‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 103 sur 171 · PREMIÈRE RELATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE RELATION

DE l’attaque de L’tLE SAINTE-MARGUEBITE.

L’armée navale du roi étant arrivée au Gourgean le 6 mars 1 637 à son retour de Sardaigne , M. de Baume fit rendre dès le lendemain de bon matin les dépêches du roi à M. le comte d’IIarcourt, afin que par icelles il pût être informé des volontés de sa majesté et de moti-

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seigneur le cardinal ; et au même instant M. de Bordeaux alla U-ouver M. le comte à son bord, où ayant rencontré le sieur de Castelan, il se proposa plusieurs diOicultés qui se leiicontraient en ce dessein.

Le lendemain, M. de Bordeaux ayant proposé, en présence de MM. de Baume et de Frémicourt , d’exécuter les commandements du roi et de son éminence en la forme que M. de Nuyei's le prescrivait (qui était à dire d'aller aux lies par surprise de quelque fort, sans s'arreter à tant de précaution qui faisait perdre un grand temps et ruiner le dessein par la longueur qui donnait temps aux ennemis de se pit’parer ) , ce qui ne fut pas jugé à propos ; mais quand ils auraient bien tous les préparatifs qu’on estimait nécessaires poui- donner. Ce qui obligea M. de Bordeaux à faire des eflbrU extraoidinaires jioui' les recouvrer ; ce rpii a été fait si heureusement rpie tout le monde en était content , et de telle sorte que tous ces préparatif ont été prêts et distribués a toute l'armée le sixième jour après qu'ils avaient été demandés, qui était le treizième de mars. Auquel jour on s'assembla à Cannes au logis de M. de Batuue, en présence de tous les principaux ofTiciers de l’armée , où il fiit résolu que l’on donnerait le lendemain par deux attaques , savoir ; l’une par M. le comte d’IIarcourl et M. le comte de Carces avec toutes les troupes qui avaient été emitarquées pour l’arme, et l’autre par M. de Bordeaux et M. de Castelan sans autres soldats <{ue ce qu’ils pourraient tirer des vaisseaux , «pti pouvait aller à cinq ou six cents hommes; et cette résolution fut remise à exécuter le quinzième , auquel jour il se leva des vents de levant si furieux , qu'à peine pouvait-on empêcher les vaisseaux d’aller à la cote, ce qui dura jusqu’au dimanche 22, qu'il commença à permettre aux chaloupes d’aller de leuis vaisseaux à terre.

Des le matin de ce même jour, M. de Bordeaux envoya apprendre des nouvelles de M. le comte d’IIarcourt, et le supplier de commander aux vaisseaux d’aller à leur mouillage, comme il avait été lésolu , pour favoriser les deux attaques , et même d’envoyer les deux fiégates le long de l’ile donner tpielcpies canonnades aux forts et ixx;onnailre la contenance des ennemis.

M. le comte ayant reçu cette lettre et témoigné ne désirer que l’exé-

rution de ce qui avait été résolu, s’en alla à Cannes, d'où il apporta de.s i-ésolutions contraires, revenant le soir pour tenir un nouveau conseil , où MM. de Castrevieille elqiielipies autres assistèrent. En ce conseil on proposa de ne faire (pi’une attaque, et avant qu'ils en vinssent aux opinions, M. de Boixlcaux leui- représenta le tort qu’ils se faisaient de ne pas diviser les forces des ennemis par deux attaques, qui avaient été tant de fois concertées et dont tout le monde demeurait d’aceoixl du succès ; mais toutes ces remontrances ne servirent de rien , puiscpic M. le comte dit tout haut qu'il ne voulait faire qu'une attaque à la pointe de l'ilc Sainte-Marguerite qui s'appelle le Fortin. Le sieur de Castelan refusa d’o|>iner , de peur, à ce qu’il dit , tpi’on ne crût qu’il all'ectionnait diverses attaques pour sa vanité ; quelques autres opinèrent, mais soutinrent la première résolution ; d’autres au contraire.

Pour M. de Bonleanx, il leur déclara tout net et en présence du sieur Guérapin, qu’il n’en pouvait, eu façon de monde, être d’avis, puisepi’il ne jugeait pas que ce fût le service du roi de ne faire qu’une attaque en confusion et au lieu qu’ils marquaient, d’où ib pouvaient être repoussés pour les raisons qu’il leur allégua sur l’heure , auxcpiclles ils ne purent lui en opposer aucune contraire, sinon qu’ils ne voulaient qu’une attaque. Aussi leur dit-il qu’enoorctpi’il souhailftlde tout son cœur que leur dessein réussit, qu’il ne voulait néanmoins prendre aucune parta leur gloire ; mais qu’il les suppliait de se souvenir, s’ils ne réussissaient pas, qne pour le moins ce n’avait été par ton avu, et qu’il ne désirait pas aussi porter sa part du blâme.

M. le comte s’en va coucher à l'amiral pour envoyer dès la nuit l’ordre aux vaisseaux d’aller mouiller, afin qu’on pùt descendre le jour même.

M. de Bordeaux se rend le lendemain 23 à la pointe du jour à l’armée, où il trouva que les vaisseaux ne commencèrent à mettre à la voile qu’à une heure de soleil , de sorte que la matinée du jour s’étant passée sans mouiller, les vaisseaux furent obligés de remettre la partie au lendemain deux heures devant jour , d’autant que le vent de terre qui les pouvait servir commence ordinairement une heure avant le soleil levé et dure une heure après. M. de Bordeaux s’employa tout ce

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