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AOWT 4639. M 7
LETTRE DE M. DE NOYERS
A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX, TOUCHANT LES NOUVELLES DE LA COUR
Monsieur ,
Je vous souhaite les vents favorables et une heureuse fin de cam-
M. de Bullion m'a promis de donner tout le contentement nable au trésorier de la marine, et de lui faire les assignations.
Il fera sans doute le même pour le paiement des deux montres des officiers et prêts du régiment de la Couronne. Ainsi, vous n'aurez plus rien à nous demander.
Tout va bien par deçà, grâces à Dieu; son éminence ne fut jamais plus aimée du roi. M. de Cinq-Mars Effiat pi-end bonne part dans les bonnes grâces du roi : son éminence en congratule sa majesté. Ainsi, tout va à souhait. Nous partons lundi 29 de ce mois pour continuer le voyage de Lyon; je prie Dieu qu'il soit heureux et que vous me croyiez toujours,
Monsieur, votre, etc.,
De Novers.
, U »3 sont 1W9.
Ensuite de ses deux expéditions contre la Corogne et Laredo, M. de Bordeaux envoyant à M. le cardinal le journal suivant de sa navigation , rend ainsi compte de ces deux combats et des autres événements de la campagne.
a, «1 commencement dn moit qui portait en Espagne un évèque de Sicile de septembre, arec quelques prises considé- et quantité d'autre) passagers. 1J était du port raUes faites sur les ennemis. Ensuite de quoi de cinq cents tonneaux , monté de trente-
le comte d'Harcoart en renvoya quatre autres quatre pièces de canon , et Me de rendre
qui , deux jours après être partis de l'armée , un grand combat
DE CE QUI S'EST PASSE EN L'ARMÉE DU ROI , EN SON RETOUR A LA MER . JUSQU'AU 18 D'AOUT 1039. 1 •
II semblait que la tourmenté qui avait commence vers la fin d'avril, et qui avait empêché' l'armée de sortir jusqu'au 1 5 de mai , qui l'avait battue de telle sorte le 24 de juin , qu'elle semblait être plutôt en état de regagner ces ports que de retourner à la mer , qui l'avait
' L'armée du ponant , commandée par monseigneur l'archevêque de (fardeaux, fut composée cttte année de quarante vaisseaux de guerre, de vingt-un brûlots et douze «lûtes chargées d'artifice et d'infanterie pour les descentes. Le comte de Tonnerre en fut maréchal-de-camp. Elle partit de la rade de Saint-Martin de Ré le 18 de mai, et séjourna a Bclle-lle jusqu'au i" de juin, à cause d'un sur-ouest contraire à sa route. Elle arriva le 8 de juin à la Corogne , havre célèbre en Galice, où elle trouva trente-cinq vaisseaux de guerre des ennemis, qni se retirèrent a l'instant dans la baie, sous trois grands forts qni la défendent, proche de soixante pièces de canon qui étaient à terre , et six cents mousquetaires qu'ils espéraient passer en Flandre, chaque vaisseau aiant de plus une haussière pour se tirerà terre, et s'échouer s'ils y étaient contraints , et de plus , pour empêcher les nôtres de venir aux mains , ils formèrent l'entrée par une estacade de barques, bateaux et pièces de bois, fortemeut liés par ensemble, laquelle était flanquée du canon des forts, et gardée par six frégates de Dunkcrqoe , plusieurs pinasses et doubles chaloupes, armées et soutenues de quelques uns de leurs plus grands vaisseaux. Après quelque léger combat, voyant qn'il n'était pas possible de les forcer chez eux , ni piquer d'honnenr l'amiral , auquel M. de Bordeaux avait envoyé une lettre par un vaisseau anglais, pensant l'obliger au combat, s'il sortait en mer , on
sur les lieux voisins, et ayant apprit que don Antonio d'Oqnédo, avec vingt -cinq autres vaisseaux de guerre, n'était pas moins retranché dans la rivière de Saaso, qui tombe dans la baie de Calis , il fut résolu de rebrousser le long de la cote d'Espagne, pour, l'incommodant, obliger les ennemis à la défense de leurs terres ; mais tout ceci ne servant de rien , et les voyant résolus de tenir ferme dans leurs havres, l'armée revint à Belle -lie. Après avoir été battue d'une trèsfichruse tempête ; en ce lieu ayant répare le désordre que la tempête avait causé , et pourvu les vaisseaux de tout ce qu'ils avaient besoin, on partit derechef de la rade de Belle- Ile les 6 et 7 d'août , en résolution d'aller pour la seconde fois à la Corogne , sondei la volonté et le courage des ennemis. Mais , sur l'avis qu'on eut en mer qu'il y avait neuf galions d'Espagne à la rade de Saint-Oigne, près de Larédo en Biscaye, tout prêts à mettre à la voile, toute l'armée s'y rendit le i3du même mois; après avoir reconnu les lieux et su qoe sept étant déjà sortis , il n'en restait plus que deux, savoir : l'amiral de Galice, de plus de mille tonneaux , et l'autre de huit cents, qui s'étaient retires dans un amas de sable , sous le fort de Saint- Oigne, garni de diverses batteries, et de deux mille hommes bien retranchés , et commandés par don Juan Reion de Silva. La resolution fut prise de les attaquer ; l'infanterie fut mise a terre avec force chaloupes, et les sur le sabl
RELATION. — JUlS-AOljT 1639. 119
retenue à Belle-Ile depuis le 28 de juin jusque» au 4 d'août , sans que pas un vaisseau pût mettre le nez dehors , ni même souffrir les mâts de hune hauts , dut empêcher l'armée de retourner à la mer. La plupart des vaisseaux ayant été dégréés et si maltraités que nul n'avait conservé sa chaloupe , ayant été brisées presque toutes sur leurs porte-haubans, la plupart nus, ayant perdu les jeux de voiles qu'ils avaient envergués , et la plupart démâtes de tout ou partie de leiirs
croyable diligence, tant par le général qw En même temps, le fort fut li <
>, et à l'instant qna- attaque , que la ville fut prise d'emblée, et
tre bataillons d'enaemis , qui avaient {ait les retranchements forcés, l'epéc a Li inain.
mine de vouloir disputer la descente, aper- Ensuite de ces exécutions ne se présenta plut
rêvant qu'on allait gaillardement droit à eux, d'ennemis , la tille de larédo et le bourg de
ployèrent et se sauvèrent a la fuite, en la- Saint -Oigne furent pilles, après que le gé-
tis furent si chaudement poursuivis néral eut fait faire un ban public à la tête
par no* enfants perdus , commandes par les des troupes , portant défense à peine de la
sieurs de Saint-Etienne et Montontre , que vie de piller les églises , brûler , violer ou
la ville même de Larèdo, quoique fermée faire aucun excès aux titillants, femmes et
de murs et défendue par trois redoutes faites enfants , ce qui fut exactrmeut observé,
sur des émineneca pleines d'artillerie qui en Le roi y gagna un galion , aussi grand que
rendaient les avenues très-difficiles , fut cm- notre amiral , et cent cinquante piècel de
portée de vive force par trois endroits canon , dont il ) en a la moitié de fonte.
d'une demi -heure, bien que Le pillage y fut très-riche,
don Juan de Silva eut écrit i son maître, Le sienr de Rocbcbrune y reçut un
peu auparavant , qu'il ne craignait point dans le corps avec danger,
en ce lieu les forces du roi, et qu'il en eût Le sieur de Breuil, un dans la cuisse sans
les remet-ciments du roi d'Espagne , péril ■ une lettre qu'on a trouvée dans ses pa- Le sieur Duquesne , capitaine d'un vaispiers. . seau de roi , y I
La fortifications de ce lieu étant < et le canon embarqué , l'infanterie eut coin- Le sieur de Saint-Michel, capitaine d'un
mandement de descendre du cote de Saint- brûlot, eut la cuisse emportée d'un coup de
Oigue, comme aussi quelques vaisseaux, canon.
frégates et chaloupes, pour attaquer les deux Au mois de janvier en suivant , les quatre
galions, qui furent plus difficiles à sauver qu'à drapeaux gagnés sur les Espagnols par
emporter, car les matelots se jetant en tuer monseigneur l'archevèqus , furent portés
après y avoir mis le feu , le petit fut brûlé dans ltordeaui par quatre soldats du guet ,
entièrement, mais le grand, qui portait pa- devant les quatre jurais, comme premiers
villon d'Espagne, fut sauvé par la diligence gentilshommes de la province, qui les pri-
du sieur de Cazenae, capitaine d'un des vais- rent eu la maison du président Lalanne ,
seaux du roi, qui monta des premiers le bord, auquel le roi les avait envoyés, et furent
cl enleva ledit pavillon , et par le soin du conduits à Saint-André, qui est l'église ar-
rommandeur Desgouttes, qui s'y étant rendu, chiépiscopale, avec toutes les compagnies de
le fit mettre à la voile. la ville en
mâts, et tous presque ayaut perdu la plus grande partie des victuailles, dont ils s'étaient chargés pour six mois, tant pour leurs équipages que pour l'infanterie embarquée. Mais l'affection des capitaines a été telle, et le soin des officiers si grand , que les uns à l'envi des autres ont fait îles choses incroyables , soit pour retrouver de nouvelles victuailles sur le crédit de leurs amis , soit à remettre les vaisseaux en état de retourner en mer, qu'incontinent tout fut prêt ; mais la malignité du temps a été telle que jnsques au h août on n'osa mettre hors , durant quel temps les régiments de la Couronne et des Vaisseaux furent descendus dans les iles désertes de Lionne et de Ludic , pour empêcher que la maladie ne semitdans les bords par la trop grande quantité du monde qui y était embarqué. L'armée étant à la mer, faisant route vers la côte d'Espagne, a été encore surprise de tant de grains à la vue des terres d'Espagne, que l'on craignait bien plus de les aborder qu'on n'avait de désir de s'en approcher. Enfin le 12 du courant, une pa tache commandée par le capitaine Bruoc, et une frégate commandée par le capitaine Brun qui avaient été envoyées pour prendre langue et pour porter le sieur Joly , aide-de-camp , pour reconnaître les descentes pour l'infanterie sur la côte, rapportent qu'ils avaient rencontré deux galions d'Espagne, dont l'un avait le pavillon au grand m;U, qui était a la rade de Saint- Oigne, dont ils avaient pris une chaloupe avec seize hommes, qui l'était venu reconnaître , par lesquels on apprit que des neuf galions qui avaient été bâtis h Bilbao et lieux circonvoisins pour remplacer ceux de Gatari et reformer l'escadre de Galice , il n'en était sorti que sept, dont cinq étaient séparés et deux avaient relâché à Saint-Oigne , et deux n'avaient pu sortir de Portugalette ; que les deux qui étaient à Saint-Oigne, dont l'un était le plus grand et l'amiral , étaient commandés par le général de cette flotte, qu'ils n'avaient encore que trente-deux canons chacun , et deux cent cinquante hommes d'équipage. Dès lors, le commandement fut donné de mettre le cap sur Saint-Oigne , où l'armée arrivant , se rencontra dans une grande baie d'un côté de laquelle est la ville de Larédo , une des quatre capitales de la Biscaye, et de l'autre Saint-Oigne , qui commande la rivière de la Lolindre, dans laquelle ces deux galions restaient retirés au dedans
d'une barre et sons un fort de six pièces de canon et deux batteries de terre de quatre pièces , sous lesquels ils pensaient être en sûreté. Toute la nuit se passa à sonder la rade , reconnaître la barre , et visiter les descentes; mais le matin on commença d'être salué de vingtquatre pièces de canon qui étaient en batterie à la rade , et de celles (lui étaient du côté de Saint-Oigue , avec peu d'eflet néanmoins , qui fit résoudre à commencer par le plus pressé et ce qui pouvait plus nuire, qui était la rade. Le commandement est donné de débarquer l'infanterie des bords pour la mettre en des bâtiments propres à toucher la terre. Toute la nuit le comte de Tonnerre , maréchal-decamp, et le sieur de Buquoy, sergent de bataille, firent les diligences nécessaires pour leurs ordres de terre ; et le sieur Decamp, sergent de bataille de la mer , pour le débarquement. Tout y fut conduit si diligemment qu'à huit heures du matin toute l'infanterie de la mer , réduite à cinq bataillons commandés par le chevalier de Cangé, chef d'escadre , et quinze compagnies de marine qui avaient chacune cent mousquetaires détachés en divers pelotons à cause des diverses éminences qui commandaient le terrain, était débarquée; quatre bataillons des ennemis se font voir, mais ils ne donuèrent pas lieu d'aller aux mains avec eux , ayant plié dès qu'on toucha la terre. On marcha en cet ordre droit à la rade , mais on fut bientôt contraint de le changer par la situation de la ville, qui est bâtie au pied d'une montagne et sur un grand môle, dans lequel il peut entrer deux cents petits vaisseaux. Le régiment de la Couronne a ordre de gagner les éminences et attaquer par derrière la ville. Trois batteries hautes , de treize pièces de canon, tiraient incessamment sur les vaisseaux et sur l'infanterie, tant en son débarquement qu'en sa marche , ces batteries ayant été mises en trois redoutes sur les éminences hors la ville , afin qu'elles eussent plus de portée par leur élévation.
L'infanterie de la marine a ordre de donner, à leur tête les cent mousquetaires de l'amiral commandés par Baptiste, Rochebrune et Mondon, à la porte du nord, qui était celle qui était la plus fortifiée. Ce commandement fut tout donné en même temps ; le sieur de la Roulerie, lieutenant de l'artillerie de l'amiral, étant avec ce M. 16
corps, avec le pétard et échelle» et autres nécessités pour une telle attaque.
Toutes les pinasses, bateaux, chaloupes et autres bâtiments qui avaient servi au débarquement avec le sieur de Cangé, qui voyaient cette tragédie , voulurent être aussi de la partie sans qu'ils en eussent ordre , donnant dans le môle sans commandement; ce qui étonna si fort les ennemis, que tout gagna la montagne, hormis les reclus , prêtres, religieux, et ceux que l'incommodité avait retenus. ■
Le pillage fut plus tôt fait et les maisons, qui sont peut-être au nombre de cinq ou six cents fort belles, plus tôt fourragées qu'on y eût pu remédier; mais le soin des ofliciers fut tel , et l'obéissance des soldats si grande , que nulle église ni aucune femme , regardées que pour rendre grâces à Dieu et saluer les autres.
La quantité de vin et les désordres qui arrivent ordinairement en telles rencontres faisant appréhender le feu et ce qui a accoutumé de suivre, fit résoudre à faire sortir tous les gens de guerre, avec ordre porté à chaque corps de reprendre le champ de bataille qu'ils avaient pris pour donner; ce qui fut exécuté si promptement , que deux heures après , il n'y avait pas un soldat dans la ville , que ce qui était absolument nécessaire pour la garde des postes et les gardes du général. La nuit se passe. La marine se rembarque le lendemain , dans les bâtiments propres aux descentes. La Couronne demeura dans la ville pour faire embarquer l'artillerie et démolir les fortifications, sans qu'il y ait une seule maison ruinée ni brûlée.
Les prisonniers et ceux qui étaient dans la ville rapportent qu'il y avait deux mille hommes, tant d'habitants que de dehors, qui, sous la charge d'un don de Silva, gouverneur, avaient résolu de se bien défendre, et que, du côté de Saint-Oigne, tout le pays y était arrivé, et grand renfort du côté de Saint-André, entre autres de cavalerie; et que les vaisseaux avaient ordre de faire l'impossible pour se conserver, et de se brûler en cas qu'ils ne le pussent; ce qui fit résoudre à ne dilFércr pas plus long-temps de descendre de ce côté, qui était le seul moyen d'avoir les galions entiers , tes pilotes ne voulant pas nous assurer
RELATION. — JUIN-AOUT 1639. m
de ramener, à cause de la barre, les vaisseaux de la grandeur qu'il eût été nécessaire d'y envoyer pour les combattre.
Le troisième jour, 16 du mois, quatre brûlots furent commandés, soutenus de quatre frégates et vingt-quatre chaloupes commandées par quatre capitaines de la marine, et l'enseigne de l'amiral, nommés Duquesne, Croyset, Thibault, le Mény et le chevalier Desgouttes. Le régiment de la Couronne et les Vaisseaux ont ordre de marcher avec le comte de Tonnerre sur le bord de l'eau, proche des galions; l'infanterie de la marine se prépare à donner, embarquant ses enfants perdus dans des chaloupes, attendant le commandement, chacun ne sachant ce qu'il avait à faire.
Le flot venant, les brûlots et ceux qui les soutenaient partent avec ordre d'aller droit aux galions pour leur faire peur en cas qu'on ne fftt maître de la terre par l'attaque qui fut ordonnée à la marine d'y faire , et de les aborder en cas qu'on ne fût repoussé. Le commencement fit douter de l'issue , le calme prenant dès qu'on fut à la mer ; les batteries de terre, celles des vaisseaux, l'infanterie qui bordait toute la terre dans un grand retranchement, faisant tant de feu qu'on ne savait qu'en juger. Enfin , Dieu, qui préside à la justice des armées du roi , fit que les ennemis s'étonnèrent, après leur feu, qui dura environ une heure, qu'ils reconnurent inutile au courage de nos gens, de sorte qu'ils prirent la fuite, et ceux qui étaient dans les galions y mirent le feu; mais l'amiral, qui était à la terre, fut si pressé, qu'il n'osa ou ne put, ayant même failli à être pris par la chaloupe de l'amiral, commandée par le chevalier Desgouttes, enseigne, et neveu du commandeur.
Le sieur de Casenac, capitaine de la marine, qui se fâchaitde n'être point commandé en cette attaque, étant dans la chaloupe pour voir ce qui arriverait , se résolut de donner sans commandement à cet amiral ; ce qui réussit si heureusement qu'y arrivant seul le pistolet à la main il y rencontra celui qui le commandait avec quatorze hommes qu'il obligea de se jeter dans leurs chaloupes pour se sauver, sans leur donner le loisir de mettre le feu, que si faiblement, qu'il le tua facilement et jeta à la mer toutes les poudres et artifices destinés à cet effet.
Il n'eut pas moins de h:\te d'envoyer prendre le pavillon qui était arboré au grand mât comme à l'amiral de Galice.
Le sieur Duquesne, qui avait ordre d'aborder le galion avec le sieur Thibault et douze chaloupes eu cas qu'il y vit apparence, en fut empêché par une mousquetade qui rasa sous le menton, lui rompit la mâchoire, dont on ne croit pas qu'il meure. Le sieur Thibault y fit aussi tout ce que pouvait un homme de cœur.
Le second galion, qui était plus avant dans la rivière, ne pouvant être sitôt abordé par les sieurs du Croiset et du Mény, qui avaient le même ordre, à cause qu'ils étaient plus enfoncés dans la rivière , se brûla de lui-même sans que les capitaines pussent jamais y mettre ordre, quoiqu'ils l'a liassent aborder aussitôt que le feu y fut mis, lesquels firent des diligences extraordinaires pour cet elTet.
Durant que cette attaque se faisait d'un côté , la marine met pied à terre, l'ennemi prend la fuite; les bataillons se forment, les enfants perdus suivent les ennemis , en prennent et se rendent maîtres de cette ile, où l'on ne peut aborder que par une chaussée où il ne peut passer que deux hommes de front du côté de la grande terre.
Le commandeur Desgouttes, quoiqu'il fût réservé avec partie des capitaines de la marine pour tenir l'armée navale en état de recevoir les ennemis s'ils arrivaient, ne put néanmoins s'empêcher de mettre pied à terre presque aussitôt que les enfants perdus , d'où l'archevêque de Bordeaux le renvoya pour avoir soin de l'armée et de faire avancer les troupes qui n'étaient pas encore toutes débarquées; mais son sois, qui est sans bornes , ne le put empêcher d'aller au bord de cet amiral pris, pour y mettre l'ordre; mais le voyant sur le coup de la pleine mer et appréhendant que le jusant, qui commençait, ne l'empêchât de sortir, le lit mettra àja voile si .heureusement, que servant de pilote et de tout, il sortit ce vaisseau jusque* sous l'amiral , n'ayant avec lui que le sieur du Croiset, qui l'avait abordé avec Casenac, le capitaine Broc , Lacoste lieutenant , de Seiunles et Pichot , lieutenant de Duquesne, et les équipages de leurs chaloupes.
De dire tous ceux qui ont bien fait, il serait malaisé, chacun ayant contribué tout ce qui était de son soin avec grande aHecliou , cœur ,
ordre, obéissance; mais entre autres le bonhomme la Hoguète, qui commandait la noblesse volontaire, a fait voir que quand l'ordre est dans la tête de celui qui commande , souvent il fait grand elFct sur ceux qui sont commandés.
Et le régiment de la Couronne , mis en quatre bataillons composés de cinq cents hommes chacun , dont le premier était commandé par le sieur de Brain , lieu tenant -colonel du régiment , le second par Daguerre , le troisième par le baron de Goujon , et le quatrième par Cosages , dont il fut détaché du premier six-vingts hommes commandés par le sieur Montiéri capitaine, et autres officiers, à la conduite du sieur de Montcanp, aide-de-camp.
La retraite de Larédo fut faite par ledit régiment , à la conduite dudit Brain, lieutenant-colonel , avec le sieur de Cosages.
Et pour ce que les ennemis paraissaient près de leur marche, il fut détaché deux cents hommes , commandés par les sieurs Dujarry et Mariaune , capitaines , qui se portèrent avec telle diligence que les ennemis, au nombre de douze cents, ne surent gagner un poste qui leur était favorable , où il se fit un combat et de si près que ledit sieur Dujarry y fut blessé de coups de pierres , où nous ne perdîmes que le sergent de la Colonelle et quelques uns de blessés, et du côté des ennemis il se lit perte notable. Dans ces occasions le sieur de Cambon fit bien voir qu'il avait été nourri dans les mousquetaires du roi, l'étant maintenus en corps et jetés à l'eau à toutes les descentes jusqu'à la ceinture , sans rompre leur ordre ni sortir de leur poste, qui était à la gauche des mousquetaires de l'amiral .
Il serait malaisé de dire tous les noms , mais j'y ai remarqué les sieurs Orlujs, Gaucour, Arsac, les deux Bourdets, Chemerault, Dulac, chevalier Taudiac, Roque-Taillade, Lanesvane, Rodonnet enseigne de Brest, le marquis de La Luserne, le comte de Clermont-Gayac, Chaboissière, Lacour, le baron de Festival , le chevalier de la Boisliuière, le chevalier de la Melonière, Larivière, de Gesvres, Lahay , Plaisance, La Sausaye et plusieurs auties. Je ne somme pas les abbés de Gaurour et Cheselles, que la profession dispense de toute rencontre ; mais ils ont cru que puisque le général était ecclésiastique , ceux qui ont ennui de
126 LIVRE IV. — CHAP. Vil.
l'être , y pouvaient aller. Le sieur de Pontesière, capitaine de Hollande, travailla au bataillon de Basac comme eût fait un sergent payé à cet etfct , ayant pris ce poste à cause de sou parent qui le commandait. Ses bonnes qualités sont superilues à dire , les ayant fait connaître en infinies occasions, en France et Hollande, où il est depuis dix ans.
Le sieur de Bel in, gentilhomme irlandais qui a quitté le service d'Espagne depuis un an à cause des injustices et mauvais traitements qu'il y a reçus, et qui s'est donné au roi depuis, a servi avec même affection.
Rien ne se peut ajouter à l'ordre des descentes, à la promptitude à former les bataillons, ni à la hardiesse d'aller à eux, dont le comte de Tonnerre, maréchal-de-camp, Buquoy, sergent de bataille, Joly Moncaulst et Jacques de Bléré, aides-de-camp, travaillèrent avec un soin incroyable, aussi bien que le sieur Menadet, qui servait de sergentmajor à l'iufanterie de la marine.
La perte que les ennemis y ont faite en cette rencontre est de deux galions, dont l'un est de mille à douze cents hommes qui sert maintenant le roi en sou armée , qui porte le pavillon d'amiral arboré au grand mât; le second , de sept à huit cents tonneaux; de plus de cent pièces de canon ; de plus de deux cents barques, bateaux et pinasses, et d'une des principales villes de Biscaye qu'ils pensaient avoir mise en état de ne rien craindre, comme on le voit par la dépêche du roi d'Espagne à ce don de Silva.
La perte qu'a faite le roi est de deux capitaines de brûlots tués; un capitaine de la marine, nommé Duquesne, blessé au visage; de deux gentilshommes de l'archevêque de Bordeaux, nommés Rochebrune et le Breins, grièvement blessés, et de quelques soldats et mariniers; et un capitaine du régiment de la Couronne, nommé Montiéri, blessé à la jambe d'un coup de mousquet.
AOUT 1639. 427 M. le cardinal de Richelieu félicitant M. de Bordeaux sur le> bons succès de la campagne, lui donne les ordres du roi au sujet de Larédo et des ojMÎrations ultérieures de l'armée navale.
LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU
A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
r m. Monsieur,
Je ne saurais assez vous témoigner la joie que j'ai eue de l'avantage que vous avez remporte sur U*s ennemis aux côtes d'Espagne. Je reçois cette victoire comme un augure d'autres bons événements qui vous arriveront, étant assuré que vous n'oublierez rien de ce que vous pourra pour n'en demeurer pas là.
J'ai vu, par votre relation, le sujet que le roi a d'être content de tous ceux qui ont servi en cette occasion, que j'ai fait valoir autant qu'il m'a été possible. Je vous prie de leur témoigner le contentement que j'ai de l'bonneur qu'ils ont acquis, et le désir que j'aurai toujours de les servir en revanche de ce qu'ils ont fait.
Pour répondre aux divers points de votre lettre, je vous dirai premièrement que je n'estime pas que vous deviez penser à fortifier l'éminence de la Bède, où il serait impossible de faire rien de bon, puisqu'il n'y a point d'eau.
Quant à ee qui a été pris de galions, tous les canons, munitions de guerre et agrès, en un mot ce que vous jugerez nécessaire au roi étant réservé, vous pourrez faire partager le reste entre tous ceux qui doivent y avoir part, ce que j'estime très-raisonnable.
Vous me mandez qu'il faut pourvoir à Relie-Ile :on a déjà écrit à M. de Retz qu'il y prenne soigneusement garde. Je lui écrirai de nouveau, et je vous prie, en revenant de la mer, de lui faire une dépêche sur ce sujet, lui offrir deux ou trois cents hommes de garnisons, et, s'il les accepte, les lui envoyer de ceux que vous ramènerez. Le roi trouve bon que les pavillons que vous lui avez envoyés soient portés à
Bordeaux et mis dans votre église, pour marquer à vos ouailles que taudis que vous u'avez paies paitrc actuellement eu terre, vous acquérez des Inuricrs sur la mer.
J'ai vu ce que vous demandez pour les préte-pain des régiments qui sont sur vos vaisseaux , et pour deux montres de leurs officiers, et pour cent quatre-vingt-deux jours, le tout revenant à mille sept cent trenteneuf livre», sur quoi le trésorier a reçu cinq cent trente-neuf livres. Premièrement, on lui fait encore donner fonds de mille sept cent soixante-neuf livres, moyennant quoi l'on s'assure que vous aurez de quoi satisfaire aux prêts des soldats effectifs qui se trouvent auxdits régiments et aux deux montres fie vos officiers.
Quant aux ^quatre cent seize mille livres que le trésorier prétend qu'il avait de mauvaises assignations, M. de Bullion a mandé à M. de Noyers, sur cet article/ qu'il donnerait contentement au Picard aussitôt qu'il le verrait. Ainsi , je crois que vous aurez sujet d'être satisfait, et eu effet , il faut accoutumer les soldats à l'être de la raison, et ceux qui les commandent de ne demander pas pour eux plus que ce qui se peut.
Il ne serait pas raisonnable de payer le pain aux soldats sur la mer au prix que le roi le paie sur la terre, a cause des voitures, sans lesquelles il ne coûte que dix-huit deniers en terre, au lieu qu'on vous le paie à raisou de deux sous. Aussi peu y a-t-il d'apparence de bailler une montre aux soldats, outre leurs prêts et leur pain , qu'ils auront eu sans perdre un jour tout du long de la campagne.
Le roi faisant état de bien payer cet hiver tous les soldats qui seront effectifs dans les lieux où ils auront leurs quartiers', cette considération et celle que vous me mandez, que les Espagnols peuvent faire des desseins sur Belle-Ile , pouvant avoir autant de lieu sur nos cote» que sur cette ile , font que sa majesté désire que vous mettiez quatre ou cinq compagnies dans Belle-Ile , si M. de Retz le» veut recevoir ; cinq ou six
' En marge rst écrit : frontières en les bien pajant ; l'expérience
Le roi bit loger cette année tonte son nous faisant connaître que c'est là le nieitarmée , pendant l'hiver , dans ses villes, leur ordre qu'on puisse garder.
LETTRE DU CARD. DE RICHELIEU. — AOUT 1639. 12<» à Brest , autant à Bjavet , et le reste en Ré et OJéron et autre» lieux proches de la Rochelle , où , aussitôt que nous aurons reçu de vos nouvelles , nous enverrons un trésorier avec de l'argent pour payer par avance les prêts aux soldats, capitaines et officiers , dont lesdits capitaines ont un ëcu par jour, et les autres au prorata.
Quand vous ferez vos désarmements, vous enverrez les grands vaisseaux du roi à Brest, huit au Havre, et trois ou quatre petits à Brouage.
J'ai lait partir le sieur Petit pour aller à Brest, expressément laire mettre le port en tel état que la chambre soit sure pour les vaisseaux du roi , et que la fermant avec de bonnes chaînes, les ennemis n'y puissent faire mal , ni par eilbrt ni par feu.
M. de Noyers vous écrivant amplement sur le reste des affaires , je ne vous ferai cette lettre plus longue que pour vous assurer continuation de mon affection, que vous trouverez toujours telle envers vous que vous la pourrez désirer de celui qui est véritablement , Monsieur,
Votre très-affectionné comme frère à vous rendre service.
Le Cardinal de Richelieu.
De Langrri , U >g «oût iC3<,
LETTRE DE M. DE NOYERS
A M. 1/ ARCHEVEQUE DE BORDEAUX , SIR LE BONHEUR DE SES ENTREPRISES . FO.\D9 ET QUARTIERS DJUVER.
Monsieur ,
Quoi que portent ceux qui viennent de votre part, ils sont toujours les bienvenus; mais il faut avouer qu'il y a plus de sensualité à être porteur de bonnes nouvelles que de mauvaises ou d'indifférentes.
Vous êtes heureux qu'il ne se passe aucune campagne sans faire quelque exploit qui fasse parler de vous. Je prie Dieu qu'il continue à bénir vos entreprises, et à vous donner autant de bons succès que vous en souhaite le plus affectionné de vos serviteurs.
J'espère que vous aurez contentement, tant sur ce qui reste à recouvrer des assignations de la marine , que sur le paiement des prêts du régiment de la Couronne, M. de Bull ion l'ayant bien précisément promis à son éminence , et par écrit.
Pour ce qui est des quartiers d'hiver de vos régiments, je ne vous répéterai point ici ce que son éminence vous en écrivit hier, m'assurant que vous acquiescerez volontiers à ce qui est de sa volonté sur ce sujet, et que vous ne les trouverez pas moins bien logés, par un tel maréchal des-logis, que si c'eût été M. d'Escures qui en eût voulu prendre la peine.
Il sera à propos que vous me fassiez savoir au vrai le temps auquel vous leur ferez prendre terre , afin que je fasse en sorte que M. de Bullion envoie leur subsistance sur les lieux quelques jours avant qu'ils y arrivent.
Il ne me reste qu'à prier Dieu qu'il vous donne moyen de couronner la fin de la campagne tle quelque action qui corresponde à celles que vous avez heureusement exécutées l'année dernière et la présente, et aux souhaits ,
Monsieur,
De votre très-humble et très-affectionné serviteur,
De Noyebs.
A Chalanoey pré* Dijon , ce 3o août 1369.
Dans la lettre suivante , M. le cardinal félicite M. de Bordeaux sur son intention de revenir à Brest pour surveiller les radoubs de la flotte. Il accorde aussi à ce prélat la permission de fondre quelques-uns des canons pris à Larédo, afin d'en faire des cloches pour son église de Bordeaux, où ce prélat avait déjà envoyé les quatre drapeaux pris sur les Espagnols à Larédo'. Dans un
' Cette semaine, quatre des drapeaux na- province, qui les prirent en la maison du
guère* gagnés sur les Espagnols par notre président Lalane , auquel le roi le* avait cu-
arclievèque , oui été portés en triomphe par «oyés , et les ont conduits a Saint-André avec
qualre soldats du guet devant nos quatre ju- toutes les compagnies de la ville en armes. —
rats comme premiers gentilshommes de la Gatelle de France, i63j), w trptemhre.
post-scriptum de sa lettre, M. le cardinal apprend à.M. de Bordeaux la mort du cardinal de la Valette, frère du duc de la Valette réfugié en Angleterre, qui, ensuite de la défaite devant Fontarabie, fut condamné par contumace à avoir la tète tranchée comme coupable de crime de lèse-majesté.
LETTRE DE M. LE CARDLNAL DE RICHELIEU
a m. l'archevêque de bordeaux- Monsieur. ,
J'ai été très-aise d'apprendre, par votre lettre du 15 septembre, que vous avez envoyé les compagnies des régiments de la Couronne et des Vaisseaux aux lieux où ils doivent hiverner, et de voir la résolution que vous avez prise, non seulement d aller mener vous-même les grands vaisseaux dans Brest et donner ordre à leurs radoubs , mais aussi de pourvoir à leur sûreté dans le port par le moyen de la chaîne que vous avez fait apporter de celui de Larédo. J'ai tant de confiance en vos soins et votre diligence, que je ne doute pas que toutes ces choses n'aillent comme il faut, puisque vous vous en mêlez. L'argent qui sera nécessaire à cette fin , et pour toutes les autres dépenses de votre désarmement et des radoubs des autres vaisseaux, ne vous manquera pas, le sieur Picard m'ayant mandé vous avoir envoyé tout ce que vous avez demandé pour cela : ce qui lui a été bien aisé de faire, puisque messieurs des finances ont converti la plus grande partjc de ses assignations en argent comptant et changé les autres.
J'estime aussi que le voyage que vous voulez faire à Nantes pour y rétablir nos artilleries, et à Brouage et Saugeon pour visiter nos travaux et en voir l'état, sera fort utile; mais je serais bien aise que vous ne vous y arrêtassiez pas long-temps, non plus qu'à Bordeaux, et qu'après avoir mis ordre à vos affaires les plus pressées , vous me vinssiez trouver à Lyon, suivant l'offre que vous m'en faites, le plus diligemment que vous pourrez, sans néanmoins vous incommoder, croyant avoir besoin de vous dans les occurrences présentes. Il ne sera pas nécessaire que
vous ameniez avec vous les capitaines entretenus à la marine , aimant mieux qu'ils demeurent aux lieux où sont les vaisseaux qu'ils commandent, pour les faire mettre en état, et pour donner ordre de bonne heure à leurs biscuits et autres victuailles, afin que nous puissions, l'année qui vient, mettre de bonne heure à la mer.
Je suis bien aise qu'il se soit trouvé plus de canons des ennemis que vous ne pensiez pas, et je le serai toujours beaucoup d'être trompé de la sorte. Le roi vous accorde bien volontiers celui qui est rompu , et que vous demandez pour grossir une des cloches de votre église de Bordeaux.
Lorsque vous serez à Lyon , nous nous entendrons parfaitement de toutes nos affaires , et prendrons ensemble résolution de ce qu'il faudra faire l'année prochaine. Ce qu'attendant, je vous assurerai de la continuation de mon affection envers vous, qui est et sera toujours telle que vous la pouvez désirer «le celui qui est véritablement ,
Monsieur ,
Votre très-affectionné comme frère à vous rendre service.
Le Cardinal OB RlCRBLIBU.
De Grivot, le 4 octobre 16J9.
I>a mort de M. le cardinal de la Valette m'afflige de telle sorte, que je ne m'en saurais consoler, ayant perdu eu sa personne un des meilleurs et des plus généreux amis que j'aye au monde. Sa majesté s'est souvenu de vous dans la distribution de ses bénéfices , vous ayant réservé une de ses abbayes.
OCTOBRE 1639. 133 M. de Novers donne à M. de Bordeaux les instructions du cardinal sur le désarmement de la flotte.
LETTRE DE M. DE NOYERS
A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX, TOUCHANT LE DESARMEMENT DES VAISSEAUX ET LA GARNISON.
Monsieur ,
Voici la deuxième fois que l'on vous mande qu'on remet à votre jugement de faire le désarmement de l'armée navale quand vous l'estimerez à propos , et que l'on croit, comme vous l'avez mandé, que ce sera plus à propos d'envoyer vos vaisseaux dans le port de Brest qu'en aucun autre des ports de delà, à l'exception de huit que vous enverrez au Havre , entre lesquels vous comprendrez deux bonnes frégates pour tenir à la guerre.
Quand vous aurez désarmé à Brest, ce sera à vous à pourvoir aux choses nécessaires pour mettre de bonne heure à la mer l'année qui vieut, et vous ne manquerez pas d'argent à cet ell'et, puisqu'oulre les deux cent vingt-deux mille livres que M. le marquis de Sourdis a envoyées pour les ouvrages de Brest, vous avez encore les ciiiqtiantedeux nulle livres que le sieur Foucaut vous porta pour Guétaria qui vous tiendront lieu d'une avance que l'on eût demandée pour l'année qui vient.
Le roi trouve bon que vous mettiez en garnison les régiments de la Meilleraie , de la Couronne et les dix compagnies des Vaisseaux, aux lieux que vous avez proposés à M. le marquis de Sourdis , en donnant auparavant avis au commissaire de la subsistance de Poitou, qui est , comme je crois, M. de Villemontée. Quant à ce que vous aviez proposé de la réduction des compagnies, le roi ne croit pas que les troupes soient si fortes que l'on ait besoin de les retrancher ; ainsi vous les laisserez au nombre qu'elles se trouveront au sortir des vaisseaux, et ordonnerez aux officiers de travailler incessamment à
m LIVRE IV. — CHAP. VII.
refaire leurs compagnies , afin qu'on les puisse faire agir de bonne
heure la campagne prochaine.
Son éminence désire que vous tachiez par tous moyens à faire faire six bonnes frégates en Bretagne , soit au port de Brest ou en quelque autre lieu que vous jugerez propre à cet effet. Elles pourront servir bien utilement dans la Manche , et nous avons avis qu'on les fera mieux en Bretagne qu'en tout autre lieu de la France, à cause que les bois et les ouvriers sont meilleurs. Seulement faut-il observer une chose , qui est de choisir du bois sec , et y faire travailler en si bonne saison que le bois ne vienne pas après à se retirer et diminuer quand le soleil et les sécheresses viendront à donner dessus.
Vous reconnaître/, aussi si l'on peut recouvrer des poudres et des salpêtres en Bretagne, et donnerez avis à son éminence de la quantité dont 1 on en pourra faire état.
Son éminence vous prie aussi de passer en Brouage et autres lieux portés par la dépêche , et de donner à M. de la Potherie, que le roi envoie en Guienne, par préférence, des causes du malheur du Fontarabie, toutes les instructions possibles pour justifier ce qui s'est dit contre ce que vous savez. Je sais bien que c'est une faible consolation de rechercher les causes d'un tel accident, qui ne peut n'être point, mais l'on doit cela au public , et la prudence veut que l'on pourvoie au présent par la punition des fautes passées. Je prie Dieu que nous vous revoyions ici en bonne santé, et que vous me croyiez toujours,
Monsieur,
Votre très-humble et très-affectionné serviteur,
De Noyers.
Dt Huel c« 5 octobre i3Ji).