LA PART DU ROI
A Chanet , U vt novembrr
Monsieur ,
Le bruit continuant de l'approche du cardinal de Savoie pour entrer dan* le Piémont, joint à l’orrire qu'il est nécessaire de mettre en toutes les garnisons de ces dites pour leur établissement à peu près de l’état que je vous en ai envoyé en attendant qtie nous recevions le vôtre précis, m'a obligé de me rendre ici avec messieurs de Champigny, de Mareuil, de Nancré, et autres officiers du pays , pour voir ce que nous aurons à faire pour n'glcr les garnisons des ilcs avec un homme de la part du comte de Carces.
Il y a tpielque temps que je vous mandai, ce me semble, comme j'avais dépéché un courrier à madame la duchesse de Savoie poiu- lui témoigner la part que tous les serviteurs du roi prennent cii son accident et pour lui oll’rir tout ce qui dépendrait de sa majesté en ces pays ici, et de lui oliéir en tout ce epi’elle m’oidoiinerait; et je vous dirai par celle-ci comme madame a agréé ces civilités et témoigné en être fort obligée au roi, auquel elle en écrit. Je m’assure aussi qu’elle me lait l'honneur de me le mander. Le marquis de Bagnasque, auquel j’ai fait les mêmes offres, les a aussi reçues avec grande joie, d’autant que le cardinal de Savoie est à .Alexandi-ic. Je ne sais si sa majesté et son éminence agréeront mon procédé en ce rencontre , et vous supplie de me le mander.
Le commandeur de Guitaud a fait voir à M. de Champigny comme il était innocent du vol d'eau de Naples et de senteur, dont vous lui
:m LIVKE II. — CIIAP. V.
avez écrit, puistjue c’est un nommé Pontbriant, officier des galères. Ce sont tous jeunes gens qui sont dans ce régiment, et qui font pareils <Iésortlres partout où ils sont; ceux qui sont dans Saitit-IIonorat ayant rompu et volé tous les magasins qui y étaient , dont on a informe il y a long-temps : ce qui nous fait résoudre d’y avoir plutôt une plus faible garnison que de les y laisser davantage, dans les plaintes (ju’on nous en fait tous les jours.
IjCs procureurs du pays paient gaiment au.\ garnisons ce qui est du fonds du régiment de Vitry et de trois auti-cs régiments ; mais comme la dépense est plus grande, et que vous n’avez point encore réglé ce que vous voulez faire des régiments qui augmctitcnt' cette dépense, comme les galères, Vaillac, Saint-André, Clermont-Vertillac et autres, j’ai bien peur qu’il y aura de grandes crieries, et cpi’au lieu d’un petit ordre et établissement que nous croyons faire, nous tombions dans le désordre : c’est pourquoi je vous supplie très-humblement d’y mettre la main et île penser de bonne heure à y remétlier poiu' empêcher le mal qui en (x>urrait ai i ivcr.
Nous nous en retournerons le long de la côte voir en quel état sont toutes les places et l’établissement qu’il y faut faire. On souhaiterait bien d’avoir vos ordres pour les v exécuter d’un meme temps.
Je vous envoie une lettre du lieutenant tic l’amirauté d’Agde, en allcndant <jue je vous envoie son procès-verbal, par laquelle vous verrez (jiie le port n’y est pas moins bon que je vous l’ai mandé , et que les étrangers ont plus de connaissance de nos ports que nous-mêmes.
Il se glisse ici de grands abas parmi les troupes : d’autant que les ofliciers voient à présent que la paie est bien réglée, ils font passer quantité dc passe-volants en leurs compagnies et apportent des lettres et des brevets du roi pour être payés aussi bien présents qu’absents. Si on ne les passe, vous êtes sans régiments et êtes chargés de leurs corps; passcz-les aussi, vous n’avez que des officiers. Si bien que j’estime pour y remtkiier qu’il faudrait que vous envoyassiez un ordre ou un mot de lettre du roi, par lequel il défende très-expressément de payer (jue les cfl’ectifs, et actuellement seront ceux qui seront malades ou qui auront été blessés dans le service; et que les compagnies qui ne seraient au-
LETTRE DE M. L’ARCH. DE BORD. — NOV. 1637. 5îS dessous de cinquante hommes , les ofliciers n’en seront point payés, non plus que de leurs étals , mais que l'on donnera- aux soldats leur paie manuellement en les distribuant aux autres compagnies.
Je vous rendrai compte de tout mon petit voyage quand je serai de retour à Toulon. Et cependant je vous supplie de me croire,
Votre trcs-hiunble serviteur.
De Sourdis.
P. S. .\upar»vanl que de partir de Toulon , je Bs tant que je Bs sortir le$ vatueaux du port et les raettre à la rade pour 1rs Caire passer; mais comme le temps nYlaît propire , ils ne purent faire voile ce jour»ià ; ni»nmotns le leiulentain le temps avant changé , je crois qu’ils sont à la mer, et que par ce cournot vous en serez informé.
LETTRE DE M. DE NOYERS
A M. t’ARCHEVÊQUR DR BORDEAUX.
Monsieur ,
Enlln, vous recevez la nouvelle tant tie^sirëe de votre congé et U réM>lution du partage des vaisseaux qui sont en levant, dont son éminence vous écrit d’y en laisser dix-huit avec les vingt g.ilères, cl de faire repasser le reste ès mei's du ponant, où son dessein est de former un puissant armement pour s’opposer aux desseins que les ennemis y pourraient faire à noire préjudice. Vous aurez as.sez de bonté potir laisser avant votre parlement une bonne instruction à M. de Chaiiipigny, pour qu’il puisse continuer k y servir utilement et au contentement de son éminence; et je ne vous en aurai pas moins d'obligation que si tous les biens que vous lui faites découlaient sur mon propre üls. 11 ne faut pas beaucoup parler à un ami qui revient': aussi je coupe en me disant,
Monsiciu',
Votre Irès-Immble et tre*8-airectionné serviteur,
De Novkbs.
De Racl, ce oovrmhrr »63-,
A M. L'ARCHBVfiQUE UE BORDEAUX.
Mons. l’arcbevéque de Bordeaux, tous ayant envoyé mes ordres pour faire passer ès mers de ponant une partie des vaisseaux de mon armée navale, j’y ajoute cette lettre pour vous dire que mon intenlion est que vous fassiez mettre sur ces vaisseaux quarante canons de ceux qui ont été gagnés sur les Espagnols à la leprise de mes iles de Sainte- Marguerite et de Saint-Honoré de Lérins , et que vous donniez ordre à celui qui commandera ces vaisseaux de prendre encore douze canons en Languedoc de ceux qui ont été pris sur les Espagnols à la bataille de Leucate , lc.squels je mande à mon cousin le duc d’Haluin de faire délivrer à celui <pii aura chaire de vous de les recevoir, pour être tous mis où il sera ordonné à l’armée dcsrlits vaisseaux paiMlcrà. Et la présente n'étant à autre iin, je prie Dieu vous avoir, mons. l’archevéque de fioixleaux, en sa sainte et digne garde,
LOUIS
.Su BLET.
E&rîl i SAiBl«’Làej'aiaiu*eu«Ljye» te lo ooveohr* lOJ;.
Le roi annonce à M. de Bordeaux qu’il a nommé M. le comte d'Aletz gouverneur de Provence.
A |l. l'archevêque PB lORDBAUX.
Mons. l’archevêque de Bordeaux, je vous ai déjà fait savoir comme le mécontentement que j’ai reçu de la conduite du marcclral de \ itry m’a donné sujet de le déposséder du gouvernement de Provence et que je l’ai rempli de mon cousin le comte d'Aletz, lequel je sais être autant digne de cette charge par sa capacité, zcle et bonne intention, qu’il l’est par sa naissance et qualité; et comme j’ai cru qu’il était important
LETTRE DU ROI. — NOVEMBRE 163T. 5i7
de lie pas difliérer de l'ciiToyer m'y servir, je le fais partir présentement de deçà poui- ccUe ün , et je raccoinpa(;ne de celle lettre pour vous lémoii;iier qn’il n’y a rien ipic je désire iLavanU^ que d’étre assuré que vous établissiez et entreteniez avec lui une bonne union et corresjiondanee en toutes les choses qui legai-deront le bien de mon service et celui de ladite province pendant que vous avez à y demeuier, sachant <pie de sa part il s'en va entièrement disposé à suivre ce qui est en cela de ma volonté ; et parce que votre ailéction et suflisanM; vous ont fait prendre une connaissance particulière des aliâires delà province, je vous recommande aussi de lui communiquer cordialement toutes les lumières «pie vous en avez , et de lui donner vos bon» avis sur toutes choses «pii y peuvent être à faire pour mon seivicc, aliii qu'il y apporte le bon oivlre conveoabio en tout ce qui dépendra de sa «diarge. Je vous aurai beaucoup de gré de l'assistance «ju’il recevra de vous pour cet effet, laquelle je suis assuré qu'il voua reiidi'a semblable en tout ce «pii sera de son pouvoir , suivant la recomman«lation uèsexpresse que je lui en ai faite, ce «pti m’empécheni «le vous faire celte lettre plu» longue «pic pour prier Dieu vous avoir, mous, l'aiehevéciue de Bordeaux , en sa sainte garde.
LOUIS
SUBLET
fxrit à Ruet 1« ssvsmbre lUl^.
M. le cardinal de Richelieu écrit à M. de Bordeaux, sur une proposition de racheter les soldats espagnols et portugais.
M. de Loynes m’ayant fait entendre «pi'il y a un Juif en Provence qui vous a proposé de retirer les Espagnols et Portugais qui ont été pris en mer et sur les côtes depuis «pic les deux couronnes sont en guerre ouverte, et qui sont maintenant sur les galères du roi, en payant une certaine somme pour leur rançon, et donnant, de plus, d’autres forçats pour mettre en leur place sur lesdites galères, afin «pic les «diiourmes ne soient point affaiblies, je voua fais cette lettre pour vous dire que j’approuve cette proposition , et «pie je serai bien aise que vous l’exé-
riitiez , .<i vous la jugez utile. Pour cet elTet , j’écris à mon neveu de faire faire une exacte perquNÎtion sur les galères de tous lesdits Eispagnols et Portugais, et qu'il vou-s remette entre les mains ceux qui s’y trouveront et tons autres que vou-s lui demanderez, au cas que vous terminiez cette affaire; mais vous vous souviendrez, s’il vous plaît, qu’il faut auparavant que de donner la liberté aux uns et aux autres, avoir elléctivement l’argent dont vous conviendrez avec ledit Juif pour leur i-ançon (lequel on pourra employer à l’achat d’autres forçats pris, ou par ceux de Gênes ou par ceux de Savone, si on eu a besoin), et, outre cela, que leilit Juif fournisse autant d’hommes pour mettre sur lesdites galères qu’on lui rendra, ou, s’il ne le peut pas à l’heure même, qu’il donne de si bonnes cautions de le faire dans un temps dont vmts tvmviendrez avec lui, qu’il n’y puisse p;is manquer. La créance que j’ai que vous ne manquerez jias de prendre, en cette affaire et eu toutes autres qui regarderont le service du roi, tous les avantages qui vous seront possibles , m’empêchera de vous y convier davantage, me contentant de vous assurer toujours de la continuatioë de ason afTectioii , et (pie je suis véritablement , .f .
Monsieur, ’ ' ^
Votre très-alicctionné comme frère à vous rendre service.
Le Cardinal de Richelieu.
M. de Bordeaux transmet à M. de Noyers de nouveaux renseignements sur les préparatifs que font les Espagnols dans le port de Naples : tpielques uns croient que cet armement est destiné à une tentative sur le comté de Nice. M. de Bordeaux expose aussi son avis relativement à de nouveaux subsides demandés à la Provence par M. le comte de Garces, lieutenant-général de Provence. Il r(düse enfin, par honneur et par convcuance de position, de donner de nouvelles preuves à l'appui des griefs reprocliés k M. de Vitry.