A M. LE COMTE U'ALLETZ
Mon cousin, bien que je ne doute aucunement que vous ue preniez grand soin de la conservation de mes troupes en l'étendue de votre charge , et de donner au sieur archevêque de Bordeaux , mon lieutenantgénéral en mon armée qui sera par delà , toute l'assistance dont il vous pourra requérir aux choses qui dépendront de vous ; néanmoins, parce que je sais que vous rencontrez souvent divers obstacles de la part des procureurs de mon pays de Provence à l'exécution de ce que vous leur ordonnez sur les occasions qui surviennent pour mon service en ladite province , j'ai bien voulu vous faire cette lettre pour vous dire que lorsque les troupes de madite armée seront en Provence , mon
LETTRE DU ROI. — MAI 1640. 150 intention est que vous preniez un soin particulier de les faire loger et subsister le plus commodément qu'il se pourra , sans vous arrêter à toutes les longueurs et difficultés qui pourraient y être faites tle la prt desdits procureurs du pays et autres , n'ayant pas moins d'égard en cela au maintien des gens de guerre qu'au soulagement du peuple ; et au surplus, que tous assistiez ledit sieur archevêque en tout ce qui sera de votre pouvoir pour le bien et avancement de mon service. A quoi m'assurant que vous apporterez votre zèle et affection accoutumée en toutes les choses que je vous recommande , je ne vous fais la présente plus longue que pour prier Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte et digne garde.
Signé LOUIS.
Et plus bas, Sublet.
Ecrit i Soi»-»», I, .8 mai .Cjo
Dans les dépêches suivantes, le roi, M. le cardinal de Richelieu et M. de Noyers, engagent M. de Bordeaux à traiter les troupes avec une plus grande sévérité , et lui donnent des instructions pour le bon succès de la campagne.
LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU
A M. L'ARCHEVEQUE DE BORDEAUX
Monsieur ,
Je ne suis pas tant en peine de la faiblesse de vos troupes comme de la peste qui est en Provence.
Quant à la faiblesse, nous estimons de deçà qu'au lieu de leur donder de nouvel argent , il les fallait faire châtier. C'est la pratique qui s'observe de deçà , sans laquelle il sera difficile d'avoir des troupes à l'avenir.
M. le prince partant d'ici s'est engagé sur son honneur que toutes les troupes qui sont en Languedoc et en Guienne seraient actuellement complètes.
Je voudrais qu'il ne tint qu'à vous donner le reste du régiment de Saint-Simon à ce que vous pussiez faire quelque chose de bon , en ce t as, vous l'auriez volontiers et même quelques régiments s'il en était besoin; mais la peste est ce qui nous embarrasse, et ce qui ruinera peutêtre votre dessein de terre.
Ainsi, c'est à vous d'envoyer en diligence voir si elle est telle qu'on nous mande, parce qu'en ce cas, le roi faisant état, entre vous et moi, de s'avancer vers Lyon, et peut-être plus avant, dans le mois de juin , il ferait venir toutes les troupes qui vous étaient destinées pour agir en sa présence.
Si cela est , ce sera à vous de voir ce que vous pourrez faire par mer , où j'espère que la peste ne vous ira point chercher ; n'y en ayant , par la grâce de Dieu , point en tous les équipages , ni des galères, ni des vaisseaux ronds qui sont dans la mer Méditerranée.
Cependant, si la peste vous permet d'agir en Provence , on aime mieux que vous agissiez par mer et par terre que par mer simplement; mais si la maladie est telle qu'on nous l'écrit de delà, on ne veut ni hasarder votre personne ni l'armée du mi , qui se perdrait infailliblement en trois jours inutilement.
C'est à vous maintenant à travailler sur ce projet , et nous éelaircir de ce que vous apprendrez qui nous doive déterminer , soit à faire tenir les troupes avec le roi , soit à vous les laisser , au cas que vous puissiez faire ce que vous savez.
Ce beau temps me fait croire que vous aurez maintenant fait partir vos vaisseaux , et que vous ne tarderez plus vous-même à vous avancer en Provence, prenant garde à ne passer en aucun lieu où la peste soit à craindre.
Vous aurez su maintenant la grande bataille que M. d'Harcourt a gagnée, dont nous avons bien à rendre grâces à Dieu.
M. de la Meillcraie a assiégé Charlemont. Voilà tout ce que je vous puis mander.
Le roi part aujourd'hui pour aller à Charlevillc ; ce qui tend à faire la même route que l'année passée.