LIVRE II
CIIAP. UI.
A N. l'archevêque DE BORDEAUX.
Monsieur ,
D« C^oe» » ce 5 at ni ■
J 'ai re^u hier la faveur de la voire du dernier de mars , avec la rela^ tioii dcv« heureux succès en la descente et attaque des îles. Chacun est dans rélonnemcnt (pie vous en soyex cpiitte à si bon marché» car on s^Aissurait <pi*ii gagner seulement les retranchements et fortilicalions qui étaient à bord de mer^ vous pci*driez plus de la moitié do votre armée ; je me réjouis avec vous , monsieur, que le tout succède si heureusement et avec tant de gloire à M. le comte d'Hnrcoiirt, de vous, et enfin de tous. J’ai envoyé à Livourne, Milan , Mantoue, Venise et Parme, copie de cette relation, dont il en est venu ici en même temps iiiiü en italien qui ne dit rien de la vôtre. L’on est ravi (pie MM. de Manty et de Poiucy sc soient mis enti'e les îles, et les aient canonnées de (^tte furie, chacun disant cpie M. de Manty croit d’êtiT dans une citadelle, et (jueses<sinons portent plus loin (pie ceux des lies; et l'on dit (jue l’amli'al a tiré en un jour ou deux onxc cents coups de (*anon , ei (jiic chacun des vaisseaux et les hommes de commandement et commandés ont si généralement bien fait qu’il y a peine de discerner selon «a portée (pii a fait le mieux. Je ne flatte point , j'ai coutume de dire la vérité. M. de Beaufort pourra assurer en se présentant (pie si l'ennemi eût pu il eiH ôté les yeux poiu* ne pouvoir être témoin ocu> laire, puisqu'ils y visaient en le blessant de si près. J'en ai aussi envoyé (*opie à M. le duc do Rohan.
Je vous ai écrit deux fois la semaine passée que le prince de Monaco avait député ici, et de là à Florence et Naples, pour avoir des poudres et l'enforts , et que ipiatre galères de Doria piTparaient pour porter des )X)udres et six cents hommes (pi'elles trouveraient à Final , et qu'on HoUicitail les galères de Naplc^s cl celles du grand<duc de s'avancer.
A t'eue heure, je vous dirai que les galères de Doria n'étant pas bien pressées, l'on chargera des poudres sui* un briganlin et galiote puis-
LETTRE DE M. DE SABRAN. — AATllL 1037. 337
tamment amx's d'hommes et de rames, afin qu’avee moins d’éclat et plus de promptitude, le tout pùl débarquer à Sainte-Marguerite et à Sainl-llonorat; mais on a écrit de Monaco que la chose a été tentée sans réussir, et aucuns croient qu’ils ne s’en sont guère approchés.
Depuis, une galère Doria bien renibreéeet légère est allée à Monaco pour essajer de faire mieux , et s’il était possible d’avoir un peu de valeurs ou quelque autre chose à Villefranche. On pourrait faire un bon coup, ou en toute façon empêcher ce secours.
Je ne vois pas tpie le grand-<luc se presse pour ses galères, et de Naples et de Sicile , je ne découvre pas cpie quoi tpie l’on presse rien soit eu état, mais si quelque chose arrive , ce sera tout à coup, et avec tous galères et vaisseaux qui mancpent surtout de mariniei's. Et j’ai vers Naples qui me doit avertir et vers Livourne. L’on .m’assure qu’ils n’ont pas de quoi tirer de Final des soldats tpii vaillent; et tantôt ils disent tpi’on les tire de Milanaise! tantôt de Naples; que l’on croit en avoir eu de tout prêts et les avoir envoyés en Sardaigne, où n’y en ayant pas besoin , quatre ou six galères les avaient portés à Sainte- Marguerite; mais l’on n’a <lu tout rien découvert de tout cela.
Monsieur,
Votre très-humble et obéissant serviteur,
, Sabxan.
Dans lc.s dépêches suivantes, le roi, M. le cardinal de Richelieu et M. de Novers félicitent M. de Bordeaux sur la descente des îles, et lui donnent des instructions ultérieures.
LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU
A M. L’ARCHEVÊgCe DE BORDEACX, TOUCHANT LA DESCENTE DES TROUPES DANS L'ILE SAINTE-MARGUERITE.
Monsieur ,
f)e Ru«l , le 5 avril i63'.
Le bruit s’étant répandu de deçà que les troupes du roi sont heuleusement descendues dans l’ile Sainte-Marguerite, etqu’elles y ont eu
(l'aboi'd des avautages assez considérables , je n’ai pu diflérei' plus loitgtemps à vous témoigner la joie cpie je ressens d'un si favorable commencement, espérant de la continuation de vos soins, de votre prudence et de votre conduite , que la lin n'en sera pas moins glorieuse aux armes de sa majesté. C'est à quoi je vous conjure de n’oublier rien de ce qui se pourra humainement , et de surmonter pour cela toutes sortes de dillicultés ; vous assurant rpie je ferai valoir de telle sorte les services que vous rendrez au roi en cette occasion , que vous n'aurez pas lien de douter de mon alfection envers vous , qui seia toujours telle que vous la pouvez désirer.
J'ai appris confiLséraent la résolution et le courage avec lequel plusieurs personnes se sont portées en cette occasion pour le service du roi, dont on ne saurait assez les louer. Si j’en savais particulièrement les noms, je leur témoignerais le gré que sa majesté et ses plus confidents serviteurs leur en savent. Je remets cela après avoir vu la relation que vous twus enverrez de tout ce qui se fera en cette occasion. Cependant vous leur pourrez dire que le roi ne perdra pas la mémoire de leurs services.
J'écris à M. le maréchal de Vitry , premier président d'Aix et de Lançon , de contribuer en tout ce qui dépendra d'eux pour vous secourir de toutes les choses dont vous aurez besoin pour faire réu.ssir votre entreprise : je ne crois pas qu’ils y manquent.
1.C Picard a envoyé depuis trois semaines deux cent quatre-vingt mille livres en Provence, et promet d’y envoyer encore, entre ici et la lin du présent mois, trois cent vingt mille livres , ainsi que vous saurez plus particulièrement par la dépêche de M. de Noyers , à laquelle me remettant pour cela et pour le reste des alTaircs, je finirai cette lettre en vous priant de croii-c que je suis ,
Monsieur,
Votre très-alfectionné confrère à vous rendre service ,
Le Cardinal de Richeliev.
P. S. Ce genirihonime s’eu va de la part du ra pour faire eiécotcr toutes le» idiosr» que vous détirerer pour ton verviec en roecation présente.
Digitizéd by COS^Ie
* H. L'ARCHEVÊgUE DE EORDEAUX.
Dr Saint-Grrmaiil'en-LaTt, le S irril lES^.
Mous, l’archer^qae de Bordeaux , la nouvelle que voua avez donnée du brûlenient d’un grand vaisseau des ennemis chargé de munitions pour les des, et du beau temps qui se préparait avec toutes choses pour 1rs attaquer, avait cofnmeucé de me donner beaucoup de boime espérance du succès, et depuis, quelques avis qui sont venus de là par des letties particulières ayant assuré de votie descente faite heureusement, j’ai voulu vous dépêcher ce courrier exprès pour vous témoigner par avance l’exlrémc joie f|ue j’en ai, en atteixlant que l’on puisse savoir les purlicularités de votre part, pour lesquelles il est vrai que j’ai de l’impatience. Avec cela, j’ai cru à propos de mander, comme je fais trèsexpressément à mon cousin le maréchal de Vitry, qu’il vous assiste d’hommes, de vivres et de munitions de guerre, et porticulièi'cmcnt de ces derniers, pour ce que tous pourrez en avoir le jdus besoin. Je m’assure qu’il y satisfera suivant mes ordres et selon l’importance de l’aifaire, et que chacun se comportera avec toute sorte de zèle et valeur en une occasion si honorable et glorieuse pour mes armées. Quant à vous , je ne désire pas m’arrêter à vous exhorter de presser vivement les ennemis et d’achever votre dessein avec tant de chaleur, qu’ils n’aient pas loisir de se reconnaître ni d’attendre un secours, parce que je crois très-certainement (pte vous y ferez tout cc que je puis souhaiter de votre générosité , prudence et alFection à mon service ; mais je veux bien vous dire que le service que vous m’y rendrez me touchera plus au coeur, et demeurera plus avant dans mon souvenir, qu’aucun qne TOUS me puissiez feire. Et sur ce , je prie Dieu vous avoir, monsieur l’archevêque de Bordeaux, en sa sainte garde.
U)UIS. ' SviLET.
;mo
LETTRE DE M. DE NOYERS A M. l'akchev&qve de bordeaux.
De Ruel , et 6 arril 1627.
Mo.nsieur ,
Que Dieu vous IxTiisse tous et mette le comble à la gloire que vous méritez, d’avoir rétabli riiomicuret la i-épnlatjôii des armes du roi et de votre pittric! Comme je iiv puis vous représenter assez edicaccmenl le récit qu'a fait au roi et à son éminence de votie conduite , valeur et vigilance, le sieur de Frémicourl, aus.si ne saurais-je vous écrire l’estime , l'honneur et la réputation que cela a adjoint à celle qui vous était déj.à acqui.se. Le roi et son éminence vous le témoignant par la même lettre , je n’y ajouterai rien par celle.«i , et vous remercierai setdement de la faveur qu’il vous a plu me faire du butin de Sardaigne, et de celle que son éminence ensuite m’a faite de la moitié de celui des îles que vous lui aviez envoyé. Ia; roi dépêche AL d’Ozinville, l'un de scs onlinaires, pai HlcIà , alin d’êti-e témoin du devoir et de l'assistance ell’ective qu’un chacun vous donnera dans la perfection de cette gloi'ieuse entreprise. L’on estime qu’il la faut achever chaudement , comme elle a été commencée , et. nous faisons par-der;'i ce qui se peut pour qu’il ne vous manque rien. A’ous auivuL présentement les deux cent quatre-vingt mille livides du sieur Le Picart, et dans tout le mois trois cent vingt-deux mille livres, tant ivwtantdes six cent mille livres qu’ils vous doivent avancer (les six cent mille livres des procureurs du pays), tant des neuf mille livres d’une lettre de change q>i’a M. Giiérapin ; le secours d’Aix , les poudres de guerre qui vont selon vos ordres aux villes comme vous les avez demandés ; mais il faut donner à M. le général de quoi mettre trois galciTs en mer, car sans cela celles des ennemis vous incommoderaient. Enfin , monsieur, vous devez êtiT assuré que nous n’omettons rien pardeçà de ce qui est en la pui.s.sance humaine, pour ne vous pas manquer en une all'aire que vous avez si heureusement et si généreusement commencée ; espérant que Dieu, qui a toujours favorisé les actions du roi ,
donnera sa b^ikliction à cclle-ci , et tous couronnant tous de gloire comblera de joie le cœur de celui qui sera toujours ,
Monsieur ,
Votre très-humble et très-alFectionné servileiu'.
De Noyeks.
M. de Bordeaux fait.part à M. le cardinal de Richelieu des entraves qui arrêtent le bon succès de la descente des troupes dans les lies.