LETTRE DU CARD. DE RICHELIEU. — AOUT
Quant au manque de soldats, je crois qu'on y peut remédier par les levées des milices de toute la frontière, et les recrues que ceux qui ont des régiments du pays peuvent faire aisément.
En un mot, on ne fait rien de grand sans beaucoup d'efforts et de grandes incommodités ; et les plus fins en matière d'affaires sont ceux qui ne se dégoûtent pas par les difficultés , mais tâchent de les surmonter par tous moyens.
Je vous conjure, autant qu'il m'est possible, de n'oublier rien de ce qui dépendra de vous pour faire plus que ce qui se pourra ; de là dépend le bon succès des affaires du roi. Si Saint-Sébastien se peut . prendre, c'est, comme j'ai dit, le vrai moyen d'amener Fontarabie, le Passage , et tout le pays en deçà des montagnes.
S'il ue se peut pas, il faut voir si on peut conserver le Passage, sinon il faut voir si ou peut ruiner absolument le port pour le roi d'Espagne, comme vous le dites, enfonçant des vaisseaux maçonnés dans l'embouchure d'icelui. Car si on ne prenait pas Saint - Sébastien et qu'on ne conservât pas le Passage, ou qu'on ne pût le ruiner, la conservation de Fontarabie serait bien plus difficile que si nous pouvons faire l'une des trois choses ci-dessus.
C'est donc à M. le prince de prendre un conseil fort et généreux , et à ceux cjui sont auprès de lui de l'y convier, ce que je vous prie de faire par toutes voies , sur l'assurance que je vous donne que vous ne saurez rendre un meilleur service au roi, ni m'obliger davantage.
Mons. le prince ne s'excusera pas, s'il lui plait, de faire quelque chose d'extraordinaire, car je lui promets qu'au cas qu'il ait besoin de quoi que ce soit pour faire un grand effet je l'enverrai à lettre vue, et cependant son crédit et celui de tous ceux qui sont dans la Provence pourra suppléer en attendant.
Si la prise de Saint-Sébastien est du tout impossible , je crois qu'en ce cas Fontarabie étant pris vous pourrez aller avec grande facilité tenter quelques unes des autres entreprises que vous aurez en téte, devant que de partir d'ici, vers la Corogne, Saint- Ander ou autres lieux que vous estimerez à propos, soit pour vous rendre maître des lieux
si vous le pouvez, soit pour prendre ou brûler les vaisseaux des en- Tout ce que je vous mande de deçà ne tiendra que lieu d'avis, desquels vous ferez ce que vous estimerez le plus à propos, vous répétant encore une fois que de loin il est impossible de donner des ordres.
C'est donc à vous , après que vous aurez vu ce qui se peut faire en la côte où vous êtes pour Saint-Sébastien et le Passage, à tenter fortune ailleurs. La connaissance que j'ai de votre ardeur, de votre zèle et de votre affection fait que je pense superflu de vous échauffer à une chose où votre humeur, votre réputation , le désir de contenter vos amis et le service du roi vous portent puissamment.
Ne perdez point de temps, je vous en supplie , et vous assurez que je suis et serai toujours,
Monsieur,
Votre très-affectionné comme frère à vous rendre service.
Le Cardinal df : Richelieu.
M. de Noyers engage M. de Bordeaux à activer le siège de Fontarabie.
LETTRE DE M. DE NOYERS a m. l' archevêque de bordeaux.
Monsieur ,
Vous êtes toujours l'ancre de salut, et partout vous portez le bonheur aux armes du roi : les iles , Lcucate et Fontarabie, en seront des preuves bien évidentes. Nous attendons maintenant le succès du dernier, mais quasi hors de doute qu'il ne soit tel que nous le souhaitons , puisque, avec l'agrément de monseigneur le prince, vous vous en mêlez. Il est bien vrai que c'était beaucoup pour une armée d'avoir la terre et la mer à combattre, et que les difficultés qui s'y sont rencontrées peuvent bien légitimement être allé gués pour le retardement de ce siège. J'espère qu'elles seront toutes cessées à présent, que non seulement
LETTRE DE M. DE NOYERS. — AOUT <638. 49
vous vous êtes chargé de la mer, mais aussi d'une partie des événements de la terre.
J'écris à M.Tévéque d'Aire , et le prie de ne laisser manquer l'armée de pain , l'assurant de faire acquitter à huit jours de vue les lettres de change qu'il tirera sur le sieur de Mantin, mon cousin, pour cette dépense. Ainsi j'espère qu'il ne tiendra pas à du pain , qu'après la prise de Fontarabie, l'armée ne contiuue ses progrès dans le pays ennemi, ■ soit à Saint-Sébastien , soit ailleurs, selon qu'il sera jugé plus à propos par monseigneur le prince et tous autres , messieurs , qui aurez part dans la résolution des affaires.
Faites-moi la faveur de me croire toujours , Monsieur,
Votre très-humble et très-aflectionné serviteur,
De Noyers.
A Pecqilignjr, le i y août 1GJ8.
M. de Bordeaux rend compte à M. de la Houdinière, capitaine des gardes du cardinal, de la prise des galions espagnols.