‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 28 sur 171 · LETTRE DU CARD. DE RICHELIEU. — AOUT 163B · texte numérisé non relu

LETTRE DU CARD. DE RICHELIEU. — AOUT 163B

culièi-emeiit toiicliaiit les vaisseaux <pic vous devez remener en Poiiaiil , atiii de prendre sur ieeux une résolution déterminée.

Je vous écrivis hier (xnir vous prier de faire l’impossible pour secourir M. de Panne; je vous en conjure encore derechef par ces lignes, étant une des choses les plus importantes que nous ayons mainlenanl.

Vous vous souviendrez^ s’il vous plait, après que vous serez de retour de ce voyage, de ne paçlîtr point de Piovcnce avec lesdits vaisseaux pour revenir dans le Boiiant tjue vous ii’aycz si bien poui’vni à la subsistance de l'armée navale qui restera en Levant, pour autant de tcin|>s «pi’elle demeurera en mer, que rien n’y puisse manquer, parce tpi’autreraent tous les équipages se délianderaienl, et les vaisseaux seraient tonl-à-fait inutiles au tenqvs cpj’on en am-a plus de besoin. Je m’en repose -sur votre soin et sur votre all’ection.

Le commi-ssaire Pastoiuoau s’en va conduire à Marseille deux cent trente ou cptarante Turcs et Maures qui ont été pris aux aUes de Broiiage et de La Rochelle, pour être apres distribués sur les galères. Lors<|u’ils y seront arrivés, vous ferez ce tpt’il faut pour cela ; cl si vous n’étiez pas à Marseille en ce temps-là, vous donnerez charge à quelqu’un d'en prendre le soin. Cependant, attendu qu’on a fait croire auxdits Turcs et Maures c|u’on ne les menait à Marseille qu’alin de tes embartpiersur quelques vaisseaux de l’armée navale pour les repasser en leur pays, à quoi ils s’attendent, vous tiemlrcz mes desseins secrets, sans en parler à personne, de crainte qu’en ayant avis ils ne se sauvassent.

On fait tout ce tpt’on peut poiu- vous envoyer de l’argent comptant, à quoi j’apporte de mon côté tout ce qui dépend de moi. Vous le croirez, s’il vous plait, et que je suis. Monsieur,

Votre trcs-aireclionné comme frère à vous rendre service.

Le Cardinal de Richeueu.

Ainsi qu’on l’a dit, les Génois voulant à la fois se ménager l'appui et l’alliance de l’Espagne sans se trop compromettre avec la France , par un refus décisif, éludaient Incessamment d’accorder les demandes suivantes nettement posées par M. de

Sabran : i" au sujet du passage que Louis XIII rwlamait pour les troupes qu’il voulait envoyer au sccuMrs de M. le duc de Parme; a" au sujet de la libre pra^qA&^dw ports génois pour les vaisseaux français. Pourtant^ ir^rce 'd’obsessions, ou plutôt en interprétant son silence, comme un consentement, M. de Sabran obtint du sénat qud^o hommes, deliris de l’armée de M. le duc de Parme, alors épa'rtr^ns le Montferrat, auraient passage sur le territoire génois. Persuadé d'ailleurs que «•ette république ne répondrait d’une manière catégorique aux instances de la France qiîe dominée par la crainte, M. de Sabran envoie à l’appui de cette conviction , et de là manière dont il l’a exprimée, son discours au sénat de Gênes. On verra dans cette dépêche que l’envoyé de France insiste particulièrement sur ce fait d’une si lâcheuse interprétation pour la loyauté des Génois envers la France : çrue les Espagnols affirment ne s’ être emparés des lies Sainte-Marguerite et Saint-f/onorat que grâce au secours qu’ils auraient trouvé dans les ports génois.

Le sieur de Sabran, depuis son retour, n’a pu avoir aucune réponse claire de l’intention de la république de Gènes sur les passages des gens de guerre, blé , accès et pratique ès ports. Sur quoi néanmoins il lui lit connaître, comme l'on peut voir par ce qu’il fit entendre à la seigneurie, que le roi n’en faisait aucun doute, et né voulait à l’abord les cfiiiroucher, parce tpic les Espagnols auraient ici sept mille hommes, si toutes les galères, les vaisseaux et notre armée étaient bien éloignés, et si celle d’Italie se diminuait et réussissait assez mal ; depuis il s’est présenté occasion de faire passer huit cents hommes du débris de l'aimée du duc de Paime, cpii était sur Je Mon)fcrrat, et (pour le (aire court attendant l’expédition que Sabran fera dans deux jours au long de tout ce qui se passe) de ce tpie l’on doit espérer et qu'il estime que l'on peut foire; il a demeuré long-4emps sans pouvoir avoir résolution de consentir au passage de ces gèns de guerre , ni de le refuser ;

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DÉPÊCHE DE M. DE SABRAîi. — AOUT 1f.3G. sur quoi, pour les faire résoudre e( ne laisser périr cette soldatesque, il SC l'ésolul d'expliquer leur silciioe par un consentement, et mander à IMcssieiirs (|uc leur iiTi'solutioii ne devant pas causer la mine de cette iiiiàiilei'ie , ni préjudicier au service du roi et du duc de Parme, qui eu avait bfsuiii , il ferait passer celle infanterie à troupe de soixante à la fois, mais voisine l’une de l'autre, aveu les armes, à cause des frontières et lieux suspects; et <|u’il counaitrait lem- intention par lescliets en facilitant ce passage ou s'y opposant, et qne l'état de la soldates(|uc, ni l’autorité d'un grand roi , ami et voisin , ne pouvait soiifli'ir la longueur de -leur irrésolution. Ayant su cet ordre qu’il avait donné, enfin ils se sont ravisés et ont consenti au p.assage comme il a été désiré , mais après avoir joné les dernieia ressorts. Ils ont passé sept ou huit cents en deux corps, par deux côtés pour moins de foule, en ti-oupes de soixante qui se suivaient de demi-heure ou d’une heure , afin de suivre en quelque façon le nombre qu’il prescrivait; mais n'ayant pu consentir que ce fût à troupe de soixante par jour , et qui était impossible, tant pour la longueur tpii eût causé de la dépense qu’ils ne pourraient faire, que parce que le prince Doria, de la part d’Espagne et de la sienne , faisait le mauvais garçon en mi fief impérial.

La seigneurie ne pouvait se résoudie qu'ils eussent des armes, mais je montrai qu’il ne se pouvait autrement; elle consentit, pourvu qu’elles fussent emballées ; mais le bruit des bannis qui attendaient ès frontières du prince Doria, qui remuait de son côté, m’a été un sujet nécessaire d’opiniAtreté qu’ils porteraient les armes partout où il y aurait du péril , si la seigneurie ne voulait demeurer garant des ennemisjusqu’à safraiitière , de quoi le sieur de Sabran la déchargeait volontiers , pourvu qu’ils fussent armés. Enfin ils passent tons aujourd’hui , et sont plus de sept à huit cents depuis hier à dix milles d'ici. Un leur a donné commissaires et ordres pour avoir toutes nécessités et passer sûrement. C’est la plus grande alTaire qui a plus travaillé la lépubliquc de Gènes et déplu à l’Espagne cpji serait jamais présentée depuis six vingts ans qu'ils sont intéressés avec l'Espagne. La chose a passé par les conseils, et la planche est faite.

Il ne reste qu’à voir si Sabran* pressera la résolution d’étre assuré

KO LIM\E 1. — OIAP. I.

«J'êlre reru è» poriji comme ami, et, en toutes occasions, avoir tous passaf^es par mer et terre, laquelle ne passera point^K par une grande nuiiite, comme celle que donnera l’état et lajprésence de l’armée navale et le renfort de celle d’Italie, <pe l’on atténd.^Sabran , sous main, en attendant, fera connaître qu’il serait bien à proflb* qu’il fût éclairci de l’intention de la république de Gènes, par-uoe liéponse au roi, sur eequi touche ses porLs et passages, pour en user oûlume ami, et si Sabraii n’en est abondamment éclairci, il s’en expliquera mieux au premier avis de la cour, ou de l’armée navale, selon qu’elle a besoin de ce qui dépend de la république de Gènes. Le sieur de Sabran a écrit depuis deux jours à MM. le maréchal-général des galères etévèqudde Nantes, par le beau-frère du capitaine La Ramée, pétardier*, qui a accès avec l’armée ennemie sous prétexte d’étre Maltais, qui va en Provence, et il a été chargé de passer h Vay, pour, s’il est possible, parler aux Provençaux qui ont commandement sur les vaisseaux ennemis, et les ramener sur ses offres; de rpioi il rendra compte en Provence aux seigneurs qui commandent en mer et terre.

Le discours suivant, prononcé le ap juillet, était joint à la dépêche de M. de Sabran.

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