LETTRE DU COMTE D'HARCOURT. — AVRIL
île très- grands services, ayant une entière connaissance de cette mer et de ces côtes, et me réjouirai toujours de tous les avantages que
Vous aurez maintenant appris comme les Espagnols ont assiégé Casai : qu'ils l'attaquent de vive force, et qu'ils prétendent emporter la ville et le chemin dans peu de temps, et qu'ensuite ils prendront la citadelle avec facilité; à quoi je me préparc de n'opposer et d'employer tout ce que j'ai de vie, de bien et d'industrie pour la conservation de cette place, sachant que d'icelle dépend tout le bien des alfa ire.s du roi en Italie, pour lequel je n'aurai rien de cher; c'est pourquoi je vous fais celle-ci pour dire que vous pouvez beaucoup m'en faciliter les moyens par les diversions que vous pourrez faire entreprenant sur Final , Villefranche ou autres lieux que vous jugerez à propos; car vous obligerez les Espagnols d'y envoyer des troupes pour s'opposer à vous, ou du moins vous retiendrez le cardinal de Savoie de ces côtés avec ce qu'il a de force : ce qui l'empêchera (l'entreprendre rien sur le Piémont pendant que nous irons au secours de Casai ; que, si vous n'êtes encore en état d'entreprendre effectivement quelque chose d'important, vous pouvez faire mine de le vouloir, et cela pourra toujours produire quelque elîet. Ce faisant vous rendrez un service très -signalé à la France, très-agréable a son éminence; elle vous en aura une très-parfaite obligation. Je vous enverrai au premier jour le colonel Berthelot, qui a été à la cour et qui a lettre du roi à vous donner, qui vous informera de ce qui se peut entreprendre de ces côtés et vous facilitera les moyens de l'exécution. J'ai avis certain que les Espagnols ont tire tout ce qu'ils avaient de gens de guerre le long de la côte, et ont levé de la milice pour mettre dans les places, ce qui vous donnera les moyens d'entreprendre plus facilement ce que vous jugerez le plus utile pour le service du roi.
Je vous donnerai avis de temps en temps de tout ce qui se passera, et vous conjure d'en faire de même, afin que nous conservions la bonne intelligence qui doit être entre nous pour le bien du service du roi , en quoi je contribuerai de mon côté tout ce que je dois et pour vous témoigner que je désire vous servir.
J'ai reru hier au soir lettre de M. de La Tour, qui me mande avoir fait la plus avantageuse et plus heureuse sortie sur les ennemis qui se peut: on a tout tué ce qui s'est trouvé dans trois logements qu'ils avaient avancés du côté de la colline, et la cavalerie voulant venir au secours a été repoussée battant jusque dans leurs quartiers. Ces heureux succès nous donnent sujet d'espérer que le marquis jde Leganez aura mal pris ses mesures, pourvu que vous nous aidiez un peu, comme j'espère que vous ferez puisqu'il s'agit du service du roi, de la satisfactiotf de son éminence, et de l'intérêt de celui qui est ,
Monsieur,
d'Hàrcourt.
M. de Bordeaux demande à M. le cardinal de Richelieu comme il doit traiter M. le cardinal de Savoie, dans le cas où il le rencontrerait.
A M. LE CARDINAL DE RICHELIEU
MONSEIGNBUK ,
Attendant l'arrivée de vos vaisseaux et du sieur Bergeron à la Rochelle, je suis venu à Bordeaux, où le comte de Tonnerre s'est trouvé, afin de le faire partir avec le» troupes que vous avez ordonnées pour la Provence : tout marche et mon train avec. Et moi je les suivrai en poste de la Rochelle, où je retourne, dès que vos vaisseaux seront partis et lorsque vous le commanderez.
Je renvoie à votre éminence l'ordre pour les fonds de l'embarquement des régiments de la Couronne et les Vaisseaux, pour lui faire voir que je ne lui dis jamais que la vérité.
Je fais marcher aussi tous les forçats de toutes les juridictions et
LETTRE DE M. L'ARCH. DE BORD. — MAI 1(740. 153 parlements de ces quartiers , suppliant votre emmenée de croire que non seulement l'argent mais ma vie ne retardera jamais un instant l'avancement de votre service.
Il reste à savoir de votre éminence ce que j'aurai à faire avec M. !«■ cardinal de Savoie, quand j'arriverai, s'il me parle d'accommodement ; ne sachant sur quel pied et à «nielles conditions je le devrai entendre , ayant pour maxime assurée que quoi qu'il dise ou fasse désormais cela ue retarde pas un instant notre marche. Si votre éminence me veut commander quelque chose , il faut qu'elle envoie ses ordres entre les mains de monseigneur le premier président d'Aix.
J'envoie la copie du cbiU're que votre éminence m'avait autrefois donné, afin que s'il lui plait me commander quelque chose de particulier il soit hors de hasard de perdre.
M. le comte d'IIarcourt ayant battu les Espagnols sous Casai, le roi fut si satisfait de cette victoire, qu'en l'apprenant à M. de Bordeaux, il lui ordonne de commander des réjouissances publiques pour fêter ce triomphe.
LETTRE DU ROI
A M. L'AKCHEVÊQIK DE BORDEAUX.
Mous, l'archevêque de Bordeaux , sur la nouvelle que je viens de recevoir avec certitude , que mon cousin le comte d'IIarcourt étant allé secourir Casai , a défait en bataille l'armée du roi d'Espagne qui avait entrepris le siège de cette place , et que les ennemis y ont perdu six mille hommes, tant prisonniers que tués ou noyés, donne pièces de cation , l'équipage de leur artillerie et leur bagage , j'ai résolu défaire rendre des témoignages publics de réjouissance d'une victoire si considérable pour mes armes, en laquelle ils ont délivré pour la troisième fois de l'ambition d'Espagne une des plus fortes et plus importantes places, non seulement de l'Italie, mais de toute la chrétienté, dont la gloire est d'autant plus grande que les Espagnols ayant voulu II. 20
éprouver leurs forces contre les miennes , c'a été* leur confusion , bien qu'ils se trouvassent supérieurs en nombre par la diligence extraordinaire qu'ils avaient apportée à se mettre en campagne avant la saison et à se préparer au siège de ladite place. J'ai désiré vous donner part de cet avantageux succès , afin que vous le fassiez savoir à mes serviteurs qui sont près de vous , et vous dire que mon intention est que vous fassiez tirer le canon et apportiez en cette occasion toutes les marques de réjouissance qu'elle mérite. A quoi m'assurant que vous satisferez avec toute la joie que vous peut donner le progrès de mes armes , je ne vous ferai cette lettre plus longue que pour prier Dieu qu'il vous ait , mons. l'archevêque de Bordeaux , en sa sainte garde.
LOLïS.
SlJBLKT.
Écril I Soi»»!». le i5 mai i6}o
Le roi engage M. le comte d'Alletz à ne pas avoir égard aux remontrances des procureurs de Provence, si elles devaient nuire au passage des gens de guerre.
LETTRE DU ROI