JUILLET
LETTRE DE M. DE NOYERS
A M. L'ARCHBVêQI'E DE BOBDEUX.
Mo.xsieue ,
Sol non ocddal taper iracundiam vestran. Je m’assure que vous praliqucrer ce pi'^cepte, et que vous resterez en Provence tant que la fi<‘ccs«ilé des alTaires et du service du roi le réqnerra , et je m’assure que maintenant , <jue M. Faret sera près de M. le comte d’Harcourt, vous y vivrez avec toute sorte de satisfaction. Ayant fait rapport au roi et !i son éminence de tout ce qu'il vous a plu m’écrire sur le sujet de la place que vous savez, il a été résolu que vous en auriez la conduite tout entière.
L’Intention du roi. est qu’à quelque prix que ce soit, vous vous rendiez maître de la place, soit en y coulant des gens de guerre ou autrement ; en sorte que, quand bien le gouverneur ne le voudrait, vous vous en rendiez maître, ainsi que le verrez par les lettre* du roi.
Je vous envoie l’état pour la garnison des îles, et suis.
Votre très-humble et tri-s-aircctionné serviteur.
D< Cbiillfti, le Jiiiliet 163^.
De Noyers.
LETTRE DE M. D’ÉSIERY
* M. L'AECREvègCB DE BORDEAUX.
11 y a long-temps que je plains tous ceux qui agissent avec aliéction , car leur chaleur ne sert qu'à les rendre garants des événements bien souvent qui ne dépendent pas d'eux; mais, monsieur, il sullit pour sa satisfaction de bien faire. La note que vous avez écrite à M. le duc de Savoie que l’armée navale est au même état qu'elle était quand elle pa.ssa de ponant, l’a extrêmement réjoui , et obligé à faire un des-
sein pour l’occuper, poiu- l’ex^ution duquel il envoie Gui^pin à la corn-, qui part demain, pour, si elle est approuvée par son éminence, vous eu porter liii-méme les ordres. Je pense, monsieur, qu’il est à propos de le tenir sûr et de mettre, les choses en état que l’on puisse mettre vingt pièces de canon et trente et faire un siège d’un mois. Je s,-iis bien t|ue la plus grande dilliculté que nous y trouverons est celle d'avoir des troupes, C!U- il y a long-temps que je sais comme l’on agit en Provence et de quelle façon on y vit. Je suis un des premiers qui aient passé en cette province : aussi mandai-je à la cour que c’est le plus grand obstacle que peut-être ce dessein.-ci rencontrera; car, de votre côté, je suis assuré qu’il n’y manquera aucune chose. Sachez tpie je dis en terre ferme, non pas h la C()l« d’Italie, car les Espagnols sont trop sur leurs gardes <le ce côté-là ; il vaut mieux tenter ailleurs où il n’y a nulle défiance, (liiéi'apln vous dira tout , et je| ne pense pas même qu'il soit nécessaire que, dt-s h présent, on sache rien de ce qu’il espère bientôt se mettre en mer.
la^s ennemis, c|iii avaient au Milanais une si puissante armét!, sont si fort aflàiblis à présent , tpie nous ne craignons plus leurs entreprises; cl cette armée a été dissipée par les troupes seules cl par les seuls soins de M. de Savoie. Nos troupes ne sont pas encore toutes ici, et il y en a si peu que nous ne sommes pas capables de grands exploits; ceux de votre armée seraient peut-être extrêmement utiles au bien général des affaires. Vous avez plus de nouvelles des progr»"s que font les armes du roi en la Comté et en Flandre que moi , c’est pourt[uoi je ne vous écris.
Je suis , monsieur.
Votre très-humble et très-affectionné serviteur,
D'Éheiy.
H'Am. le i5 juillet
Pour la première fois, le roi donne ordre à M. de Bordeaux de faire écrire un journal détaillé de toutes les opérations tie la
JDILLET 1637.
campagiie; ainsi l'habitude de tenir à bord les journaux de navigation remonterait à cette e|K>que.
A M. l’archevêque de bordeaux.
Mons. l’arehevêque de Bordeaux , (‘tant Ires-important à la réputation de mes armes, à l’honneur et au bien de ceux qui me servent dans mes armées et à mon contentement et service cpie je sache ponctuellement ce qui s’y passe , je vous fais cette lettre pour vous dire ipie vous aycE à faire écrire un journal de tout œ (pii se fera en mon armée navale, par qui et comment, sansipi'il y soit omis aucune chose, soit pour le général ou poui' le particulier, qui mérite ({ucique considéi-atiou , et que les jours auxquels il ne se sera rien passé y soient marqués comme les autres; en sorte que je sache, jour par jour, le progrès et l’état de mes forces. Et parce tpi’il n’est pas possible (pi'étant chargé d’une InGnité d’autres soins plus importants et considérables, vous preniez celui-là , je trouve bon cpie vous vous en déchargiez sur le secrétaire de l’armée ou telle autre personne capable, Cdèle et diligente que vous voudrez choisir. De cpioi me remettant sur vous, je prie Dieu vous avoir, mons. l’archevécpie de Bordeaux , en sa sainte garde.
Écrit en mon chlltclu de Mndrid, >o juillet iHl;.
' LOUIS
SuBLET.
M. de Sabran continue de renseigner M. de Bordeaux sur les affaires d’Italie.
LETTRE DE M. DE SABRAN A U. l'archevêque de bordeaux.
MoHsrauR ,
Vous ne sauriez croire de cpielle importance et préjudice aux affaires du roi et de toute l’Italie était généralement estimé le rappel de M. le
comte d’Harcourt, et principalement votre départ avec les vaisseaux et meilleurs galions vers l’Océan en cette conjoncture où l’Espagne a troublé le conclave du côté de Maples; le cardinal de Florence était parti à même fln devers le grand-duc, dont le pape et Rome se sont scandalisés, avec plus de detix mille hommes, et même a été à Rome avec trois cents entre lescpels un sait cpi’il y en a soixante qu'ils nomment déterminé!, et ne voit-on aucun moyen que le pape puisK appuyer la lilserlé du conclave, ses armes étant si faibles et si éloignées, que par le moyen de ses vaisseaux et galères, qui , en un instant, peuvent partout porter tout secotirs à la mousiaehe de l’ennemi , même à Civita- Veeehia. Et si j’osais dire ma pensée, je m’hnagiiieque les troupes dont vous m'écrivex du Languedoc et ce corps séparé qu’il me semble que M. de Bordeaux va commander sont à cet elfet et pour le plus glorieux dessein qui puisse arriver à M. de Bordeaux. Si vous me témoignez <|ue ma pensée ait lieu ou non, vous m’obligerez, vous assurant qne je publierai seulement ce tpji se dévia , et que je tâcherai de vous bien informer sur les choses que vous me témoignez devoir être secrètes, pour travailler de tout mon possible à la réussite de ce que vous entreprendrez , ne désirant néanmoins rien savoir qne en tant que j’y paisse être utile. Car, encore que le pape semble encore pouvoir tirer de longueur, croyez qne la canicule l’emportera ou le mettra bien bas; cardu venire'eu bas'Il est sans mouvement, comme deux religieux qui vont avec cette felouque et qui en viennent vous le diront; enfin , les ambassadeurs n'agissaient plus, depuis trois mois il ne se parlait point d’ail'aires , et celui d’Espagne a rendu l'hommage de Naples en sa chambre sans rien traiter. Pour profiterde tout, Sabran a mis en appétit fténes, et la .seigneurie de Gènes éloignant depuis six mois tant qu’elle peut du gouvernement ceux qui ont été découverts plus partisairs d’Eispagne que de la liberté, a fait doge le seigneur Augustin Palavicini que l’on avait éloigné de cette dignité par les brigues, à laquelle sa probité et générosité l’avaient appelé il y a long-temps. Il a eu toutes les bulles, hors quinze; il en a eu cent vingt-quatre par-dessus tous les concurrents ; il a été dans la bouche de tous avant cpe d’étre nommé par les formes ; il a été porté comme par les épaules de toute la répu-
blique. Il fut envoyé ambassadeur extraordinaire vers le roi, à Suze, quand sa majesté m’envoya ici la première fois.
Je l’ai fait visiter de la part du roi, il y a trois jours. Je leur Gs savoir par la ligne de votre lettre que sa majesté ayant su le tort qu’ils avaient l'eçu en cette mer, la violence faite à leur liberté, leur ressentiment et mes offres , avait incontinent oontremandé M. le comte d’IIaixx>urt , et que vous avez ordi‘6 de faire arrêter les galions qui allaient sous votre commandement à l’Océan. Les ambassadeurs pour France ^ et Espagne se préparent; celui-ci va partir incontinent, et le député pour Hollande et Rome. Les Espagnols ne peuvent digérer ces ambassailes. Et lorsque la seigneurie a espéré de recevoir d’Espagne quelqu’espoir de bon succès et de réparation, elle a su que ledit Melchior Borgia, qui avait été déposé pour n’avoir secouru les lies, a été rétabli à cause ' de la prise des vaisseaux hollandais en cette mer, aifec Mrdre de poursiiivi-e les ennemis d’Espagne jnsques ès ports de Gênes. Vw
Les galères de Naples étant dix-huit en nombre, ont enfin passé avant-hier au soir vers Monaco. La pratique de la ten'e de ses ports leur est toujours interdite. Ils avaient des nouveaux desseins sur notre côte, sur la créance de votre éloignementet des vaisseaux; les leurs, bons ou mauvais, doivoit aller <piand ils pourront de là le Détroit.
Ferrandina est à Cadagne avec ses galères et l’argent; je crois que celles-ci se sont avancées pour faciliter son trajet, (jui sera à l’accoutumée.
L’Espagnol , pour se passer de Gènes , minute un port et fort sur la marine à Final; la chose est malaisée et de grands frais.
L’assemblée de Prague est séparée sans qu’on ait eu auenn espoir de traité particulier avec les Suédois.
Le caixiinal-iniànt ne peut recevoir l’aient pour Flandre ; et si les Hollandais sont, comme je le crois, sortis, le retardement de Picolomini le met hors de moyen de soutenir l’effort de leur armée et des nôtres , et il craint de succomber non-seulement par faiblesse, mais par une mutinerie générale faute de l’argent. 11 se repent d’avoir affaibli son armée de cinq mille hommes qu’il entretient pour soutenir ceux qui travaillent au fort de Gravelines : j’ai su hier cela par une lettre fraîche et de
lx>nne main, de Flandre. Michel Peyrès est aTCc les galères et celui qui anime plus à quelque entreprise sur nous. Les Grisons sont plus mal que jamais avec les Valtelinset Espagnols, et ceux qui ont été les auteurs de tourner casaque sont exposés à de grands risques, et les tieiiUon pertlus.
A Naples, on a déchargé les malades des galères et vaisseaux, et deux commissaires qui apportaient à Naples les deniers de la campagne ont été tués et les deniers pris.
Quant au Piémont , je crois que vous en êtes mieux infonné ; je vous envoie néanmoins ce que son altesse de Savoie m’en a envoyé il y a cinq jours; mais depuis l’on me vient d’avertir que le même a quitté les retranchements près d'Ast. Je ne vous puis dire rien davantage, mais je crois qu’il se retire peu à peu parce que M. le duc de Créqiii ou ceux de Itrême ont fait une radie générale par toute la Lomellina pour châtier ceux <jui , à la faveiu' de l’année ennemie , se tenaient quittes des contributions qu'ils avaient promis ; et je tiens cpie ceux ({ue l'ennemi avait détachés de son année pour aller ravager vers les frontières du Piémont am-ont été malmenés depuis le secom-s que son altesse y a ensoyé, puisque les paysans seuls, se prévalant de l'assiette et intelligence du pays, envoyaient tous les joins force chevaux en Asl. Son altesse a fait une fort généreuse résistance et a fermé la bouche aux médisants. Je suis en une opinion que nul cpm vous me peut ôter, que vous nous aller quitter et queM. de Bonleaux emmène les vaisseaux en ponant, et que M. d'ilaieoui-t ne l'ctourne au reste des vaisseaux alin que l'on ne croie pas que le roi aliaiKlonne cette mer, aussi qu’il ne le faut pas entièrement. El si M. dellordcaux a unefois passédelà, Sabran perd cette opinion que le i-oi veuille ni puisse assister Rome et y contrecarrer les préparatifs que les autres y font ; et à Gènes, Sabran lui impute ce départ des vaisseaux faute de les avoir su arrêter pr les moyens convenables après avoir été si bien olièrts. Si M. de Boixleaux prt, je croirai qu’il veut, de ce qui aura bien peine à succéder en son absence, &ire souvenir combien l’on a dù à sa présence et généreuses fatigues. ,
- ' Sabbv.v.
OrG^ncs, ce ai juillci