K M. DE CHAVIGNY
Du a\ril i(>3;.
Monsieur,
J’avais envoyé à Turin , il y a quatre jours, les avis que j’avais eus de la révolte des Grisons ; et par crainte (pie le sieur Morel , qui passa le lendemain , ne pùt retirer la dépêche <pie je vous faisais, je lui en donnai le duplicata ; à cette heure , je vous donnerai de meilleures nouvelles, (pie le résident de Venise m’écrit de Milan (pe M. de Rohan a trompé la vigilance de ses gardes, s’(st sauvé dans le fort de Ragaz7.o, avec huit cents Suisses qu’il y a introduits; mais on dit (pie le convoi de blé n’y a pu entrer. Cette action n’est pas de petite conséquence, parce que l’on m’a assuré que les Espagnols n’avaient point voulu se mettre en campagne pour les Grisons , p'e^ent en élTet rompu
les premiers avec nous, et olfensé le reü par la oet^ntion de M. le dur de Rohan, leur figurant, comme ils ont fait par-deçà, (||^e sans la personne de M. de Rohan, les armes du roi ne pouvaient fai r^. longue résistance , désirant se dépécher de celle affaire , avant (pie la nécessité les oblige à revenir sur le Milanais. Le prince de Monaco a dépêché ici en diligence une felou(]ue au duc Doria, pour solliciter .des gens et de la poudre, qui manquent aux Iles, n’y ayant que (piator/.c cents hommes, dont six cents sont malades; et sans défense.
Aussitôt l’on a dépéché an grapd-dud'^ur faire avancer ses galères, attendant celles de Naples et de Sicile, et vingt«inq galmns (pie l’on y apprête, mais où il y a grande faute de^narîniers et chiourme, et dont le soldat ne vaut rien. L’on se prom^ (pie celles du grand-duc se mettront en mer, sur l’opinion que nos ^lères n’étant pas vers les iles, les vaisseaux ne leur empêcheront pas.lenrs fonctions, ni de décharger ce (pi’elles porteront, et se retirer toujours à voiles et rames dans Monaco. Je crois, néanmoins, que ce prinixi ne voudra pas exposer a si grand péril^ce don^ il peut avoir besoin pour sa sûreté, .si les escadres des galères d’Espagne ne le joignent , ce (pie j’estime fai-
■.m uvnE II. — cii.\p. m.
sable ilaiis le 15 de ce mois, que celle d’Elspague est atteiulue avec pluie d’un million d’or.
Cependant le duc Doria pn^pare diligemment quatre galères des siennes renforcccs, pour porter des poudres et six cents hommes jusqu’à Monaco, et là prendre son temps pour les aller décharger ès des. .l’cn ai dcpècliè double avis à de l’armée navale, lesquels
ont, à mon avis, fait leur descente dans les Iles, où s’etant couverts, on ne doute plus de la perle des forts; mais ce sera un grand eU’et de notre bonne fortune si le débarejnement n’est fort sanglaul , encore ((u’il semble que ceux de dedans sont si fort désespérés qu’ils ne sont guère animés à cette défense.
Vous aurer. su , monsieur, comme un de nos brûlots consuma , en deux heures , le grand vaisseau de Gentile entre les deux des. Le sieur Gentilc s'en est sauvé avec une vingtaine seulement ; tout le reste jr est péri. Il y avait en marchandise, blé ou biscuit que l’on devait apporter à Gènes aux galères Doria, quatre-vingt mille écus vaillant; Gentile n’a perdu que le blé , ayant refusé à Naples d’aller aux îles que le viceroi ne lui eût fait assurer son vaisseau, où il y avait quarante-sept pièces de canon. I.a crainte est incroyable de nos brûlots, dont j'ai assuré partout (pie nous en avons douze en état , et l'artibce en est admiré.
M. de IVoyers apprend à M. de Bordeaux toute la joie qu'a causée à la cour la nouvelle de l’attaque des îles, et l’engage à en presser vivement le sie'ge.
LETTRE DE M. DE NOYERS
À M. L’AaCUEV&(}VE DE BOBDEAUX.
De Rqeî« le 5 errü >€37.
Monsieur ,
Si la nouvelle (pie M. le premier président d’Aix a envoyée à la cour de la descente dans les Iles y a tant apporté de joie que je ne U vous
LETTRE DE M. ÏME NOYERS. — AVRIL 1C37. 3:t.5
puis (écrire, <jue sera-cc lorscpie Dieu vous doiiiici-a moyen «l'en niamler la prise! Certainement, vous ne {wnrre?. jamais rencontrer occasion qui vous acquière et plus de gloire et plus de réputation que cellc-lk; cir l’on voit bien d’ici quelle part vous y aiu-ez eue et condrieu vous y aurez ixrntribué en toutes manièies. Le roi et son éniinencc «k-Tivciit à M. le maréclial de Vitry en termes si forts que je ne puis douter qu'il ne vous assiste et jusqnea il donner son coeur, après les invitations puissantes qui lui en sont faites. Toute la France, qui est en cause en cette affaire, demandera justice decenz qui n'y auront serai et travaillé selon leur devoir.
Je vous envoie un certificat signé du sieur Le Pirard de la somme de f280,000 livres que voies devez avoir à cette hcui-c et assurance de 320,000 livres pour la fin de ce mois.’ Oiiti c cela , je vous envoie une lettre du sieur Julianet aux sieurs piocnrenrs du pays pour faire compter les six vingt mille livres restant des quatre cents. Cela s'exécutant , j’estime qu'il aura été abondannneiit satisfaft’^u mémoire que voais m'avez envoyé pour la subsistance des vaisseaux et autres dépenses de l'armée navale jusques b la fin de septembre. Pour les ordres et instractions du retour de l'escadie qui revient en ponant , M. tic Cbavi^y y a travaillé èt vous les enverra.
Nous avons été bien étonnés d’apprendre le peu de devoir et d'assistance que rendent en ces occasions MM. vos intendaiiLs de la justice en Provence. Son éminence leur en mande «es sentiments , et je n’omet^ rien de ce que je dois leur écrire sur ce sujet. Vous aiirea encore de nos nonvellea aVar.t de peètir de Provence, et' nous Moheroiis de faire en sorte qu’ilné vous matique rien^ ce tpii’dépendM des soins,'
Monsieur, ^ d ■ q*'
' De votre très-humble et Irès-allèctiouné servitem-.
Dp. Noyeps.
M. de Sabran félicite M. de Bordeaux sur la ditscente des troupes françaises aux îles, et donne de nouveaux détails sur les armements des Espagnols.