LETTRE DU GARD. DE RICHELIEU. — MARS 1G
perdu ses vaisseaux est enfin passée comme on vous a dit ; mais c'est pour aller porter des Wallons en Espgne, et requérir des Espagnols ; et je vous puis assurer qu'elle a ordre de faire encore un voyage en Es-
' L'armée navale d'Espagne, que n vn n'avoir voulu combattre l'archevêque de Bordeaux, parut ilan» la Manche, composée de soixante-sept navire» de guerre, équipé* de v ingtsept mille hommes, douze mille desquels devaient ètredi-charges en Flandre , et quinze les vaisseaux pour pro- • on l'a cru , quelques révoltes ers AvràDches , sur les cotes de la Basse- .Normandie. Ijrs Hollandais , qui avaient aussi juste occasion de se plaindre d'eux , communièrent a leur amiral Hermcrtz Tromp de se placer entre les caps de Hofden , ponr charger sur leur passage I escadre de cette flotte. Cet amiral i an mois de juillet, chargée d'argent et de trois à quatre mille Espagnols, envoyés de Biscaye, pour entrer dans Dunkerque , qu'il déchargea en France , comme nous avons dit , après avoir su d'eux l'état de la flotte d'Espagne qui suivait. Cette armée, ayant appris ce qni était arrivé a son avant-garde , différa son entreprise.
Tromp, pour leur donner moins d'ombrage, vint se placer devant Dunkcrque avec peu de vaisseaux ; et de fait, voyant que la flotte espagnole s'était fortiliée de vingt navires ostrelins, et que leur amiral , commandé par don Antonio d'Oquédo, était monté de soixante-six canons; le vice-amiral, par don LopcA Itocias, monté de soixante - quatre ; l'amiral de Maplrs, commande par don l'edro de Quaderon , monté de soixante-six , et les antres de vingt-quatre à quarante pour la t , n'estimèrent qu'il n'y eut
r capable d'arrêter son progrès ; ce qni n'empêcha toutefois qne l'amiral Tromp, quittant les caps de Hofden , ne vint a leur vue , près de Breversil, où il sépara sa petite flotte en deux escadres, l'une de douze vaisseaux et l'autre de six, épiant l'occasion, qu'il rencontra , n'ayant près de soi que
, avec lesquels il les i si gaillardement , que ceux qu'il abordait ne trouvèrent antre salut qu'en la retraite.
Le 17 M passa encore en cet essai; mais le 18, avant été renforce de seize navires accourus au bruit des canons, il les attaqua si Curieusement depuis une heure après minuit jusqu'à dix heures du matin, qu'après s'être empare de deux galions, ils eussent réduit les autres à l'extrennlé, sans que la poudre et le boulet leur manquèrent.
Pendant qu'ils s'en fournissaient & Calais , à la vue de laquelle ville se passa ce combat en partie, la flotte espagnole se relira tout harassée sur les dunes d'Angleterre, espérant jouir de la protection du roi d'Angleterre, (.es Hollandais ne purent sitôt les renfermer que quatorze frégates ne se retirassent à Diinkerqne, à cause de l'empêchement qoe les Anglais firent ans Hollandais: L'amiral Tromp i nvoya plusieurs fois sommer les Espagnols de sortir en mer et venir au combat, niai» en vain, chacun toujours
les Es-
se préparant le mieux qu il pouvait, pagnols achetant des poudres des Anglais, qui leur en fournirent cinq cents barils, et les États envoyant de jour en jour tant de vaisseaux, que les Espagnols en découvrant toujours de nouveaux, incontinent que le brouillard était passé, disaient qu'il semblait qu'il plût des navires en Hollande.
Enfin Tromp , ayant reçu ordre des Etals de combattre cette flotte en quelque lieu qu'il la rencontrât, et sans plus def.Tcr à ceux qui la protégeaient , envoya prier le chevalier de Penincton, amiral d'Angleterre, de ne se mêler plus avant de leur différend , et qu'il l'obligerait fort de se retirer, de peur qu'il n'arrivât quelque malheur aux vaisscanx anglais , |x>nr le feu qu'il voulait mettre à ceux d'Espagne , lesquels avaient rompu le»
avait tué
pagne, et (le revenir devant que de se joindre aux vaisseaux de la Corogne et de Cadix.
M. de Hettancourt n'a pu enfin se résoudre de servir de maréehal-
uii soldat hollandais , et par un coup de canon tiré sur une frégate dans laquelle il faisait la revue de son armée.
Le ai au matin, l'amiral d'Angleterre tira trois cents volées de canon sur les Hollandais , puis voyant qu'il ne pouvait empêcher cette attaque , se retira j pour lors Tromp
n'avançant,
, signal gnols
* se» gens de se mettre à la voile, et au bout de demi-heure, la voyant toute prête, en tira trois autres, pour signal du combat ; les Espagnols , fortifiés de neuf cents matelots qui leur étaient venus de Duukerquc , se retirent «les dunes, foot voile contre les Hollandais et montrent d'abord beaucoup de résolution; aussi avaient-ils en ce combat quantité de capitaines de grand coeur et de beaucoup d'expérience Les premières décharges furent faites de grande furie départ et d'autre , sur les neuf heures du matin pendant un grand calme ; une heure après , le vent se renforça du coté du nord , ce qui obligea tons les vaisseaux a s'avancer vert Douvres ; quatorze vaisseaux hollandais ayant gagné le devant , pour empêcher les Espagnols de s'évader , se virent suivis de l'amiral d'Espagne et de tous les autres , lesquels n'eurent pas plus tôt passé le château de Walmer , que les deux partis mirent le pavillon haut, ce qu'ils n'avaient pas fait jusqu'alors , pour le respect qu'ils portaient au roi de la Gramle-bretagne , sur les côtes duqoel ils étaient ; alors les canonnades se lâchèrent de part et d'autre si brusquement que de long temps on n'avait rieu vu de pareil ; mais enfin le gros de l'armée espagnole fut mis en grand désordre ; peu après vingt de leurs navires s'échouèrent aux dunes sans qu'on sache pour quel accident , et plus de doux mille hommes se jetèrent en mer pour se sauver à terre.
Lesautres navires espagnols qui étaient aux
t d'être
tous en mer, et furent traités comme les autres de force canonnades. On ne pouvait comprendre , durant le combat , quel parti les Anglais favorisaient; car les Hollandais se virent servis du commencement de trois cents canonnades, et les Espaargés, Uni des châteaux tic la cote que de leur ûotte ; et derechef le* Hollandais , pour les empêcher de suivre les Espagnols ; ce que voyant les Hollandais, ils envoyèrent quelques brûlots qui allumèrent deux des vaisseaux échoués. Le gros de la (lotte hollandaise poursuivant cède la flotte d'Espagne, tirait En cette poursuite fut rendu inutile le vice-amiral d'Espagne , monté de huit cents soldats , qui se sauvèrent vers la terre , près de laquelle furent pris trois autres navires par les Hollandais. L'amiral Tromp, entre les autres , faisait remarquer son vaisseau par un grand feu qu'il faisait sur tout ce qu'il rencontrait et particulièrement sur l'amiral de Portugal , auquel il s'attacha et le perça en plusieurs endroits ; puis reconnaissant sa fermeté , et le grand fen que faisaient mille mousquetaires qui yét. ient, le fit accrocher par les sieurs Quax , Vernaf et Herse, capitaines de brûlots , lesquels l'obligèrent a demander quartier, mais trop tard. C'était chose digne de compassion , de voir plus ite huit cents personnes et quantité de , à demi rôties, crier effroyableet se précipiter dans l'eau , cherchant
la!
car des
vernit.
Le capitaine Musa, hollandais, qui était attaché à la galerie du Portugais , fut brûlé lui , après qu'il eut mis en se* nommes. On tient que ce «au au roi d'Espagne deux i
LETTRE DU CARI). DE RICHELIEU. — MARS. 1639. !W de-camp à cause de ses plaies. M. de Frézelière ne va point aussi de votre côté, mais en sa place on vous donne M. de Biscarat , qui vaut tout ce qu'on peut valoir.
Quant aux fonds pour l'infanterie que vous avez , assurément vous les recevrez, et vous avez trop de vigilance pour n'avoir pas fait préparer les vivres qui leur sont nécessaires par avant, et ti-op d'affection pour, en cas que les fonds destinés à leur solde ne soient pas portés à temps , ne vous servir pas de tout ce que votre crédit pourra fournir avec les vingt mille écus que vous avez entre les mains, pour en faire embarquer avec vous ce qu'il vous en faudra. J'estime en effet que vous
Don I .ope i Docias y fut briilé ; don Antonio Troii s* «ont échoué* entre Calait et llou-
il ( >< jiieilo . n'ayant pu les accourir , te retira logne. Un autre le fut ainsi prêt du même
durant la nuit; l'amiral de Discayc fut le lieu de Zingels; un autre fut emmené eu
neuvième nui fut miné par le» Hollandais. Hollande par le* capitaine* Forant et Itroux
Hon le. dune*, la nuit et le brouillard per- Le soir la flotte hollandaise retourna aux
mit de fuir qui voulut. dune*, et y trouva quatre navires échoue»
Le al la flotte espagnole se trouva toute ver* le nord, avec l'amiral de Napiet et le
dissipée. Un seul navire se trouvant devant galion de Gênes, qui avaient été vendus avec
l'amiral Tromp baissa les voiles, après deux trois antres aux Anglais, avec condition
ou trois volée* de canon-, et bien qu'il fût qu'on ne »'en servirait qu'avec maiclian-
monté de douie canons de fer et douze de dises : bref, de toute cette flotte, à peint
capitaine*, il* étaient si épouvantés qu'ils se Cette victoire est d'autant plu* renia r-
latssèrent prendre à une chaloupe où il n'v qaable qu'elle n'a coûté aux Hollandais que
avait que dix hommes. Ce fut ce navire qui de la poudre et de* boulet*. Aussi tous le*
fut dé|M-ché en Hollande pour en porter la magasins en furent vidés, et de plus encore,
nouvelle on en emprunta grand nombre au seigneur
Le a3 le* Hollandais en prirent encore un 1 opex, qu'il avait achetés à Amsterdam pour
qui se retirait vers Dunkerque , et un autre le roi de France.
qui prenait le même chemin s'échoua et Après une si belle action, l'amiral Tromp
se fracassa à G oigne. En même temps , le alla en recueillir les fruits en son pays, le 'au,
commandeur Han* canonisa long-temps, auquel jour il arriva à Rotterdam , où il fut
ver* la côte de France, l'amiral d'Espagne reçu et complimenté par le magistrat , et
se retirant avec un seul galion vers Dun- partit ensuite pour la Haye , afin d'en faire
kerque , où on a su que sept autres navire* le rapport aux Etals-Généraux , et recevoir
espagnols se sont sauvés. d'eux le* louanges et récompenses que mé-
Cc mente jour a3, le capitaine Galen prit rite un si grand service,
encore un navire espagnol, monté de trente- I-es Etats en reconnaissance de ses services,
quatre pièces de canon ; mai* il était si fia- lui ont fait présent d'une chaîne d'or de deux
cassé qu'il périt sur le Stmbanc, au chemin raiUc écus, et aux autres officiers à propor-
de Hollande, où on le menait ; deux autres tion , outre le butin qu'ils ont partagé avec
•pris le même jour vers Zingels. Ii
ferez fort bien d'aller avec quelques corps d'infanterie, afin de pouvoir renforcer d'hommes vos vaisseaux en cas de besoin , et être en état de rendre un grand combat si l'occasion s'en présente.
Devant que vous partiez, les escortes que vous avez à faire pour l'artillerie seront faites assurément. La principale difficulté que je vois en votre affaire, est de savoir si , sur l'incertitude de l'attaque de M. le prince, vous laisserez une escadre de vaisseaux séparée du corps de votre armée. Par le calcul de M. le prince, il ne doit arriver que le 1,r mai à Bordeaux. Je ne vois ps qu'il puisse faire son attaque, que vers la fin dudit mois, quoiqu'il dise. Ainsi apparemment vous pourrez quasi avoir fait une revue entière des ports et de la côte d'Espagne, et pourtant ma pensée est que vous devez y mener toute votre armée , à l'exception d'une couple de petits vaisseaux que vous pourrez laisser pour être chefs de l'escadre des pinasses que je vous ai vu faire amasser et armer pour le dessein que vous savez de Final.
Depuis ce que dessus écrit, M. de Noyers, secrétaire de ces quatre lignes, m'a assuré qu'il pouvait effectivement faire le fonds des troupes qui montent sur vos vaisseaux , vous envoyant porter une lettre à M. de Villeraontéc, pour faire passer ces fonds comptant. Je suis,
Monsieur,
Votre très-afîectioimé comme frère à vous rendre service ,
Le Cardinal de Richelieu.
De Rnel. Ic3i mari i6îg.
Depuis cette lettre écrite, le roi s'est résolu d'envoyer le sieur d' A mon tôt en Hollande, pour faire tous les elïbrts possibles pour faire que MM. les États envoient quinze vaisseaux joindre l'armée navale du roi. On mande à M. le prince d'Orange qu'elle sera prête en Ré , ou à Belle-Ile, au 20 d'avril; et si lesdits vaisseaux n'y peuvent arriver à temps et lieu pour la trouver, vous laisserez au commandant de Belle-Ile un mémoire particulier de la route que vous ferez, et du lieu que vous estimerez qu'ils vous pourront joindre. Je ne vous assure pas que vous soyez renforcé de ce secours, mais je croispourtantqueMM.de>