A M. DE CH A VIGNY, TOUCHANT I.E COURRIER DE LYON ARRÊTÉ A CENES
Monsieur ,
Depuis vous avoir écrit, il est arrivé ici un courrier ordinaire de Lyon à Gênes , lequel ayant été chargé d'un paquet que le sieur Bidaud vous faisait passer, pour vous rendre compte comme un certain Théatiu qui était chargé de quelques papiers du roi pour le Milanais, a\ait été pris dans le lazaret par les sbires de la république, mené dans son cloître , où on l'a mis prison , et qu'on lui avait pris toutes les lettres et mémoires dont il était chargé, qu'on avait envoyés au marquis de Legattez , après les avoir ouverts. Ce courrier s'en venant avec sa dépêche a élé poursuivi par une felouque de Gènes et une barque jusque dans le port de Savonc, qui l'ont obligé à jeter sa dépèche dans la mer, dont il a désiré que je vous écrivisse , étant la première Iclh e qu'il a touchée après ce traitement assez étrange qu'il est. Après ce qui a été fait à Gènes, si vous ne châtiez ces gens-là, et que vous ne mettiez quelqu ordre pour le passage de vos courrier», vous serez toujours en même peine.
Jl 1LLET 16A0.
Cette lettre de M. Bidaud est relative aux affaires d'Italie. LETTRE DU SIEUR BIDAUD
V M. L' ARCHEVÊQUE DP. BORDE MX, TOUCHANT LE DEBARQUEMENT DES GALÈRES D ESPAGNE DANS LES PORTS DE LA RÉPUBLIQUE DE GÈNES, POUR LE MILANAIS , ET L'ARMEE D'ESPAGNE QUI DEVAIT MOUILLER A PIOMBINl».
Monseigneur,
Nous somme» bien en peine de n'avoir point de >os nouvelles, parer que nous croyons (jue les vents ne vous auront pis permis de prendre la roule que votre éminenee avait résolue, et moi je suis au désespoir que la dépêche où je rendais compte à la mur de l'allaire du Théatin et de ce que vous avez fait eu celle côte s'est perdue, le courrier ayant été obligé de la jeter en mer (ainsi que je lui a\ais ordonné, en cas qu'il fût poursuivi) par deux frégates qu'on dépêcha d'ici deux jours avant lui, sons prétexte de les envoyer au vaisseau X Ange (qui n'est pas arrivé à Livourne, mais bien un hollandais de ce nom), qui lui donnèrent la chasse jusque dans le port même de Savone , où elles le maltraitèrent, et une barque de Final, jusqu'à le contraindre et ses mariniers de se jeter en mer pour sauver leur vie ; et s'en étant plaints au gouverneur, au lieu de châtier les assaillants, après les avoir ouïs il les relâcha et arrêta ledit courrier, lui disant qu'il avait voulu voler ladite frégate, comme on avait fait des vaisseaux anglais et hollandais. Et sous prétexte de chercher s'il avait des armes sur sou bastion, il lui fit défaire sa valise, et tous ses paquets l'un après l'autre, pour se saisir assurément du mien , si ledit œurrier l'eût encore eu. J'en ai fait ici des plaintes, sur lesquelles je ne vois pas grande disposition à me faire justice, dont je tire conséquence que j'aurai dorénavant toutes les peines du monde d'écrire en sûreté à la cour et à votre emmenée, si on ne |M>urvoit mieux à la sûreté des courriers du roi par mer qu'on n'a fait jusqu'à présent , quelle instance que j'en aie faite. M. Ducoudray et moi avons résolu de ue plus confier nos dépêches aux felouques génoises,
sans y mettre quelqu'un de nos gens pour la sûreté et diligence de nos dépêches. Peut-être, monseigneur, que vous jugerez à propos de faire de même.
J'ai fait l'office que vous m'aviez ordouné auprès de la république sur le débarquement de l'armée de Naples en leurs ports ou havres, à quoi elle m'a répondu qu'elle ne pouvait dénier aux Espagnols ledit débarquement pour le Milanais, ce qui me fait croire que l'armée de Naplcs pourra débarquer au golfe de la Spezzia son infanterie et cavalerie, et prendre son chemin par la vallée de Magra, où il y a beaucoup de bonnes choses à faire et faciles, pourvu que ce fût à l'improviste.
M. Ducoudray vous écrit amplement de ce que nous avons appris de l'armée de Naples, depuis le départ de votre éminence. J'ai encore vu une lettre aujourd'hui, que les vaisseaux et barques devaient partir le 20 de ce mois, et je ne doute point , dans le besoin où le marquis de Legancz est d'hommes (ayant été encore battu en un second assaut qu'il a donné k nos retranchements, avec perte de ses provisions et munitions), qu'ils ne hasardent en toute façon de débarquer cette infanterie et cavalerie napolitaines, et que si les tumultes de Catalogne cessent tant soit peu, comme on le dit ici , que les galères d'Espagne et du duc Doria n'apportent aussi l'infanterie qu'elles étaient allées charger vers Cadix et Carthagène.
La dernière armée de Naplcs mouillera k Piombino, où un homme qui a servi d'espion le comte de Monterey et le vice-roi de Naples d'aujourd'hui (qui va à Casai pour une affaire importante, de la part de MM. le cardinal Antoine et maréchal d'Estrées) croit qu'on la pourrait surprendre et défaire facilement; elle n'en partira point qu'une felouque que le vice-roi a envoyée en Espagne, le 12 du passé, ne soit de retour audit Piombino, qui est assez glande, peinte de rouge, et touchera à Final et ici. Il m'a dit que ledit vice-roi en a envoyé une autre plus petite le 28 du passé , pour l'affaire de Casai , et qu'il en devait venir une pour mettre le feu dans vos vaisseaux , armée ordinairement de neuf personnes , dont le capitaine, qui est homme résolu, est haut de stature , délié du corps , maigre , basané , les cheveux et la barbe noires , k la française; il parle bon français, et deux compagnons qu'il a ; il croit
LETTRE DU SIEUR BIDAUD. — JUILLET W>0. 231
que sa felouque sera comme un bastion de cannes avec un arbre au milieu , parce qu'il en a trois à Naples , et qu'il est accoutumé d'en mener un d'iceux, et de le faire peindre ordinairement de noir; il pourra faire canal dès Piombino. Cet homme est fort intelligent des affaires du royaume de Naples et des secrets qui sont dans toutes les forteresses. M. Ducoudray et moi ayant cru qu'il vous pourrait être utile, nous l'avons prie de s'expédier le plus tôt qu'il pourra à Casai , et de retourner ici , d'où je vous l'euverrai si vous me l'ordonnez.
Il y a tant d'intéressés sur les vaisseaux que ceux du roi ont pris que je n'ai pu encore avoir les manifestes ; mais ils m'ont promis de me consigner tout, demain au soir, ou mercredi matin , au plus tard, et déjà les Hollandais désavouent le vaisseau la Lune dorée, ce cpii m'oblige à vous supplier, si on veut vous donner quelque information pardelà , de n'y ajouter foi de qui qu'elle vienne, .vins la confronter à celle que je me donuerai l'honneur de vous envoyer, qui sera claire et véritable. On nous a voulu dire qu'on avait relâché le vaisseau la Charité. Je ne le puis croire; il est le plus riche, et peut-être le plus conhscable. Pour Turin, il est hors d'espoir de secours, et, Dieu aidaut , je vous donnerai bientôt avis de sa prise. Cependant, je vous supplie de conserver sous l'honneur de votre protection , Monseigneur, votre , etc.
Bidaud.
A Cfuet, le i3 juillet i64«, i beure..