A M. LE PRINCE. DE CONDE
Mon cousin , j'ai été bien étonné de yoir le différend qui est survenu à Condom, au conseil que vous avez voulu tenir, pour la séance de ceux qui y doivent assister. Je ne vois pas que le sieur archevêque de Bordeaux ait pu prélcudre aucune séance en ce conseil-là, puisque l'armée de mer qu'il commande n'est point conjointe à la vôtre ; mais si le* autres desseins qu'il peut avoir lui permettent de s'attacher aux vôtres, si vous avez lieu de tenir conseil tandis que vous l'employerez , comme il est difficile qu'il ne s'en présente, en ce cas, étant général en chef de mes armées navales, ceux qui ne sont que lieutenauts ne lui peuvent disputer la séance.
Je ne puis croire que mon beau frère, le duc de la Valette, ait refusé de donner la main audit sieur archevêque de Bordeaux quand il le va voir, vu qu'outre qu'il sait bien ce qui se pratique partout a l'épard des évéques et archevêques, il n'ignore pas que je n'assure le règlement que je fis en l'année 1636 , lorsque l'assemblée du clergé était ici, pour les gouverneurs de provinces qui ne sont point princes du sang. J'ai eu aussi beaucoup de peine à me persuader qu'il veuille vivre avec les sieurs comte de Grammont et marquis de La Force, personnes de qualité et de mérite , autrement que tous les ducs rivent avec ceux qui sont de leur condition ; j'ai donné charge à mon cousin le cardinal de- Richelieu de lui en écrire particulièrement , afiu qu'il se porte de luimême à ce à quoi la pratique et la raison l'obligent. Et n'étant la présente à autre fin, je prie Dieu vous avoir, mon cousin, en sa sainte et digne garde.
LOUIS
Si' BLET.
Étril à Saipt-Gcrrown en-L»je, le M juin i638.
JUILLET 1638. 33 L'attaque qui avait été résolue contre le Passage entre M. de Bordeaux et M. le prince de Condé ayant eu un bon succès, et M. d'Espenan s'étant emparé de ce port et de plusieurs galions, M. le prince prie M. de Bordeaux de lui envoyer les matelots, les officiers et les agrès nécessaires pour amariner ces bâtiments et les envoyer en France , M. le prince faisant observer à M. de Sourdis que, faute de ce secours, il serait obligé de brûler ces prises.
LETTRE DE M. LE PRINCE
A M. L'ARCHEVÈQUR DB BORDEAUX.
Mourant»
Je vous dépêche ce porteur pour vous donner avis qu'hier nous entrâmes en Espagne fort heureusement. Les ennemis avaient retranché le passage de Béhobie d'assez beaux travaux , et le gaulaient avec quinze cents hommes : nous en avons défait une partie, puis l'autre, et mis le reste en déroute ; l'action en a été d'autant meilleure qu'il ne s'y est comme point tiré de mousquetades de notre part , et que nos gens ont passé la rivière au gué à la vue des ennemis cl à la merci de leur mousqueterie pour aller à eux l'épée au poing, ce qui leur donna une frayeur extraordinaire.
Aujourd'hui , matin , j'ai envoyé M. d'Espenan avec trois mille hommes de pied et deux cents chevaux pour l'exécution de notre dessein sur le Passage : tout y a réussi si heureusement que M. d'Espenan a pris les deux tours qui servent de forts à la place , et les a trouvées pleines de munitions de guerre; il a pris six galions parfaitement beaux, six vaisseaux, et de quatre-vingts à cent pièces de canou. Il garde le tout, ce que je ferai continuer le plus longuement qu'il nous sera possible en attendant votre venue ; mais je vous prie de tout mon coeur de venir en diligence, ou m'envoyer une bonne partie de vos vaisseaux avec des matelots pour équiper des galions, et même de voiles et n. 5
autres choses nécessaires à cet effet, que vous saurez mieux juger que je ne peux tous le mander, sinon je serai contraint, avec un regret extrême, de la brûler, ayaut une très-forte passion de voir cette belle escadre, venantde si bonne main, parmi les vaisseaux de M. le cardinal. Nous avons brûlé deux galions qui n'étaient qua demi faits. J'attendrai avec impatience de vos nouvelles, et demeurerai cependant,
Monsieur, votre très-affectionné à vous faire service,
Henry de Bourbon.
Do camp d'Irun, le i juillet iG38.
P. S. Je vous supplie de faire pirt de ces bonnes nouvelles à M. le grand-prieur, à qui je suis serviteur.
LETTRE DE M. LE PRINCE
A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
MONSIBUR ,
J'ai reçu vos lettres, et attendons vos matelots, qui ne sont encoir arrives. Pour des gens de guerre, je vous supplie en envoyer en diligence au Passage, deux ou trois mille hommes, pour garder le lieu durant notre siège de Fontarabie, où nous manquons de gens; mais aussi serait-il nécessaire d'envoyer quelques vaisseaux armés, durant que vos matelots travailleront à équiper les vaisseaux pour les emmener, avec l'aide des gens de guerre sur la terre , conserver le port et les vaisseaux ; ce qui mérite diligence extraordinaire , car si les ennemis venaient les premiers avec armée navale, faudrait brûler les vaisseaux, qui serait une perte inestimable. M. d'Espenan est au Passage; le Figuier est à nous à discrétion , et no» gens sont dedans ; Fontarabie est assiégé : bonne espérance ; mais notre canon nous fait enrager et va très-mal. Surtout envoyez les gens de guerre , car nous en avons ti-op peu au siège , et me croyez ,
Monsieur, votre très-affectionné à vous servir,
Henry de Bourbon.
Du camp devant FooUrabie.ee 6 juillet .638.
JUILLET 1638. 35 M. de Bordeaux ayant envoyé à M. le prince les vaisseaux demandes par son altesse, M. le prince donna tout pouvoir à M. de Saint-Étienne d'exécuter les ordres de M. de Bordeaux au sujet des galions mouillés dans le Passage.
LETTRE DE M. LE PRINCE
A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
Du camp tleTtnt FonUrabie, le 17 juillet i638.
MONSIEUR
L'arrivée de vos vaisseaux m'a donné une joie extrême ; j'espère que dans huit jours l'on pourra sortir les galions du port du Passage et les mener à Rrest , au moins vos gens me l'assurent; ainsi j'ai employé le capitaine Renier et la Treillebois pour notre siège et pour empêcher la continuation de l'entrée du secours des ennemis dans Fontarabie. J'espère <p»e bientôt nous en viendrons à bout; mais si vous venez bientôt dans le port du Passage et qu'ameniez votre infanterie, je crois que vous aurez de grandes victoires. M. d'Espenan le croit infaillible, à quoi la diligence anra une extrême part et mettra toute l'Espagne en confusion. J'ai une supplication à vous faire , qui est de nous apporter pour mettre dans notre camp, à tout hasard, si le siège durait, quelque cent mille biscuits ; nous n'en pouvons avoir à Bayonne qu'avec une grande longueur. C'est tout ce que j'ai à vous mander en vous attendant , et vous assurerai d'être toute ma vie , Monsieur ,
Votre très-affectionné à vous faire service ,
Henry de Bourbon.
LETTRE DE M. LE PRINCE
A M. L'ARCHEVEQUE DE BORDEAUX
U est ordonné au sieur de Saint-Etienne d'aller avec son vaisseau dans le port du Passage, et y exécutera tous les ordres donnés par
36 LIVRE Dl. — CHAP. VI.
M. de Bordeaux , général de l'armée navale du roi , qui sont ès mains du sieur de Treillebois, lequel lui en donnera une copie collatiounée signée de sa main ; et demeurera dans ledit Passage ledit sieur de Saint- Étienne pour v faire agréer et accommoder les vaisseaux selon les ordres de moudit sieur de Bordeaux ; pour quoi faire il aura entière correspondance avec le sieur de Fresclic, commandant pour le roi audit Passage et troupe» qui y sont. Et en ce cas que les ennemis fussent en état de forcer ledit Passage , seront brûlés les galions , même le vaisseau dudit sieur de Sainl-Elicune, pour empêcher qu'ils ne les aient ; et au contraire, les galions se pouvant accommoder, prendra ledit sieur de Saint-Etienne tous les canons, mats, cordages, voiles et ancres, et les mettra dans les vaisseaux pour les en sortir avec les galions. Mandons au sieur de Fresclic et autres gens de guerre qui sont au Passage , de vivre en bonne correspondance avec ledit sieur de Saint-Etienne , et tous les jours se communiquer leur mot. Et poulie sieur de Treillebois et autres navires, après avoir escorté ledit sieur de Saint-Etienne, reviendront à la rade du Figuier pour, avec les chaloupes et pinasses, empêcher l'entrée des ennemis et leur sortie de Fontarabie.
Henry dp. Bourbon.
Par Monseigneur, Pkrraolt.
Fut au camp , de l'ati» du oookU et de. capitaine* de marine, ce ao juillet 16Î8.
M. de Noyers engage M. le grand-prieur de Vendôme à abandonner à M. de Bordeaux l'artillerie prise dans le port du Passage.
LETTRE DE M. DE NOYERS