CHAPITRE V
M. le cardinal de Rtrhelieu pt^vient oflicieilemeiit M. le duc d'Haluin des projets des EspagDoU sur Lcucate. — M. d*Haluin demande à M. de Bordeaux le concours de l’armee navale. — T^e mmirais vouloir du général des galères et de M. d’Harcouri empêche M. de Bordeaux de se ren<lre aux désirs de M. le doc dllaluin. — « M. de Bordeaux part néanmoins pour Lcucalc. — Service qu'il y rend. — Bataille de Leurale. — Victoire remportée par les Frani^ais sur les Espagnols. — Relation du combat. — Lettre du roi et de M. le cardinal de Richelieu à M. d'Haluin pour le félietter. — Le roi lui envoie le bdton de maréchal de France. — Le parlement de Toulouse félicite M. d'Haluin. — M. de Gullaut, gouverneur des lies Sainte^ Margiierilc et Saint-Uonorat , se plaint des vexations de M. le maréchal de Vitrv.
— Ce dernier est mande à la cour, mis h la Bastille et dépossédé de sa charge de gouverneur de Provence. — Mémoire de M. de Bordeaux sur les affaires de Provence.
— M. de Lavoie, chevalier de Malte, est fait prisonnier par le marquis de Lennca, gouverneur de Sassari (Sardaigne) ; il conclut un traité avec lui pour obtenir la livraison des places fortes de son gouvernement aux armées du roi. —Instruction de M. de Bordeaux àM. de Lavoie sur celte affaire. — Offres du roi au marquis de Lerroes, pour livrer la ville. — Journal de la navigation de l'année navale de France jusqu'à la fin de décembre.
Sfpiêmère — Décembre i63^.
L evéïiemeut le plus remarquable de cette période (.septembre à décembre) fut la bataille de I.eucate'. Le Roussillon, plus tard réuni k la France par Louis XIII , était encore une possession de l'Espagne. La ville de Lcucate, dont les E.spagnols tentèrent le siège, était située .sur une langue de terre qui borne l'étang de Leucate du côté du golfe de Lyon. Cet étang est limité au midi par le Roussillon, et au nord par le Languedoc.
' l.eucalc, baie sur la côte de France, terranée; le cip I..eucate est U pointe la ploa Kpiec milles au S. de iNarbonoe, dans la Médi- E. de U baie de Leucate.
Ou verra tjuelle était l'importance de cette position militaire et des ouvrages que rennenH exécuta pour en pi-es.ser l'attu.pie.
Cette lettre de M. de Savoie est relative au projet de la surprise de Final.
LETTRE DU DUC DE SAVOIE
A M. L'AacasvfiOUB DE BOEDBAtX. *
Monsieur l'archevêque de Bordeaux , j’ai appris avec un extrême eoiitciiteracnl, par votre lettre du 27 du mois passé, que l’armée navale est déjà en mer, et que tous avez reçu les ordres ÿi roi. J’espèMqtie M. Guérapin ne tardera pas beaucoup d’arriver auprès de tous ,’ et qu’il vous informera de tout ce que j’estirae nécessaire pour le service de sa majesté, étant parti très-bien instruit. J'attendrai avec impatience des nouvelles sur ce qu’il aura conféré avec vous, et je vous puis assurer que j'aurai nne satisfaction singulière de voir que nous puissions faire quelq^ chose conjointement qui apporte de la gloire aux armes de sa majeûA^ comme jf désire avec passion, et de rencontrer quelques occasions de vous témoigner que je suis ,
. Monsieur l'archevêque de Doideaux,
Votre aOlectionné à vons servir,
. - V. Aubdeo. •
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De Turin , es t** iqtUmbre 1637.
M. le duc d’Haliiin apprend , par la lettre qui suit , à M. de Bordeaux que les ennemis sont entrés en Languedoc.
LETTRE DE M. D’HALUIN
A M. L'ARCHSVÊQIJE DE BORDEAUX.
Monsieur,
J’ai reçu les pièces qu’il vous a plu m’envoyer, dont je vous rends j;i4ccs tiv-s-humblcs ; elles ne pouvaient pas être venues plus à temps, puisque les ennemis sont entrés.
Le sieur («uêrapin est passé ici , qui nous demandait des régiments t|ui ne peuvent pas maintenant sortir la province; il m’a dit que comme il UC voyait pas gramle apparence de les en tirer , qu’il jugeait le dessein pour leipiel les vaisseaux riaient mandé» tout-à-fait rompu. Si cela était, et que vous suivissiez le premier ordre que vous aurez eu de me venir secourir, il serait maintenant temps, cl, outre que vous donnerez un avantage incroyable et indicible au Languedoc, vous ferez les plus jolies actions du monde, soit dans leurs ports, soit avec vos petits vaisseaux dans nos côtes. Encore Lier, il parut quiuze galères des leurs à Borsoleo, qui faillirent toutes il s'en retouruer pour mi coup de canon de Leucate. Je vous supplie très-humblement , monsieur , que si toute l’armée ne peut éli'C piétc , qu’au moins ce que vous m’avez proposé de prtir desdits vaisseaux avec six galèa-es se peut exécuter. J’en écris un mot à M. le général, mais je pense que cela sera fort inutile. ISéaninoins, comme il y a grande all'ection au service du roi , et que je suis obligé lie prouver par toutes voies les avantages d'un secours si puissant , je lu hasarde, et vous conjure au nom de Dieu, monsieur, que j’aie une réponse décisive de ce que je dois attendre de l’armée navale et du temps qu’elle pourrait venir. La quantité d’alFaires que j’ai m’empêche lie vous remercier des soins qu’il vous a plu prendre de m’envoyer les dernières piioes. En récompense, si mon très-humble service vous pouvait être utile en ipielque chose , je vous supplie de me commander comme à celui qui a fait particulier dessein d’être toute sa vie, monsieur, votre très-humble et très-allectionné serviteur,
SenoHBERC.
De R^icr»t ce 5
sptesihre 16S7.
LETTRE DE M. D’HAHIIN. — SEPT. IC37. ATO I,es (lé|)«:hes suivantes, de M. de Sabran à M. de Bordeaux, exposent toutes les négoeiations entamées par M. de Sat>ran avec le concours de M. le duc de Savoie, pour parvenir à s’em- [jarer par surprise de Final, ville et'Jmrt très-importants et tièsbieii défendus, situés à l’est de Gênes et au nord de file de Corse. Il s'agissait aussi d’enlever quelques autres places situées sur la côte d'Italie, mais d'une bien moindre importance. Les menées de M. de Sabran ayant été pénétnîe.s par l’E.s]>agne, l'ennemi jeta un renfort de cinq mille hommes dans Final, et l'expédition projetée ne put avoir lieu. * • ^
A H. L’AHCHBVKQUK DF. BOBDF.Vl'V.
Monsieur ,
J’ai déjà répondu à la faveur de la vôtre du 22 que m’envoya le frère de celui qui est près de vous, u’osant s'approcher d'ici, .nuquel j'envoyai mon secrétaire à vingt-cinq milles avec felouque exprès , (jui l'entretint, avec peine de le trouver, un jour et i-eviiit le lendemain. J’ai tant fait ipic le capitaine Semin, qui a toujours traité l’alfaire de Final pom' Savoie, et avait avec lui celui qui est près de M. de Bordeaux avee celui d’Alexandrie, est venu trouver Savoie; et pour le faire court, ne trouve pas facilité sans faire de nouvelles pratiques incertaines. Pour ce qui touche Saravalle , aussi , comme je l'ai écrit à la cour et cher le duc de Savoie, l’occasion s’en est perdue, etdeTortone, il y a longtemps. Et toutes les surprises , quand elles pourraient être , veulent la présence de forces pour conserver, et ceux qui s’y emploient veulent être assurés de tout. Quant a la Rocca Spinola, lief impérial, il n’en faut faire aucun semblant ; mais si on la désire, comme ledit Semin l'estime importanteetqu’elle se peut garder avec moinsdedix hommes, Sepiin promet de la surprendi-e quand on voudi a , n’y ayant que deux hommes qu’il connaisse et une vieille dedans. El sur mes répliques ton-
chant les hommes et au moins les munitions, provisions pour les nourrir, il a dit à Sabran qu’il y peut envoyer argent, farine et munitions parmi , sans que ceux de la place l'en gênent. Il sut s'informer si bien (ju’il n’y a qu’à considérer enti;e M. de Bordeaux et Bcrtololto à quoi un s'en peut servir pour plus grand dessein, mais sans émouvoir <|itc bien à propos. Cette facilité qu’il donne m’est suspecte, néanmoins elle est à désirçr si on veut réussir.
Quant aU dessein sur Final , que le duc de Savoie a long-temps fait pratkjuer par ledit Semin , comme de fait l’homme de Savoie m’en tenait averti.de sa part, et duquel depuis trois mois je n’ai oui parler, et du jour ([u'ur\j nommé Constance Granc, qui est l’homme de Savoie, devait allerqpôrte^'la dernière résolution au duc de Savoie cl lui faire avoir des otages, il m'a dit que depuis ce même temps il n’a plus vu lc<rit homme et crojait la pratique interrompue sans savoir par où; et il y a plus de deux mois que le duc de Savoie m’écrivit «ju’il l'attendait; si bien que j’ai reconnu que ledit homme alors cheminait de con- Mu-ve avec Scniiii et Sabran et le duc de Savoie aussi, de epi Sabran r entre nous , s’il vous plaît ) doutait , parce que Ognate et tous les ministres d'Rspgne étant alors h Gènes, Sabran soupçonnait qu’il ne se IraitAt d’autres choses. Semin a avoué <p’il avait intelligence avec le luunitiouDWfe et le bombardier de Final , et m'a dit les moyens qu'il av,Tit'lùra pour exécuter un moyen dont il ne pouvait répondre depuis le temps; mais qu’il se résoudrait d'aller à Noli près de Final, et là y ferait <lans moins d’une couple de jours venir les susnommés ses amis, pourvu que l'nn n’usAt pas après des délais accoutumés (|ui ont ruiné cette affaire d'Alexandrie, et savoir tout ce qui s’en peut espérer; procurerait les otages pour leur faire loucher de l’argent, et quant à lui se coilUiMail de la moindre satisfaction cl d'une compagnie de getis de pi«ddieEle duc de Savoie. Sur <poi m’ayant dit ejue de toutes allées et vIfMRs il n’avait jamais été reconnu ni dégrevé, et qu’il ne voulait rien faire à scs dépens, après lui avoir fait beaucoup «spt'rcr et me semblant habile homme et d’exécution et de bien , fort ami de Bertpletto, qu’il estime fort, je lui ai témoigné que j’aurais bientôt les ordres et moyens de fournir du mien. Je ne pouvais pas mais tpie, pour témoigner l’es-
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time tjue je faisais de lui , qn’il rcgardAt ce qu’il (allait pour s’ailcr éclaircir enticrenaent de ce qui se peut espérer et faire suiFinaPet que je le fournirais ; enOn je loi donnai l'argent il y a trois jours, mercredi 9 de ce mois, il mesemblci.^ n’agissais ainsi que parce que Sabran a reçu une lettre du 18du roi pour lui et poitr la république , l’aterlissMt que le roi et le duc de Savoie désirent attaquer Final par uiér et par terre , et que lors Saluun aura , avec ladite lettre pour Génésl,à faire les offices convenables pour la rassurer selon tpie M. d’Érâèrÿ. avertira; tellement que je n’ai pas cru, pour peu de chose,, devoir Ubétaquer d'essayer ■si l’oti pourrait abréger le temps et la dépense par ce moyen, et reconiiaitre mieux Semin ; car je n’ai pas grande fiance à toutes scs propositions. Mais pour l’avenir, quoi qu’il faille fournir , je vous supplie , monsieur, que ceux tpii voudront que l’on s’enqploie à chose qù il ^t fournir en envoient les moyens, et j'empécheilÉM>ien^qae rlW'n’ira mal à propos- et rendrai bon compte ; car je me trouve trop mal de fournir, et suis si mal paye que je n’ai un sou depuis un an , quoiquli la cour je sois fort .satisfait de lettres et belles paroles et y aie des amis aussi.
J’ai écrit bien plus au long en chilfre tout ce que dessus ii M. d’Émery , y mettant tout ce qui s’est passé ci-devant en tout ses traités, et l’ai prie de le faire voir au duc de Savoie et l’envoyer déchill'ré en France; et par la galère de Gènes qui va porter des soies en Provence, Sabran enverra à M. de Bordeaux la meme relation en ehiirre qu’il n’a pas vuidu donner à cette occasion, parce que cette lettre succinctement comprend tout, et peut-être Semin lui aura rendu compte de ce qui sc peut faire, auquel Sabran n'a pas témoigné que l’on eût aucun dessein de l’attaquer, si ce n'est par son moyen; et que cependant il l’informât au moins de l'état des gens et munitions de Final, et puis il pourra , comme je le lui ai proposé, s’en aller vers M. de Bordeaux, et là mieux résoudre tout ; mais en ce cas il ne faudra pas le laisser revenir que bien à propos, que après on parlerait de deux autres desseins.
Quant à M. Bertoletto , je le crois honnête homme et brave homme, mais il semble tpie ceux qui l’ont envoyé à M. de Boivleaux avaient mieux de quoi écouter ses propositions et en faciliter l’exécution; et je I. 6i
m’étonne que celui qui a été envoyé à Sabran lui ait tant écrit son impuissance de veitir à lui par la crainte , se dit-il, des Corses, qui le clierchent, et qu'il soit si incommodé qu’il ait écrit à Sabran de lui envoyer escorte pour s'en retourner j de quoi il s’est excusé , se contentant de ce qu’il a fait. Ils devraient mieux prendre leurs mesures, et pour le moins être en état de pouvoir faire ce qu’ils entreprennent.
Je TOUS ai écrit que les galères d'Eispagne , si mal armées , étaient passées il y a quatre’joui-s pris d’ici en hâte. J’ai eu avis de l’envoi que vous savez , lequel a demandé permission au Sarde de demeurer à Livourne pour venir vers Gènes, alin de voir Sabran, sous prétexte d’affaire ici, que ça a été; que le prince de Monaco envoya ici à l’ambassadeur et lui aux généraux des galères que notre armée était à la voile et avait avis assuré qu’elle venait débarquer à Monaco ou Final , et m’écrit qu’elles sont en très-mauvais état de toutes choses , qu’elles craignaient notre rencontre et attendaient nouvel ordre , pour savoir si le Sarde ira vers Barcelone avec les soldats qu’il a sur les galères , qui ne sont pas cinq cents, s’ils n’en ont repris; aussi n’en ont-ils point débarqué à Final, où l’on décharge force ici. J’attends commodité pour envoyer vos belles statues , et vos commandements sur le sujet ci-dessus , et suis sans réserve ,
Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
De Sabxa.v.
Dr ce 5 Mplembrc 16)7.
MoiVSIEUH ,
Je me réjouirai , s’il vous plait , de ce que le roi a soumis à votre autorité et gouvernement tout ce qui est de la côte marine de Provence deux lieues dans la terre, à ce cpie l’on m’écrit. Il y a longtemps que cela devrait avoir été. Celui qui m’écrit de Livourne , que vous connaissez, me mande que M. de Monaco a deux personnes dans l’armée navale qui l'avertissent de tout ici et à Naples , et Je vous envoie sa lettre avec le mémoire en chilfre. Ce même qui m’écrit des espions du prince de Monaco, me mande tpi’il souhaite des nouvelles de M. de Bordeaux. Je lui ai écrit que s’il ne lui a pas écrit plus
d'une fois, ne sacliaiit ni mol de ses nouvelles, est que la lettre de M. de Bordeaux est toujours a mains de M. Raby, qui attendakque quelqu'un de sa part la demandât en disant l’amtgo, comme nous avions concerté. Il a dessein de ^ rendre près de M. de Bordeaux ; mais il sera à propos de lui témoigner qu'en ces occasions il est mieux ailleurs , et qu'il faut qu’elles lui fasSent mériter après ce que M. de Bordeaux pourra obtenir du roi, et M. de Bordeaux pourra envoyer à Sabran une. lettre de créance qu'il accommoder^- comme il iaut.
Je vous donne avis qu’un patron de Gènes, nommé Jean-Baptiste Gabella, à ce que l’on m'a dit, doit aller sur une felouque en Espagne, et porter des lettres imporunitcs, et, pour passer si'iiement et faire route â terre, prendre passeport de Sabran, et s'il le refuse, il le veut du marquis de Bagnasco ; juais Sabran le lui accordera; en.sorm que s'il ii’eii porte point de lui , c’est signe qu’il a fui, et s’d eq porte, il n'y faut pas avoir égard s’il y a le nom que dessus , ni aux antres, s’il n’y a en quelque coin séparément : cesi de tout mon coeur que je vous en .tupplie, nu (jnelque chose semblable.
Je crois m’étre tix>mpé du nom du patron eu mon billet : il s'appelle Tomaso Gabello; il ira jusqu'à Marseille, et attendra une lettre de Milan.
Lin nommé Constance Granc, vers les mois d'avril et de mai et pendant que tous les ministres d’EUpagne étaient ici assemblés, y a été envoyé pr le duc de Savoie pour quelques tiaités secrets sur Final, dont , par ordre du duc de Savoiÿ^ il m’en fit part en me rendant ses Icllrcs de créance. J’écrivia an roi et au duc de Savoie ce que ledit Grane m’avait (ait entendre, et mes sentiments sur ce dessein, auquel je ne voyais ps clair.
Le capitaine Nicolas Semiu en était le principi instrument, lequel avait déjà tramé intelligence à Alexandrie, et, à ce que ledit Grane me disait, ne voulait écriic ni s’aboucher avec moi , mais seulement avec ledit Grane, se remettant puis de ce qu’il eu ferait entendre an duc de Savoie et à moi; ce qui m'ùta le moyen d’étre informé que pr ledit Grane , à qui je fis écrire tout ce qu'il me disait , en ayant nraïunoins envoyé la substance à la cour et au duc de Savoie en l’absenée de
M. d’Emery. Ledit Grane nommait pour ses ronlidenta un Mortora, Génois, qui a Hé secrétaire du sicui’ Berlolucci ; les deux secrétaires du prince Uoria promettaient, moyennant queltpje reconnaissance, donner les avis de toutes les résolutions d'Espagne; et dès lors leurs intentions sur Ast ou Vcrceil, par intelligence ou surprise, furent découvertes et les moyens cpie l’on voulait tenir, dont je donnai avis à la cour le ‘27 mai et à Savoie le ‘i8, laipiclle m’avait pi-essé de m’éclaircir bien des moyens de parvenir à des moyens cpi’elle désirait. Je tenais fort suspectes les iiUcIligenccs de Grane, qui m’avait prié de donner six pistoles pour Mortora, pour, se disait-il, aller à Lucques de l’ordre de Ricard, instrument principal iliidil prince, faire venir Bernardin Choli, son neveu. Je lui donnai lesdites pistoles, et depuis ne vis aucun effet de la venue dudit Choli , (jui devait donner des lettres par où le duc de Savoie vérifierait le dessein d’un nommé Tagliaferro pouifaiie surprendre par les Espagnols ledit Cena , sous prétexte de négocier quelque dessein .à son avantage sur Final. *ti
Ledit Grane vint depuis dire en ce même temps qu’il fallait qu’il s’en allit lui-méme porter au duc de Savoie l’état des choses, cl du jour que l’on consignerait les otages de la part de ses ministres, des munilioiinairc et canonnier de Final, et qu’ensuite le duc de Savoie envoyât ici de l’argent pour les dépenses et certaines pistoles que le duc de Savoie m’avait écrit qu’il enverrait ; et qu’aün <jue ledit Semin, qui UC voulait plus faire des frais inutilement, prit courage et tint les choses en haleine, ledit Grane me pria de lui pi-éter encore vingt-cinq pistoles poui- lui donner, à quoi je consentis pour l'allection <pe le duc de Savoie m’a témoignée avoir en cette alliiire. Depuis, il me commanda de n’en donner plus sans son ordre.
Ledit Grane devait partir le lendemain avec un nonamé Croche, qui promettait d'éclaircir le duc de Savoie de toutes les menées de Bonliglio : ledit Croche était banni de celte ville; il ne laissa de me venir voir la nuit pour me dire qu’il était prêt de partir le lendemain avec ledit Grane, poai"vu qu’il fût défrayé et reconnu du duc de Savoie : ce «pi lui fut promis.
Mais depuis ce jour-là n’ayant eu aucun avis dudit Grane, et par
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queUjii'uii (tu duc de Savoie ayant reconnu <{u’il l’attendait toujours , j'ai cru qu’il fallait qu’il eût été surpris, tué ou mis prisonnier; et ne voyant aussi plus de Mortora,(|ui est marié ici , jejoi iis dire il y a plus d'un mois de me venir^voir, œ cpi'il Ht ; et ne sut que me dire sur le sujet dudit Grane, se déliant, disait-il , (ju'il n’eùt été empoisoniié, et depuis il a dit à mon secrétaire qu'il savait qu’il était prisonnier dans la tour de Gènes , et (|u’un petit gardon qui était avec lui et fut mis prisonnier s’était sauvé, et ipi'il avait appris ceci de sa bouche et l’araitfalt'fuirde Gènes ; ce (pii convainc indubitablement ledit Mortora de trahison, ((uc je dissimule. Et (tOmme il ne veut, se diull , point s’en mêler, feignant de croire (pi’il est prisonnier pour la biliette , ce (pii n'eût été (|u'iine all'aii-c de Imis jours, aussi ne sais-jc où logeait Itnlit Grane, qui était, à ce qu'il me'dit, hois la ville, et ne sais à qui m'adresser (piand j’en voudrai apprendre des nouvelles, étaut peut-être mieux d’ignorer tout, (ar-je sais (pi’il n’avait aucum» écritures.
Depuis, hL de Bordeaux m’ayant (ktrit le 22 d’août que le colonel Berlolctlo, de l’ordre de M. d’Êraery, s’ttsl rendu vers lui pour l’éclaircissement de quel(]ue ditssein, et tous deux m’ayant envoyé le frère dudit sieur Bertoletto pour reconnaître si ledit Reuiin avait toujours les mêmes inlelligeuces dans Final, si elles pouvaient être exécutées et une surprise sur la Rocca-Spinola , j’ai tant fait ipie ledit Semiii m’est venu voir secrètement. Je lui ai dit (pie c’était iiour savoir des nouvelles d’un nommé Grane, qui traitait avec lui, il y a (piclqtic temps, une alhiire pour le duc dej^voie, qu'il doit savoir et croire (jue je sais. Il me dit (pie dapvÿ.trois aidù et tant, (pi’il lui devait rapporter les réponses du duc de Savoie sur le sujet de son traité, il ne l’avait point vu, dont il avait été étonné; et l’ayant prié de s'informer de Mortora, en discours comdian,'de ce ((u’il en savait, il me dit qu’il ne désirait pas s’ouvrir audit Mortora , (|u’il essaierait néanmoins de le renoonlrer et de le porter sur ce sujet. Il me vint trouver hier et me dit de n’avoir pu tiré!' atuniiie assurance de lui de ce qii’élait devenu ledit Grane, qu'il ne l'eu avait pas voulu presser davantage, (pie la longueur avait ruiné cette alFaire de Final, «t de n’avoir été satisfiiUd'aucune dépense par le duc de Savoie, envers lequel il avait une alTection lobt entière
(le le tervir. Je lui ai demanda comme cette pratique i>e pouvait renouer : il la croit facile en a’en allant lui prèa de Final , où il se promet (le faire venir ledit mnnitionnaire et canonnier, et ronclure l’affaire avec eux, ou me rapporter les obstacles; mais qu’il fallait qu’il les assurlt des diligences et de la réœmpense promise en donnant les otages. Qn'il ne dc^irait du duc de Savoie (pie ce cpi’il lui plairait , mojeiinant une compagnie dans ses régiments.
Que de là il irait à la Rorca-Spinola , où il n’y a que deux ou trois hommes et une vieille, n’y ayant qu’un petit guichet ouvert, parce qu’il n’y a point de crainte ; qu’il y peut introduire sans soupçon blé on farines et vin, et qu’avec clix hommes on la peut garder contre tous vivants; et(jue, pour Saravalle, il y.trouvait des difficultés, à cause que le château est gardé des Espagnols. Laissant donc à part cette derni(-iv comme n’étant plus à temps, et dont j’avais fait la proposition ('es deux aniices dernii-res, et de la surprise de Boscoet-Castellayo, je me suis anété au de.ssein de Final , puisque , par les lettres que j’ai i-eçucs de Lv cour, j’apprends que les intention-sdu roi et du due de Savoie sont d’aller attaquer Final par mer et terre, sous le prétexte, qu’il faudra faire valoir en son temps, de délivrer Gênes des iiicomm(xlités qu’elle reçoit en cette conjoncture. Et nous sommes demeurés d’accord qu’il partirait aiqoord’hui pour s’en aller à Noli , où il attendrait cpielcpies jours la conmuKlité de ses confidents, et m’apporterait toute résolution et moyens d’exé(nition s’il y en avait. Je l’ai averti (pi’en cas qu’il y eût des difficultés, il s’informât au moins d’eux de l’état cl nombre des chefs, soldats, munitions, provisions de la garnison, ets’il est vrai cpiesi Final eût été attaqué par mer, ceux de la ville eussent retiré leurs personnes dans le château ; et qu’aprés cela il pourra inti'oduire dans la Rocca-Spinola , selon (ju'il en sera averti de moi , cc qui sera nécessaire pour entretenir le peu de garnison cpi’JI dit falloir pour la garder. Mais il s’est excusé de faii« aucun voyage à ses dépens , en sorte que lui ayant fait espérer que j’aurais bientôt les ordres nécessaires, je lui ai témoigné que volontiers je lui donnerais du mien huit pistoles pour faire ce voyage et m’apporter les résolutions du fait ou du failli dans mercredi prochain. Je puis être trompé de lui ,
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■nais il sera malaisé que je uc le counaisse, lui ayant dit qu’il faudra qu'aussitût après il s’en aille n l'armée navale trouver M. de Bordeaux; pour quoi faire je lui donnerai le moyen par felouque expresse , et le frère du sieur Bertoletto, à qui je dépéclic de venir ici , entre cy et mardi ou que je lui enseiguerai. Mon secrétaire 'pourra t'en retourner avec lui vers M. de Bordeaux, ayant estimé nécessaire d’essayer de retirer le dernier mot de te qu'on peut espéier pour la surprise de Final à peu de frais; et si ledit Semin se dispose prêt, comme il promet, d’aller à l’armée navale, on aum loisir de recxinnaitre s'il agit franchement , s’il peut réussir, ou d’en tirer raison. Mais je supplie M. de Bordeaux ou M. d'Émery d’envoyer ici queli|ii’un pour fournir aux frais ou envoyer oi-dre pour toucher ici dei|uui subvenir à toutes ces allées et venues, ilont je rendrai compte, afin que r^aû ■c ne. demeure acciochéc faute d’argent, qui en a déjà été la Tuine; après quoi l’on recevra les otages avant que passer à plus grandes dépenses ni s’etigager à aucune exécution , sans cela étant néce.ssaire de donner grandes espérances poitr en faciliter la réussite. J’attendrai donc ce qu’il me sera ordonné pour cela , tie pouvant avancer rien davanUige du mien.
LETTRE DE M. DE S.4BRAN A H. l’akchbvêqub de boxobacx.
.MoasiEim ,
Je vous écrivis hier au long et en chiffres par un homme que celui que vous m’avez envoyé dépécha ici , lui se trouvant en étal de ne s’oser faire voir , ce qui n’est pas pour faire réussir une gratide affaire. Je crois que celle-ci sera plus tût à vous que celle qu’il a , avec laquelle vous recevrez utt mémoire bien ample de tout ce qui se peut espérer et que j’ai pu faire sur le sujet de la vôtre dit ‘22. J’y ajouterai que les ennemis, environ quatre ou cinq mille hommes, et moins de deux mille misérables chevaux s’en sont retournés en grande hâte pour, à ce (jue l’on dit, assiéger Centio, forteresse dépendant de Millesimo, fief impérial de M. le comte de Millesimo, que son altesse possède, et aussi
pour être en état de secourir Final , que le prince de Monaco avait écrit que notre année navale allait assiéger, ou Monaco; mais un gentilhomme génois , qui se fait bien savant de l’état de noti-e armée et forces par mer et terre, a dit que nos galères tiennent toujoiu’S à Marseille faute d’argent, et que nous manquons d’hommes , mais non pas de mariniers, que l’on fait servir de soldats. Le sieur Morel vous dira les nouvelles de Rome. Et attendant vos commandements , je demeure éternellement, monsieur, votre très-humble et obéissant serviteur ,
Sabran.
Dr Génei ce 6 «jplemkrc 1637.
P. S, ^fonsicur . je vous écrivis hier en rhiflre <|U*il fallait veiller un patron nommé 1 bornas Galiella , qui , pour aller plus silremeiit eu Espagne avec déj>éches importiiutes , s’esl promis un passe|H>rt de moi ou du marquis de Kagnasco. Une felouque de députés d’Espagne est venue seule de Rarcclunc ici sans péril.
Je vous envoie eelle que m’a écrit l’ami que vous savez, auquel vous pourrez écrire et mettre h l’amigo; mais il désirerait être près de vous ; il vaut mieux qu’il demeure ailleurs et serve pour mériter; si Lieu qu’il serait à propos de l’entretenir d’espérances à l’avenir.
M. le fine d’iialiiin, sentant tout le seoour.s qu’il pourrait tirer d une divisioti de l’armée navale , qui , débarquant les troupes de la marine, opérerait une utile diversion sur la côte, envoya un courrier à M. de Bordeaux pour lui demander son concours.
LETTRE DE M. D’HALUIN
A M. l'archevêque DE BORDEAUX.
A Rézirrs, ec 8 septembre 1637.
Monsieur ,
Puistjue vous avez’ pris possession de chasser les ennemis des îles , maintenant que l’on en a fait une de Lencate, je vous demande doublemetit secours, et par cette raison-là , par celle du service du roi; et par l’honneur que vous m’avez fait de me promettre part en votre amitié, il semble que vous êtes obligé à me le donner. J’ai envoyé un
lÆTTRE DE M. D’HALUIN. — SEPT. 1637. 480
courrier vous le demander sitôt que j’ai vu que les ennemis s’altacliaicnt à Leucate ; maintenant ({u’ils commencent à la serrer et qu» leurs galères sont prêtes à tirer , je vous supplie très-humblement que je sache par le retour de mondit courrier ce que j’cn puis espérer. Je prévois qu’il n’y a que vous qui puissiez secourir Leucate, car la circonvallation, c’est-à-dire la tête qu’ils retranchent, qui est la seule qu'ils ont à défendre, le reste étant tout entouré de la pleine mer et des étangs, . sera jaiM doute en état de n’être pas forcée; mais du côté de la mer ils n’ontrien fait, parce qu’ils savent que nous n’avons pas de quoi prendre nos avantages de ce côté-là. Que si avec trois mille ou quatie mille hommes voua dobar<(uie7. de te côté, et que nous donnassions au letrancheraent de l’autre, à mesure que vous appi'ocheriez desdits retranchements par le dtxs , nous donnerions par-devant, et ainsi nous les forcerions ; sans doute leur cavalerie ne vous pourrait incommoder, car ce pays de rochers et de précipices ne leur est pas avantageux : ainsi ce serait la plus belle'action qu’il se puisse faire. Que si vous ne pouviez passer jus(|u'à la place , à cause de ladite cavalerie , en vous fortifiant sur le bord du (iraner, nous les tenons enfermes dans leurs retranehements : iissoruiciil resserres dans une demi-lieue d’étendue sans aucun moyen de passer leur app<-tit; à cela, il n’est question d’autre chose que de diligence. Ils n’ont nulle barque, ni vaisseau, ni galère en Krance; queltpres tartanes leur poi;tai«nldeniicrcment des fascines. Leur armée navale est à Majorque, mais je ne sais s’ils n’ont point quclf|iie escaiire de galères à Roses ou Collioure ; de cela , je n’en puis répondre , car depuis ces demiera temps nuis Français ne vont en Catalogne ni en Espagne, à peine en puis-je faire passer en RonssiUon.
Pour les canons ipi’il vous a plu m’envoyer , comme nous n’avons point de boulets de ce calibre, nous ne nous en pouvons servir; et d’ailleurs Roiicemic, qui est têtu comme un Ane rouge et attaché .à sa charge exti'aordinaircment , dit qu’il quittera tout si on lui donne des orticiers avec quelle condition cpie ce soit de lui obéir ou autrement ; si bien que je ne crois ps (jue ju$([u’à ce que vous soyez ici, l’on se puisse servir ni du commissaire ni des pièces. Il faudrait qu’il vous plût faire apporter des boulets du calibre des bâtardes. J’al mandé au
' Cl
n>i l'assurance qu’il vous avait plu meilonner et promettre, et jeti'aurai Jamais de satisfaction si parfaite que si j'étais assez heureux pour vous témoif;ner que vous obligez un homme très-reconnaissant à être toute sa vie,
.Monsieur, votre très-humJilc et très-obéissant serviteur,
d’Hali'ix.
Je vous envoie un brouillon de Leucate afin que vous voyiez la situation du lenaiii tpii l'environne, qui est maintenant tout-ii-fait isolé par un petit canal naturel tpii était desséché, qu’ils ont cxeusé pour y faire entrer l’étang. Ils travaillent avec quatre mille hommes outre les soldats , de sorte <(ue quelque diligence que je fasse, sans doute que sans diversion.....
M. de Hordeau.v ti'ayaiit pu aller secourir M. le duc d’Haluin à la tète d'une divi.sion de galères, i”. parce q'ue M. du Pont de Courlay, leur géticral, refusa démettre ces bâtiments sous les ordres du prélat ; a®, parce (pie M. d’Harcourt ne voulut j>as lui confier de troupes de débarquement , s’excusant sur le secours (pi’il devait porter à M. de Savoie pour l'entreprise de Final, M. de Bordeaux écrivit les deux dépêches suivantes à M. le carditial de Richelieu et à M. de Noyers , afin d'explitjuer au cardinal t*s différentes circonstances, et le prévenir qu’il allait partir piur Leucate ave<t (juelque» tartanes, et y faire de son mieux jKJur le service du roi.
LETTRE DE M. L’ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
A H. LE CARDIXAL DE IICHBUEll.
MoNSEICaBUR ,
lJu 7 sepl«fBt)rc 1W7.
N’ayant pas été plus heureux en la proposition que j’ai faite de se<»urir M. d’Haluin et Leucate tpi’au voyage d’Alger, d’où nous
LETTRE DE M. L’ARCH. DE BORD. — SEPT. 1637. 491 M-rions tie retour il y a lunj'-temps, je m’eu vai* trouver ledit M. d'Haluiii pour tâcher de suppléer, par tartanes et bateaux, au defaut des «aisseaux et galères.
Je rends compte, par le même, à M. de Noyers de tout, et attendrai les commandements de votre éminence , prt’s M. d'IIaliiin, jusqu’à la lin du moLs, juscpi’à quel temps le sieur Guérapin m’a ‘assuié que M. de Savoie ne pouvait rien ciilrepremlrc, ne sarhant cneoie s’il le pourra faire, M. d’Haluin ne lui ayant pu donner les üvmjves onlonnées et ses lettres de chaitge ayant été protestées; et lors vos vaisseaux seront à la lin de leurs vivres, les fonds (pi’oti a envoyés ne se pouvant recevoir <pie de mois en mois, et, par consé- «pienl , obligent les vaisseaux à rentrer tous les mois dans les ports pour faire nouveau pain , qui est non seulement rendre l’armée inutile, mais la petxirc, parce que les matelots sont si ennuyés qu’ils se jettent à la nage |Ksur se sauver ilès qu’ils approchent des ports. Eti un mot, monseigneur, si votre éminence me penuet de lui dire'la vérité, je lui dirai ipi’clle ne doit pas faire grand état de son année, après le mois de septembre , et nul de ses vaisseaux , s’ils hivernent en ce pays, à cause du ver*. Si j’avais en riionneur d'étre deux heures aupix-s de votre éminenix; , je lui aurais |)eul-étre lait voir ce (|u’on lui déjpiisc. Puisque je ne suis pas asser. heureux , et que je n’ai pas le pouvoir de la servir avec ses vaisseaux et galères, je m’en vais tâcher de ma personne et de ma petite industrie à lui témoigner ma |>assion à son service jusqnes vers la lin de ce mois : datis quelque tem|w , je me rendrai ici pour avoir l'iKiiineur d’y recevoir vos commandements, si je n’en suis plus tôt honoré.
.l'ai fait voir à M. Guérapin les blés embarqurà par le sieur Luguet aux îles de Marseille, cinquante milliers de poudie en magasin, des boulets à proportion, et qitatontc canons de Ixitterie ou de munies sur allïits de terre, et six qui y seront à la lin de cette semaine, avec tmis les chariots et engins iiéi-essaiies pour monter les pièces au sommet des montagnes ; l'armée hors des jxtrls et gianile olaü.ssanre
’ 1^ cai rne raiMeaux n’Mait p«A ah)r« donblér en aiirrr.
m LIVRE II. CHAP. V.
à exécuter tous commnndcmeiiU. Il y a dix-*ept jours que j’ai envoyé un courrier à M. d'Ëmery pour lui faire savoir ce que je mande à votre éminence, et il n’est pas encore de retour.
Votre très-humble, très-obéissant et très-obligé serviteur,
. Sourdis, arcbevé<|ue de Bordeaux.
D« Maneillc, ce 7 »q>trinkre tSl;. à mitii.
LETTRE DE M. L’ARCIIEVÈQUE DE BORDEAUX
A M. DK NOYEKS, DISANT QUE QUELQUES OKPRES QU'lL 4IT FAITES AUX PETITS VAISSEAUX, IL n'en A PU AVOIR POUR ALLER SECOURIR LS LANGUEDOC; QU’IL Y VA AVEC DBS TARTANES ET BATEAUX POUR Y PAIRE LE MIEUX qu'il POURRA POUR LE SECOURS DE LEUCATE.
A Mftneilk , It 7 •cpteaibrt iS37i à niüi
Moksikor,
*Vous aurez vu , par la dépêche de votre courrier, les ellbrts que j’ai faits près M. le comte d’Maroourt et M. le général des galères, pour qu’ils voulussent mettre aux lies de Marseille les petits vaisseaux et brdiots propres pour secourir M. d'Haluin, s’il était attaqué, et les galères; ollrant, pour lesdites galères, de fournir pain, vin , viande et argent pour les matelots pour en armer six, attendant qu’il lui vienne de l’argent ; mais je n’ai su obtenir ni l’un ni l’autre : M. d’Harcourt s’excusant sur ce qu'il avait à exécuter les desseins de M. de Savoie, et M. le général des galères sur ce <|u’il désirait (|ue je misse entre les mains de son trésorier de l’argent clair, et tpie , selon le fonds que j’y mettrais, il ordonnerait des galères ; ce que je ne pus exécuter pour deux raisons : la première, parce que je n’avais pas tout l’argent, et (pie la maison du sieur Luquet me prêtait le biscuit, du vin, chairs et poissons pour faire cet armement de six galères ;
La seconde raison, c’est que je craignais tpie, mettant l’argent entre les mains du trésorier en la disposition dudit sieur général , il ne fit comme de celui de Marseille, cpii est à dire payer d’autres dettes et me donner une galère ou deux.
De sorte (|ue me trouvant sans galères et vaisseaux, et voyant
hy( "tfnojp
LETTRE DE M. L’ARCH. DE BORD. — SEPT. 1637. 493 M Guérapin qui vient de Languedoc, qui dit ne saToir, M. d'Ha~ luin ayant refuaé de donner les troupes que désirait M. de Savoie, à cause de la nécessité, si on peut espérer faire quelque chose ou non, et que tout au plus tôt ce ne pourrait être qu’à la lin du mois , n'ayant pas même voulu assurer Luqnet du paiement des hlés et poudres que j’avais retirés par votre ordre pour leur dessein, je me suis résolu d’aller faire ùii tour près M. d’Haluin, pour voir si je ne pourrais point , avec tartanes et bateaux , faire partie de ce que les galères et petits vaisseaux devraient avoir déjà lait. Si vous n’approuvez mon dessein , au premier commandement cpie vous me ferez, je me rendrai oti vous m’ordoii- «lercz. Mais vous sous souviendrez qu’il y a long-temps que je vous ai mandé (|ue j’étais fort inutile ici , d’autant (|ue lu jalousie ne peut permettre à ceux à qui vous avez donné la disposition des vaisseaux et galères de me laisser agir, et quelque raison inconnue les empêche, eux , de vouloir rien faire.
Je sais bien qu’on vous mandera que la côte de Languedoc est si furieuse qu’on ne sait en approcher sans danger de périr, que jamais les galères de France n’y otit été ; mais je sais bien aussi que les grandes actions ne se font point sans de grands hasards , que les ennemis y vont bien pour entreprendre sur nous, et que nous n’osons y aller pour nous défendre; en un mol, quand j’offre d’y aller, et mettre ma petite personne dans le hasard de leurs galères, je ne petise pas leur faire tort.
Enfin, pour éviter toute jalousie, je dis et mande à ces messieurs qui commandent ce qu’il fallait qu’ils fissent, s’il leur plaisait; que s’il ne leur plaisait faire , qu’ils me lais.sas.sent faire. J’ai fait de même {ymr le voyage d’Alger, et j'ai aussi peu réussi à l’un qu’à l'autre, et crois en ma conscience que plus vous m’y laisserez et plus vous gâterez vos affaires, les esprits étant à un point que je ne puis agir ni parler, que je ne cause jalousie; ce qui me fait tenir ici caché depuis quelque temps que je donne à ma santé , me voyant inutile ailleurs.
Pour ce qui est de l’armée navale , je crains qu’à la fin de ce mois elle ne se dissipe. Il y a long-temps que je le vous ai mandé ; car le fonds que l’on a envoyé de 50,000 fr. par mois n’est pas capable de la faire
LtVRE H. — CH AP. V.
.%ubsi«ter, quand inëme on le paierait à jour nommë , d'autant qu’auparavant que cela soit converti en biscuit et chaira sal^, le mois sera expire. Cela pourrait servir, en quelque sorte, pour des vaisseaux qu’on veut qui ne bougent du port ; mais pour une amii^e qui est n^eessitée de revenir tous les mois an port pour quérir sa subsistance, cela ne se voit jamais. $i vous me pouviez dotnier le temps de vous aller entretenir huit jours, j’estime que je vous dt^trompeiais de plusieurs choses sur lesquelles je vois que vous faites des tondements certains ; vous en pouvez faire sur mon obéissance et sur ma passion h vous servir, vous protestant qu'il n'y a homme au monde qui vous honore plus véritablement tpie moi : c’est, »• .W.U11
Monsieur, * '■
Votre très-humble serviteur.
Les lettres suivantes, de MM. de Sabrait, de Guérapiti et d'JMnery à M. de bordeaux sont relatives au coup de main sur Final, auquel il faut rciioiieer.
A M. L’ABCHEVBOtE DE BORUEAIX.
Mossiecr ,
Depuis ce <pe je me suis donne l'hoiincar de vous écrire par la voie du frèrt‘ du cavalier qui était près de vous , je vous ai envoyé plus au long en chiffre tout ce qui s’est passé cette année par ici snr le sujet des pratieptes pour Final , et ce que j'aurais concerté présentement avec ce capitaine Semin, duquel, à vous dire vrai, je ne promets rjue de l’artifice; mais au moins j’en déconvriiai le net et empêcherai qu’on ne s’attende plus à tontes les propositions de tant de gens; et si je puis je l'obligerai d'aller vers M. de Bordeaux, où il conférera avec Bcrtoletto, afin que M. de Bordeaux voie plus clair.
Les Espagnols ont jeté dans Final sept compagnies d’Allemands et ' Espagnols on ^lapolilains, à ce que l’on m’écrit de Savone, et à l’arrivée
(le MM. les ducs de Savoie et de Crécjui , ils ont fui de nuit le dimaiiclie vers Alexandrie. A ous aviez connu <|ue l'avis cjue vous porta mon pidton que j'attends était fort véritable, puiscpie les (pdères ennciuies, à ce qu’un m’écrit , sont parties de Monaco le 5 ou 6 pour escorter audelà de la Provence celle qui porte don Melchiur Borgia. Elles ont bien peur de rencontrer lesncStres, mais je vois qu’elles tiennent toujours à cpielquc cliose. J'ai demandé à ce porteur piéton de Marseille pourquoi il n’avait pas reçu un commandement pour Gènes, puiscju’il m’est bien venu avertir ai je voulais , et il m’a dit que ceux qui l’avaient dépêché, et m’a nommé un homme de Marseille, lui ont défendu d’avertir personne de son dép.vrt. Il y a ici un genlilliouime génois nommé Favarchier, <jul est venu bien informé de Languedoc , de Provence et de l'étatde uotie armt'c navale, et a ditque nous ne mampions pas de mariniers, mais de soldatesque, et que les galères demeuraient faute d'argent. Tons les piétons qui viennent sans lettre des ministres devraient bien être empécht's de passer de Marseille à Antibes sans prendre lettre d’.vucun de vous autres messieurs cpii commandée en mer ou terre, et priiuûpalement le prince de Monaco et ces messieurs .ayant tant d'espions par-delà.
Ce cardinal Saint-Sixte <[ue les Espagnols voidaient faire pape est mort et est allé préparer les logis à deux (Ordinaux qui sont bien malades en Espagne. Le pape a dit (|u’il fallait bien qu’il partit puiscpi'il s’était embarqué. L’on croit que sa sainteté attend révénement de la maladie de oes deux cardinaux avant que d’entendre à une promotion, alin de contenter les princes. Votre, etc.
Sabran.
II ncptembrc iCS^.
LETTRE DE M. D’É.MERA
A ■. L’ARCIIEVè<}UE DE BORDEAUX.
Mo.xsiedb ,
L’on a trouvé la difficulté de ne pouvoir approcher les vaisseaux du lieu proposé si eiaentieile que n’ayant pu trouver d'expédients pour
LIMIE II. — CHAP. V.
la lever capables d’empécher que les galères ennemies ne pussent en un temps calme jeter dans la place les secours nécessaires, que cette raison et les autres dont vous informera le sieur Guérapin , ont fait résoudre M. le duc de Savoie à ne plus penser à ce dessein ni d’attendre plus long-temps à employer l’armée d’Italie à d’autres effets, pomne pas laisser consommer les troupes inutilement. J’ai tous les regrets du monde que ce rencontre m’ôte l’espérance que j’avais de servir avec vous le roi en ce dessein ; j’espèi-e, pour ma satisfaction , ({u’il arrivera quelque autre occasion de le faire, qui me sera toujours bien agréable si elle me donne le moyen de vous assurer que je suis , Monsieur ,
Votre très-bumble serviteur,
d’Émery.
A Turiu, ce t6 srpicmhrr i63^.
LETTRE DE M. GUÉRAPIN.
A M. I.’ARCnEVÜQUE DE BORDEAUX.
Moisseig.neur ,
Toutes choses étaient disposées en Italie poim l’exécution du dessein que vous savez : M. de Savoie avait fait avancer les troupes du roi dans les lagunes à une journée de Final, sous prétexte de couvrir cette frontière et de faire tête aux ennemis qui étaient dans l’Alexandrie. M. d’Ëmery avait établi des magasins de blé et de munitions de guerre à Mondovi pour la subsistance du siège. IjCS lettres de change pour les dépenses nécessaires étaient acceptées et l’on n’attendait que les troupes du Languedoc et Dauphiné destinées poim cette exécution de l’armée navale, avec les galères pour la favoriser et empêcher le secoui's par mer. Mais son altesse ayant appris cpie les troupes de Languedoc étaient arrêtées, que celles de Dauphiné avaient passé, que les galères ne pouvaient être en état qu’à la fin de ce mois , qu’en ce même temps les victuailles des vaisseaux finissaient, et que quelque diligence que l'on pùt apporter pour la contremander, il fallait au moins douze ou quinze jours de temps pour cela, et autant pour se rendre au lieu des-