LETTRE DU MARÉCII. DESTRÉES. — OCT. 1G
l'auraient souffert très-patiemment, sachant mieux endurer les affronts et les offenses que de faire aucune courtoisie et civilité. Je n'aurais jamais fait , si je voulais dire toutes leurs mauvaises et indigues procédures. J'ai envoyé aussitôt quérir le consul de Terracine, pour savoir de lui pourquoi il a tant retardé à me faire tenir le paquet que lui aviez, fait mettre entre les mains, que je n'ai reçu que présentement avec les autres ; et vous assure que s'il ne sait s'en démêler comme il faut, ce que je crois bien difficile, je le châtierai comme mérite une si mauvaise action et préjudiciable au service du roi, et faudra écrire à M. de Chavigny, afin qu'il lui ôte sa charge.
Quant à ce que vous désirez savoir, en quel état est le traité de ligue d'entre le pape et la république de Venise , je vous dirai qu'après avoir de part et d'autre montré grande chaleur pour en venir à la conclusion et être tombé d'accord de quelques articles , comme d'entretenir douze mille hommes de pied et deux mille chevaux , dont la république de Venise en paierait sept mille et le papecinq, la république lesdevra tiers de la cavalerie, et le pape l'autre, que ladite ligue serait simplement défensive, le pape pressant la nomination du général des armées, la république n'y a pas voulu entendre présentement, disant qu'il serait assez à temps lorsque l'un d'eux serait attaqué et que leurs troupes auraient à se joindre ensemble; ainsi cet article est demeuré indécis. Le pape a désiré qu'outre la défense réciproque , à quoi les parties s'obligent en cas que l'une des deux fût attaquée, qu'il y eût clause plus expresse pour ce qui touche les fiefs de l'Église; sur quoi la république de Venise s'est excusée disant que qui promet tout, ne réserve rien , et que cette déclaration particulière était éloignée de la fin pour laquelle ils s'étaient voulu unir et faire une ligue, qui est pour le repos public et particulier d'Italie , et que c'était leur jeter sur les bras les Espagnols, sans besoin ni nécessité ; et que si les Espagnols venaient aujourd'hui à refuser la présentation de la haquenéc au pape pour Naples, à savoir s'ils voudraient qu'ils lui déclarassent la guerre. J'en ai dit mon avis à M. l'ambassadeur de Venise et à quelques cardinaux de la congrégation à la- •melle cette affaire est remise , et qu'il me semblait que les uns ni les autres ne devaient pas s'arrêter en si beau chemin. Il s'est cherché
quelque tempérament pour essayer d'ajuster cet article, sur lequel le pape et la république se sont montrés si arrêtés et si opiniâtres. Voilà jusqu'ici l'étal auquel est cette airain- , que la prise de Turin n'avancera pas de se conclure, la crainte et la nécessité qui les avaient portés à leur conservation commune étant cessées , et il est à appréhender qu'ils n'y repensent et songent plus à leur mécontentement et dégoûts particuliers qu'à l'intérêt public.
J'ai vu comme vous aviez arrêté un Luigi Carafla ; il y en a tant du même nom, que je ne vous puis pas pour le présent donner aucune information particulière de cette personne-là. 11 y eu a encore un que le cardinal Antoine a retiré depuis quatre ou cinq ans, qui autrefois a traité avec M. le cardinal de Lyon, et qu'il a envoyé en son abbaye de Subiac, depuis l'enlèvement du prince de Sans, craignant qu'on ne lui en fit autant. Il y a un mois qu'il me lit demander, par le comte de Châteauvillain, un passeport pour aller trouver le roi ; mais en ayant conféré avec M. le cardinal Bricchi , nous tombâmes dans ce même avis, qu'il valait mieux le divertir de ce dessein que d'en charger le roi ; et lui offrîmes, s'il pouvait vous rendre quelques services, de vous l'adresser et envoyer. Il est bien véritablement de la bonne famille des CarafTa. Vers le commencement du mois de septembre, il en vint un de cette maison , à ce qu'il dit; il s'appelle Francisco CarafTa da Ceserchi , qui me lit proposer par un des miens , qu'il aurait moyen de se rendre maitre d'un des châteaux de Naples. Je voulais vous l'envoyer, mais il s'en excusa , disant qu'il avait besoin de retourner encore faire un voyage à Naples. 11 prit un chiflre de celui qui avait traité avec lui pour l'avertir de ce qui se passait; mais, jusqu'ici , nous n'avons point eu de ses nouvelles. Il y a beaucoup de semblables personnes qui, depuis que je suis à Rome, m'ont fait de pareilles oil'res, mais sans grand fondement ; d'autres pour escroquer quelque chose : ce n'est pas qu'il n'y ait une infinité de malconlcnls, mais le pouvoir ou la résolution leur manque. Je suis bien marri de n'avoir su plus tôt la proposition que vous m'avez faite touchant l'île de Pons, j'en aurais écrit à M. de Parme, et vous en auriez maintenant répouse. Je ne manquerai pas d'y satisfaire au plus tôt, et de vous faire savoir la réponse en quelque part que vous
LETTRE DU MARÊCI1. D'ESTRÉES. — OCT. ICO. 333
soyez, voulant très-grand mal à ceux qui uous ont empêché et traversé la communication qui était si nécessaire en ce temps ici; et je n'aurais pas manqué de vous envoyer à toutes heures des personnes expresses pour voir ce qui aurait été pour l'avantage du service du roi et le vôtre particulier, et même je me serais avancé jusqu a Nettune pour y satisfaire plus promptement au commandement , et chercher si l'occasion aurait pu porter que j'eusse l'honneur de vous voir, et assurer moimême, comme je le fais par cette lettre, que je suis' toujours,
Monsieur, votre, etc.
Maréchal d'Estrées.
LETTRE DE M. LE MARÉCHAL D'ESTRÉES
A M. L' ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX, TOUCHANT QUELQUES PLAINTES QUE LEDIT SIEUR ARCHEVÊQUE AVAIT FAITES DE CE QU'ON AVAIT TIRÉ SUR SON ARMÉE, DES TERRES DO PAPE.
Monsieur ,
J'ai reçu vos lettres, comme vous verrez par le duplicata ci-joint, et comme à même temps j'y lis réponse, tant par la voie de Livourne que par un homme que j'envoyai de ce lieu au consul de Civita-Vecchia, lequel n'étant point retourné, je suis en peine s'il lui sera mésaveuu, ou s'il se sera enfui avec mes lettres. Il m'avait été baillé par le concierge de cette maison , ce qui fait que j'envoie encore un autre duplicata audit Civita-Vecchia , par un des miens , et y ajoute ce mot pour vous dire comme don Francisco de Melos s'est résolu de prendre la mer, et de passer du côté du golfe île Venise. Vous verrez l'extrait de la lettre de M. le cardinal Bricchi , sur les plaintes que j'ai faites de nouveau. Le père Valério, qui est venu ce matin de Rome, m'a dit qu'il s'était fait deux ou trois congrégations sur les plaintes qui avaient été faites à votre sujet, et que le cardinal Barharin vous devait écrire , pour vous faire des excuses, et que ce n'avait point été l'intention du pipe et la sienne non plus que d'avoir tiré sur votre armée, et offrit d'en faire raison et justice. Je serais très-aise que la chose soit comme il dit; il me l'a
dit en secret et comme de lui-même et non pas avec charge : ce qui me pourrait faire douter aucunement de la chose, bien que d'ailleurs étant si raisonnable et si juste, il semble que ce serait le moins qu'ils devraient. J'ai écrit où vous savez, et en la forme que vous avez désiré; je voudrais bien trouver quelqu'autre occasion plus pressante de vous pouvoir témoigner combien je suis ,
Maréchal d'Estrées.
A Caprarolle , 1« 10 octobre i6$o.
Dans la lettre suivante, M. Bîdaud donne à M. de Bordeaux des détails sur la révolte des Catalans , et lui apprend que le prince Thomas est sorti de Turin à la tête de quatre mille hommes.
LETTRE DU SIEUR BIDAUD
A. M. I.ARCHEVEQUE DE BORDEAUX-
Monseigneur ,
J'ai reçu, ce matin, le pli ci-joint, avec ordre de vous le faire tenir en diligence par la felouque expresse ; je crois qu'on y mandera à votre excellence, plus particulièrement qu'à moi , la révolte effective des Catalans , et les conditions qu'ils ont faites avec le roi pour les protéger contre celui d'Espagne.
Nous n'avons su par deçà que par l'honneur de vos lettres du 30 de septembre, ce qui s'est passé en votre voyage de Naples, que les Espagnols, qui seuls en savaient la vérité, ont toujours caché; j'en ai incontinent fait part à ces messieurs à Milan et à Parme, et ferai le même partout ailleurs, même à la cour , quoique je ne doute pas que vous n'en ayez écrit. M. Rabut ne m'a point adressé de lettres de votre part pour Paris; mais peut-être qu'elles étaient dans les plis pour MM. de Guitaud et du Lieu. Je crois (rue vous aurez reçu par sa voie, et des patrons Gio Battista Galetto, celles que je me suis donné l'honneur d'écrire
LETTRE DU SIEUR BIDAUD. — OCT. 1G40. 335
à votre excellence les 2, 3, 1 3 et 30 septembre et 2 de ce mois, avec des dépêches de M. le duc de Parme et de M. de Guitaud, auxquelles j'ajouterai que non seulement le prince Thomas est mal satisfait au dernier point des Espagnols ; mais qu'étant sorti de Turin avec quatre mille hommes et cinq cents chevaux de diverses nations , et la plupart malades, il a renvoyé au marquis de Leganez les troupes d'Espagne, et s'est retiré avec les siennes à Rivoli , où depuis il n'a voulu voir le comte de Cerbellon , ni recevoir des nouvelles troupes espagnoles en suite de la trêve qu'il a faite pour trois mois avec M. le comte d'Harcourt, pendant lequel temps on espère que ledit prince et M. le cardinal, son frère, s'accommoderont entièrement avec le roi et Madame, un seigneur de condition m'ayant assuré que son altesse lui a dit pendant le siège, qu'elle aurait bieu demeuré six ans sans sa femme, et qu'elle s'en passerait autres six ans encore. Cependant messieurs les marquis de Ville et de Ranesse sont venus, avec une partie de l'armée, dans les langues, qu'ils remettront bientôt dans l'obéissance, le Mont-d'Or, qui en est la ville capitale , les ayant déjà reçus sans se défendre , et mondit seigneur le comte d'Harcourt est encore à Turin avec les plus grandes forces , où il séjournera jusqu'à ce que la place soit bien assurée et que sa circonvallation soit démolie.
Les Milanais ont refusé au marquis de Leganez de lui accorder aucun argent pour ses troupes , qui ne sont plus en tout que de sept mille fantassins et quinze cents chevaux; et si, dans cette grande faiblesse des Espagnols (qui ne peut être secourue de long-temps d'aucun lieu, et dans la haine générale qu'on leur porte en Italie, particulièrement les Piémont;) ia , Montferranais et Milanais, étant trèscertain que ces derniers se donneraient au diable pour se délivrer de la tyrannie espagnole), on y entreprend à bon escient, on réussira avec plus de facilité qu'on ne s'imagine. Je ne sais si l'accouchement de la reine d'un prince sera véritable à cette fois, Dieu nous en fasse la grâce , cependant je vous supplie de continuer l'honneur de vos bonnes grâces et de votre protection , à votre , etc.
Monseigneur , etc.
AUco», U it octobre ifijo.
A H- LE MARÉCHAL D'ESTRÉES, TOUCHANT SON RETOUR EN FRANCE AVEC LES VAISSEAUX DU ROI POUR LES AFFAIRES DE CATALOGNE.
De Porlo»Vecchîo , le 14 octobre 1640.
Monsieur ,
Je vous ai donné avis par la voie de Civita-Vecchia et par celle de Livourne , de notre voyage de Naples; je ne sais si vous avez reçu la dépêche ; car j'ai appris (pie l'on a refusé jusqu'à de l'eau aux vaisseaux qui ont été à Civita-Vecchia. Je suis aussi en peine si vous aurez reçu ma dépêche touchant « M. de Parme, » et ce que vous aurez fait sur ce sujet.
Je pensais séparer mon armée, en envoyer une partie à Tunis et Alger, pour faire la guerre à ces canailles-là, et moi , m'en retourner h vers Gaëte , où il y a quelque chose à faire ; » mais je viens de recevoir ordre de m'en aller en France , où il y a des commandements du roi assez pressés qui m'attendent. Je ne sais ce que c'est : nos galères ont remis à la mer, qui m'y attendent et y descendent force troupes par le Rhône. J'ai avis d'espérer que les Catalans ont défait six mille hommes de pied au roi d'Espagne, et pris quatre cents chevaux prisonniers, quatre-vingts milliers de poudre et quatre-vingts pièces de canon. Il semble que l'affaire s'échaulle en ce pays-là ; vous en pouvez savoir les particularités. Dès que je serai arrivé, je vous ferai part des commandements du roi , et ne manquerai pas, en quelque lieu que je sois, de vous informer de ce qui se passera, et vous protester que je suis, etc.
OCTOBRE 1640. 337 M. l'archevêque de Bordeaux fait savoir à M. Bidaud qu'il a eu ordre de la cour de se rendre aux îles Sainte-Marguerite ; ainsi il n'ira pas, comme il pensait, à la plage romaine et napolitaine, et point en Barbarie.
A M. BIDAUD.
Dr Porto- Vecchio, le i4 octobre
Monsieur ,
Je crains que vous ayez été aussi long-temps sans mes nouvelles que j'ai été sans les vôtres. Je n'ai ps manqué néanmoins de vous écrire souvent; mais je crains que les ennemis aient arrêté nos dépêches, n'ayant point de nouvelles du jeune patron Baptiste, avec l'un de mes gardes que j'avais envoyé au bailli de Forbin pour le faire revenir à la mer. Je suis aussi en peine du vieux Baptiste , que j'ai fait partir de Ponza ' pour Livourue il y a quinze jours : l'un et l'autre étaient chargés de paquets pour vous , et «lu menu du voyage de Naples , et vous mandais comme j'envoyais partie de l'année en Barbarie, et que je m'en allais avec le reste vers la plage romaine. Maintenant cela est changé, ayant reçu ordre cette nuit d'aller a Sainte-Marguerite , pour y recevoir les commandements du roi , qu'on me mande être fort pressés, sans dire quoi; ce qui m'a fait mettre à la voile à l'instant, et vous m'enverrez , s'il vous plait, de vos nouvelles là , soit par cette patache , soit par autres commodités. Je m'étonne de n'avoir point de réponse du duc de Parme de la lettre que je lui ai écrite, et qui vous a été donnée.
L'on me mande de Languedoc que les affaires de Catalogne vont augmentant de jour à autre, et que les prises d'Arras et Turin leur
' IU de Ponct , petite ile dan» le N -O. roche dan» le S. de Senon.a que l'on nomme
Je llled'ltchia; elle est jituee aupré.de deu* la Boute. La pointe N. de l'île de Ponce est
autre» que l'on nomme Senonia et Palmcrie; par 4r i' 5o" Y. et par 1 1* 15" à l'E. de
indépendamment de ce» troi» ile», il v a une Paris.
ont enflé le cœur; qu'ils ont défait six mille hommes au roi d'Espagne , et pris quatre cents chevaux : si cela continue ce sera un beau théâtre pour jouer la tragédie.
Depuis que les galères sont parties, j'ai fait mettre force chaloupes et brigantins en leur place, qui font tous les jours des prises. Ils en ont amené deux depuis quatre jours , dont l'une, des deux brigantins d'Arache, était chargée des hardes de don Antonio. Ils ont été confisqués avec toute leur marchandise, notre ordonnance voulant que les vaisseaux amis , chargés de robe ennemie , soient déclarés enuemis , et , pour vous dire le vrai, le nom d'Arache n'oblige pas à leur faire courtoisie.
L'on en a amené une autre d'une barque de Gènes , chargée de chevaux du prince de Doria , et de grains pour la princesse de Melfi et quelques domestiques de cette maison et passager» de Majorque. J'ai tout envoyé en France, résolu de mettre le tout aux galères, si les Espagnols ont fait le moindre mal du monde à mes felouques.
Au reste, je vous supplie de dire à messieurs de la république que j'ai ordre de leur demander tous nos Français qu'ils ont mis aux galères pour avoir fait la guerre aux ennemis du roi , comme ceux du briganiin de Guitaud, de M. de Pilles et autres; et s'ils ne les rendent, nous mettrons aux galères tous ceux que nous trouverons servant ou portant les ennemis comme ceux de la barque de Doria.
Mandez-moi ce que fait maintenant notre armée de Piémont, et les nouvelles que vous savez , et me croyez , etc.
Je suis en peine d'une lettre que je vous ai adressée pour faire tenir à son éminence; mandez-moi si vous l'avez reçue, c'est depuis Naple».
Lettre de M. Bitlaud sur les affaires d'Italie.
LETTRE DU SIEUR BIDAUD
A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
MoVSEIG.VFXR ,
Depuis ma dernière, j'ai reçu l'honneur de votre lettre du 10 du passe, avec les plis pour Paris et M. d'Argenson, par la voie de M. Rabut. Je ferai tenir le premier à son adresse; mais, pour l'autre, il ne se peut, mondit sieur d'Argenson, ainsi que je vous l'ai écrit, ayant été pris entre Turin et Pignerol par les ennemis, et conduit dans le château de Milan, où il est encore à présent en très-bonne santé, à ce qu'il me mande , et en espérance d'en sortir bientôt, Dieu aidaut.
J'envoie à votre excellenre cette felouque exprès avec les dépêches ci^jointes , par ordre de messieurs les ducs de Parme et du Houssaye, auquel cette république n'ayant voulu accorder une galère pour Je porter en France, nonobstant les instances que je lui en ai faites (et depuis, M. le duc de Parme, par l'entremise de ses partiaux génois), se trouve bien embarrassé qu'il deviendra, ne jugeant pas, pour le caractère qu'il porte, se devoir hasarder sur des felouques. Et pour moi , je ne comprends point comme cette république ose si ouvertement , en toutes occasions , dégoûter le roi , et ne songer point à lui rendre les devoirs qu'elle lui doit, après qu'elle en a bien accordé une aux députés du marquis de Legauez pour les porter en Espagne, dont le trajet est beaucoup plus périlleux que d'ici en France ; et qu'elle a donné, et donne encore tous les jours, toute sorte de contentement aux Espagnols en cette conjoncture que toute sorte de malheurs les poursuivent , que leurs sujets même les abandonnent , et que les armes du roi ont tout le bonheur que sa majesté et toute la France peuvent souhaiter.
Us ne font pa* moins de difficultés de me permettre à prendre les lettres que vous me laites l'honneur de m* écrire , ni de recevoir ceux
qui pourront venir de votre part, que s'ils n'avaient jamais accordé la pratique à votre excellence, et qu'il n'y eût que quatre jours qu elle est à la mer, outre qu'il y a plus de trois mois qu'il n'y a mal contagieux en France. On m'avait toujours fait espérer ensuite de vos lettres qu'on ferait payer a TafFety l'argent qu'il doit aux galères , et dont ses lettres ont été protestées en France; mais à présent qu'ils voient votre excellence éloignée, ils se moquent de mes instances et des sollicitations de mon procureur, ne voulant rien ordonner sur ce sujet. Je crois, monseigneur, que pour leur montrer que vous savez bien vous faire tenir parole, vous trouverez à propos de retenir tous les Génois que vous rencontrerez à la mer , et de m'ordonner ensuite de leur dire que vous les relâcherez lorsque vous saurez qu'ils ont rendu , contre ledit Taflëty, la justice que je leur ai demandée de la part du roi et de la vôtre, comme j'ai fait plusieurs fois sur les lettres de votre excellence et celles de M. de Chavigny. Je suis au désespoir d'apprendre , par les dernières lettres de M. Rabut, qu'après avoir gardé quelque temps trois de mes paquets , que je lui avais envoyés par des felouques expresses, ils soient encore tombés entre les mains des ennemis. Je me doute que ce ne soit ceux où il y avait des dépêches pour votre excellence de M. de Parme et de M. de Guitaud, et par conséquent de Paris, où je me donnais l'honneur de vous écrire l'importance de l'entreprise de Piombino, Talamon etOrbitello, par l'acquisition desquels Porto-Longone serait assiégée, et réduirait-on le grand-duc, par le voisinage de Sienne, qui ne lui est guère affectionnée, à vivre mieux et avec plus de respect envers le roi, qu'il ne le fait. J'y mandais aussi à votre excellence comme les galères de Naples se préparaient à partir, et par la dernière comme elles l'avaient fait, le même jour que nos galères vous avaient quitté, après avoir demeuré huit jours espalmées, sur l'avis qu'elles avaient eu que M. de Forbin voulait retourner en Provence. Pour moi, je ne perdrai jamais cette opinion que, s'il ne vous eût point quitté, lesdites galères de Naples ne pourraient vous échapper, et vous auriez pu faire quelque chose de plus dans ce royaume-là. J'ai bien toujours jugé qu'il ne retournerait pas joindre votre excellence, comme il faisait espérer; le patron Barthélémy lui pourra dire les ruses
LETTRE DU SIEUR BIDAUD. — OCT. 1640. 341
des capitaines quand vous alliez visiter les galères, le peu de satisfaction qu'ils donnent aux soldats et mariniers, et en quel état elles partirent de Toulon , qui les obligea , et non pas le manquement des vivres, à se retirer à Marseille, où la honte les fit entrer de nuit. Celles de Naples, Sicile et du grand-duc ne craignent pas si fort le mauvais temps qu'elles, car on les attend de jour à autre ici avec de l'infanterie pour le Milanais, et je ne doute pas que les barques chargées de cavalerie ne viennent quant et elles : tout cela débarquera à Final , dont il serait bien facile , maintenant que M. le comte d'Harcourt n'est attaché à aucun dessein , de se rendre maître. C'est la place la plus faible et la moins munie que les Espagnols aient, mais la plus importante et avantageuse aux progrès des armes du roi en Italie.
La bonne nouvelle que j'ai donnée à votre excellence que la reine était accouchée d'un beau prince , est très-assurée. Les troupes que sa majesté a envoyées en Catalogne ont défait don Gio de Garrav, et secouru l'Eslera. On m'écrit aussi d'Allemagne que Piccolomini a été battu avec perte, sur place, de mille chevaux, trois mille fantassins, deux mille prisonniers et son canon et bagage.
On me mande de Milan que M. Mazarin est arrivé près du prince Thomas de la part du roi; que le marquis de Leganez, craignant un accommodement final, songe à faire raccommoder les fortifications des places, donne des patentes pour faire de nouvelles levées , et se promet d'avoir quatre mille Allemands, moyennant cent mille talaris qu'il a envoyés en Allemagne. Il n'a trouvé, dans la revue générale qu'il a faite de ses troupes, que huit mille sept cents hommes de pied et dixneuf cents chevaux. Je vous supplie de conserver dans l'honneur de vos bonnes grâces,
Monseigneur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Bidaud.
A Gtae», « 17 octobre 1640.
M. le cardinal donne à M. de Bordeaux ses instructions sur l'hivernage de la flotte.
LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELŒlJ
A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
Monsieur ,
J'ai été bien aise de savoir de vos nouvelles par le sieur de Moutoutre , et bien fâché des incommodités que vous avez eues dans votre voyage , et grandement désireux que vous puissiez reprendre votre première santé.
Vous aurez maintenant reçu une dépêche que je vous ai envoyée par le sieur Courtin , beau-frère du sieur Picart, qui satisfait par avance à tout ce que vous désirez.
L'intention du roi est qu'il repasse cinq ou six vaisseaux en ponant, comme je vous l'ai écrit , et que sur iceux les matelot* pou an tins repassent, fors ceux qui voudront demeurer pour aller en course.
J'ai ordonné au sieur Picart qu'outre la montre de licenciement qui sera payée à tous les équipages , il paie en outre les victuailles ou autres choses qu'il faudra pour le passage des susdits vaisseaux et matelots. Vous choisirez les vaisseaux qui repasseront de cinq cents tonneaux des meilleurs , ainsi que je vous l'ai mandé.
Quant à ceux de tous les vaisseaux qui demeureront en levant, il faut voir , ainsi que je vous l'ai aussi écrit , à vendre les vieux à des marchands qui s'en serviront fort bien pour leur trafic , ou à des gens qui les voudront armer à leurs dépens pour faire la guerre , réservant le canon de fonte et celui de fer de gros calibre.
M. ! .1 queux a laissé de ses commis en Provence, qui auront soin des radoubs des vaisseaux qu'on conservera. Vous ordonnerez sur ce sujet ce que vous estimerez à propos, devant que de quitter le pays, et ils le feront faire.
M. de Noyers écrit à M. d'Alletz pour faire donner enlretenement