EXÉCUTION
DF. LV CAPITUt-ATION DF. SAtNTE-MABOliEBlTE.
Ensuite de la capitulation faite le mardi douzième de mai , les bait{Hes et \ivres, tant pour l’infanterie que pour la cavalerie, étant prépices et amenées à l’ile, les assiégés ont commencé à faire embarquer leurs bagages , les chevaux et les deux piiees de canon qu’on leur a pci-niis d'emmener , puis ils se sont erabaripés au nombre de six cents combattants , deux cent dix blessés , cinquante cavaliers et Icui-s valets, et cinquante canonniers, cbtrurgiens et auti-es ofliciei-s de ta place, sans compter les femmes, valets et autres canaillescpi suivaient ces éepipages (sans lesquels ils ont laissé dix-huit pièces d'artillerie des forts, trentedeux barils de poiMÜ'e pour chaque pièce , du biscuit environ {X>ur trois semaines , trois pieds d'eau lians la citerne qui en a quinze en carré , assez d'outils pour travailler, etipclqiicpcud'autrcscoifliuudités), force olliriers tant espagnols que naptiitains, entre lesquels le gouverneur, iMunmé Miguel Peyi-ès, Sarde, n’était pas des moins estimés; le Migneur Creape de Gayette, sergent-major commandant après lui , et seigneur don Francisco Aivarès, commandant la cavalerie, étaient les principaux uDiciers. Il est sorti vingt-cinq chevaux, lu surplus de septantecinq ayant été tué à la descente et aux diverses sorties qu'ils ont faites. Leui's grandes incommodités consistaient en trois choses piucipalement :
La première, aU ravage que faisait le canon dans la place, n’y ayant plus ni logements ni tour où seulement on pùt habiter , auprès des<pcls il fût possible de demem'er; tant de ruines incommodaient, sans pirler de la brèche qui était presque eu état qu’on y pouvait aller, n’y ayant plus qu’un peu de terre ipi empêchait , laquelle en cinquante volées de canon eût été tout élxvulée. Cette brèche était aussi étendue que la face du bastion , qui éUiitdc trente ou treiite-ciiui toises; et de quatre canons qu'ils avaient sur ce bastion , tiois étaient démontés , de sorte qu’on ne put jamais eu raccommoder les all'ûts , et le quatrième embouché.
:î7'< livre 11. — ClIAP. IV.
Leur seconde incommodiu^ que les deux disers logemcnU qui él.iient à ciiujuaiitc pas des contrescarpes de chaque côl<?, et les deux halleries cpi en l■taieIll à quelque cent pas , les incommodaient de telle >orle que ce qui échappait du canon et des ruines qu'il causait était souvent attrapé des balles de mousqnet qui tombaient en la place d'anucs. '
La troisième incommodité, l'eau de la fontaine leur ayant été dtée , il ne s’en restait (pi'uti petit trou dans le rocher du cété de la mer, d'où ils tiraient un peu d’eau saumâtre, laquelle ne se (lonvait boire (|u’avcc de grandes incommodités et (pi’aulant cpi’on y mettaitduvinai- ;;re dedans, et environ trois pieds d’eau dam leur ciferne, qui était si troublée par le canon qu’il semblait que ce fût de l’encre.
Je ne parle point des incommodités des vivres , les soldats ne mangeant plu's qu’un peu de biscuit, et ne buvant (pie de cette méchante eau; non plus.que du logement , n’y ayant plus de couverts qui pussent être habités, les soldats étant toujours sous les armes, à, cause des diverses attaqueset desapprO(diesd’i(M.lle; mats Je vous dirai une chose assez reçaar<[uable , (jui est (jue depuis deux ans tpie oes troupes sont en garnison dans rUc, où ils ont perdu, p.tr Icurprôpre confession, plus de tiois oents hommes par les extrêmes incommodités qu’ils ont reçues, tant des vivres eptedu coucher, n’ayaiil jiointde couvert pour les soldats , c’eat (]ue toute l'abondance d’Es[>agne, ni toutes les Hottes des Indes, ne leor ont an produire cpi'une seide mraitrc en deux ans; et avec cela les ofliciers et soldats n’ont p-is laissi" de faire tous leurs elforl.s pour empêcher que les Iles , qu'ils pillaient , joyaux inconnus de la France , ne leur fussent ravies. Comme le principal est déjà passé dans l'armée du roi , on espère que le reste suivra avant cpi’il soit peu de temps.
Cotte dépêche de M. de Bordeaux offre une sorte de joiirriiil de l’attaque et de la prise de l'ile Saint-Honorat.