TOUCHANT L'ARMÉE NAVALE FAITE EN
Monsieur ,
Je vous fais cette lettre pour vous avertir de ce que vous saurez maintenant d'ailleurs, qui est, qu'enfin treize vaisseaux sont partis de Dunkerque, qui portent quinze cents Wallons à la Corognc, dont ils doivent rapporter des Espagnols. Vous saurez aussi qu'en Espagne on a fait marché avec des marchands anglais pour porter trois mille soldats en Flandre.
Vous saurez de plus que les Espagnols font état de faire venir trente vaisseaux qu'ils ont dans la rivière de Lisbonne.
Je vous donne ces divers avis , afin que si vous avez moyen d'en profiter vous n'en perdiez pas l'occasion , espérant plus que je ne vous puis dire de la honne fortune du roi sur la mer.
M. le marquis d'Alluye votre frère part demain pour vous aller aider aux préparatifs de la Guyenne. M. le prince part aussi après-demain. Tout ce qu'on a pu désirer de deçà pour bien faire a été accordé; reste à ceux qui en auront l'exécution à n'oublier rien de leur part de ce qu'on en doit et peut attendre.
J'ai encore dépéché un nouveau courrier au Havre pour faire partir les vaisseaux qui y sont. Au nom de Dieu , mettez-vous à la mer le plus tôt que vous pourrez, et croyez qu'il n'y a personne qui vous aime, ni qui soit plus certainement que moi ,
Monsieur,
Votre très-afTectionné comme frère à vous rendre service,
Le Cardinal de Richelieu.
De Hucl , ce *6 mar» 16 V
M. le cardinal de Richelieu semble, dans les dépèches suivantes, commencer de traiter H. de Bordeaux avec moins de bienveillance qu'à son accoutumée. Il lui reproche de faire naître des difficultés, et lui donne des instructions très-précises sur sa conduite ultérieure.
LETTRE 1)1! CARDINAL DE RICHELIEU
A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX. TOUCHANT L'ARMÉE «AVALE DE L'ANNEE 1639.
Monsieur,
J'ai reçu deux lettres de vous en même temps, pleines de difficultés, qu'il est bien aisé de résoudre.
Les vaisseaux du Havre n'ont j'amais attendu un seul jour après leur argent , ainsi tpi'on vous en avait donné avis, à ce que vous me mandez. Les derniers vaisseaux sont tous partis avec les canons et les poudres qui étaient à Rouen , et les brûlots de Dieppe. Il est vrai que l'escadre espagnole qui est a Calais met à la mer cl doit venir ou dans la rivière de Lisbonne, ou à la Coiogne , mais ce ne vous doit pas être une chose nouvelle, puisque je ne vous ai vu autre appréhension ici , sinon de manquer à les trouver dans leurs ports ou avant leur jonction pour les brûler et les combattre.
Je n'ai eu autre réponse de M. le prince d'Orange , sinon qu'il ferait son possible pour faire que MM. les Étals joignissent quinze vaisseaux à l'armée du roi , mais ce n'est pas chose assurée. Je l'en ai depuis encore pressé par courrier exprès. Je lui ai même mandé (nie l'on trouverait l'armée de sa majesté a Relie-Ile ou en Ré, au 20 avril. Avec tout cela , je n'ose me promettre que MM. les États envoient aucun vaisseau , et partant , je ne vous conseille pas de vous v attendre , mais seulement de vous fonder sur les seules forces du roi.
La (lotte de Dunkerque, après avoir été battue comme vous savez, el