‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 82 sur 226 · A M. DE FIE9QUE, DE CIVILITÉS · texte numérisé non relu

A M. DE FIE9QUE, DE CIVILITÉS

Le roi ne faisant pas la guerre pour en tirer aucune utilité, mai» simplement pour maintenir ses alliés et châtier ceux qui vivent avec moins de respect qu'ils le doivent avec lui , vous deviez être assuré que votre famille faisant profession de dépendre de sa majesté, au lieu de recevoir aucun dommage de la prise des vaisseaux, s'il y a lieu d'en tirer de l'utilité, vous le ferez. Depuis six ou sept ans que l'armée du roi est en ces mers , vous ne vous étiez point trouvé dans ces peines : aussi ceux à qui votre fortune est attachée avaient vu avec plus de respect que l'attachement d'Espagne ne leur a permis cette année, l'ouverture des ports aux ennemis, le déni de pratique aux serviteurs du roi. Une certaine grimace de canailles inutilement armées a tous les abords vous doit faire croire qu'on vous bissera facilement la possession d'une terre fort servile, mais qu'on tirera peu d'utilité de la mer, dont le roi est le maître. Je me réjouis en mon particulier que j'aye occasion à vous témoigner à vous et à M. votre frère le vice-roi la reconnaissance des bonnes volontés que vous avez toujours témoignées à feu M. le cardinal de Sourdis mon frère , et que je puisse en mon particulier vous faire connaitre que je suis , etc.

M. le maréchal d'Estrees adresse le mémoire suivant à M. de Bordeaux, à l'appui d'une note écrite au sujet des affaires de Rome.

MÉMOIRE

BAILLÉ A M. LE CARDINAL BRICHI, PÈRE ASSISTANT, PAR MONSEIGNEUR LE MARÉCHAL D'EBTRÉES , AMBASSADEUR EXTRAORDINAIRE A ROME, SUR LE MAUVAIS TRAITEMENT QUE REÇOIVENT LES FRANÇAIS A ROME.

Il n'est point nécessaire de s'étendre de nouveau sur les raisons qui m'ont obligé de m'éloigner de Rome, puisque de vive voix et par écrit je m'en suis tant de fois fait entendre, et particulièrement par écrit que

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j'ai mis entre les mains du révérend père Valerio Burotti. Mais je ne puis celer que quand il n'y aurait que les mauvais et extraordinaires traitements, et tels même qu'aux côtes d'Espagne M. de Bordeaux ne les aurait pas pu recevoir pires, que jusqu'à ce que M. le cardinal Barbarin ait justifié, par le châtiment exemplaire qu'il doit donner à ceux qui en ont usé avec tant d'insolence et de barbarie, que toutes ces rigueurs, exercées seulement contre les Français, ont été faites contre son intention et contre ses ordres, j'estime que je fais mieux de voir ces choses-là de loin que de m'en approcher de plus près , comme aussi le mauvais traitement que journellement tous les Français reçoivent à Rome, et particulièrement celui qu'a reçu M. le chevalier de Roquelaure, fils d'un maréchal de France, lequel M. le cardinal Barbarin n'a pu colorer ni couvrir, sinon disant à lui-même qu'il le fallait excuser s'il faisait quelques injustices pour ces pauvres Anglais, vers lesquels il eût été beaucoup plus à propos et digne de l'autorité si puissante qu'il exerce à Rome, de vouloir employer plutôt sa charité, puisqu'il n'y allait que de quarante écus entre l'Anglais et son hôte, que non pas, pour user du terme qu'il a dit, exercer une si grande injustice contre la nation française, et particulièrement contre des personnes d'une qualité relevée.

M. le chevalier, qui était logé à Rome chez un nommé Esmerv , où était pareillement un Anglais, lequel devant quarante écus audit Esmerv, son hôte, et ne lui voulant payer, en sortit; en vertu d'un mandat que ledit hôte obtint confie lui, le voulut faire mettre en prison : ce qu'ayant appris monsieur le cardinal Barbarin, protecteur des Anglais, envoya . à trois heures de nuit , chez ledit hôte plus de dix sbires et Corses bien armés, pour mener ledit hôte en prison , ce que les gens de M. le chevalier de Roquelaure, qui étaient au logis (et lui en étant lors absent), voulurent empêcher; mais lesdits Corses et sbires , avec leurs carabines et hallebardes , blessèrent un valet de chambre dudit sieur chevalier d'un coup de carabine dans l'épaule, et un laquais, d'une hallebarde dans les reins; et le valet de chambre s'étant sauvé chez l'ambassadeur de Malte, proche voisin, lesdits sbires menèrent en prison l'hôtelier , sa femme et enfant et valets prisonniers, et le laquais, tout blessé qu'il était, qui n'en est

MÉMOIRE. — AOUT 1640. 263 sorti que huit jours après , quoique l'on se soit incontinent fort employé pour sa délivrance ; et l'hôte et sa femme cl ses gens ne fuient qu'une nuit dans la prison , d'où ils sortirent le lendemain matin , n'y ayant aucune raison de l'y retenir, n'ayant rien fait contre la justice ni le pape , ain» au contraire voulant faire exécuter un acte de justice, qui était un mandat du gouverneur de Rome, pour mettre l'Anglais en prison faute de payer les quarante écus qu'il lui devait ; et quand bien en cela il eût mal fait, sortant à toute heure de jour pour aller acheter les provisions et nécessité» de sa maison , M. le cardinal Barbarin le pouvait faire preudre dans le* raes en plein jour, sans beaucoup de bruit, ni de tumulte; mais il en voulut user de la sorte pour faire déplaisir audit sieur chevalier , lequel ne l'avait point encore vu , ni le pape , bien qu'il y eût déjà plus de six semaines qu'il fût à Rome, et tous les jours M. le cardinal d'Estrées lorsqu'il était encore à Rome.

Impatient de combattre le duc de Ferrandine, M. de Bordeaux lui adressa le défi suivant1.

A M. DR KRRRANDISE.

MoNSlEUB ,

Le désir que j'ai appris par toute la côte que vous avez de rencontrer dix-huit galères du roi, et la peine qu'on m'a dit que vous

' Le I*. Foin h mi -in Hydrof^taphie, Tant point {tire ombrage, or on" les peut

donne cette antre version «In même fait éloigner à la mer on le» mettre en dépôt dans

« Monsieur, si vont avejt été aux iles Sainte- le port de Gène» , de sorte que toute appre-

Marguerite chercher le» dix-huit galère» du heosioo ea peut être levée. La générosité

roi que j'ai l'honneur de commander, avec que voua professez et la vertu que vous avez

pareil nombre , comme toute l'Italie le pu- fait toujours paraître, et que j'honore à un

blie, je m 'assure que roua aurez joie que haut point, m'unt fait venir de deux crut*

j'aie quitté l'armée de sa majesté pour vou» milles d'ici pour vous donner cette salisfac-

le* amener et vous en faciliter la rencontre , tion et vous témoigner pai -laque je suis, etc.» le* six vaisseaux qui le» suivent ne vous de-

disiez avoir prise d'avoir été les chercher en pareil nombre aux lies Sainte-Marguerite, m'a obligé de vous tes amener ici, afin de vous faire voir que la justice des armes du maître que je sers est telle, et la fidélité et le cœur de ceux qui le servent si recommandables , que , combien que vous soyez un des plus grands capitaines du monde , et un de ceux dont j'estime davantage le cœur et la vertu , vous serez, néanmoins , obligé d'avouer qu'il n'y a point de galères au monde qui (M>asscnt les aborder si elles étaient commandées d'autres personnes que de vous. Si quelques vaisseaux qui les suivent vous donnent sujet d'appréhender que la partie ne soit pas égale, on les peut éloigner de sorte , ou les mettre en dépôt dans le port de Gènes , en façon qu'ils ne vous donneront aucun ombrage. Que si vous n'acceptez pas ces conditions, cela ne me fera pas diminuer l'opinion que j'ai conçue, avec tout le monde, de votre générosité, mais me confirmera dans la créance que je sais que vous avez vous-même, de la justice des armes de mon maître.

Ayant prorais à M. le duc de Ferrandine de ne se rencontrer avec lui qu'à la tète de ses galères, M. de Bordeaux fit demander au sénat de Gènes la libre pratique du port pour les vaisseaux qu'il amènerait de la Rochelle.

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