LETTRE DU CARD. DE RICHELIEU. — JLILL
Je vous ai déjà mandé que j'aj fait payer actuellement au sieur du Fay , qui fournit les poudres de deçà , cinquante milliers de poudre , qu'il s'est obligé de rendre, le 12 du mois présent, à Arles; et M. le prince m'a mandé que de peur que vous en eussiez besoin avant que ladite poudre fût venue , il vous en avait envoyé quarante milliers ; ainsi, grâce à Dieu, vous n'en manquerez pas.
Il y a long-temps qu'on m'a écrit de Toulon qu'on vous y prépare des brûlots, qui peut-être vous auront été menés avec les trois galères et un vaisseau de guerre de quatre à cinq cents tonneaux , qu'on m'a aussi mandé que vous y faisiez armer.
J'ai été bien en peine de votre maladie; mais ayant appris , par le présent porteur, que vous vous portiez mieux à son partement, je veux croire que l'arrivée des galères d'Espagne , ou au moins les douze qu'ils ont perdues, vous auront guéri.
Je ne vous mande point de nouvelles. Nous avons perdu une bataille quasi sans combattre : M. le comte a été tué ; et les Suédois et les nôtres ont conjointement gagné une grande bataille contre les impériaux , dont vous verrez les particularités par l'extrait ci-joint.
Le siège d'Aire va fort bien, grâce à Dieu; quand il sera fini nous empêcherons, avec son aide, que les ennemis ne prennent aucun avantage dans la Champagne , qui leur donne lieu d'y faire un quartier d'hiver; et j'espère qu'ils ne garderont pas long-temps Domchery.
Depuis ce que dessus écrit , nous avons reçu des nouvelles de M. de Forbin , qui mande avoir beaucoup de déplaisir de ce que les trois galères, qu'il y a long-temps qui n'attendent que le vent pour vous aller trouver, n'ont encore su trouver un temps propre à leur voyage.
Le sieur Lequeux écrit aussi que le vaisseau que vous lui avez donné à faire armer et les brûlots sont prêts, et qu'il n'attendait que vos ordres pour les faire partir.
J'ai nouvelles encore que les cinquante milliers de poudre que j'ai fait payer au sieur du Fay seront de delà'avant que vous receviez
052 LIVRE V. — CUAP. XII.
cette lettre, par laquelle je prie Dieu de vous renvoyer votre santé aussi prompte et entière que le souhaite , Monsieur,
Votre lrès-afïectionné comme frère à vous rendre service.
Le Cardinal de Richelieu.
LETTRE DE M. D'ARGENSON