‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 155 sur 171 · RELATION. — SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

RELATION. — SEPTEMBRE

tcnant'colonel tué et quelques autres oOicicrs , tous ces corps d’iiiiaiiterie lâchaient' le pietlj aussi avait-on bien cru que cette attaque servirait plutôt de diversion que de voie pour emporter le xctrancricmenl. Les cpiatre autres atta<{ues, conduites de sorte que les quatre régiments qui faisaient tête ne se contentaient pas de faire pssage à la cavalerie et de déloger à coups de pique et d’épée les ennemis de leurs relianchements , mais les poussaient jusques k ce qu’ils eussent trouvé les divei's bataillons et escadrons qui les soutenaient. Lo» la cavalerie arrivant, le combat fut opiniâtre de part et d’autre, l’espce ^e deux heures, à la clarté de la lune, qui semblait avoir une lueur cxti-aordinairé pour favoriser la justice de la cause du roi.

Toute la cavalerie enncmie»fut défaite par la nôtre et la plupart de l'infanterie, à la réserve d’un bataillon du l'égimentdu Comte-Duc, à la tête du grand fort, lequel ne se contentant pas d’être itmipu et chasse de bande en bande par les escadrons de Boissac et Sainte-Croix, à la tête desquels était M. d’Haluin, iis 'se raillèi'ent huit ou dix fois k la faveur de leur fort, et M. d’Ilaluin l'allia tout autant de fois sa cavalerie pour les défaire. De sorte que cinq heures durant la victoire fut indécise , tantôt l’infanterie des ennemis se retirant rompue par notre cavalerie, tantôt notre infanterie ployant, et partie de la cavalerie poussée pur le feu d’un bataillon renaissant k toute heure à la faveur de son fort : de sorte qu’il faisait croire que c’ctail plutôt toute l’infanterie ennemie en divers bataillons qu’un seul corps , l’obscurité de la nuit ne pcrmcttanl lors qu'on pùt facilement découvrir les objets , la ({uantité des morts cl des chevaux qui remplissaient le ehamp de bataille nepei’meltaient plus qu’on pilt presque se mettre en bataille, joint que la lassitude que cinq heures d’un combat continuel avaient causée de part et d’autre lit (|ue chacun se remit k prendre haleine en attente du jour, où l’on espérait vider ce dill'érend.

Durant cesilence, tpielqueparticulier de l’armée se souvint (pi’il y avait quatre bataillons d’infanterie et deux escadrons de cavalerie, lesquels, n’ayant pu entrera l’attaque du sieur de Saint-Annez, étaient inutiles; il les alla c|uerir et les amena au champ de bataille si heureusement que ceux qui croyaient et craignaient que tout fût perdu de la part du roi, k

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cause (lu grand silence qu'on voyait et du feu qui paraissait du fort des ennemis , ayant repris un nouveau crcur par la venue de c:cs troupes fralclies aux(|iielles ils se raillaient, (|ui lit éclater un bruit <{ui passa jiis()iicsaux ennenvis, <|ue 4,000 hommes et 400 chevaux frais étaient arrivés. Chacun se rcmiten ordre, les bataillons sc formèrent, et l’obscurité de la nuit par le coudier de la lune ne permettant pas qu'on pOt rien entiepreiidre, fit qu'on atteiuiait le jour avec grande impatience , au<piel irmyM on vit le reste des ennerais suivant la campgne couverte de corps morts des ennemis et des chevaux, l'étang tout couvert de gens ({ui se sauvaient et qui se noyaient, et les diverses batteries pleines de canons dont les rcli'anchcmcnts étaient encombrés. M. d'IIaluin marcha droit au camp de cavalerie avec sa cavalerie, •li il ne fut trouvé (jue la vaisselle d’argent du généial ennemi dans sa tente, et, auprès, celle des deux ' auties chefs, et l'argent de l'armée, qui fut bientét escorté; les tninchoes vides et pix’-tes pour l'attaque ainsi que les parcs de l’artillerie, tout ce (pii était enfin des munitions d(s ennemis en si bon ordre qu’il est facile à juger (ju’ils n’ont pas eu grand temps à se troubler; trente-deux piè(*de fonte, (piatie mortiers, trois cents (piintaux de poudie, ciiu| ou six cents de plomb, sept ou huit cents de mèches, cim| ou six mille IniideLs, autant d'outils pour la tcire, ccnl chariots attelés de mulets et lueufs, et une pixxligieu.se provision de chevalets, blindes, et divers bois, témoignant bien (|ue leur audace leur faisait penser à de plus grands desseins que leurs forces ne pouvaient entreprendre. J’oubliais à dire dix drapeaux et deux cornettes de cavalerie, (pii sont les seuls (|u’ils arboraient.

lai perte qu’ont faite les ennemis ne .sc peut savoir, paixÆ ipe la mer et l’ctang en cachent la plies grande part; et la peur étera pour le moins l'envie à un autre de ne plus porter les armes , et à tous de songer jamais à la Franc». Mais l’on trouve dans l’armée pour le moins deux ou trais mille soldats vêtus à l’espagnole, et plus de six mille cpii ont maintenant double armure.

De vouloir dire le nom de ceux (pii se sont signalés en ces rencontres, impossible, car l’armée n’étant composée cpie de seigneurs et gentilshommes particuliers et des gens de coeur de la province, il faudrait presque autant de chapitres qu’il y a eu d’hommes ; mais l’on ne peut

RELATiqji. — SEPTEMBRE 1637. 513

«p« P<m nedie'que M. lèduc ijllijuin y «,f«îVte' soldat, 3e capitaine et le^ndral avéc tadt'dé enéw*, tant d^ condiiite et si ^hinde hardiesse, qu'dii peti*. dire avec' idSritë '^ne sTI n’a sufpBssd »n pë« en cette seule action , il Ta bien imitë. ’

. M: le marquis de Vai%nnes, lieulenant-génëral de l’armëe, y a travaillé avec tant de jugement dans la résolution , desprudence dans la conduite et de cœur dana l’exécution, qu'il a (ait voir à tout le monde que l’extrémité de la flialadie en laquelle il est n’a rien diminué dé sa valeur connue de si longue main.

M. d'Argencourt , maréchal-de-camp, auquel seul le dessein deoette attaque est dd , dans l’opinion que chacun avait de son impossibilité à cause de la grandeur des retranchements, de la quantité d’artillerie et du nombre d'homiqes de pied et à cheval qui excédait oeluiT^des attaquantsÿ n’a'paa moins témoigné de coeur que de conduite en l’ex^ cution qu'il U fait du jugement en la proposition.

Toute l'infanterie a fait des merveilles à gagner les retranchements et toute la cavalerie à rompre celle des ennemis et les bataillons formés qui soutenaient les letranchements.

Mais il fout avouer que M. de Boissac y a fait des merveilles. MM. de Sainte-Croix et d’Escoulé ont eu chacun deux chevaux tués sons eux; les sieurs de Lastronque et Ëspondcllan y ont rallié leur année tout autant de fois que les ennemis ont paru et les ont chargés de même.

M. le marquis d' Ambre, blessé de trois coups de mousrpet qui lui ont percé le bras de part en part, est retourné trois fois au combat avec ses blessures.

Le s'ieur de Clermont , lieutenant des gardes de monseigneur le cardinal duc de Richelieu, a fait tout ce qu’un soldat déterminé et un sage capitaine pouvait, ayant été en pourpoint cheval avec l’infanterie gagner lesretranchements, et à toutes les charges qu’a folles la cavalerie.

Le sieur de Menneville, capitaine de chevau-légers, ayant laissé sa compagnie en l’armée de Guienne , est venu en volontaire chercher la guerre en celle-ci , où il a montré en pourpoint qu’il était soldat et capiloiiie.

Le sieur de Clermont-Vertillac, mestre de camp d’un régiment en I. ■ 65

garnison. en Provence, a reçp, à la tête des eiffants pelons, un même coup que celui qu’il a eu à la prise des Iles fiaiut-Honorat et Sainte- Marguerite, et le sieur comte de Clermont y a donné aussi , avec 'ses amis, de signalés témoignages de sa vaictu'. '*

MM. de la Guette, capitaine an régiment dé Normandie, Ihibosque, au régiment de Languedoc, et Dnrepaii'e, lieutenant en la citadelle de Montpellier, aide-de-eamp, y ont fait leur charge avec grand cœur et honneur; et le sieur de Bouiv:, qui a été premier capitaine au régiment de Picardie, a rendu des services incroyables, tant dans le combat que dans la reprise de la Palme et Roquefort, que les ennemis tenaient.

Le comte d'Aubijoux, qui commandait la Corncttc-Rlanche', s’est signalé, et M. de Clermont-Sessac , qui commandait un antre escadron de noblesse. M. le marcfuis de Mirepoix, par. un témoignage de la valeur héréditaire dans sa famille, y a rendu sa mémoire à jamais recommandable' par une glorieuse mort. Les sieurs de Soiiit-Aiulré et Aiihibal , bâtard de Montmorency, y ont extrêmement servi, ainsi (juc M. <le Montbrun, tpti œmmaiKlait le régiment de gens djirmcs .à Ct>rbie, et de Clermont, tous deux blessés, ont fait tout ce qu’on |)cut désiior d’un homme de bien et de valeur. Les sieurs de la l’rinic et de Paulo-Granval, avec leurs amis, ont gloricuscineiit combaltu , ayant été blessés de mousquetades, dont le premier est depuis «iécéilé.' Une ititinité d’autres dont les noms me sont inctinmis, on <|iie la mémoire ne me l'eprésente pas maintenant, ont fait tout ce qui était nécessaire pour une action si extraordinaire, en laquelle le sieur de SainuAndré, mestre-de-camp, blessé de coups de piques et d'épées, a fait tout ce que le cœur, l'esprit et la connaissance au métier peuvent suggérer à un homme de sa naissance.

M. l’archevêque de Narbonne a servi avec soins incroyables, tant en la résolution qu'en la conduite de cette entreprise, et tous messieurs les prélats de la province ont contribué leurs soins et leurs biens pour faire diverses levées, et leurs suffrages pour l’imposition de ciiupiaute mille écus pour chasser les ennemis, entre lesquels M. i’évéque d’Alby, qui a amené cinquante gentilshommes à ce combat, a toujours agi très-puissammeiU et utilement auprès de M. le duc d’Hahiin , sou

KEl^TlÜNi «^ SEPTEMBRE 1637. 515

cooai» germain, pour meUrea^m d «leuçiH^n^ayaiit non plus ép^'giic sa personne que sop biem j^èr^ssion avart,pour le se^ice du roi Ini avant fait «MljUier WMÜtin» p|Ur S|^tmuver,(||ans tmites les recoiinàiasAices qut^ aonlrlattes de la place ÿ et même dans 1er retranciiements des ennemis jm plus fort du ootnbat pour f servir^e roi, 7 assister son parent^ et pour secourir leable^^s spiritueilement et corporellement. ' ' • ' .

MM. Miron et Dnprë, intendants de la justice, l’un ^tant à Narbonne pour diligenter les nëcessit(5s et l’autre à l’armée pour y maintenir la justice et la police, ont témoigné leur alFection aux extrêmes soins qu’ils ont pris à faire fournir l’année de tout ce qu’elle avait besoin.

En un mot, cette armée pour conquérir la France, à laquelle tous les elTorts d'Espagne sont employés durant qu'ils se laissent battre par tous les coins du monde, a été taillée en pièces par un oombat acharné, dans scs propres retranchements parfaits, par un gouverneur d’une province particulière assisté de volontaires et des communes, excepté deux troupes de cavalerie, et sans autre assistance que les seules forces de la province.

M. de Sabrait annonce à M. de Bordeaux la mort de M. le due de Mantoue, et le changement apporté par cet événement dams les affaires d’Italie. On voit par une pbr.a.se soulignée, de M. de Sabran, qu’il {icnsait que l'occasion serait peut-être favorable pour s’emparer de quelques-nnes des places fortes de cette principauté, dont madame la duchesse de Mantoue restait régêtite.

EXTRAIT D’UNE LETTRE DE M. DE SABRAN

■ A M. L’axCHEVÉQÜE de BOBDEAOX. *

M. le duc de Mantoue est mort le 22, après vingt-

un jours de maladie; trois jours après c[ue les lièvres l’ayant. quitté, ou le tenait hors de péril, il a été sui'pris d’un catarrhe, ému d’une médecine qu’il avait reçue. La priucesse, qui est de vingt-sept ans, mère

d'un fils .petites du duc , de sept à huit ans , et d’une fille de neuf k dix'ans, d'un esprit généreux et délicat. Aussitôt fut dépéché le sieur Constantia.au roi, à son éminence et à messieurs les ministres, jour et nuit, l’adressant à moi, et me témoignant sa résignation h la volonté de si^ajesté, et faisant tenir la mort seciète et les portes fermées de Manloue jusqu’à ce que le temps qu’il lui fallait pour arriver fût passé; tlont je le fis incontinent partir par la Provence le 24, et m'a écrit le 26. L’Espagnol ne manquera pas de se réveiller ; mais les intérêts de son fils et le désir qu’il avait toujours de gouverner, lui conseillèrent de le. faire sûrement et de donner voile selon le vent. Le prince de la Miratidole est mort et a laissé cuire les mains de sa belle-fille et de sa fille la tutelle du petit-fils et de la place sous la protection de Modène. V ailà bien de bonnes places emftienouiUées. Je vous baise très-humblement les mains, et, sans réserve, je reste,

Monsieur, vobe lrè»4umble et obéitsaut serviteur,

__SauAX.

i)e I** octobre 16)7.

Dans cette dépêche, M. le cardinal de Richelieu approuve les projets de M. de Bordeaux au sujet da passage de douze vaisseaux en ponant.

Mo.vsiEua , ,

M. le marquis de Sourdis m’ayant fait entendre que vous lui avez écrit qu’après que les douze vaisseaux destinés pour Alger auront fait l’elfet pour lequel on les y envoie, on pouira les faire lepasser dans le ponant sans les exposer à aucun péril , quoique la saison soit fort avancée. Je vous fais qe mot pour vous dire que si cela est, je le trouve fort bon , et vous envoie l’ordre nécessaire à cet effet. Mais si vous jugez qu’il, y ait le moindre danger du monde pour lesdits vaisseaux, je ne désire pas qu’on les hasarde, aimant mieux attendre au printemps à les Ciire repasser que de leur faire courir le moindre péril. Vous êtes sage et avisé , c’est pourquoi je m’en rapporte entièrement h votre jugement et à cehti de ceux qui sont sur les vais-

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