SÉRÉNISSIMES SEIGNEURS
Serentssimi SICNORI ,
Or ora ricevo ordine dagli illustrUsimi ed eccellentissimi signori conte d'Harcourt ed arcis escovo di Bordeaux , per lamentarme in nome dcl Re, mio siguore, délia più iudegna ed oslile azionc chc possa cascare neU’animo più traditore, perpetrata da on suddito di questa reppublica di San Remo nominato Geronimo, dell’ età di anni 22, il quale, dopo di aver portato delle frulta e citroni in Marsiglia ed esserli stata concessa corne Gennvese ogni commodità di pratica e commercio per tutta la Provenza, ha poi caricato in Nizza su la sua barca pontoni ed altri legnami iatti far a posta da detti serenissimi signori, ed in vece di tragettarli in Antibo, li ha transferiti vituperosamente in Monaco, ed altri dicono haverli gettati in mare e retiratosi in San Remo. Richiedo dnnque da vostre Signorie serenissime pronta giustizia , e taie che basti per loro soddisfazione, acciô non abbia Sua Maestà sog-
Je viens pri^scntement de recevoir ordre de SIM. le comte d’Harcourt et archevêque de Bordeaux de me présenter dexaiil' vous pomme plaindre de la plus insigne et lâche action qui puisse tomber dans le cœur le plus perfide , pcrpéti-ée par un sujet de cette république de Saint-Rémo, nommé Geronimo, âgé de 22 ans , lequel , ayant poi-té sur sa barque ou tartane des fruits et citrons dans Marseille avec toute commodité de passage, pratique et commerce par toute la Provence , comme sujet de cette république, étant revenu à N ice et ayrant chargé sur sa tartane des pontons que les susdits seigneiu-s avaient fait faire exprès, au lieu de les porter dans Antibes et Cannes, les a transportés malicieusement dans Monaco. Je requiers , en leur nom , de vos seigneuries sérénissimes , une prompte justice , et qui suffise pour leur satisfaction , afin que le roi n’ait pas sujet de s’en plaindre et son armée navale de s’en res-
getlo Hi dolerseiie e l’arraala na- ‘valc di vindicarsene; e perché mcnlrc l'cslarà sospcsa la giustizia e MMldislazione, si è pre.'ui risoluzioiie di fermare e sec|uestrare nellemari del ré le barche, ruba e persone di San Reiuo. Le prego, con la loit) pnuicnza ordiuaria , prevenii'e con il dovulo castigo il danno che ne possa scgaire. E siccome per schivarc gli ostacoli che ogni voila ritardano le mie udicnze nelli più gran bisogni, ed uaare la diligenza ordinatami , io rai vaglio délia ginnzione loro in mandar con (piesta caria mio scgrelario :
cosi saranno servile di prendere pronla risohizioue e con venêvole al bisogno , accib avvisali delli signori del buon ordine poslo da Vostrc Signorie sercnissimc abbianiK> cagione di modeiarc il risentimento che moslraito di tal ütlèsa , con che facclo riverenza,
Di V,V. S.S. Sei-enissime Devotissimo scrvitore ,
senlir. Et parce que pendant que la justice et satisfaction en sera suspendue, ils ont pris résolution d’arrêter les barques, marchandises et personnes de Saint-Rémo dans les mers du roi , je vous prie de prévenir, par votre prudence et le chétiment convenable , le dommagé qui s’en peut ensuivre. Et comme pour éviter les obstacles (pi retardent ordinairement mes plus nécessaires audiences et pour userde la diligence qui m'est commandée, je me prévaux de votre assemblée, y envoyant mon secrétaire avec cette lettre, aussi , vous aurez s’il vous plaît agréable de prendre prompte résolution et convenable au besoin , afin que ces messieurs , avertis du bon ordre que vous y aurez mis, aient sujet de modérer le ressentiment cp’ils ont de cette offense. Sur cpol je vous baise les mains , etc., etc.
Ce i6 mars
Sabaak.
Di casa, lî )6 di marxo
Cette lettre leur ayant ëu5 euvoy<!e à deux heures de nuit, ayant agiu^ l'alFaire, ils mandèrent audit sieur de Sabran par sondit secrétaire que l'on essayât , s*il était possible , d’avoir plus de particularités du nom et de la personne (riminellc, attendant que le leiKiemain qu’ils en voyèrehl une lettre au podestat du lieu pour faire les diligences
l equiâcs et. s’en saisir, et c|ue, s’il désirait, la lettre lui sei-ait mise en mains. Cependant le sieur de Sabran fut averti que ce galant avait changé de nom et s'appelait Jean-André Massa, et avait jeté en mer les pontons et s’était i-etiré à Saint-Rémo; sur quoi il renvoya le matin sondit secrétaire en avertir le duc et le sénat, et leur dire qu’il ne \oulait point que la lettre du podestat lui fût mise en mains, se remettant à eux d'y metti'e les ordres selon l’exigence du cas; ce qu’ils promirent faire et dépêcher à l’heure même à Saint-Rémo, dont ledit, sieui’ de Sabran donna iticontinent avis à MM. le comte d’Harcourt et <le Bordeaux, comme il se voit en une lettre précédente.
Dans les dépêches suivantes, M. de Sabran, en félicitant M. de Bordeaux sur l’entreprise de Sardaigne, continue de le renseigner sur les forces navales et les projets maritimes des Espagnols, et sur la politique présente des différents Etats d'Italie.
A M. l’archevêque DE BORDEAUX.
De G#Sc«, U ti mars kU;.
.Monsieur ,
Je me réjouis avec vous cpiele bruit de vos conquêtes dans la Surdaigne soit si public, et que l’on ne vous donne rien moins (juc la œnquéte de l’ile entière si vous êtes un peu renforcé de gens; quoi qu'il en réussisse, les ennemis n’en tireront pas leur revanche par le moyen de nos îles. La ten-eur va partout ; et un certain qui , avec l'aide du grand-duc, a voulu faire cinq cents hommes en Livourne, n'a pu faire que cent et dix misérables pour aller en Sardaigne. Le grand-ducarme tant qu’il peut de galères , et, de plus, on croit qu’il veut mettre en état ses galéasses; mais il a prou peine, et si Dieu lui donnait une rencontre de nos vai.sseaux, il aurait peine d'êti-e bien assuré chev. lui-même.
L’avis de vos exploits est ici il y a plus de huit jours, et fut aussitôt
à Livoui'ne, où le gouTenieur manda crier au secours. Il j' a peu ou point de munitions en l'ile, la frayeur générale, peu de soldats; l’Espagnol fait dire ici tpie de ceux du pays tjuatre mille chevaux sont en campagne, et je dis que vous aver.fait porter des selles, car ils n’en ont point. Les quatre galères d’Espagne chargées d’argent vous ont heureusement manqué; elles ont passé en hante mer à cinquante milles de Sai"d.iigne et gagné Capo-Corso, où, étant averties de votre descente, elles n’arrêtèrent guère. J’attends bien impatiemment les nouvelles <pie vous m’avez promises , et crois que je suis le premier qui aie donné avis à la cour tie Turin de votre heureuse descente.
Le comte Scotti a passé vers Sestri en haute mer sans me voir ni m’envoyer. Je vois par les lettres de la cour que l'on n’y a pas trouvé mauvais l’accord de son alte.sse de Panne, puisqu’il est si content et feignait de l’être, et qu’il proteste tant de vivre serviteur du roi; mais s’il n’a conditionné ses restitutions et tous les avantages de la relaxation deSabionclle ès mains des Espagnols, ce qui n’a dù être, selon ce qu’il en a témoigné. L'Espagnol, comme je l’avais prévu, garde sa foi; ayant fait paraître <piel(|uc lenteur à démolir et rendre, procédait de son intention de retirer Sabionette , ce que don Francisco de Mclos a enlin fait à cause tpie la vieille princesse de Stilliano est morte et sa fille a épousé le duc de Médina de las Torrès, et a mis deux cents Italiens avec un chef napolitain nommé Tiberio Brancaccio. Voilà comme les loups ne craignent rien tpiand ils ne voient plus les chiens. Messieui-sde Venise, tpii ont tant fermé les yeux, sentiront à loisir ce coup.
Il y a douze vaisseaux les plus gros et plus pourvus de Naples à Bayes, à six milles de Naples , mal gardés, c’est fort aisé à bi ùler, et une forteresse voisine qui se peut tenter. Deux de ces vaisseaux se chargent de biscuit, vin, blé, munitions, pour lesiles, et l’on craint fort la rencontre des nôtres. Iæ grand-duc envoie des munitions en Sardaigne, à ce que l’on dit; cl parce que le tour de l’ile est grand , on croit «p’il y soit facile. J’ai bien fait valoir les .abolitions, vous en verrez bientôt les elfcts; et si Sainte-Marguerite et Saint-Honorat vous tentent, et tpie les vaisseaux soient en état, ce sera un coup d’étal de prévenir l’.arrivée des vaisseaux et galèi’es d'Espagne. J’ai reçu une vieille lettre de M. le
oomle d’Harcourt et de vous, monsieur, pour la sollicitation d’une liarque; je m’y emploie de toute ma puissance , et m’assure qu’après tant de restitutions des barques de Gênes , nous serons obligés bien sûr à les prendre , s’ils n’en font raison comme ils doivent. L’on dit que vous avez pris soixante mille sacs de blé l'Oristan , vous en pourrez envoyer aisément si cela est. Honorez, s’il vous plaît, de vos commandements et de vos bonnes grâces.
Monsieur ,
Votre très-humble et obéissant serviteur.
SsBSA.V.
EXTRAIT D’UNE LETTRE DE M. DE SABRAN
A M. l'archevêque de BORDEAUX.
D« G^dm, ee la mar» 1637.
J’ai eu, parM. le cardinal Bicchi, avis de votre retour et de notie petite et victorieuse Hotte; je m’en réjouis avec vous. On a fait ici courre le bruit que la cavalerie du roi et vous aviez peirsé être tous taillés en pièces, et que l’on s’est retiré aux vaisseaux avec désordre et perle de six cents soldats ou in.'u'inicrs. M. Bicchi m’a dit que quatre cents matelots y étaient demeurés et cent soldats , et que force capitaines avouaient que l’on pouvait avoir foiee blessés dans l’armée, et que l’on croyait que M. d'Harcourt et M. de Bordeaux voulaient attaquer les îles; mais que les chefs avaient témoigné qu’ils n’y entendraient pas (de quoi j’ai cru vous devoir avertir), abn (pie M. de Bordeaux se trouvât abandonné et empêché par les contradictions.
J’ai écrit partout votre retour à Cannes après des grands butins, amas de blé, prisonniers et autres ; et que l'armée avait justement fait ce qui lui avait été possible, déchargé son courroux sur la Sardaigne; (pie l’Espagnol était entré sur le Parmesan, pris , et porté plus de dommage à l'Espagnol qu’il ne nous en fera par les lies en cent ans, et que vous n’avez garde , avec le nombre de gens que vous aviez , de prétendre de vous établir là, et que vous avez bien de meilleurs desseins.
314 U\TIE 11. — CIIAP. III.
C’est aussi ainsi que M. le cardinal Biechi et toute sa suite, véritablement amie, en a parlé ici. Mais le susdit seigneur m'a assuré qu’il n’y 3 pas union ni intelligence; c’est avec tant de respect et de passion que Sabrai! honore monsieur de Boi'deaux , qu’il aurait cru fallir de lui celer rien.
4’otre très-humble et obéissant serviteur.
Sabrais.
A M. L’ARCHEVÈQCK DF. BOKDEAU.X.
Monsiecr ,
Je n’ai point été honoré de la faveur de votre souvenir depuis votre départ de Provence eu Sardaigne, ce que je vous dis afin que si vous m’avez écrit vous puissiez savoir que je ne les ai pas roeues. Le capitaine Labarre vous va revoir; il m’a dit qu'il a dit adieu, et il croit, s’il est vrai que vous alliez attaquer les îles, y devoir être utile, et que poumi qu’il puisse vivre en servant, il ne désire que cela. Il avait porté, et deux auti'es sans lui, les abolitions à Livourne; il vous dira ipi’elles font ipielipie opération bien lente, car on veille les mariniers, et il vous dira que cinq qui s’en allaient de Livourne à Pise ont été arrêtés cl couraient péril des galères; ce que j’ai fait entendre ici à celui qui fut autrefois envoyé vers vous par Gènes, qui a grande correspondance vers le grand-duc, et que s’il ne les sauvait, ils périclitaient.
Le prince de Monaco a dépêché ici et de là ailleurs, ipie l’on va attaquer les îles, c’csl-à-dirc que les galères et vaisseaux se hâteront du grand-duché, de Naples et de Sicile. Je vous écrivis que M. Bicchi m’avait dit que ce dessein était su, et qu’il avait reconnu grande aversion des capitaines et peu d'union , chacun s’essayant plus d’exagérer les raisons des événements bons ou mauvais que de se laisser aller sans curiosité à ce qui se doit résoudre et savoir par peu de tètes. Je crois vous le devoir écrire , vous honorant comme je le fais.
Le duc de Parme a relâché enfin Sabionette, et en a écrit à Sabran ; mais s’il a touché, comme il écrit, les frais qu'il a faits à la garder, il a
mieux poumi à sa satisfaction particulière <pi’à celle de ses voisins et à leur sécurité, encore tpi’il prétexte d’avoir remis la place pour la princesse de Stilliano ès mains d’un Italien. Il proteste plus que jamais de sa passion vers le roi et la France; et que sa disf^ràce rayant mis hors de tout moyen de servir le roi en cette conjoncture par l’extrémité où il était rétiuit, il n’avait point d’autre moyen de se mettre en étal pour le servir en un autre que par un traité dans lequel, si on a réservé qu’il ne servirait le roi à ce coup, aussi-bien ne le pouvait-il, et le poiuT-a comme il le désire en un autre.
Don Francisco de Melos et le chancelier de Milan partent enlin le ‘2'2 pour Cologne et leurs gens sont partis; je crois que' ceux du roi et de l’empereur sont à cette heure en campagne, puistjue tous passeports réformés sont venus.
L’on se donne une grande créance que l’on fera encore la paix; et >eut-on qu’il y ait quelque traité de trêve moyenne avec industrie entre M. le cardinal Olivarès? Cela est fort à deviner. Les gens qui voient clair croient que l’empereur étant mort , l’espoir de se prévaloir de mécontentement de Monsieur et de M. le comte Otés, le nouveau roi souhaitera fort se soulager par une paix , qiioitpi’oii la juge bien diflicile. Je ne sais si je vous ai écrit que les ennemis avaient eu dessein sur Brème par la recherche d’une intelligence avec le gouverneur. M. le duc de Rohan a fait du ravage, et me mande «pt’il est prêt k recevoir les ennemis à son accoutumée. M. d’Émery se rend , a-t-on dit , garant à la cour des succès en Piémont , moyennant le nombre de gens de guerre et moyen d’entretenemeni qu’on lui donne, selon que S. A. de Savoie et lui désirent. C’est où je finis et demeure sans fin ,
Monsieur,
A'otre très-humble et obéissant serviteur,
Sabrak.
Glaei, os >i non 1637.
P. S. L*on m’écrit que M. le comte d'Harcourt est sur le tapis pour Tenir con>mander l'armée d'Italie sous M. lo duc de Saroie en place de M. le duc de Créqoi.