A M. DE CB A VIGNY, TOUCHANT GÊNES
Monsieur ,
Depuis vous avoir rendu compte des difficultés des Génois, je me résolus d'envoyer commander aux vaisseaux hollaudais et anglais qui couvraient les Espagnols de se retirer, à faute de quoi je les déclarerais ennemis du roi, cotulscables partout où ils seraient rencontrés, et donnerais ordre à tous les Français de courre sus. Ces vaisseaux voulant obéir, la république commença à entrer en appréhension et me dépêcha à l'instant deux gentilshommes pour me faire compliment sur ma
LETTRE DE M. L'ARCH. DE BORD. — AOUT 1f>/iO. 273
maladie, m'ofïrir les ports de la république, à l'exclusion de celui de Gènes, et la pratique pourvu qu'on fit tant et peu de quarantaine qu'il réduirait à un jour si je voulais. Je reçus leur compliment et refusai leurs ports, leur déclarant que le roi ne voulait point de consentement de personne pour prendre des ports ouverts; que pour la pratique, je la voulais sans aucune réserve, ou je n'en voulais point , et là-dessus voulus partir. Ils me pressaient infiniment de demeurer jusqu'au lendemain dix heures , auquel temps ils me promettaient contentement assuré, disaient-ils; mais ils envoyèrent médire qu'ils n'avaient su assembler le sénat à cause qu'il était félc. A l'instant je levai l'ancre, et leur mandai , par le gendre et le neveu du duc qui étaient venus pour m'arreter, que je me servirais des ports sans leur congé pour la nécessité de* retraites et radoubs de l'armée, etquela pratique qui me serait nécessaire pour le maintien de l'armée, je la prendrais; que si quelque lieu s'y voulait opposer , je le casserais de coups de canon, et y mettrais le feu; et que pour leur part, quand j'en aurai la liberté du roi , je leur montrerai que le roi en était le maître comme du reste de la mer. Celte déclaration redoubla la crainte aux Espagnols et ne la diminua pas aux Génois. l,es uns commencèrent à se préparer à entrer dans la darse , et les autres à tenir leurs grands conseils, lesquels désapprouvèrent ce qu'avaient fait les sénateurs, ordonnèrent que j'aurais la pratique avec ma famille, serais prié de descendre dans leur ville, où ils me préparèrent un palais, et que je pourrais envoyer dix officiers de l'armée , tels qu'il me plairait, partout pour chercher ce qui serait nécessaire pour l'armée ou pour se rafraîchir; que pour leurs ports, tant de la ville que d'ailleurs, ils les offraient au roi en la même façon qu'aux Espagnols, qui est à dire n'ayant point d'armement extraordinaire; mais qu'ils me priaient en la conjoncture présente, où les Espagnols leur avaient demandé protection, de n'y vouloir pas entrer, de peur des inconvénients. Cette résolution me fut envoyée par écrit , portée par cinq ou six gentilshommes de la république, lesquels je reçus avec humilité, et les assurai que je vous en avertirais : de sorte qu'il semble que vous soyez maintenant en état ou de rompre ou de renouer avec eux. L'un de ceux qui me vinrent voir m'ayant fait entendre en particulier
que, si on voulait, la disposition était grande de s'accommoder avec la France, la république connaissant l'attachement qu'elle a à la mer et comme quoi le roi en est maintenant le maître. La peur qu'a témoignée Ferrandine de me rencontrer avec un moindre nombre de galères que lui , ayant fait mépriser extrêmement la nation , ce qui fut reproché en plein sénat au duc de Turcis-Doria et Ferrandine qui y a le vent pour les dissuader de s'accommoder avec moi, leur disant qu'ils ne pourraient espérer grande protection d'Espgne contre la France , puisque ce qui était de plus considérable de ses forces, commandées par son général, se trouvait obligé à leur demander protection contre la moindre partie des forces des Français en cette mer ; que quand il les aurait vus nous faire cacher et eux demeurer maîtres de la mer ; qu'alors ils feraient réflexion sur ce qu'ils lui disaient. Ce discours m'ayant été rapporté par ceux qui venaient de la part de la république, me fait croire qu'ils voulaient (pie vous le sussiez; de sorte qu'il dépend de vous de m'ordonner comme il vous plaît que je n'aye avec iceux aucun commerce ou si vous voulez qu'on câline leur amitié fondée sur la peur, ou qu'on les pousse plus avant. Je vous ai mandé ce que j'estimais pouvoir faire. Il y a une chose à savoir, c'est que leur ville n'a jamais salué pavillon que, premièrement, ils n'aient été salués. Le duc de Ferrandine les a salués, M. de Liancourt aussi, quand il y est allé avec le pavillon de F ranec. Bidaud m'a assuré que le cardinal -infant l'a fait avec la capitane d'Espagne; pour moi, je ne l'ai pas voulu faire avec le pavillon, de sorte que nous sommes demeurés de part et d'autre sans salut, ne l'estimant raisonnable d'autant que tous les princes, à la réserve des rois, doivent saluer les premiers les pavillons des couronnes fermées : ce qu'a pratiqué M. de Savoie, M. le grand-duc et tous les autres, étant le droit de la mer. Si bien que si vous m'ordonnez de retourner, j'estime qu'il faut que ce soit sans l'amiral ni capitane, et, en ce cas, on les saluera les premiers. Pour le grand-duc, il a refusé toute pratique; il prépare ses galères pour les prêter, et son frère fait son équipage disant qu'il veut aller à la charge, de quoi l'on se moque en Italie, disant que ce n'est pas son métier à cette heure que les Français* sont à la mer. J'ai grand' peur que toute une année se passera en procès-verbaux et ro-
ma us , rien ne sortant des ports que quelques galères qui iront se cachant de port en port , ou en plus grand nombre que nous qui ne s'approcheront point des vaisseaux.
Dans ces dépêches, M. Bidaud avertit en hâte M. de Bordeaux que le duc de Ferrandinc vient de partir pour aller combattre la flotte française. "
LETTRE DU SIEUR BIDAUD
A M. I/aRCHEVEOUB DE BORDEAUX.
MO.NSEIGNELR,
Nous rencontrâmes au soir une infinité de felouques qui venaient au rencontre de MM. Torre et Palavicin , pour apprendre le succès de leur voyage , qui donne ici du contentement et de la joie , beaucoup à la confusion des Espagnols et de leurs partiaux.
J'ai trouvé que les galères d'Espagne et Doria, au nombre de vingtune , cspalmaient ' en grande diligence , et ce matin le fanal a fait sigmd'une armée de galères du côte' de ponant, et de la vôtre du côté «le levant; et ne peut être que celles de Naples qui vont en Espagne avec celles qui sont en ce port ,J>ii tout le monde se révolte , et le duc de Ferrandine a eu ordre avant-hier de s'y en retourner en diligence avec toutes les galères. Je crois que celles de Naplcs y porteront 1cm' infanterie , et qu'elles ne se sont laissé voir que pour appeler à elles le dur de Ferrandine. Je dépêche cette felouque exprès à votre éminence pour vous donner cet avis ; je vous supplie de lui faire donner pratique au plus proche lieu de vous, ensuite de votre partance, où ils prendront un billet de la santé, pour éviter aux difficultés qu'on pourrait faire de les recevoir sans quarantaine.
Turin est aux abois; M. le marquis de Villeroy est arrivé en Piémont avec cinq à six mille hommes , et le marquis de Leganez n'en a pas
1 Ecpalmer, c'e»l rnJuire de suif fondu et Mitre composition le dessous d'un vaisseau , d'une galère
plu» , et fort peu de cavalerie. Je vous supplie de conserver toujours sous votre protection • • • •
Ce sont les galères de Naples ; elles ne sont qu'à dix milles d'ici , du côte* de ponant ; elles ont passe1 au-dessus de la Corse et de la Sardaigne ; il n'y a point de vaisseaux avec elles qui suivront la même ronte , sans se laisser voir ici. J'ai payé la felouque pour aller et venir; si vous la dépêchez autre part, vous me manderez , s'il vous plajt , ce que vous lui aurez promis ; il est bon homme et diligent.
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Bidaud.
A <;«.«,. le m«lio, «4»oût i&fo.
LETTRE DU SIEUR BIDAUD
* M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX , TOUCHANT LES AFFAIRES D'ITALIE
Monseigneur ,
Je vous ai dépéché ce matin une felouque , avec deux lettres , où je vous donne avis de l'arrivée de quatorze galères de Naples proche d'ici, et que le duc de Ferrandine publiait qu'il voulait aller combattre, et se préparait en grande diligence, comme il continue, ne parachevant pas même d'espalmer les galères qu'il avait commencé , en renforçant vingt galères d'icelles , qui sont en ce port , de la chiourme de trois du duc et prince Doria , en se résolvant de prendre la meilleure partie de l'infanterie de celles de Naples. Je ne sais s'il fera tout ce qu'il dit , mais j'ai jugé à propos et l'avis assez important, pour vous le confirmer par une autre felouque avec un homme confident , et de vous envoyer quant et quant le mémoire ci-joint que l'homme que j'avais par votre ordre envoyé à Naples m'a donné ce matin ; il est venu sur lesdites galères, n'ayant pu autrement, pour les défenses que fit auparavant le départ desdites galères le vice-roi de ne laisser partir aucune felouque de toute la cote. Votre éminence verra qu'il rend compte bien particulier de
LETTRE DU SIEUR BIDAUD. — AOUT 1640. 277
son voyage , et je m'assure que presque sans difficulté vous vous pourriez facilement rendre maître de Piompino.
En écrivant celle-ci , on me vient d'assurer que les trois escadres de galères ennemies , sur l'avis qu'elles ont eu que vos galères ont quitté les vaisseaux , partent ce soir pour les aller combattre ; elles s'attacheront à quelque vaisseau éloigné des autres, elles seront trentequatre ou trente-cinq au plus, et retourneront finir d'espalmcr ici. Je vous supplie de conserver dans l'honneur de vos bonnes grâces....
Les quatorze galères de Naples sont à Saint-Pierre-d' Arène , où vous mouillâtes ; les galères du duc de Ferrandinc sont au môle neuf, et les autres encore en ce port , qui se mettent en état le plus diligemment qu'elles peuvent.
Monseigneur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
BlDAlD.
A (,nir>, le t{ août i6(o, à vingt heure».
LETTRE DU SIEUR BIDAUD
A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX-
Monseigneur ,
Je reçus hier matin l'honneur de vos deux lettres dn 14, par le retour de ma felouque , et tout à cette heure, celle du 15 , par la vôtre, que je vous envoie en temps.
J'ai joint avant-hier, à la seconde dépêche que j'eus l'honneur de vous faire, un mémoire semblable à celui-ci, que l'homme que j'avais envoyé par ordre de votre éminence à ISaples , et qui est venu sur les mêmes galères, m'a donné ; n'ayant pu venir avant icelles , a cause de la défense que le vice-roi avait faite par toute la côte , de ne laisser partir aucune felouque.
Vous verrez , monseigneur, par ledit mémoire, l'état des vaisseaux et galères, et du pays même; et que l'infanterie dont elles étaient chargées , et douze vaisseaux étaient destinés pour Espagne , et les barques avec la cavalerie qu'elles portent , pour le Piémont , où il y en a
bon besoin ; et qu'elles avaient commencé à embarquer dès le 6 de ce mois , si bien qu'elles peuvent arriver de jour à autre ; elles devront être accompagnées des galères de Sicile, de celles du grand-duc, si elles peuvent sortir, et des vaisseaux de Naples sans doute.
Les trois escadres de galères des ducs de Ferrandinc, Doria et de N'aples , sont encore en Vay , où l'on dit qu'elles attendent cinq cents Allemands du Milanais, qu'elles embarqueront à Final pour porter en Espagne. D'autres disent qu'elles partagent seulement l'infanterie de celles de Naples; mais je crois pour assuré qu'elles y attendent les nouvelles des galères, vaisseaux et barques demeurés derrière, pour faciliter le débarquement de la cavalerie à Final, qui est en toute façon nécessaire au marquis de Leganez , pour passer en après conjointement avec les vaisseaux en Espagne ; et cependant elles lèvent des mariniers en Vay , car elles en avaient bon besoin à leur départ d'ici, qui fut fort précipité; par la croyance que vous les pourriez attraper, en lit fuir bon nombre.
J'étais fort en peine de savoir la route que votre éminence aurait prise , le bruit ayant été ici qu'on vous avait vu tirer vers ponant avec les galères et les six vaisseaux. On me vient de dire que la république a fait un décret de ne plus recevoir dans son port de Gênes aucuns vaisseaux ni galères peu ou prou armés; elle fera bien de continuer dans cette résolution. J'ai fait une nuit et un jour quarantaine dans ma maison par forme seulement , comme firent MM . les députés. Je crois que votre éminence jugera à propos de donner à votre felouque un passeport quand elle l'enverra ici , pour éviter toutes difficultés. Je fus hier chez M. Torre pour le voir de votre part, mais je ne l'y rencontrai pas.
Je n'ai rien du Piémont : les Espagnols, pour renforcer leur armée, ont démoli Niee-de-la-Paille et Acqui , et on dit qu'ils vont faire le même de Ponson, le Cengio et quelques autres châteaux. Je n'ai retenu votre felouque que deux heures. Faites-moi, s'il vous plaît, la grâce de conserver dans votre souvenir,
Monseigneur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
BlDAUD.
A iifnci, le iGnofit 1640, i vingt-quatre Ucurej.
AOUT 1640. '279 M. Bidaud donne avis à M. l'archevêque de Bordeaux i°. que les ducs de Florence, Parme et Modène ont accorde aux Espagnols le passage par leurs États pour la cavalerie qui vient de Naples à M ilan , a8, que les galères de Naples qui ont apporté de l'infanterie ont désarmé à Gènes et remis leurs soldats et mariniers aux galères d'Espagne et de Doria.
LETTRE DE M. BIDAUD
A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
Monseigneur ,
Je vousdépéchai il y a huit jours une felouque exprès pour donner avis à votre éminence qu'on m'écrivait de Milan que les ducs de Florence, de Modène et de Parme, avaient accordé aux Espagnols le passage pu leurs États pour la cavalerie de Naples, signe qu'elle devait débarquer de Mont-Argentin en ça ; mais n'ayant pu apprendre de vos nouvelles à la mer, elle alla trouver M. Rabut, auquel en ce cas je lavais adressée, qui n'aura pas manqué de faire tenir promptemcnt à votre excellence ma dépêche.
Je viens d'avoir confirmation dudit avis de Florence , d'où M. l'abbé Strozzi me mande cjue ladite cavalerie débarquera en un des ports île Sienne ( c'est-à-dire dans le canal de Piombino ) , pour défiler à compagnies séparées par lesdits états de Florence, de Modène et de Parme ; je ne crois pourtant pas cet avis, estimant que votre excellence étant de ce coté-là, difficilement peut-elle débarquer si promptement que vous ne la joigniez et qu'une bonne partie ne tombe entre vos mains.
Il ne se peut à présent rendre un plus grand service au roi que d'empêcher ledit débarquement, car je suis très-assuré de bon lieu que Leganez n'a pas plus de sept cents chevaux, que l'infanterie venue dernièrement d'Espagne était presque toute morte ou malade, que son armée était enfin entièrement défaite, et (m il employait le vert et le sec pour obliger le prince Thomas à tenir le plus qu'il pourrait dans Turin,
afin qu'après cette acquisition les armes du roi ne puissent plus rien entreprendre de cette campgne, pendant laquelle il ne croit pas pouvoir remettre son armée.
On me mande qu'on a renouvelé le traité d'accommodement des princes de Savoie , et que ledit Leganez en témoigne du mécontentement ; je crains néanmoins que ce ne soit une feinte négociation dont ils sont d'accord pour donner du temps aux secours qu'ils peuvent espérer du ciel ou des hommes d'arriver.
Les quatorze galères de Naples sont désarmées en la darse de cette ville depuis hier ; elles ont réuni en Vay leur infanterie et presque tous leurs mariniers à celles de Ferrandine et Doria , qui en partirent hier matin pour la porter en Espagne, d'où elles pourraient rapporter des Espagnols pour diminuer le nombre des tumultueux , qui va toujours plus croissant de jour à l'autre en Catalogne. Les officiers de diverses galères de Naples disent qu'elles séjourneront ici , pendant que votre excellence sera avec celles du roi en levant; ils témoignent tous d'être mécontents, et disent qu'ils investiront plutôt en terre pour se sauver que de combattre. M. Gueffier m'écrivit aussi que les grands et les petits en ce royaume-là sont à demi soulevés depuis le départ des galères , et je crois que par la ci^ointe il en dira plus de particularités à votre excellence.
Tout présentement je viens de recevoir un autre pli de M. du Lieu , où vous verrez la reddition d'Arras. Avant-hier nous eûmes avis d'Espagne, que les Hollandais avaient bien battu les Dunkerquois, et que l'armée navale du roi en ponant avait entièrement défait la flotte qui allait aux Indes, de laquelle il n'était échappé que trois vaisseaux de guerre qui l'accompagnaient, qui sont venus tout fracassés à Cadix. J'ai changé votre or court, mais je ne l'ose pas consigner à cette felouque, aussi ne serait -il pas assuré. Je vous supplie de continuer l'honneur de votre protection près de son éminence et de M. de Chavigny , à votre , etc.
BlDALD.
Monseigneur,
Comme je serrais ma lettre, il est arrivé un gentilhomme de M. le
LETTRE DU SIEUR RIDAUD. — AOUT 1640. '281 <luc: de Parme , qui m'a rendu le pli .ci-joint d'ordre de son altesse , après avoir séjourné- deux jours à Port-Venere et trois à Sestri , pour apprendre de vos nouvelles. J'écris à la cour et à M. le comte d'Harcourl que votre excellence n'oublie rien pour empêcher^le débarquement de la cavalerie napolitaine et le passage des vaisseaux en Espagne. »
A Uroei, « a5 août iGJo, à TÏngt heure».
M. l'archevêque de Bordeaux annonce à JI. de Chavigny que les vaisseaux ne pouvant rien entreprendre contre les galères d'Espagjie et de -Naples, qui, jointes ensemble, vont tle port en port, depuis que les galères de Fraqce se sont retirées, la seule opération possible est d'allér chercher les vaisseaux ennemis avec les sieijs.
LETTRE DE* M. I/ARCIIEYÈQUE DE BORDEAUX
A M. DE CHAVIOT.
Monsieur ,
\ olre dépêche du A et du 5 m'a été rendue le 26 du courant, à deux heures après midi , par le travers du cap Corse, où un courrier de M. de Siviy me l'a apportée. Je ne manquerai pas d'obéir aux ordres contenus en icelle, et d'apporter tous mes soins pour empêcher les secours d'Italie: pour ceux des vaisseaux, je crois vous le pouvoir promettre; pour celui des galères, vous ne ie devez pas espérer, maintenant qu'elles sont jointes; car vos galères ne le pouvant faire de soi , nos vaisseaux ne les peuvent pas attraper. Je vous ai rendu compte de tout ce qui s'est passé avec Ferrandine; depuis, celles de >aplcs l'ont joint, au nombre de quatorze, et font en tout trente-cinq : si bien que je n'espère plus qu'en vingt-quatre vaisseaux et trente-sept polacres ou tartanes chargés de dix-huit compagnies de cavalerie et de trois mille hommes d'infanterie, les galères de Naples n'avant apporté que quatorze cents hommes h. 36
que Ferrandine a mis sur ces gabarres : toute la côte étant pour eux , ils vont de port en port sans qu'on les puisse empêcher. La nouvelle est que ce secours est pour la Catalogue, oùja révolte augmente depuis I» mort du duc de Cardone; mais j'ai peine à le croire à cause de celte quantité de cavalerie. Je marche de front en trois escadres depuis le cap Corse jusqu'à la côte de Gênes, et vais montant tant que je puis et que les calmes me le permettent en cet ordre vers IN a pies jusqu'à Reggio, et que j'aye appris ce que seront devenus ces vaisseaux, lesquels ne m'échapperont pas , si je les puis voir.
J'envoie à son éminetjce la procédure des vaisseaux arrêtés*:- la difficulté que je faisais d'arrêter celui chargé d'argent ^l'était pas parce qu'il venait d'Espagne, niais qu'il était sous le nom des partiouliers de Gênes. Après la connaissance de ces vaisseaux, j'irai en Barbarie, si le temps me le permet. Pour les galères, je ne vous réponds de çjen pour plusieurs raisons que vous savez aussi bien que moi. Si vous me voulez commander quelque chose, Bidaud de Gènes saura toujours de mes nouvelles. Je ne pourrais avoir une nouvelle plus agréable que celle du passage du convoi ; je ne doute plus de la prise , non plus que de celle de Turin. Le grand-duc est en des appréhensions inconcevables , et ses peuples , particulièrement de Pise, très-préparés à secouer le joug. Je vous envoie un chiffre que je crois être celui que vous m'avez fait l'honneur de me donner autrefois, sinon vous vous en pourrez servir jusqu'à ce que vous en ayez donné un autre.
J'ai , etc.
A M. LE CARDINAL DE RICHELIEU , LUI MANDANT QU'IL A DESSEIN D'EMPÊCHER LA JONCTION DE CINQ MILLE HOMMES DES ENNEMIS.
Par le travers du golfo de Spcnia , le 36 août i6jo.
Votre dépêche du 5 août avec les commandements du roi m'ont été rendus par un courrier de Lyon le 26 du courant, par le travers du golfe
LETTRE DE M. L'ARCH. DE BORD. — AOUT 1640. 28 } de Spezzia *, où je sais depuis que je suis parti de devant Gènes, comme je vous ai rendu compte, pour tacher à empêcher le passage d'un secours de cinq mille hommes de pied et dix-huit compagnies de cavalerie, qui est porté sur vingt-quatre vaisseaux de guerre et trente-sept polacres ou tartanes de Naples ; car d'espérer que l'on puisse empêcher les galères d'aller et venir, il ne [e faut pas espérer, tous les ports sont pour eux , et puis elles sont d'une autre aire * que les vôtres. J'en dirai mes sentiments à son emmenée quand j'aurai l'honneur de la voir.
Je mande à M. Lequeux qu'il envoie la procédure «les vaisseaux à votre éminence. Les Anglais , sur leur propre confession , sont chargés tout ou en partie pour les Espagnols , et les Anglais tout espagnolisés, c'est-à-dire qui font pour Espagnols, ou qui sont de leurs secrets. L'on a lâché; par l'avis de M. l'Èvéque, durant que je restais absent, un navire d'une compagnie de Londres qui venait du Levant, et avait chargé pour huit cent mille livres de soie , or, étoffes , à Livoume, pour les marchands d'Anvers; ce qu'ils ont avoué depuis qu'on l'a- lâché. H n'y a nul doute que, par l'ordonnance de France, le tout ne soit con- (iscable , mais mon avis est que vous redonniez les vaisseaux et partie du frêt aux Anglais; ils n'auront plus d'intérêt et ne feront ps tant de difficultés àj'avenir de laisser prendre leurs vaisseaux, et de plus, cela mettra la défiance entre eux et les marchands. Pour les Hollandais, l'instruction n'est pas encore en état, parce qu'ils servent d'espions italiens , mais l'on voit bien que la marchandise est pour Anvers , cl puis
Spezzia ou Etpecia , golfe sur la côte a reconnaître . car sur la pointe do PO il )
d'Italie, à l'E- de Gène*, dans le golfe de a un château, et au S -E. de cette pointe
Gèoes, au N.-O. de Livoume ; le golfe e»t sont deux petite* îles, dont la plu» givndc
sa S. M a l'E. de l'Ue dn Tin et de h Roche est la plu* au large, et sur laquelle il y a une
de Vade. I .a ville de Spezzia, située au fond tour ou Ton fait du feu ; il v a passage entre
du golfe el presque au N. de Porto- Venere . elle et l'autre qui est plus à terre, par
■M par 44* W., et par 7° i4' » l'E. de 5 l»ra«*cs ] et 4 brasse* d'eau; mais entre la
Pans. De Porto-Fin jusqu'à Torto-Si^zzi» terre de l'O. et Pile la plus proche il n'v a
OB golfe de Spezzia , la côte court a l'E. -S.- l'oint de pansage . el le meilleur est de pas
E , et il T a de l'une à l'antre doute lieues ; scr .» l'E. des deux Ile.*. PtP'i Flambeau île la
> <• sdnt presqne tontes terres escarpée» entre mei
di'u\ , et l'on voit le long de la côte plusieurs ■ D une plus grande vitesse, villages et maisons. Porto-S|ie*/ia est facile
ils u'ont ni charte-partie ni lettre de voiture, ce qui témoigne leur mauvaise foi et les rend confiscablcs par l'ordonnance. Il reste le blé du frère du cardinal Sachetti ; M. d'Estrêes m'en a écrit, mais j'ai tout envoyé à votre éminence , appartenant à elle seule de faire les grâces qu'il lui plaira. Pour la Barbarie , votre éminence saura que Moraragi» est mort, et qu'un autre renégat s'est fait roi en sa place, qui est du Comtal; il m'a mandé mille compliments , et crois qu'il sera aussi t raitable pour le moins que le défunt, qui promettait beaucoup et tenait peu.
Je loue Dieu de l'heureuse issue du convoi a Arras , et de sa proc haine prise, s'il ne l'est déjà, estimant que Turin le suivra de près, dont toute l'Italie sera extrêmement étonnée. Je moyenne l'entrevue de M. d'Allelz et de M.- le premier président d'Aix; je crains que l'amitié ne se suive ps, M. le comte 'd'Allete, à ce qu'on me mande, le traitant de si haut en bas que c'est une pitié, les Provençaux ayant accoutumé de vivre avec plus de civilité avec les premiers présidents , et même celui-ci, auparavant ce grabuge, ne le conduisant <|u«- jusqu'à la porte de sa salle , à ce qu'on m'a mandé. J'ai , etc.
M. le maréchal d'Estrêes annonce à M. l'archevêque de Bordeaux la jonction des galères de Naples avec celles de M. le duc de Ferrandine. ,
LETTRE DE M. LE MARÉCHAL D'ESTRÊES
A M. l/AKCIIEVÊQl'E DE BOROKAl X.
J'ai reçu hier vos lettres du 1 1 de ce mois en réponse des deux que je vous avais écrites : l'une sur le sujet du Fh. San-Remo (sic) et l'autre pour les intérêts du sieur Mathéo Sachetti ; quant à l'avis que je vous donnais par la première, il ne pouvait pas être plus certain. La considération que nous faisions de deçà était si ces choses-là n'y étaient pis mandées aGn qu'on vous les fît savoir , et pour vous divertir de quelque autre dessein. Pour ce qui regarde la barque dudit sieur Sa-
LETTRE DU MARÉCH. D'ESTRÈES. — AOUT 1640. 285
chetti , ce qu'il vous a plu m'eu mander ne pouvant être plus civil ni plus obligeant, je n'ai pas manqué de lui faire savoir et faire valoir votre bonne volonté autant qu'elle mérite, dont il témoigne être fort obligé; mais il désavoue que ces blés-là fussent pour aller à Final. Vous aurez vu quelques autres semblables lettres de moi que j'ai baillées plus par importunité qu'autrement; et ainsi comme je crois que vous jugerez bien que je ne puis pas me défendre «la* semblables recommandations, aussi de votre côté vous y aurez tel égard qu'il vous plaira. Je tiens présentement de recevoir votre lettre du 19 de ce mois, pour réponse à laquelle je commencerai par les remerciments de la faveur que vous m'avez faite de me donner part des nouvelles que vous avez reçues de sou éminence et de M. de Chavigny du 7 de ce mois , qui sont venues très-à-propos pour rembarrer les ennemis qui faisaient courir des bruits contraires, disant que le siège d'Arras avait été levé au 30. Je reçus hier des lettres de M. de Chavigny du 27 , desquelles je m'étais aidé pour détruire toutes ces fausses nouvelles, mais maintenant il n'y a plus rien par la grâce de Dieu à douter de ce côté-là. Je ne manquerai point de vous tenir averti soigneusement «le tout ce qui viendra à ma connaissance qui puisse aider à ce que le roi soit bien servi , et que vous en ayez de l'honneur et de la gloire; et je n'aurais pas manqué d'y satisfaire, quand même vous ne m'y auriez pas invité. Le consul de Ciyita-Vecchia aura charge de vous tenir aussi informé de tout ce qu'il pourra apprendre , comme étant en lieu plus commode et plus proche pour avoir les avis. Je verrai de savoir quelques particularités sur les quatre points portés dans votre mémoire. Je ne crois pas qu'on puisse maintenant envoyer cinq mille hommes hors du royaume de Naples après ce qui est déjà parti avec les galères, la jonction desquelles avec le duc de Ferraudine il était malaisé que vous eussiez pu empêcher, principalement en cette saison qu'elles s'éloignent des côtes ; je crois, pour moi , que les vaisseaux restant prendront du côté de Barbarie et fuiront autant qu'ils pourront les occasions de combattre. J'avais déjà vu avant la réception de votre première lettre la copie de celle que vous avez écrite au duc de Ferrandine, son excuse de ne l'avoir pas reçue à cause qu'il dormait a donné ici autant de sujet
de rire, comme le défi que vous lui avez fait d'avantage pour les armes du roi et pour vous. Je ne vous ai point remercié du souvenir qu'il vous a plu me témoigner par le sieur Brachet, mon secrétaire , dont je vous rends très-humbles grâces; et quant à ce que vous me faites paraître avoir pour agréable de terminer l'affaire de Verton à l'amiable, j'y serai toujours de ma part entièrement disposé par toutes les considérations qu'il vous plaît êe m'en mander , hormis de celle que dans h grâce que j'ai eue du pape j'ai fait quelque chose qui fût contre les droits et intérêts de sa majesté; de quoi je ne serais en aucune façon excusable , non pas même en renonçant entièrement à la chose. J'ai donné charge, et mon fils a envoyé procuration et pouvoir à ceux qui font mes affaires à Paris, d'aviser avec ceux qui font les vôtres et celles de M. le marquis de Sourdis à ce qui se pourra pour terminer cette affaire, de laquelle M. le comte de Cramaillc pourra être arbitre. Cependant je vous baise très-humblement les mains, et suis toujours, etc.
Monsieur,
Depuis vous avoir écrit cette lettre , j'ai encore essayé de m' informer sur les points du mémoire joint à la vôtre , et vous dirai qu'on croit ici que les gens qui s'embarquent à Naples sont plutôt pour Italie qu'Espagne; toutefois , je ne voua l'assure pas tant comme je puis vous dire que tous les vaisseaux sont encore à Naples, mais sans savoir s'ils sont au grand môle ou ailleurs. Ceux qui sont pratiques dans ces quartiers-là ne peuvent croire qu'ils prennent la route de Barbarie, tant par crainte des vaisseaux d'Alger, que ce serait faire un grand tour. L'ordinaire de Naples arrivera ce soir ou demain , par lequel nous en saurons plus de particularités; je ne manquerai pas de vous faire savoir s'il y en a déconsidération, comme tout ce qui pourra être du service du roi et du vôtre , monsieur ,
Votre très-humble et très-affectionné allié et serviteur ,
D'Estrres.
A ». DE NOYERS, TOUCHANT LES FONDS POUR LES TROUPES . ET 81 L'ON PASSERA EN PONANT.
An travers du nmnl ArgcnUro », le ig <oût i6$u.
Monsieur ,
Vous apprendrez par le commis de l'intendance qui était avec moi, pourquoi et comme quoi les galères m'ont quitté; vous saurez aussi comme les deux régiments de la. Couronne et des Vaisseaux , faute de subsistance , n'ont pas été embarqués, et faute de montre se pourront bien débander.
Il vous dira aussi que si vous ne donnez ordre de bonne heure à faire le fonds pour faire faire les montres , au désarmement des vaisseaux , que vous vous pouvez assurer de ne remettre jamais votre armée à la mer. Je ne le dis pas pour mon intérêt , mes indispositions étant tellement accrues que quand vous le saurez vous ne jugerez pas à propos de me continuer dans l'emploi ; mais le zèle que je sais que vous avez au service de son éminence me fait vous donner cet avis afin de ne pas voir dépérir la charge à un instant.
Je vais tâchant à exécuter ce que vous m'avez ordonné avec le leste d'une de vos trois années, et attends de vous la résolution si son éminence veut faire repasser quelques vaisseaux ou non en ponant , afin de mettre ordre pour le transport des marbres qui seront tirés au mois d'octobre, que je crois bien n'être pas en grande quantité.
J'ai, etc.
' Argentaro (cap), pointe et haute mon- port Hercule est sur la face du S.-E Cette
tagne qui t'avance au loin dans la nier, au montagne est sur la cote de l'O. de l'Italie .
N.-N.-O. ; au pied de celle montagne et sur environ dix lieues au N. de CiviU-Vccchia ,
la face du N.-O est le port d'Orbitello .le a la même distance au S -E. de Castiglione
M. de Bordeaux prévient M. de Chavigny que si les matelots ne sont pas payes, il sera très:difficile de remettre l'armée en mer l'année suivante.
a m. de chavigny.
Monsieur ,
Tous les bruits qu'on faisait courir .que le secours de iNaples allait en Espagne étaient pour nTamuser à courir après .les galères qui vont fuyant et se cachant, pendant que le tout pourrait se débarquer dans l'un des ports d'Italie, mais ayant envoyé à Rome pour en apprendre de M. le maréchal d'Estrées, qui pouvait savoir par terre la vérité, que la côte d'Italie toute dépendante d'Espagne avait sacrifiée, j'ai su que rien n'était encore parti ; de sorte que je me suis confirmé dans la résolution de les aller rencontrer chez eux-mêmes, à quoi les galères n'ont pas voulu consentir, comme vous apprendrez par "le même que vous en pourra dire le porteur. Il m'a vu très-seul , et pourtant je vous promets, si Dieu et le calme ne les sauvent, qu'ils iront avec ceux de Galtai i; mais si vous ne mettez ordre pour envoyer les montres de désarmement aux pauvres matelots du ponant qui auront trois cents lieues à s'en retourner à pied demandant l'aumône, vous vous pouvez assurer que vous ne mettrez jamais armée à la mer. Si l'affaire réussit, je tâcherai d'aller à Tunis et Alger , et s'il me vient quelque commandement de votre part à Sainte-Marguerite , j'ai mis ordre qu'on me l'apporte à l'instant à la mer.
AOUT 1640. 289 M. de Bordeaux se plaint du mauvais vouloir de M. de Forbin , commandant des galères, qui , non seulement n'a pas exécuté ses ordres, mais l'a obligé de donner huit vaisseaux de guerre pour escorter les galères.