LETTRE DU CARI). DE RICHELIEU. — MARS
États auront de la peine à se résoudre à ne l'envoyer pas, vu les grands avantages qui leur en peuvent arriver.
En tout cas, quand vous aurez les brûlots, joints à la quantité de vaisseaux de guerre de l'armée du roi , je crois que vous serez en état d'exécuter les projets que nous avons faits ensemble devant votre parlement. Quand votre armée sera prête , je ne vous conseille pas d'attendre le renfort incertain.
MÉMOIRE DU CARDINAL DE RICHELIEU
POUR REPONDRE AUX DÉPÊCHES DK M. L' ARCHEVEQUE DE BORDEAIX , TOUCHANT LES ARMÉES DK MER DE LA DERRIÈRE A>>EE.
U-s mémoires dudit sieur de Bordeaux portent qu'on ne peut attaquer Fontarabie que toute l'armée navale n'y soit, et qu'on ne peut commencer l'attaque de terre que vers la On de mai. Cela étant, c'est chose hors de doute qu'il doit partir dès le 1" mai avec toute l'armée navale pour aller exécuter en mer ce qui est porté par sa première instruction.
Si on a proposé de laisser une escadre des moindres vaisseaux en cas qu'on résolût l'attaque de Fontarabie, deux raisons en ont été cause :
La première, que M. de Bordeaux étant ici, en avait fait l'ouverture lui-même ;
La seconde, que M. de Bordeaux allant à la mer avec le corps île l'année pour chercher le gros des vaisseaux d'Espagne, on ne jugeait pas qu'il fût à craindre qu'ils pussent venir à ceux qu'on laisse devant Fontarabie, puisque ceux de l'armée du roi les garantissaient.
Mais, puisque M. de Bordeaux estime avoir besoin de tout le coi-ps de l'armée ensemble, c'est à lui à partir le plus tôt avec elle pour aller exécuter ce qui est porté au précédent article, cherchant les vaisseaux d'Espagne en tous les ports où il croira les pouvoir trouver, pour les brûler et les faire périr.
I>e fruit qu'on attend de l'armée navale étant plus important et plus
certain que celui des entreprises de terre, le voyage de M. de Bordeauxest à préférer à tout autre.
Quant à la terre, on écrira à M. le prince ce qu'on estime qu'il puisse faire pendant le voyage de M. de Bordeaux, remettant le tout à son jugement. Cependant il sera bon que tous les préparatifs qu'on a projetés pour le siège de Fontarabie soient tout prêts, les pinasses nécessaires à cette tin arrêtées, en sorte que si M. le prince le veut entreprendre en l'absence de M. de Bordeaux, il n'ait pas lieu de s'excuser sur le défaut de telle chose, et que, s'il s'occupe ailleurs, If, de Bordeaux trouve à son retour tous ces préparatifs en si bon état qu'il puisse faire ce qu'il jugera à propos.
Clapisson, contrôleur général de l'artillerie, qui est ici, a î-eçu des lettres de Nantes qui portent que toutes les munitions de l'artillerie, canons et affûts, étaient embarqués à Nantes; cela étant , les desseins de Guienne ne manqueront pas , grâce a Dieu , par ce défaut.
Quant à ce qui est des canonniers, le nombre desquels M. de Bordeaux dit être trop petit dans l'état, on n'y en met jamais ce qu'il en faut, parce que quatre bons en peuvent faire cinquante, toute sorte de soldats étant instruits pouvant faire ce métier, et partant ceux qui commanderont à terre y en peuvent mettre autant qu'ils en auront besoin.
Us feront de même des charpentiers et de tous autres ouvriers, dont OU paiera volontiers la dépense sur le fonds des travaux , ainsi qu'on a accoutumé de le pratiquer.
Pour ce qui est des troupes qui ont été destinées pour la marine, qui consistent aux régiments de la Couronne, de Poitou, de Saintonge, et aux dix compagnies des Vaisseaux, on attend que M. de Bordeaux en dispose ainsi que bon lui semblera, et à cet effet M. de Noyers lui en envoie exprès un ordre nouveau.
Pour ce qui est des fonds desdites troupes que M. de Bordeaux doit embarquer, on a envoyé, par deux différentes voies, celui des vingt compagnies qu'il avait mandé vouloir seulement mettre sur les vaisseaux, l'une par l'adresse de M. de Villemontée et l'autre pr celle du trésorier de l'extraordinaire des guerres.
MÉMOIRE. — AVRIL 1639. m Quant au reste desdites troupes, parce quelles devaient demeurer en terre, on a confondu leurs fonds avec celui du reste de l'armée de terre.
Maintenant que M. de Bordeaux mande qu'il veut mettre quarante compagnies sur lesdits vaisseaux, on donnera ordre au trésorier de l'extraordinaire des guerres de lui bailler, outre les vingt -cinq mille francs qu'il doit toucher pour les premières vingt compagnies, autre pareille somme pour les vingt secondes; et cependant, alin que cela ne retarde pas M. de Bouleaux, il les prendra, s'il lui plaît, sur tout le fonds de la marine qu'il a en main, ou sur les soixante mille livret qu'il a à moi , donnant ordre à qui il voudra de les recevoir du trésorier de l'extraordinaire pendant son voyage.
C'est donc maintenant à M. de Bordeaux de partir sans dill'érer davantage, la diligence pouvant tant faire en une telle occasion, que s'il eût pu se mettre à la mer au 15 avril, ainsi que je l'avais toujours souhaité, il eût sans doute pris les ennemis au dépourvu.
Les troupes qu'il laissera en terre doivent demeurer jointes à celles de M. le marquis de Bourdia, sous la disposition de M. le prince.
On donnera ordre au trésorier d'en distraire et distinguer les fonds.
Le Cardinal de Richelieu.
LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU
A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX, TOUCHANT I.' ARMÉE NAVALE