LETTRE
ÉCRITE PAR M. L'ARCHBV KQL'E DE BORDEAUX A H. DE LA HOIDIMERE.
De la rade de Cuélaria, le » août i6i*.
Monsieur ,
Si j'avais laissé assembler les ennemis à la mer, je serais maintenant en pareille peine que vous , assiégé dans une rade , où mes vaisseaux ni mon canon ne peuvent rendre aucun service1, ayant établi une bonne garde dans le port et vous ayant donné toute mon infanterie et artillerie. Je ne serais pas digne de tenir la place de son éminence, si j'avais su les ennemis si près de moi sans les combattre. Ils l'ont été par la grâce de Dieu et la valeur des capitaines qui commandent les vaisseaux du roi de telle sorte que de quatorze galions et trois frégates rassemblés de Dunkerque et la Corogne et de ceux qui étaient sortis du Passage chargés de trois mille hommes de pied qu'ils menaient à n. 7
50 LIVRE m. — CHAP. VI.
Saint-Sébastien, il ne reste plus ni hommes ni Taisseaux en état de pouvoir nuire au service du roi, tout ayant été brûlé, à la réserve d'un qui est échoué tout percé de coups de canon et qui ne servira jamais. Pour les hommes , ce qui a pu échapper de l'eau et du feu est sans armes, sans habits et sans cœur, de sorte que vous pouvez vous assurer que vous voilà délivrés d'un secours de terre, et l'armée du roi, de ce valeureux don Lopcz , lequel ne devait pas s'attaquer aux armes de sa majesté pour couronner les grandes victoires qu'on disait qu'il avait obtenues autrefois. Dès que nos vaisseaux seront rassembles et que j'aurai donné les ordres nécessaires pour recevoir les autres escadres d'Espagne qui viennent à leur rendez-vous, j'irai trouver monseigneur le prince, non que je croie lui être utile, mais parce que vous me témoignez qu'il le désire. Je prie Dieu que cependant vous ayez meilleure issue de votre secours que de votre mine. Demain j'espère vous voir, mais j'ai peur de ne pouvoir aller à terre à cause d'une poutre qui m'est tombée sur le pied qui m'empêche de marcher. Si j'avais eu avec moi l'infanterie des vaisseaux , ce que je vous ai dit il y a long-temps, que vous ne seriez pas mieux logés dans Fontarabie quand vous l'auriez pris, serait fait dans peu de temps. Croyez-moi, etc., etc.
Dans ces lettres, écrites de sa main , M. le cardinal de Richelieu donne à M. de Bordeaux les instructions les plus étendues sur les opérations de l'armée navale , le félicite sur la victoire qu'il a remportée sur les Espagnols , et lui annonce que le roi enverra des chaînes d'or à tous les capitaines de brûlots qui ont concouru à cette action importante.
LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHEUEU