LET. DE M. DE N(ATRS. — SEPTEMBRE 1036. H
il n’aurait pas le commandement absolu. Enfin M. le cardinal de Richelieu, commençant à s’inquie'ter de l'inaction de l’armée navale et du mauvais et dangereux esprit qui régnait parmi ses généraux , fit écrire la lettre suivante à M. l’archevècjue de Bordeaux par .M. de Noyers.
LETTRE DE M. DE NOYERS
A N. L'.\acHEv£geB de iohdealx.
D« la 14 *fptcini>te.
Mossieub,
Il serait inutile d'employer le temps à toils dire le déplaisir et la douleur de son excellence à l'arrivée de trois courriers portant toius trois une même nouvelle, tpii dit en substanc^que, ptiur avoir manqué la prise des Iles à l'airivée de votre armé^nÉvalc en Provence, les ennemis ayant eu du temps de reste pour jeter dans le Frioid trente à quarante galères avec renfort d'hommes, iP serait maintenant hoi> de raison de les aller attaquer, et ipi’ainsi l’année entière de cette florissante armée étant perdue, il ne reste auUe refuge à sa réputation que de construire un fort près de Morgues, tpii peut un peu rétablir notie ciédit et faciliter l’attacpie et la reprise des Iles. Vous verrez, par le <liiplicata de celles de M. de \'itry et de M. d'Harcourt, tpic je devais nommer le piemier, le sentiment de sa majesté sur ce sujet. Ses intentions et le moyen qu'elle veut être tenu pour les exécuter, je n'en dirai rien ici, pour éviter la répétition à un homme qui est chargé de (piclques alfaires; seulement vous prierai-je, par ce «pie vous avez de plus cher, lie ne plus soulfrlr i|ue des contestations et des intérêts particuliers ruinent les ailàires du roi et de l'Etat, et que de bonne heure vous y mettiez la main comme sa majesté l'entend; mais, de grftce, faites-le en sorte qu'il n’y ait plus rien à y désirer, et qu'au lieu de plaintes, ■sa majesté emploie son temps il lire .les exploits de cette belle flotte dont l'honneur vous est si cher. Plût k Dieu que chacun y .vpportAl et le désir et la disposition que vous y avez! bientôt nos ennemis se
liO UVKE I. — CHAP. I.
conteiitPi-aient de leur lu'i ilape, sans nous venir iiiquk'ter chez nous; je l'espère pourtant , et Vois les armées pleines de braves gens et bien généreux en résolution de faire voir au roi qu’il y a encore de ces lieux Gaulois rpii savent mourir pour leur prince et pour la patrie qiianrl Itesoin est et que la saison le reipiiert. Je prie Dieu fpt’Il vous y conserve et donne autant de satisfaction que vous en souhaite, Monsiciu’,
Votre tris-humble et üès-afrectionné serviteur,
Dr Noybrs.
f,es irixsolutions, ou plutôt l’iiiertie complète de l’armée navale avait un autre grave inconvénient: c'était celui de paralyser même lés bonnes intentions des princes alliés de la FraniT, qui craignaient de s’aventurer trop, et attendaient pour agir que «vite pirisiamce agit elle-même d’une manière tlécisive. ,M. d'iimcry, envoyé à Turin, rend ainsi compte des dispositions de M. de Savoie.
LETTRE DE M. D’ÉMERY
A >1. L AKCHEVËQUR DE BORDEAUX.
De Tiiria , U i5 ««pf^mhrtf
Movsiecr,
Son altesse m’a fait voir les lettres que vous avez écrites à M. le inaitqiiis de Ragnas<pie et sa réponse s’ur le sujet des dix compagnies de gens de pied que voiH vouliez mettre dans le fort de la Turbie, tant pour servir à l’exécutioii que vous savez que pour lé défendre des entreprises qu’avaient les Ësp,ignols sur celte place, à la sAreté de latpielle ledit marejuis de Bagnasque écrit à son altesse y «voir si bien pourvu qu’il lui en répond sur sa tête. .. ’
Je ne pense pas, monsieur, ■yÈE voulu, comme écrit ledit
sieur de Bagnasque, loger lesdi® tonpes dthjs le fort même, parce (pie vous savez bien qu’il est diflicm qu’un ^iiverneur se dispose à
-Digitfzed
LETTRE DE M. DE NOïTilS. — AOUT 1636. ' 121
recevoir une garnison «‘iraiigèi'e plus forte que la sienne dans une place , et que cela ne se pratique point; mais j'ai assuré son altesse tpie vons ne vouliez les loger que dans les maisons dépendantes dudit fort, ou dans une ville s’il y en a; mais comme je ne sais point la situation des lieux, je ne m'en suis pu bien expliquer. ' ^
Son altesse m’a dit que le fort de la Turbie est une simple tour dans laquelle il ne tient ordinairement que huit ou quinze hommes de garnison , au bas de laquelle il n'y a <pe qnati-e ou cinq maisons, et que tout cela ensemble n'est pas capable de loger cent hommes ; et que si on voulait loger les troupes que vous avez écrites , dans le fort ou dans ces maisons, qu’il fallait faire sortir les siennes, ce que vous savez qui n’est pas juste; mais si vous voulez envoyer à la Turbie un noinbre de gens de guerie jrour l’entreprise que vous savez, il les faiidra faire camper à l'entour dudit fort, cl que les officiers et chefs qui commandent lesdites troupes logeront dans les maisons; et en cas <juc les ennemis vinssent, sa majesté écrit à M. le mait|uis de Bagnasque de recevoir vos troupes dans le fort même, en sorte que vous pouvez faire état d’une place de siirelc. i
Son altesse écrit tout de nouveau à M. le marquis de Ragnaupie de faire tout ce qui a été ici concerté, et d’investir même la place par terre, pendant que vous l’investirez |wr mer; enlin, il lui donne ordre de vous donner toutes les assistances cjiii vous seront nécessaires, tant pour ce dessein que pour les autres qvie vous pourriez avoir, mcuic de loger vos troupes aux environs de la tour de la Turbie, si le* lieux sont capable* de le* retirer. ' ^ rr .
J'ai écrit « la cour pour employêr votre armée à secourir l»4ue de Pai-rne, aliti que l’on vous envoie les ordrtk fjtn vous sont nécessaires, si vous n!êtcs pa* engagé ailleurs, pour ce -que je pense; en ce cas, qu’il faudra descendre dans les ports de la républi([ue de Gênes, sans demander leur permission, cpii est autant que rompi-e avec eux. Je vous supplie, monsieur, (piand vous aurez à résoudre quelque chose, de le taire avec M. le ma rqui|||||rBtgi, ^^pie quand ce sera en choses <m vous aui-cz besoin dqtefinr oITensé de ce qu’on lui a écrit que
vous aviez lésolu de i»ttr^iltj|AHn)vagnies dans la Turbie sans sa par-
ticipation. Le temps où nous sommes veut que l'on ménage ces princes. Ce n’est pas que, dès lors que vous me donnez avis, je ne fasse làire à M. de Savoie ce que vous jugez à propos vou.s-méme.
Pour le comble du port, c'est luie cliose bien facile; pour le fort à faire, il y aura plus de choses à considérer. En un mot, monsieur, vous considérerez, vous qui êtes sur les lieux, mieux que personne, les entreprises que l'on peut faire et celles que l’on peut bcuieusement exécuter, aüu que nos malheurs ne continuent point; et il serait plus à propos, jusqu’il ce qu'on vous renforce par quelque infanterie, de tenir la mer que non pas de s’engager en ipiehpie chose dont l’événement serait douteux. Je suis , Monsieur,
Votre très-humble et très-aireclionné serviteur. d'Émery.
LETTRE DE M. D'ÉMERY
SM. i.'AaaiEvilQCE de bordeacx.
^ De Caul , le i5 soSt iE3E,
.Monsieur, nous avons appris que l’armée navale est en la mer Méililcrrxnée. J'ai cru vous devoir ilonner avis que la faiblesse de la nôtio nous a obligés de nous retirer du Milanais. Je vous supplie, monsieur, de me mander si vous avez quelque dessein qne nous puissions favoriser avec nos troupes. Si vous voulez mettre pied à terre à la côte, nous nous approcherons de là pour occuper les ennemis ou vous assister : son altesse a donné charge à M. le marquis de Bagnasque de vous recevoir en ses jKM’ts et de vous a.ssister. Je ne sais quel norabie d'hommes vous avez, s’il y a de la cavalerie ou non, et si vous avez un dessein fonné; si vous u’en avez point encore, en mandant ce que vous pouvez faire de votre (xité, noos vous diitBs les assistances que nous vous pourrons rendre. Nous avons forcé cavalerie; la maladie est dans notre infanterie, mais il n’y a point de peste ni aucune maladie dangereuse. Il y a trois mois qtie nous sommes en campagne; il nous en faut un pour nous lefake. J’allendâ vos réponses et les occasions, non seulement de servir sa imqesté, mais en votre particulieT vos desseins; c’est
le sujet de cette lettre, que je finis en Vous assnrantque je suis, Monsieur, Votre très-humble et obéissant servitaiir» * d’Énibt.