AVIS DE NAPLES. — JUILLET
On ne fait aucun corps d'armée navale en Sicile ; les galères viennent à Naples sans infanterie.
Sur les galères de Naples et de Sicile, on y embarquera sept cenU Espagnols et deux mille huit cents Italiens ; la plupart tout faibles d malades et pleins de rogne.
Dans l'arsenal , il y a encore deux cent cinquante Napolitains et autres soldats qui , avec les susdits sept cents Espagnols et deux mille huit cents Italiens, font le nombre d'environ quatre mille hommes , mais de peu de service.
Il y a vingt-un vaisseaux, huit desquels iront, quand lesdites galères partiront d'Espagne , chaînées de deux mille rames de galères , de sept mille quintaux de biscuit, et de seize canons de bronze, et d'autres provisions et munitions pour galères.
La capitane desdits vaisseaux a trente-deux canons, le vice-amiral , quarante-quatre, et les autres six, trente-six , trente-deux et trentequatre ; elles sont toutes espalmées, cl en bon état , y ayant pour leur garde seize cents soldats italiens. Les autres sont aussi dans la darse ; mais l'on ne parle point qu'elles doivent faire voyage, ains servir pour la défense de Naples.
Il y a vingt -six barques, dix assez grandes, et les autres ordinaires , mais mal armées : quelques unes, portant quatre et six pierriers, ont été arrêtées depuis trois jours pour le service du roi d'Espagne, et sont presque toutes génoises.
Il y a aussi sept barques latines qui sont eu fort bon état , qui avec lesdites barques porteront dix-huit compagnies de cavalerie qui sont assez bonnes , à Final. Les troupes sont entrées dans les quartiers , et on ne fait point encore de semblant de les vouloir embarquer, comme si on n'en était pas pressé.
quantité de noblesse, et un éveque de grande et quelque vingt-cinq homme* Uiét, solconsidération, qui moururent combattant dats ou mariniers, et trente ou quarante de vaillamment. blesses, entre lesquels sont le capitaine Ja-
• Nous y aront perdu le sieur de Saint- main le jeune, Martin, Lebrun , Borie et Georges, lieutenant du chevalier de Cou- autres capitaines de brûlots, n'y ayant anpeauvitle, et le lieutenant du sieur Thibaut, cun d'eux qui n'ait été tué ou blessé, se
Toulc sorte tic vaisseaux sont prêts de partir ; néanmoins on n'a pas encore d'assurance quand ce sera , et on ne parle d'embarquer de la soldatesque que pour là.
Et enfin on est mal pourvu ici de soldatesque , et ce qui y est est de peu de faction , malconteut, particulièrement la cavalerie et les Napolitains, qu'on a pris par force.
Le 6 de ce mois d'août I G-'»0, à vingt-deux heures, partirent de Naples, chargées au plus de deux mille soldats , entre lesquels il y en peut avoir quatre à cinq cents de combat , et le reste .sont enfants ou gens si maltraités de rogne et de maladie qu'ils n'ont pas la force de porter ou tirer un mousquet. Il y a outre cela deux cents Espagnols sur lesdites galères , savoir : cent sur la capitane, soixante sur la patroue, et les autres quarante divisés aux autres galères, pour servir d'espious plutôt que de soldats.
Lesdites galères allèrent ce soir-là à Projitta , le lendemain à Mola, où elles firent eau , et vinrent faire la montre à l'infanterie qu'elles avaient embarquée, à Gaielta, où elles y en laissèrent deux compagnies et deux autres à Porto-Longone, publiant que les galères de Sicile, qui les doivent suivre, les prendraient pour leur armement. De là elles vinrent reconnaître Monte- Argentato, où elles prirent une felouque armée de deux picrriers , dont les mariniers se sauvèrent eu terre: de là , elles vinrent faire eau aux Ganclles , puis mouiller à Porto-Longone, où, ayant appris que l'année de France était à Livourue, elles retournèrent vers Mont-Argentin , d'où elles prirent leur roule vers la Corse , et de là celle du cap de iSoli , lequel ayant vu et reconnu hier 13 de ce mois, à vingt heures, le général commanda qu'on désarborât pour n'être vu des galères de France, qu'il aurait appris être mouillées proche de Gênes; enfin, il n'a oublié aucune astuce pour éviter l'armée française ; et si on n'eût appris à Porto-Longone que ladite année était à Livournc , on y serait allé en droiture , pour y prendre quatre galères du grand-duc ; mais la peur leur a fait prendre la route susmentionnée.
Dans le port de Naples , il y a vingt-un vaisseaux, douze desquels sont bien armés. L'amiral, qui est un corsaire ragusin, et qui ne che-
AVIS DE NAPLES. — JUILLET 1640. 245 mine bien de bouline', est vieux vaisseau, n'a que trente piétés tic canon , le vice-amiral que quarante-quatre , et les autres de trente à trente-six. On dit que douze iront à Roses en Espagne , chargés de deux mille rames de galères et seize canons de bronze , et quelques uns disent qu'ils iront à Villefranche avec lesdites gaines, mais on ne croit pas ce dernier. Il n'est pas resté un homme de pied à Naples; la cavalerie est au nombre de sept cent* hommes , bien faits , jeunes , bien montés et bien armés ; une partie desquels est logée dans Naples et le reste aux environs. Pour embarquer ladite cavalerie, il y a trente-deux barques , huit desquelles sont latines, retenues dans ce port-là depuis quatre mois à cet elfet , pour la porter en Vay; huit desdites barques étaient déjà parties pour embarquer ce qui est hors de Naples , et les autres frétaient pour embarquer le reste, et chargeaient de l'eau, du foin et de l'orge pour la provision des chevaux.
On estimait que les autres neuf vaisseaux , qui sont petits , portant quatorze à dix-huit pièces de canon, embarqueraient aussi de la cavalerie , et les autres croient qu'ils serviront à porter du blé à Naples, où il est extrêmement cher, pour les impositions «pi'on y a mises dessus.
A Nisita, il y a dix pièces de canon avec trente Espagnols de garde; à Possolo , douze de canon , vingt espingarts , avec trois cents hommes de garnison, bien armés, et qui font bonne garde. J'y ai été exprès , et eu Baya aussi , éloigné dudit Possolo douze milles , et douze de Naples : le port est fort bon , et le château gardé de vingt canons , trente espingarts et soixante Espagnols ; et avant que d'arriver à la porte du château, on passe quatre ravelins. Je n'ai point touché à Projitta , mais on m'a assuré que cette île est gardée et armée comme Baya.
Au port Hercole , il y a deux assez bons forts , gardés chacun de trente soldats et dix pièces de canon , et au-dessus d'iceux un autre fort nommé Saint-Philippe , qui les commande , et est sur un rocher inaccessible.
Au port Saint-Etienne , il y a un bon fort avec dix pièces de canon,
• Naviguer au plu» pn* du vent.
et trente Espagnols de garde ; il a ses gabions , et le soir on lève le pont-levis de bonne heure , et n'y laisse entrer personne.
A Plombin , il y a six petits forts , un nommé la Rochettc , muni de six pièces de canon de fer ou de bronze, et de huit soldats espagnols chacun , et à la porte de la ville deux pierriers de fer et quatre de bronze d'une livre de balles ; de soixante-dix Espagnols et de cent trente soldats de même lieu pour toute la garnison. Il y a entre lesdits forts un qui s'appelle Locassaro , avec quatre petits canons de fer et de bronze de quatre livres de balles.
Ladite ville est composée d'environ trois cent cinquante feux; ce pays est ruiné, peu gardé, et la soldatesque se plaint de n'être pas payée. Ladite ville est à un seigneur italien; néanmoins, la garde est espagnole, mal en ordre, elle canon aussi, dont on ne tient aucun compte, disant que, s'ils étaient attaqués, ils seraient secourus de Florence , qui n'en est pas éloignée.
A Porto-Longone, il y a quarante pièces de canon, la plupart de bronze, et trois cents Espagnols de garnison ; les fortifications, à l'entrée de la forteresse, du côté de la marine, ne sont pas encore parachevées; il faut monter un petit mille avant que d'être à la porte, et en cet espace-là il y a trois corps-de-garde de douze soldats chacun, de bons hommes, bien armés, comme sont ceux de la forteresse, où j'ai été avec un capitaine d'infanterie napolitaine. Lesdites galères y ont laissé, outre les deux compagnies d'Italiens, quarante quintaux de biscuit, chaque galère dix barils de poudre, quantité de boulets et de sacquets pleins de clous et de chaînettes, et en tout cinquante quintaux de mèches.
A Naples, le château qui défend le porta soixante canons de bronze, à savoir douze qui sont pointés en deux divers lieux, à savoir huit fort proche et qui regardent le lieu où l'on débarque, et les autres quatre sont un peu plus éloignés; le reste desdits canons est divisé parmi le château, où il y a cinq cents Espagnols de garnison.
Les Napolitains maudissent ouvertement les Espagnols, et en chantent pouille non -seulement parce qu'ils les maltraitent et pour les grandes impositions, mais encore pour loger dans ISaples même la cavalerie sans rien payer, le vice-roi ayant fait mettre au-dessus de la