‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 146 sur 171 · LETTRE DE M. LE DUC D'IIALULN · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. LE DUC D'IIALULN

A N. L'aRCIIRVÊQI'E DF. RORDF.ACX.

Monsieur ,

Nos ennemis se vantent d'étre enfin venus à bout de leurs apprêts; ils sont in.tintcnant ensemble et ont leurs places d'ai-mes aux envirotis lie Cl.'tirac, qui, étant au milieu du Roussillon proche de notre frotitièrc, ne peut être choisi qtie pour partir pour nous attaquer. Ils prétendent aussi faire quelque chose par mer; c'est pouripioi, pui.»<pie vous avrr. ordre de me secourir si l'on m'altafpie , je votis supplie tiès-huniblement, en cas que cet ordre ne soit point changé, de vous vouloir tenir prêt à mettre à la voile avec les vaisseaux qui peuvent servir dans ces côtes. Les ennemis en ont quantité d'écartés à Roses et Collioure qui ne sont pas gardés, parce qu'ils ont mis toute l'infanterie à terre; j'estime que vous pourriez faire quelque entreprise là-ilcssus avec quehpies galères qui vous aidassent. Ils ont dans les ports des millions

de fascines tout embarquées qui feraient beau feu ; mais comme je suis un très-mauvais homme de mer , je ne sais si cela est faisable. En cas que vous jugeassiez la chose, ou inutile ou peu faisable, je vous , supplie de vous tenir toujours prêt au premier avis que je vous donnerai , puisque vous êtes toute notre espéra^ et que je suis.

Monsieur, votre très-humble et très-affectionné serviteur,

Schomberc.

Or BrxtcM, cc i4

Iæs lettres suivantes, du cardinal et de M. de Sabratt à M. de Bordeaux, sont relatives aux affaires d’Italie.

LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU

\ M. DB BORDBA.UX, CUNCBRMA.VT LBS AFFAIRES D'ITALIE.

Monsieur ,

J’ai grand’peur que les i-emises’ de M. de Savoie et les diverses nouvelles que vous recevrez de M. d'Êmery n’engagent notre armée navale à être en mer dans les mauvais temps de septembre , que je ne puis que je vous prie d’y prendre garde, et de consulter si bien avec les gens entendus à la mer, que, pour une fin certaine , nous ne regardions pas certainement toutes nos forces de mer. M. de Noyers vous écrit phis particulièrement sur ce sujet , auquel je me remets.

Après avoir vu votre dessein de Sardaigne, il m’est impossible de ne croire pas certainement que c’est une tromperie. Cependant, si c’était chose qui pût réussir, ce serait une bonne affaire pour le printemps.

Quant au minime, j’en ai fort mauvaise opinion, l’ayant déjà vu accuser faussement son provincial : œpendant, on examinera ce qu’il veut dire. .

Le régiment de Vitry a tel ordre de sortir de la Provence, que le roi a défendu ' bien expressément aux procureurs du pays de lui donner plus aucune subsistance.

M. de Noyers envoie tous les ordios que vous demandez, tant pour faire venir en cour ceux des procureurs du pays qui sont dénommés

LETTRE DU GARD. DE RICHELIEU. — AOUT 16.17. 471 dans votre dernière dépêche , que pour donner sabeuûnce aux troupes qui sont dans la province.

Au nom de Dieu, accommodez-vous si bien avec M. le comte d'Harcourt, pour le temps qu’il vous reste à être ensemble, qu'il n’jr paraisse aucune division. Je vous en conjure autant qu'il m’est possible, et de croire que je suis et serai toujours ,

Votre très-airectionnë comme frère à vous rendre service ,

Le Cardinal de Richeliec.

Dr ConfUn», c« iS iniiii Ï6Î7.

X M. L’AaCHEVËQlTE DE BORDEAUX.

Monsieur ,

Il y a long-temps que je ne suis honoré de vos nouvelles, ce qui, joint à celles que j'ai reçues de Livourne hier par une dépêche que j'y avals faite, qui me sont confirmées par ce Mayo que vous savez qui a promis sortant des Iles à M. de Bordeaux, et depuis à Sabraii , de les avertir, je me suis résolu de vous dépêcher ce piéton, lequel, s'il vous trouve vers les Iles , vous rendra Uiutes les lettres pour en disposer comme vous aviserez, et si vous en êtes éloigné, les donnera à leur adresse. Don Melchior Borgia a nouvel ordre iPaller enEispagne, la perte des Iles étant fort sensible par delà et s’imputant toute à la faute de ne les avoir secourues, ceux de la cour et de Staples se déchargeant sur lui. Le Sarde qui était aux lies a eu commandement d'aller avec toute rinfanterie qui est sortie des lies en Catilogne, mais le marquis de Leganez et les généraux des escadres de galères ont écrit que la personne dudit Sarde et cette infanterie est nécessaire an moins tout ce mois de septembre dans les galères et pour descendre en terre, autrement il faudrait faire letirer les galères désarmées à Naples, el qu’au moins il faut que le tout s'arrête deçà ce mois de septembre. Cependant les soldats, encore cpi’on ne les débarque guère, s'enfuient el

meiu^nt, en sorte qu’il y en a moins de cinq cents, en sorte que si leurs vingt galères assez mal ètjuipccs étaient renconlrëes de douze des nôtres, elles n'auraient recours tju’à la fuite. Et le roi d'Espagne olfrait audit Saixle le gouvernement de Perpignan avec titre de comte et 2»0Ü0 ducats d’appointements. Que de l'armëe de Milan il s’est stiuvé plus de deux mille Eispagnols, cl que la Sardaigne est tellement en nécessité de hié qu’on y apprélicnde fort, ce <juc je n’estime pas à craindre, le retour île l’armée.

Don Antonio d'Oqiuxlo est malade à Naples, et la faute de contributions et de moyens fait cju’il ne se parle plus de ses vaisseaux. J'ai vu néanmoins une lettre de Cadix qui assure que le duc de Machera prépare quinze vaisseaux et espère être secondé de dix de ceux de Naples, et venir au mois de septembre en celle mer; mais je crois que cela n’est pis si prêt. Don Mcicliior fait ses ellbrls pour n'aller point en Espagne, estimant y r’Iiabiller ses ailaircs par le moyen du c'ardiiial Borgia, ijue l'on afait en Espagne cliefdu ronseil d’Aragon et, le croit-on, de celui d'Italie. Enlin , six galères sont espalmées et les autres s’y préparaient et devaient partir le I" de septembre et aller vers Monaco apiès avoir conduit au ilelà Rorgia, qui doit aller veni l'Espagne seulement avec sa capitanc et une des siennes; niais, à mon avis, les six sont pmr lui et tireront en pleine mer une gi-amie ci-ainte.

Les galères ont toujours été vers le grand môle et cinq vaisseaux eu la plage à deux milles de là, vers lesquels cinq galèios allaient coucher tous les soirs. Ces” vaisseaux sont chargés de munitions et provisions, mal armés, l’un desquels, chargé de 1,800 quintaux de pondre, renversa d’im coup de vent ses arbres' en mer, et tout s’y est peivlu. Il n’y a jamais rien eu de si aisé que de faire courre la mer à douze de nos galères et autant de vaisseaux, si le tout était piét et passant en haute mer, ce qui ne serait pas sans butin; et si une diane* on surprenait les sustliles galères et vaisseaux , La perte ou détàile serait tris-assurée sans risijue. C’est un commandeur qui plaide une coramanderie <pii est d'âge, et m’a dit avoir l'honneur d’étre votre parent, s’en retournant

‘ Isü miils.

* Si lin malin.

en Frauce , qui m’a prié^de tous 4’^crire , et (|ue quand ses galères se trouveraient hors de Livourne, toujom-s ne feraient-elles ni mal ni bien. Ce «pi est plus assuré , c’est «pe le régent de la vicairie «le Naples, avec sa.famille et tout ce «p’il y a gagné chez Naples en plusieurs années, a été porté par six galères de Naples depuis Naples jusqu'à Livourne, dont il a été vers le grand-duc en réjouir de la part «le l'Espagne. Son marinier arriva hier ici sur une galère du grand-iluc qui s’en letourne , cl le susdit piétcnd avoir une galère «le Gênes pour aller à Barcelone, afin d’assurer la personne de la seigneurie; et comme par ce moyen il ne serait pis en défiance, la galère ne s’écarterait pis tant, et ei-ois «pc la prise sera aussi juste «pie bonne, sans «pic Gênes puisse se plaindre en lui rendant sa galère, puis«jiic les galèies d’Ks|>agne nous |irenncnt partout sans égard à la c<‘ite et jiiridiotion de Gênes. La galère qui est venue de Barcelone «pi est à Gênes a porté 600,000 éciis, lesepels, encore qu'ils viennent à ceux de Gênes, néanmoins c’est un denier «pe l’Espagne rembourse.

Daiis cette lettre, M. «le Noyers donne à M. de Bordeaux le.s instructions sur les «Uvers plans de campagne proposes par •M. de Savoie.

LETTRE DE M. DE NOYERS

A M. L'ARCUEVêgUE DE BORDEAUX.

Monsieur ,

Bien que je ne doute pas «pie vous n’ayez à présent reçu la réponse à la plupart de ce que vous désirez de nous par votre dépêche du i6 aussi bien «pe par les précédentes, je ne laisserai pas de répéter ici ce «jui «al des intentions du roi et de -son éminence sur ce sujet; cl comme presque tout aboutit aux incoiivéuienls «pie vous ' piévoycz Irès-pnidemment par le manque de subsistance des troupes, je commencerai par «?el article, et vous dirai, monsieur, que le roi a résolu de suivre entièrement le remède que veps avez proposé, sa ma-

Go

jesté ayant commandé l'exécution de l’ari-ét^tlont vous avez envoyé le piojet, jugeant bien que c’est le seul moyen d'en venir à bout et peutétred’évitcr une seœnde cause du désordre. Le régiment de Vitry n'étant plu.s nécessaire en Languedoc , ainsi cpe M. d'Haluin le mande , je lui envoie un nouvel ordre pour aller servir en Bresse sous M. le duc de Longueville, afin que la cause cessant, l'on n’en voie plus les eficts. Par ces deux moyens, l’on estime que vous pourrez remédier il tant de confusions, et qu’ayant le fonds assuré de votre subsistance, vous donnerez ordre que les lies de Sainte-Marguerite, Brigançon et autres seront mises en liberté.

Pour ce qui est du choix des gouverneurs dont il vous a plu m’envoyer les mémoires , et des commissions et clauses que vous estimez y devoir être iuséiées, je vous eu enverrai au plus tôt la résolution.

La subsistance de votre armée navale ne va pas mieux que celle de vos places, et ce, en vérité, faute de soins des trésoriers; car si ces messieurs se mettaient davantage en devoir de faire leurs recouvrements et faisaient de la dépense à avoir de bons et fidèles commis dans les provinces , la chose irait mieux sans comparaison ; mais ces mcssleiu^ se contentent de prendre de grosses taxations et faire bonne chère, retirant tous les soins de la charge cl sur vous et sur nous; ce que vous jugerez bien être ti-ès-injustc. Je ne dis ceci pour me décharger, car je n’y perds pas un moment, et je pense que M. le marquis de Sourdis vous amvi mandé ce qu’ils ont fait pour le paiement des 1,I00,ÜÜU livres qui i"csleiit à recouvrer de vos fonds, ce ipii est un peu lent ; mais si vous joignez à toutes les raisons de reüinlement ci-dessus , la stérilité du temps et la mauvaise volonté des paiements, vous jugci-cz bien qu’il faut s’aider comme vous faites. J'ai proposé un cxpivlient ii messieurs de la marine pour au moin.s s’assurer des paiements, qui est d’établir un commis dam les bureaux, principalement des fermes sur lesquelles la marine est assignée, afin i|ue s’il se reçoit quelque chose, vous le touchiez, et cpie messieurs les fermiers sachent que l’on ne les veut pas laisser piper .à leurs ciK'hantements ordinaires de non-valeurs, tandis ipi’iis reçoivent et

LETTRE DE M. DE NOYERS. — AOUT 1637. 475

convertissent la substance des peuples à leur jH'plit particulier : vous nous en manderez vos avis.

Son éminence vous donne avis de ne pas trop hasarder son année navale dans la saison des tempêtes, et qu'en contribuant votre possible à l'exécution des desseins de M. de Savoie, vous ne mettiez en |)éril manifeste les vaisseaux du roi. IM. Guérapin est par-delà, qui vous donnera part de tout le détail de ces affaires, et nous ferons par-deçà tout notre possible pour satisfaire à ce (jue M. d’Ëmery a désiré de nous pour l'exécution du dessein proposé. Vous aurez avis de tout ce fpie nous y avancerons, et me ferez la faveur de me croire, Monsieui’,

Votre tr»!s-humble et très-afléctionné serviteur.

De Noyers.

A Rue), ce 3o août iS3;.

Messieurs de Piémont ne demandent plus cpie l'on charge leur infanterie sur vos vaisseaux, et la font aller par terre.

L’on vous envoie la patente en placard pour faire voir seulement au gouverneur de Sassari; et bien (pie son éminence n'estime pas que cette bonne volonté (ju’il fait paraître soit véritable, néanmoins, comme l’on ne hasarde rien , le roi trouve bon ipie vous lui ac<x)rdiez tout ce ipi’il vous demande, sans toutefois lui bailler aucune patente ipi’après (ju’il aura exécuté sa promesse.

De Noyers.

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