LETTRE DE M. DHALUIN. — JUIN
sur l’avis très-certain qu’il a que les ennemis doivent tenter d’entrer en celle province au 15 de ce mois préoisëmenl, par mer el pr Icrre; mais comme je suis Irès-mauvais homme de mer et très-m.'il informé de l’état où vous êtes maintenant , j'attends de vous les ordres de ce que je vous dois préprer instamment, non ps toutefois que vous puissiez facilement approcher de nos entes, vu que nous n’avons point de lieu assuré, et que le fort d’Agde n’est ps en état de vous recevoir. Je crois que si les galères avaient ce commandement aussi bien cpie les vaisseaux , elles pourraient demeurer en sûreté audit fort ; néanmoins il nous sera toujours tiès-utile que les ennemis sachent que vous êtes en mer, et que s’ils n’y viennent extrêmement forts, ils n’y trouveront ps leur compte. Je vous supplie üès-hurablement de me faire savoir prticulièrement de vos nouvelles, et ce que nous pourrons attendre de votre secours, et en quoi je vous pourrai rendie le trèshumble service que vous doit,
Monsieur ,
Votre très-humble et très-aflcctionné serviteur,
SciioMDEac.
De MoBt|«Ui«rs ce 3 juio iGS^.
M. de Sabran donne connaissance à M. de Bordeaux du combat naval soutenu par les Hollandais contre les Espagnols, et continue de lui communiquer plusieurs renseignements sur les affaires d'Italie.
AM. L'ARCHE vêQDE DE lORDEADX.
Monsieur,
Je n’ai point voulu mettre de nouvelles à mon antre lettre, qui est toute sur vos commissions, et pr celle-ci je ne vous en donnerai guère, sinon du grand combat que vous aurez appris des galères d’Espgne et de leurs vingtrquatre vaisseaux remorqués, contre dix vais- I. 5i
i02 LIVRE II. — CILVP. IV.
seaux hollandais. Ils étaient tous nolisés, chargés de grains et de marchandises et assurés des Génois , sur les<{uels toute la perle tomlie ; et encore la ruine de leur liberté, qu’ils n’ont pu donner assurée en leur dite et, s’il faut dire, dans leur mer et pour leurs propres intérêts, les travaillait fort.
Force conseils se sont tenus , et un ambassadeur envoie d’ici vei-> leur armée : il y a quarante mille cliarges de blé et force marchandises, où un seul des Spinola est intéressé de cinquante mille. Le blé appirticnt presque tout au magistrat public de rabondance, et je ne crois pas que l'Espagnol rende rien; mais le besoin qu’il a de toutes pièces l’obligera à promettre en papier le dégrèvement pour l'avenir. Toute cette seigncmrie est fort émue ; je ne sais quelle résolution on y prendra. Ceux qui sont assez mal satisfaits des poudres de Gènes, disent que cette poudre de Gènes a servi à l'Espagne pour (*l ell’et , puisfpt’elic n'ciitra pas en Sainte-Marguerite.
La seigneurie m’a fait répondre, sur le sujet de la felouque dont vous demandez l'estitution, qu’elle a été relâchée et renvoyée au même lieu d’Oneille où elle fut prise, sitôt que l’on eut avis de l’accident; et que i|uanl ù c'elui de Son-Remo, ils ont donné ordre à la rote criminelle de le juger, et qu’ils me priaient de faire solliciter à ladite rote, pur le conseil, le jugement. J’ai dit que je le ferais, mais qu’ils ne crussent pas être à couvert de rendre justice, en disant que ce corps souverain laisse les jugements criminels à la rote , car cette action était de crime d’état , et que je n’avais à solliciter le châtiment que vers le souverain.
Les Espagnols se prédirent pour entrer dans le Piémont; la lenteur de nos troupes leur en donne le loisir. MM. de Créquy et de Rohan y sont attendus en grande dévotion. Dieu veuille que tout y roussisse mieux que ci-devant.
On avait cru que c’était M. de Manty tpie l’ennemi combattait , et si une escadre de nos vaisseaux, seulement de douze, pouvait être vei-s Aiitibes en bon état, l'ennemi ne se promènerait guère près de là ; ce qu’ils feront pendant qu’ils verront, comme ils pitblient, que nos (pilères sont tout-â-lait retirées cl nos vaisseaux aussi , et que vous
allez en cour , <loiit ils tirent des coiistiqueDoes qu’il y avait peu de subsistance pour notre année navale.
Je demeure de tout mon coeur et sans fin ,
Monsieur ,
Votre très-humble et obéissant serviteur,
Sabrak.
De Géoa , ce S juip ^
Dans ce long mémoire, M. de Bordeaux donne à .M. le cardinal de Richelieu les de'tails les plus minutieux sur la position statistique, politique et militaire de la Provence, de .ses côtes et de scs places fortes; il jette un coup d’œil rapide sur l’administration civile et militaire, sur les améliorations qu’on pourrait y apporter, sur le caractère du peuple, ses ressources, ses rapports avec les gens de guerre, son commerce <!t sou indu.strie. Il finit enfin par exposer à M. le cardinal son plan de rélbrme, de fortification, de garnison et défense applicable aux principales positions militaires et maritimes de cette province.
MÉMOIRE DE L’ARCIIEX ÈQLE DE BORDEAUX.
nus PL.ACES, GARMSUNS DE LA PROVESCE , ET CE Qll'lL FAUT FAIRE POOR METTRE LA CATS XH SftRETÉ.
A To«1ob, U 13 juin
Sur le commaiidcmeut qui m'a été fait par son éminence de lui dire ce qui me semble des places et des garnisons de la province , et du nombre qu’il y faudrait pour mettre la côte en sûreté , je commencerai par la qualité des places, la qualité des gens de guerre et leur subsistance , puis je continuerai par le nombre.
Four les places, je prendrai la liberté de dire qu’il y en a cinq dans la province de tiès-grande conséquence, et trente petites qu’il serait à désirer qui ne fussent point; et de toutes celles qui sont,
tant grandes que petites, il n’y en a pas une en état de tenir deux
jours derant une armée qui les voudra attaquer, excepté Sainte-
Marguerite.
Celles de conséquence sont Antibes , avec Notre-Dame-de-la-Garde et le fort du port; les îles de Sainte-Marguerite et Saint-IIonorat avec les tours du Gouijan et du Balaguet , et la eroisette Briganson , qui est à la tête des Iles d’IIyères.
Toulon avec les deux tours qui sont dans la baie, et celle des Ambières.
Pour toutes les antres fortifications, qui consistent en méchantes tours faites depuis peu tout le long de la côte ou dans les îles d’Hyères, elles sont toutes commandées de quelque éminence ou sur des lieux qui n'empéclient en façon du monde les descentes dans les des ou les lieux où elles sont construites pour la garde desquels elles sont faites; et quand l’on est à terre, une tour ne peut pas faire grande résistance ; si bien que celui <pii sera maître de la mer sera maître de toutes ces petites fortifications, qui ne donneront pas pour cela mi grand avantage à ceux qui les auront, car elles ne gardent en façon du monde ni les ports ni les rades des grands vaisseaux , mais seulement des petits trous où des barques ou quelques pirates ou des galères particulières ont accoutumé de se cacher. Si bien <{ue je n’estime pas qu'on doive faire graixlc dépense pour la garde de petites fortifications, puisqu'elles ne portent pas grande commodité à ceux qui les gagnent ni grand dommage à ceux qui les pcixlcnt; mais seulement en faire état contre les pirates et quelques galères particulières, et pour tenir lac<Ste avertie de tout.
Est à noter que si on les veut conserver, il faut faire un fonds pour leur entretien ; car outre les ruines qu’ont fait et font tous les jours les garnisons changeantes , c’est qu’elles ont été fort légèrement faites et fort légèrement reçues; si bien que la plupart tombent, à ce qu’on m’a rapporté.
Entre toutes ces places, il y en a une qui est Saint-Tropez, laquelle consiste en un donjon environné de fossés, qu’on m’a dit n’étie pas mauvais pour coup de main, et une fortification tout autour.
laquelle e>t fort gramle, étant d’une seule muraille de trois pieds d'épais sans aucun rempart que celui que la nature lait eu des endroits; la muraille faite en forme de tenaille qui environne toute l'éminence de la montagne sur laquelle est bftti le donjon. Cette montagne ne commande que fort peu dans une darse qui est à la ville et presque point à la rade qui est it l'entrée du golfe de Grimaud.
Pour revenir aux cinq places de conséquence , je commencerai par Antibes, laquelle est en tel état qu'elle ne peut se garder deux heures devant une armée qui la voudra attaquer, la fortiliaation qui j a été faite à un tiers de la ville étant la moitié commandée et l'autre moitié qui aboutit au port sans aucun rempart ni lieu d'où on puisse tirer ni canon ni mousquet.
Pour l’autre tiers qui est le long du port , c’est une muraille de huit à dix pieds de haut , et de deux pieds d'épaisseur sans liane.
Pour l’autre tiers cpii est depuis le port jusques à la citadelle, il n’y a autre fortiiication que les maisons qui sont bAties sur les ixxthers , dont les fenêtres legardciit sur l’eau. L’on a cru que parce que ce sont des rochers, cpi’on n’en pouvait approcher; mais eu celte mer cela n’est pas considérable, car la plupart du temps , et j’oserais dire plus des deux tiers des jours de l’année, la bonace est telle, que les rochers facilitent plutôt les descentes qu’ils ne les empêchent, parce que les bateaux abordant trouvent les pierres inégales qui senent de. degrés. Ce côté néanmoins n’est à craindre que pour les surprises. Si bien qu’il ne faut espdhersùi-eté pour cette place en l’état qu’elle est, que par le petit carré qui est sur les rochers devant le port, et par le petit réduit qui est dans un des bastions de la ville au plus éminent lieu de toute la fortiiication , et il se reticontre que l’un et l’autre sont en très-mauvais étal. Le premier, à savoir le carré, est parfait, et il n’y manque rien en soi , étant assez bon , mais il n’y a point de fossés, de contrescarpes ni fausse-braie , de sorte que l’on vient au pied sans aucune défense. Il n’y a pas un canon dans la place qui ait alTùt, ni de garnison que trois ou quatre sauvetiers qui gardent leurs nids comme ils peuvent, n’y ayant point de gouverneur; le lits de feu M. de la Barbiiuiis y prétendant et n’en étant pas pourvu, et n’y ayant point de fonds ni état pour
I.'i fjarnisoti ; la fortifiratioii qu’on a commencé du côl^ de la grande terre étant en état de pouroir servir de logement aux ennemis et non de défense à la place, n’élanl qu'un quart de faite.
.Si l'on veut conserver ce petit fort, dontdépeml la sûreté de la ville et dn port ( qui ne vaut rien pour galères ni vaisseaux si on n'y travaille, mais <pie pour dix mille écus on peutéaire bon), il faut de nécessité achever l'ouvrage commencé par M. de Méri ; faire autour de la place un corridor avec son parapet qui forme un fosse à la place ; et si l’on la veut rendre nnprenable, faire aux descentes qu’il y a autour du rocher , de petits parapets pour faire tirer des mousquetaires à couvert; mettre un homme à qui on se lie dans la place avec ceiit hommes et fonds pour leur subsistance , remonter les canons, dont il y a sufiisamment, et y mettre des munitions, que M. de Vitry a toutes tirées.
Pour le lédiiit de la ville , je le voudrai^ aussi achever et le donner k c<!lui qu’on voudrait mettre gouverneur à la ville avec cent hommes de garnison qui auraient soin d’une tourcpii estait port et de tenir dix hommes à chaque porte, avec une garde d’habitants lorsqu’il n'y aurait point de tixtnpe en gafnison dans la province.
Les gros canons qui sont dans la ville , je les mettrais au fort carré pour garder le port, et voudrais que deux eussent ces deux places , un seul étant- trop voisin des étrangers, qui n'oublient pas k sonder les homniéaet.ooniiaUredeurs défauts quand ils ont quelque intérêt, qui est assee commun en cette province.
*'.’Poor Notre-Damc-de-la-Cardc , elle est sur un haut presqufcnacoessible de tous côtés, taut k cause de sa pente que des rochers ijui y sont. Il r a de grands couverts et une citerne ; un fort petit travail rendrait le lieu de fort diflicile accès ; mais il ne commande k rien , si bien tpm eda ne peut servir que pour la sûreté d’Aiitilics, si les ennemis s’en étaient saisis, aliii d’en rendre la reprise plus diOicile; car pour le roi, je n'estime pas qu’il y doive ik ire travailler, mais bien aux deux forts d’Antibes.
Pour les Iles SaiiiIrHonorat et Sainle-Margnerite , j’estime , comme j’ai déjà mandé k votre éminence, qu’il faut raser le fort de Monterey, et laisser le Ragon et lefortin, parce qu’ils commandent aux deux bouts du
frioul ; faiix: (l£s cornes avec une demi-luiic devant la* porte du ^ aiid fort, un travail pour garder la fontaine, et une demi-lune tenaillée poiii garder rérainence du côtédu Gourjan,oiionafait les dernières baUerie.s; parce que, de ce côté-là, il y a une éminence qui couvre un rideau on l'on peut du premier jour loger dix mille hommes à la demi-portée du mousquet de la place, à couvert de tout. Et d’autant que ocs dehors m* seraient jms commandés de la place si elle demeurait en l’état qu’elle est, j’estime qu’il faut hausser toute la fortiücation de six pieds, ce qui sera facile de la vidange des fossés, où on ti-ouvcra pierres et terres; ce que j’estime que les ennemis voulaient faire, n’y ayant point de cordon à la place. Et la place , en l’état «pie je la dis , «{uatre cents hommes effectifs sont suflisants pour la garde ordinaire, et six mille pour un siège.
Pour Saint-Honorat-, j’estime qu’il faudrait non-seulement nbatti-c les petits forts qui sont autour de l'ile , mais aussi toute la fortification faite , excepté la tour, devant la porte de laquelle je voudrais faire un petit travail. Les raisons démon opinion sont trois principales : la première, que la fortification en l’état qu'elle est n’est pas soutenable, les deux ciités de la tour qui regardent la mer du côté du sud n’ayant de fortification, et on en peut approcher par un calme aytxi gal«';rcs et petits bateaux, et tout le reste de la fortification est imparfait, étant basse et de teri-e seulement avec fort peu de talus , si bien qu’il est difficile de se hausser.
La seconde raison , c’est «jue n’ayant que la tour avec un travail devant la porte, il faut du «xmon pour l’avoir, et il est malaisé d'en mettre en batterie Sainte-Marguerite étant contraii'e, qui domine absolument ladite ile.
La troisième raison est que oes lies sont inutiles s’il n’y a mouillage auprès ; or est-il qu’à Saint-Honorat, il n’y est que dans le frioul , qui est dominé de Sainte-Marguerite et autour de laquelle il y a mouillage partout aussi bien que dans le frioul ; et par ce moyen il ne faudrait que cent hommes de garnison dans ladite tour, au lieu qu’il en faut, dans l’état qu’elle est, plus «pi’à Sainte-Marguerite , la place étant de plus grande garde et de plus facile surprise.
Pour les trois tours qui sont sotour de la baie du Gourjan, la preiViière qui est du côté d'Antibes, qui se nomme la tour du Galion, est pres({a’iniitile, ne commaiidant en façon du monde à la rade; mais se|tlement à un petit abri on quelques banpies ou deux ou trois galères se peuvent mettre à couvert du vent d’est qui règne fort en cette mer.
La seconde, qui est celle de la Croix, est absolument nécessaire, tant pour le secours des iles si elles étaient' Sttaquées , que parce que le port de Sainte-Marguerite, on peuvent tenir les vaisseaux , est aussi bien sous le canon île la tour de la Croix que de celui de Sainte-Marguerite.
Mais je ne serais pas d’avis de garder la grande fortification qu’on a commencée autour; car, oub$ qu’il faudrait cinq ou six cents hommes pour la garder si elle était parfaite , c’est qu’il faut cinquante mille écus pour la mettre en état ; et la tour seule, avec un médiocre travail proportionné à une garde de cinquante hommes qui dépendraient de relui qui serait dans Sainlc-Mai^uerile, ferait le même elfet. La raison de la dépendance est que l’un et l’autre se secourraient , rien n’en pouvant empêcher la communication , tant qu’elles seront sons même chef. *
Pour celle du Théoule , j’estime qu’elle doit aussi être entre les mains de celui qui sera dans les iles, parce que c’est le seul port assuré qui est dans tonte cette baie. ‘
Il faut vingt on trente hommes de garnison, avec cette assurance que l’on la prendra toutes fuis et quantes que dix vaisseaux la voudront Kalire, car on peut mouiller au pied, ou que l’on mette deux canons à terre, ladite tour étant commandée, ce qui n'est pas à celle de la Croix , ni pour le mouillage ni pour le commandement; mais elle est utile pour tenir en sAreté des vaisseaux et des galères qui seraient contraints par un mauvais temps de lever l’ancre do frioul; or, en ce cas, il serait malaisé d’attaquer la tour et eux de leur faire mal.
La seconde place de conséquence , c'est Briganson , qui est un rocJier séparé de la grande terre d’environ cent toisés , la mer passant tout autour, mais du cété de la grande terre il n’y a qu’environ deux ou trois pieds d'eau. La place est irrégulière , n'étant qu’un rocher revêtu ou cscarj>é tout autour par diverses fausses-baies les unes sur les autres,
!taiis flancs , hoimis à la léle, «Ail y en^a cjttelqne.|)eu. Elle )ieiit être battue de la grande terre; itiais ct^me il y, a de la terre dedans et des revers de rocher qui ne sont p.vs vus. Je irestime pas que cela pùt obliger des gens de guerre à se rendre. On ne saurait empêcher le secours; il y a bonne eau dedans et un petit môle où qiiehp^ galères et infinies barques peuvent tenir. La place vaut beaucoup mieux que ^b>rgues pour les ennemis , car étant maître de cette place , on le sera facilement «le toutes les Iles d'Ilyères.
Eu l’état qu’est la place elle ne vaut rien , y ayant un pan de muraille «lu ei')té de la gran«le terre tombé , tous les etmons démontés , et un g«>uvenicur «jui n’a rc<^ii aucun appointement pour lui ni ses gens «lepiiis «lix ans , si bien qu’il ne vit «pie de «piel«jucs pilleries qu’il fait sur la mer et sur son port.
Uepuis quelque temps, siu- les arisqne j’ai fait donner à M. de Vitry, il y a fait mettre cjuinze ou vingt hommes de La Tour ou des galères.
Il faut pour œtte place «l«uix mille écus pour l’i'tter du péril imminent où elle est, et quatre mille pour la mettre en perfection , la garde oïdlnalre de cinquante hommes cITectlfs , et de cent hommes même en présence des ennemis: c’est la clef des îles.
quatrième place est Toulon , avec les trois tours voisines, dont deux commandent le. port devant la dar.se de Ttmlon , et l’autre est située .sur une granile baie de grande con.sé(piencc tout proche le port «ludit Toulon.
La pr«unière «le ces tours est la plus imyxirlante : c’est une vieille tour où il y a deux batteries l’une sur l’autre , dans laquelle on pourrait mettre ciiicpianle canons en batterie , dont les murailles sont de «lixhuit à vingt pieds d’épaisseur; elle a de diami:tre trente-six toi.ses, il V a «ledans une source pour abreuver tonte une arm«^: , et elle p«mt contenir cin«{ cents hommes de combat; il y a de bon canon dedans, mais il est tout démonté , et milles munitions cpie celles «pii y ont été mises par l’ordre de son éminence depuis «piime jours. Un bon homme de gouverneur cpti n’a pour toute garnison «pte sa femme et sa servante y est, y ayant vingt ans <|u'il n’a reçu un denier, ii ce cpi’il dit. Maintenant il y entre «piatre hommes de Saint-André par onire de M. de I. 5a
V'ilry. La place est de eoiiséqueiicc ; elle commande tout-à-fait au port; mais elle est commaiidc^e par la grande terre. Il y faut pow l’ordinaire trente hommes de garnison, maintenant il en faut bien cinquante, et un homme à qui on se fie, celui qui y est étant un bourgeois nommé Martin, qui y est de pèie en hls.
Vis-à-vis de cette tour, dans le même port de Toulon, on a fait une tour nouvelleextrémement commandée, où il y a deux canons. J’estime qu'il faut bien vingt hommes; mais cpiand elle dépendrait de celui qui est dans la grosse tour, il y faudrait moins de geu.s ; car elles se pourlaient secourir l’une l’autre.
Dans la baie d’auprès où est le port Cifours, il y a une autre tour qui est de plus grande consécpienoe que la dernière, parce qu’il n'y a rien dans toute cette baie que cette tour, laquel'e ne commande pas à la dixième partie de la baie ; mais comme il n’y a défense du monde «pie cette tour, elle semble deconséquence. J’estime qu’il faut vingt hommes pour la garder, mais je la voudrais mettre en la charge de celui qui commanderait ceux du port de Toulon , afin que le corps des trois garnisons pùt s'opposer à celle des trois qui serait attaquée plus puissamment, les trois ne le pouvant être en même temps.
Pour la ville de Toulon, sa fortification consiste en de fort bons bastions bien légulici-s du côté de la grande terre, où il reste seulement à faire deux demi-lunes pour la perfection, afin de couvrir les portes qui ne le sont pas, et d’élargir le fossé pour former les remparts, qui ne sont pas du tout.
Du côté de la mer, il y a une petite jeti'e de pierres perdues sur laquelle on a fait une muraille qui foime la darse. La muraille n’a que neuf pieds d’épaisseur, douze de haut du rez-de-chaussée, et les flancs qu’on y a Ciits avec les embrasures, si mal , «pie le canon ne peut tirer sans étonner la muraille, de sorte «|u’elle est déjà toute crevt^.
Il faudrait, pmr la mettre en état, faire un contre-mur de six pieds, et à tous les angles saillants et rentrants faire un carré sur lequel on fit une batterie do six canons ; et lors le canon allant tout autour de la darse, et fortifiant les deux têtes «pii sont des deux ciités de la passe, il n’y aurait plus rien à craindre du o'ité de la mer.
MÉMOIRE. — JLIN 1637. 411
Le peuple y est fort rude et insolent , pauvre et qui ne peut souli'rir domiiiatiun. Un réduit y seieit bien nécessaire, et je voudrais accommoder les deux côtés de l'entrée de la darse de sorte que quaud les bourfjcois feraient les sétiitieux , ce qui arrive souvent , prenant les armes contre les garnisons, qu'on pôt leur montrer quelques cations de celte entrée. St en ce cas, quatre ou cinq cents hommes ell'ectifs sont plus que suffisants pour la garde ordinaire.
Pour la tour de Bone, je ne l’ai pas vue ; mais l'on m'a rapporté qu’elle est de très-grande consétjuence. Il y a un pan de muraille de (juarantc pieds de face du côté de la mer abattu depuis deux ans sans que personne l’ait voulu faire refaire.
Pour les îles de Marseille, je n’en dis point la consétpience à votre éminence, parce qn’elle le sait mieux que moi, et quand j’aurai l'honneur de la voir je lui en dirai mon avis.
Voilà ce que je sais pour l’état des places ; il reste à parler de la qualité des gens de guerre et de leur subsistance; sur quoi je dirai deux choses principales : la première, que tant cpi'il y aura un régiment 'des gouverneurs dans une province, on doit faire état d’aucun autre, parce tpie étant payé réglement il en donne les places à ses créatures et non à ceux qui sont capables de servir, de sorte que les autres perdent patience de n’être pas payés et de faire toutes les corvées.
La seconde, que toutes fois et qualités on mettra des compagnies dans des petites places où il n'y a pas de gens résidant ordinairement chargés des magasins et des réparations, tout sera toujours à l'abandon. Si bien que je oonclna à mettre des gouverneurs particuliers qui aient assez d'emploi pour ne se pas ennuyer, et assez de gain pour prendre plaisir en ces demeures, qui sont extrêmement rudes ; et surtout, en choisir le moins du pays <p’on pourra , car ils sont légers , intéressés et peu fidèles.
Poiu la subsistance, il la faut prendre dans la province, et obliger les corps principaux , comme le parlement et la chambre des comptes, à la faire donner sans retardement , et le gouverneur à faire tenir le nombre en donnant les deniers revenant-bons à ceux qui en laisse-
roui faire, le fonda le permettant; pour cet effet, de mettre des contrôleurs.
‘ Pour la qualité des personnes à mettre dans les petites places , je voudrais prendre de vieux soldats de fortune qui ont toujours suivi les armées, et en soumettre les uns aux autres en certains endroits, afin que chacmt servit de s«u-vcillant à son compagnon. • .
Vous avez deux ou trois hommes dans le régiment de La Tour, et deux ou trois dans Vaillacqui ne se pourraient payer pour cela. J’écris d'un nommé Fonlène, premier capitaine de La Tour, lequel, pour avoir le soin sur deux ou liois petites places, ne sc pourrait payer. 11 y faudrait envoyer quelques-uns sous lui, choisis des gardes du roi et de son éminence.
Il y a un autre capitaine nommé Source , qui a été nourri page du roi , à (jui un coup de fauconneau a emporté la moitié du visage aux lies, de sorte qu’il fait pein- à voir; mais c’est un des plus vaillants du moixie : les trois loiu-s de Toulon avec quatre-vingts hommes seraient son fait. Il y en a un autie nommé Daguerre , en Vaillac, de cette sorte, et aussi plusieurs autres de ejui on connaît le coeur, qui n'ont autres mai.wns que la guerre , ni auti-es revenus que leurs épées ; et en ce cas il ne faudrait pas plus de deux mille hommes effectifs, y ayant quelques tours que je voudrais laisser à la garde des communautés les plus prochaines.
Poiu- le nombre dans Antibes, quatre cents hommes elFectifs suffmont trop pour qu’il y en ait cent au fort carré et cinquante au réduit, attendant qu'on les ait mis en état; mais je voudrais que les garnisons de ces deux petits forts fussent sur la province en qualité de moitié paie ; la province Grasse et Sainl-Pol les poui-rait entretenir et les quatre cents hommes du corps des troupes qu’ils entretiennent, cpii en un besoin se joindraient au corps.
Il faudrait d’Antibes envoyer vingt hommes à la tour de Galion ; mais le gouverneur d’Antibes y aurait toujours quatre hommes de la garnison pour avoir soin des réparations et munitions.
Saint-llonorat rasé et la Croisette réformée comme j’ai dit ci-dessus.
il ne faudrait pour Sainte-Marguerite, Latour, Saint-Ilonorat , la Croisette et le Tliëoule, <pie six cents hommes pajës de dix montres. Que si on laisse les fortiGcations de Saint-Honorat et celles de la Croisette, il en faut plus de douze cents et centmille ^cu.s de dépenses pour liAtir et fournir les magasins.
Après on va à la tour de Nagal , cpii ne peut faire ni bien ni mal; vingt hommes entretenus par la ville de Fréjus est son fait. Leroux en est gouverneur. ..
La tour de Cavalier. — Il y faudrait mettre nn gouverneur avec vingt hommes, et que Saint-Tropez, qui ne participe point aux charges du pays, l’entretint. •
Briganson. — Cinquante hommes en temps de paix , ccnt en temps de guene, un gouverneur fort assuré , et récompenser celui cpii y est, lequel a réputation de fort homme de bien. Le viguériatde Draguignan sulllt jusques à cette heure pour rcntrclcnir.
La tour du Rapeau. — Vingt hommes, quelques misérables pour les commander, et le vigiiériat d’Hyères pour son entretien.
A Porte-Croz. — Deux autres tours qui sont dans la même île, avec le soin de l’ile de levant et celui de la tour d'amont; deux cents hommes en tout, y comprenant les vingt du Rapeau; Brignoles pour son entretien.
Autour de RIbaudas , petit et grand Langoustin , Porquerolles et la Lecastre , cent cincpiante hommes ou deux cents au plus. Listeron et Tarascon pour son entretien.
Pour la giv)sse tour de Toulon , celle du Balagnier et les Ambiers, quatre-vingts hommes ou cent tout au plus. Le viguériat de Toulon doit entretenir cela. •
Pour Toulon, ijuatre cents hommes avec les habitants, dont on peut tirer deux mille bons hommes; mais il esL comme j’estime, nécessaire de fortifier la darse.
Pai- ce moyen , les communautés particulières entretenant ces petites garnisons, <pii peuvent aller à quelque mille rpurante hdmmes, et un bon régiment qui ferait deux mille hommes , ayant pour leur entretien la paie du régiment que lève la province, tout serait en bon état ;
mais il faudrait disposer la ville d’Arles et le pays, qui ne contribuent pas aux charges du pays, d’entretenir la garnison des lies Sainte-Marguerite et Saint-Honorat, si on la faisait particulière, ou bien une partie de res mille à onze cents hommes.
Cet établissement fait , le parlement et chambre des comptes tenant la main au paiement , et le gouverneur ayant soin de la discipline et du maintien des gens de guerre dans les places , ne donnant plus de logement qu’en payant, tous vivraient en joie et shreté.
Ces deux mille hommes effectifs , avec les mille quarante hommes de morte-paie , seraient payés ainsi qu’il s'ensuit.
Et pour une récapitulation de toutes ces garnisons , mon avis serait le département suivant :