‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 104 sur 171 · PREMIÈRE RELATION. — MARS · texte numérisé non relu

PREMIÈRE RELATION. — MARS

jour-là à voir s'il manijuait encore quelque ciiose aux troupes, qui étaient divisées en six corps compris la marine, soit pour leui's bateaux, suit pour leali|s préparatifs et munitions de bouche et de guen'e, tout leur ayant été ordonné dè»^ 13; et lors tout le monde téraoigiianl être satisfait et de bateaux et de quoi que ce soit qu'ils eussent demandé.

Sur les quatre heures de ce même jour il arrive des allèges de Saint- TroptAUjui portent chacune deux cents hommes, et on en donna encore à tou/^.Odte chacun une, outie leurs bateaux, bien qu'ils n'en eussent pas^ Ixsom si ce n’était pour être plus au large , eux et leurs piépar«ti6.

Le lendemain 24, M. de Boivleaux envoya deux hommes devant jour avertir l’amiral de faire le signal de partance et dire à quelques vaisseaux (pi'ils allassent donc mouiller selon l’ordi-e de M. le comte, celui (ju’on avait résolu dans le conseil ayant été changé.

Ce qu'ayant fait au même instant et s'étant avancés plus qu'.à la portée du mousquet, ils ruinèrent non seulement les parapets des forts qu'ils battaient, mais emportèrent toute une face de mui-aille du fort appelé le Fortin.

Toutes les troupes étant embar<[uécs dès le matin, et tous s'étant acheminés proche l'amiral , pour attendre leurs ordres de ce qu’ils avaient à faire en donnant, ils y furent depuis les deux heui-es .apri-sinidi jus<{ue sur les six et sept du soir , sans en recevoir aucun . «

A laquelle heure M. le comte vint chercherM. de Boixleaux, qui était au bord de Dumé, mouillé à la demi-portée du mousquet du fort dont l’on avait abattu les parapets, pour voir comme tout se passerait , n’ayant plus de part en l’atrairc, où il lui dit <pi'il remettait au lendemain matin l’attaque, attendu cpie tous leurs corps n’étaient pis ensemble, et que les allèges qui portaient une partie de leui-s préparatits ne les avaient pas encore joints , et qu’il serait tout aussi bon le lendemain.

M. de Bordeaux lui lépondit lors, en présence de MM. de Garces, do Castelan et de la plupart des olhciers de l’armée, que, s'il remettait encore une fois la partie an lendemain, qu’il ne ferait jamais rien , et qu’il ne fallait plus rien espérer des îles;

Que le moindre temps dissipenit les plates, les alli^j'es et les autres préparatifs, qui ne pouvaient, en façon du monde, soutenir la lame de la mer tm>t soit peu ëmiie , et (|ue rinfanteric se débandernt ; que , pour la raison qu'ils ap|>ortalent que les allèges n’ètaient pas dans leurs corps, qu'ils n'oiaieiit pas à une portée demousc|uet, là autour; que les piales rpte le chevalier Desroches avait amenées avec ses brifjantins et Iteaucoiip de peine, étaient présentes, que le reste, depuis qaj^vait été eonlié entre les mains des sergents-majors des corps, je n’éri ÔTais pas ouï parler. y

l)n allégua api(-s qu'il était trop lard; à quoi il fut répliqué ^uii devait avoir prévu cela de meilleure heure , puisquVin avait résolu de ne donner qu'à l'entrée de la nuit , pour marque de quoi on avait pris pour signal de mettre des fanaux aux haubans.

Mais toutes ces i-aisons ne purent empêcher la résolution prise de remettre au lendemain.

Au commencement de la nuit, il s'éleva du vent, et une pluie qui lit l'eiFet prévu, jetant des bateil^à la câte et obligeant l’infanterie de s'eu aller dans scs petits bat|^pl% les uns à Cannes, les autres au Gourgean. ^

Toute la' iiuit l&'énnemrs ont réparé les ruines du canon autant qu’ils ont pu, et fait une batterie à Heur-d'eau, qui incommodait extrêmement les vé^jÉKaux : le veut grand les empêchant de pouvoir tirer leurs cai>ons,doiinait jour aux ennemis de leur donner plusieurs coups à l'eau. De sorte (|u'lls ont eu beaucoup de peine de s'élever de la cête. Les deux plates qui étaient mouillées à la portée d'un demi-mousquet des eiuiemis, étant abandonnées de tous les vaisseaux, les hommes qui étaient dedans , après avoir demandé plusieurs fois secours k r.vmiral , enlin envoyèrent dire à M. de Bordeaux qu'ils étaient prêts a se perdre, de la mer et des ennemis, qui leur tiraient incessamment, sans avoir aucune espérance d'être secourus. M. de Bordeaux envoya quérir lesdits brigaiilins, auxquels on promit tout ce qu'ils voudraient s’ils voulaient les aller remorquer; mais ils dirent qu'ils n'iraient pas ponr toiis les biens du momie, qu'en élevant l'amiral de U côte, ils avaient eu des coups de canon à l'eau et des hommes tués; si bien que M. de

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fiordeanx dit à ceux qui ëuient dans leadite» piales, qu’ils tinssent tant qu'iU pourraient, leur promeUant aussi tout oe qu'ils Toudmicnt, mais qu’à l’extrëmité, plutôt qu’aller entre les mains des ennemis, ils les 'bnilanent. Quelque temps après, trois brigantins des ennemis (à ce que lapporleiit ceux qui étaient dans les plates) venant pour les prendre , ils y mirent le feu , et se sauvèrent dans leurs petits bateaux , disant qu'ils avaient eu peine d’ëcha{qier desdits brigantins, lescpels, en Jjfàu |R^noe, avaient coupé les câbles auxdites plates pour les mapKr à la .^tc; mais le feu y étant déjà Ibrt en llamme ils ne les y piili^ltt (aire aller qu'à moitié brôlées, et on elles achevèrent de seooiisuroer aussitôt ent^'e les maiiu des ennemis.

SECONDE RELA'nON

DE L’STTApni UP.S ILES SAntTE-MAEOVEaiTE ET SAINT EOEonAT. 1637.

Le mardi 24 mars, partie de l'anaée iiavalé'du roi ayant mouillé à la portée du demi-mousquet de la pointe de l'ileSainte-Mai'guerite, et tout le long d'icelle, liattirenl ilcpuis cinq heures du matin jusqU'à sept heures du soir les forts des ennemis et leurs letrauclirments; de sorte qu’ils firent brèche au fcift de la pointe appelé le Fortin, cl rasèrent la plupart de leurs retranchements. Les troupes embarquées avec tous leurs préparatifs, prêtes à donner, en furent cmg^i'cs par un vent cl une pluie qui s’éleva si grande que la plupart des petits vaisseaux furent envoyés à la côte en dill'érents lieux , et les préparatifs la plupart perdus. Les vaisseaux, qui passèrent sur l'ancre toute la nuit, eurent grande peine à se lever le malin , et deux grandes plates chargées de fascines, tonneaux , paniers, furent brûlées, laltoule empêchant qu'on ne les pût amener à la côte et étant si près qu’on ne les pouvait conserver sans giunde perte de gens. Les mercredi , jeiuti et vendredi , s’employèrent à ramasser les déLda de la touriucnte , et , le samedi matin , le sieur de Congé fut commandé avec le sieur de Coupauville cl huit autres vaisseaux de retourner aux postes d’où étaient partis les vaisseaux le mardi ; ce qm fut fait par le moyen du sieur Dcsrochcs, avec ses bri-

m UVRE II. — CHAP. ni.

gaDtins, à cause du calme, sans lequel nul vaisseau ii’eAt pu se rendre au poste, quoique le canon et les mousquets lui tuas.<)ent force gens. Et à l'in-stant, les sieurs commandants de Montigny et de Chastelux arrivèrent de la mer, lesquels prirent leurs postes si heureusement, qu'svetrles autres di^ mouillés, ils minèrent en peu de temps ce que les enitemis avaient réparé depuis la première attaque, et même deux batteries que les ennemis avaient faites auprès de la tour.

Sur les quatre heures et demie, tous les corps étant disposés par escadre de bateaux , selon qu'ils devaient former les bataillons, l^rs enfants perdus détachés de leurs corps , dans de petits bateaux légers il l’abri des vaisseaux, qui tiraient des salves de cappnnade comme les meilleurs Espagnols font de mousquetades , au signal qui fut fait de donner , mirent pied à terre avec telle piomptitude que les ennemis n’eurent loisir que de faire leurs premières salves. Dès lors, les mousquets des nôtres furent inutiles, ayaut mis l’épée à lamaqp poursuivre les ennemis l’éptv; dans les reins jusque dans leurs forts. Les régiments de Vaillac et de la Tour y firent tout ce que l'imagination se peut former de mieux. Le comte de Vaillac fut blessé de deux ou trois coups d’épée, et quinze de scs ofliciers, dont avait cinq capitaines en chef, tués ou mis hors de combat.

Les sieurs de Castrcvicille à la tête de son régiment et de Rilly de celui de Roupillon tirent tout ce qui se peut, fieux de Lnrnusson et de Saint-Andi-é^ de même; celui des lies et Vitry ne s’épargnant pas, de sorte que celui cpii commandait celui des lies fut fort blessé et un oapltainc tué; le sieur de Lions, commandant celui de Vitry, tué. L<^ corps de la marine, commandé par les sieurs de Miramont, Guilault, Dumex, Coursan et Sciiantes, a pris pour sa bonne fortune un corps d'Espagnols naturels à combattre, où ils firent voir qu'ils étaient aussi capables de commander l’infanterie que les vaisseaux du roi. Le commandeur de Guitault et le chevalier de Senantes, commandant les enfants perdus , eurent , pour leur partage , deux capitaines espagnols, d’ont l'un s’appelle don Juan Raies , fort estimé parmi eux , lesquels de coups de main demeurèrent sur la place. Les volontaires qui étaient avec M. le comte de Garces furent toujours parmi les

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