-C»rroain-«n Layc, le M juin i638.

JUIN 1638. 31 M. le prince de Condé eugage M. de Bordeaux à appuyer ses opérations, te secours de la marine e'tant indispensable pour s'emparer des vaisseaux retires dans le port du Passage.

LETTRE DE M. LE PRINCE

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

D. Stint-Jetn-de-Lui , le îo juin 16J8

Monsieur ,

Pour réponse à celle que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, je vous dirai que j'ai vu votre lettre à M. d'Epernon , et le mémoire enclos dans icelle ; je l'ai prié vous y faire réponse comme bien instruit de mes intentions, puisque je conduis tout le dessein dont m'écrive* par son avis, auquel nous étions jà résolus, comme aurez vu par celle que je vous écrivis avant-hier. En un mot, si vous venez bientôt, les vaisseaux du Passage et canons sont à nous; sans vous, l'entreprise en serait difficile , car le canon est jà sur les vaisseaux , quoique non encore achevés pour marcher. Hâtez-vous donc, je vous supplie, pour venir à bout d'une chose si utile, et par frégate ou autrement avertissez-nous de KPtre venue au pins près. Cependant nous ferons , sous la couduite dudit sieur d'Êpernon , ce que nous pourrons en cette affaire , et vous témoignerai en tous lieux que je veux être pour jamais,

Monsieur ,

Votre très-affectionné à vous faire service,

Henry de Bourbon.

Le dessein du Bourguet est allé en fumée, comme nous l avions bien jugé.

I,es différends et les rivalités qui avaient en 1637 divisé MM. d'Harcourt, de Vitry et de Bordeaux, et si cruellement nui au service du roi, semblent devoir renaître entre ce prélat et M. le duc de la Valette, fils de M. le duc d'Êpernon, un

des plus anciens et des plus implacables ennemis de M. de Sour-

dis. Cette lettre du roi à M. le prince de Condé est relative à ces

divisions.

LETTRE DU ROI

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