LETTRE DE M. 1£ COMTE D'HARCOURT
A H. L'AJICHEVËQUB i}E BORDBAUX, SUR l'aXTAQIJB DES ILBS.
D« GfKirja'a • W 6 aov«nbr« fC36
•’ ^.le viens d’avoir avis certain, par M. de Beanlien-Persàc, qu’il n’yv^ que viiigt^inq galères mal armées dans le Frioul , et^ loat le monde ost^’acoord quts.si nous pouvons armer cipqnaute tartanes promptement , que nous les 'pourrons enlever avec facilité. Je >ous supplie de vouloir contribuer w que vous pourrex, et, si vous n’jr pouvez venir, ‘d'fiu mander votre avis, lequel sera toujours, comme je crois, à l'avaiic«ment et ît la gloire des armcs^du roi. Je finis et suis avec passion ,
. Monsieur ,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
o'Haioovrt.
AI. de Sabran; dans la dépêché suivante, continue de donner à M. de Soqrdis des détails circonstanciés sur la politique présente des différents états d’Italie.
. ' • AM. L'AKCMBVtQUS DE SOEDBAUX.
* ‘ . De G^oe», le 9 Doeembre iftW.
, MoasiECa , ^
L'assurance que j’ai que la galère ira en sûreté me fait épargner le c-hiffre, et l’emploi de cette journée h suivre et accompagner M. le comte de Noailles et'à dépécher 1m courriers de la cour et de Rome, seront ks excuses de ce qu’à minuit je vous envoie ces lignes d’une autre main , et <pte j’estime que vous recevrez d'autant pins volontiers qu’elles vous .soulageront de la peine que la lecture des miennes vous donne. M. l'abbé de Fiesqtm a apporté au logissde M. de Noailles une lettre, qu'il assure avoir éû|^ écrite du marquis de -Fossé de Noue, feudatairc
- -JDiSiiiisaYisrrogle
LETTRE DE M. DE S^RAN. — NOVEMBRE 1C36. f7& ia)yh-n(, à an de ae* un», (kB <le ce moi», par laquelle il ÿcrit que don t'nneiaoo «k Melôa et^ priocc Doria Ini ont Mt (xAnnandemeut de M metlre eu état de s'oppoaer au seroors qui doit passer pré» de iû. Je vous en enToie la copie, afin que la coidérant, comme je crois bien nécesuire, avec M.^-le comte Scotti et le oberalier Oaeste, vous jogiex ai lea chemioa qu’il donne poui- faire éviter, ce dit-il, le passage en ses terrea, sont lea meilleurs, ou ai'Oe B’eat point un artiorâ poUr m* frire, parler des chemins que nous devons' tenir,, et faire apprauVér oo non celui de Foaaé de Nouej car Je donle qp'il il'ÇW'de l'artilicr en ladite lettre; il eh fane tirer néailinoins leaavaj^^vpie lions po^ ions, et considérer qu’il semble qu'ils aient péiiéti^la route qu’on vous avait donnée de Turin, de laquelle vous me'fltes part. A œla j’ai répondu que j’en savaU encore dâvahtaqe ; 'que le duc de Modèiie avait été sollicité, et se mettait en devoir de s’opposer an passageV-il pouvait découvrir le vrai qu’on doit procéder; mais que tout ceh ne nous faisait paa craindre nr pouvait détourner du desaem prémédité pw oU nous devons passer, éUnt en état de passer sur In ^itre efde ns^r les lieux qui nous donneront 'de l’obstade/ Vous remaïqaertaf^’il sons plaît, en ladite lettre, qu’il prie son ami d’en pari* à l'abbé Fieaque et lui à d’antres, c’est-à-diie à moi, et «pi’il craftr on fi«hit de areindre de s’exposer à beaucoup de périls.
^r une lettre de Plaisance du 'j|5, j’apprends que Ton était après vouloir rendre les prisonniers mutuellement que jamais secoure ne fut attendu comme les mitres. Je vous envçrrai autie asis^tiré if^ne lettre de Valence en Espagne, qui ne se trouve point conÜrmé^ d'autre •' letü-e; il s néanmoiiu du rapport h ce que vous m’aviez' écrit il’y a quelque tempe, mais il me semble fort* l’impôssibfr. I.*-’dcax galères attendues d'Espague sont ici venues<aver l’argent , et ont pensé donner d'eliev-mémes dans les fileU; car venant .
elles se trouvèrent enveloppées d’un si grand brouillard vers Aassiet d’un vent contraire, qu’elles pensèrent reluumer à Villefrânche, .et lurent sur le point de s'en retourneè en Corse. Quelques avis smil venus de Naples pour vériticr qu’enlin J’ou y- a armé lieîic vaisseaux et chargé dessus deux mille cinq cents hommes d'anfrut^rib, ou mauvais L’on ne croit pas que le duc de Ferrandiu»s’éfbê^'?’(fe^-
ne » V *' UVRE 1. — CHAP. li? .a
deçà tant que l'üii .soup< üonera du sc;caiqi-4, «ieiit fk»
gens, il pouirn s’opposer -par '^erre au dâàni^pMAlM*- dlidtt' aoeoan avec ses galères. M. lu coniU^ de Noailles et Utorovoiis 4» >|tielqoe opiiiiuii, coiunic je vous ècriuM'par.ma pn‘uèd«n(e', quednWtgueaèio, la<|uelle, par sa inauvAi.se pivx.v<(luVe, (wLeiitarMlita, Ct pu luèouvriruit qiielipie moyen de cunteiiter le roi ; eel eepoà- noqo Jift.'aqgqiciUè Je leiHlemaiii pr la dépuialiun extraoniinaûgH^o^kn sèl|ateuiAf||KqiicU« pliLs désireux de t<;yfe‘'qu^us cliOse de AL le-ramie de BiülUles <fnt de nous oonlenfl|r, nedui prièrent que vies Ifomies-ioteittions qilS/te répul)liqii»avnittlM^toqioiu-s.pote û'i«i, d«» fcttres {àToraMw-qn’il avait eues, de tui'inajttlé -«troe si^ndiaiia| qoe je leé .ÿlleunw «i Jbit (laiis mes profpsitious (|iié je pé 'leittF'dp'qiiaili pas loisir dft se rtiHMdM;, et concluant, toujours que.reaiMmlôvait t)ix iniHe liommes: tu
et que si le secours pssc sur leur Ëtat , renuemi le .pom^ rait cumlKilIre à la l'ruutière et le jeu slacbéfeCpir leur État; ce*qiii a fait conôaltie à M. l'ambassadeur que tout leu» cas- a'wttye gsli- . i«|kius vlnnt nous connaissons toujonis qtt'il se raat'iiiélier d'eux i-onjMe d’twiuemis assez déclarés et reconnus, ie ^us envoie un arlinlr lie la IcttM'de U.. de.Losv, qui atmlirme de QenManlinople les prdpratils ^.Jjtrc,caivife le TrauMlvaiA pour être trcqü«auiideul de l'eiupcrenr; Je vous envoie aussi Je modUa du tombeau en cire dans uné raiaM, ot remaïqucrat que le^ iJapx pièce» de boia sur lesfnDes est le modèle sei'otU toulesdc marbcqjmais ils ne le feijmt pas à moins de Jenx mille piix-es Je linitréalesr comme vousverrar. ptir leinémoÿp^, uù tootesiés pièces sont comprises. Alaudez-moi, s'il .vous pUit, tinêtit vo(re>esolation et les moyens d'y travailler ; vous ue m’aqm rien mandé tpO^ltanV^ et ies apostilles. Votre fdoaqtie e4rici,
qyc. je f^-aj palJlR. mardi- oii^crcredi, afiq^de «porter qudipi’autre'atrii, itu>Wt|>asi.yott)n^u’il partit avec cette galère, aliu d'en tirer quelques sériées. Jq;vous domandc toujours nu commemlemeii t , et de^me ix>nsrr«e<^n^wos bonnes .grâces, parqe que je serai éternel Icmentr Tt 'Afoipê|Mr, votre très-bumble ct lrè»-obéissaiil serviteur, >i»i C Xi ^ ÜF-SSMAK.
ma^Ji U W^ictr M. le ci»oltiMil ^q;i Mit, qui %'t%t
DigitlzecTb^rCatigle
mi; du dct Espognols ; et proteste de faire confia Ure , par 1rs efTcts , qu'il est d'autant plus persévérant dans le scrricc du roi que ses frères y oai,été iocoDslanls ; j'ai (ait réponse à la faveur des vittres des 20,-^ et 3o , par votre felouquler i il sera bon de les payer par semaine pour n’y être trompé-
Dans les deux dépêches suivantes, M. de Seguiran donne à M. l'archevêque de Bordeaux le détail des ordres qu’il a exécutés , relativement aux embarcations destinées à débarquer les troupes aux îles; il rend aussi compte do son entrevue avec M. du Pont de Courlay, général des galères.
A M. L'ARCaBVÊQlB DE BORDEAl'X.
Mo.MSIEI'R ,
De Fr^oA, le 13 eeretubre
Étant parti ce jourd'hui d'.AntIbes assez matin, nous sorames- arrivés à Cannes à une heure, que M. le mai-éehal' de A'itry, à qtii M. Guérapin a rendu votre lettre, n’était point encore levéj pas moins il nous a fait entrer dans sa chambre, et aprè.s lui avoir exposé le suiet de mon voyage, je suis descendu aussitôt du chAlcau, et, ajant fait venir les consuls et ofliriei’s de l’amirauté par-dessus le nombre de trente bateaux, qui étaient déjà préparés par votre ordre, j’ai encore arrêté quatre tartanes, qui pourront bien porter jusqu’à quatre cents hommes, ayant enjoint aiuulits consuls et ofliciers de les faire tenir prétes, suivant les avances que je leur ai fait donner par ccl hoiméle homme, à qui vous avez ortlonné de venir avec moi pour cet elTet; et continuant mon chemin pour l'exécution des choses que vous avez résolues, j'ai passé par Saiiit-Raplieau , distant d’inie demi-lieue de Fréjus, ot'i j'ai frété à fort bon compte deux tartanes étrangères que j'y ai rencontrées; cl encore une antre qui s’est trouvée dans la rivière d’ Argent, lesdites trois tartanes étant pontées, et pouvant bien pirter à couvert jusqu’à trois cent trente hommes ; en façon que par le moyen I. a3
(le CCS (l'ois Urtanes vous pourrez faire passer autant d'hommes dans les des (pi’il en pourrait tenir (jjeiis les vingt bateaux qtie vous y aviez di^jà arrêU^s , par-dessus lesquels j’en bi encore ajouté cinq et fait trouver des rames pour tous. Et il est important que vous sachiez que toutes les bart{(ies cl tartanes que j’ai arrél<?es en ce lieu seront fournies de six rames de vingt-deux pans chacune; ce qui aidera grandement à les faire aller et venir par toutes sortes de temps, et j’irai commodément, soit dans le frioul, soit partout ailleurs.
J’ai commande à tons les patrons des bateaux dudit Fréjus de se tenir prêts pour suivre les galères lorsqu’elles passeront à la vue de ladite ville , et leur ai promis de les avertir par un courrier en cas cpt’elles passent la nuit, et de se rendre, avec lesdites galères, au port du Théoule.
Je vous dirai aussi comme , conformément aux deux premiers articles de votre mémoire ou instruction, je suis allé reconnaître dans le magasin d’un marchand de cette ville quati-e-vingts douzaines de planches d’un pan de largeur et quatre autres douzaines d'un pan et quart, que je lui ai fait payer par le sieur Vitré, en précomptant les deux cents livres que le sieur piocureur du roi eu l’amirauté lui avait déjà données, résolu de ne point partir d’ici demain que je n’aie vu embarquer le tout; ce cpie je ferai faire, s’il plaît à Dieu, bien matin sur le port de Saint-Rapheau. Je fais dessein de prendre un vaisseau bien armé et de m’en aller par merde là à Saint-Tropez, où je trouverai les galères, s’il en faut demeurer à ce que le garde de la tour d’Agay m’en a dit; ledit garde assurant que, sur les (piatre heures après midi, il avait découvert huit galères du cété de ponant , lescpielles sont entrées au golfe de Saint-Tropez ; qu’il y avait treize vaisseaux à vingt-cinq milles de terre cpti tiraient vers les lies de Sainte-Marguerite à la faveur du labesche ' .
Cette relation du garde n’est pas entièrement conforme à celle du patron Sigallon , cpii dit n’avoir compté cpie sept galères qui allaient à la voile du trinquet, dont les six étaient déjà venues en vue du golfe de Fr^us, lorsque la Sophie, qui était fort reculée et en arrière des autres , avait tiré un cxmp de canon , après lecpiel elles avaient amené le
' Do vent de S. -O.
LETTIIE DE M. DE SEGEIRAN. — NOV. M)36. 171)
liniiquet et prouegé • contre le vent pour regagner le golfe de Saint- T ropez ; se trouvant d'accord ledit patron avec le garde pour ce cpii est des vaisseaux , ledit patron Sigallon ajoute iju’il est à craindre , le vent de labesche ayant cessé entièrement sur les cinq à six heui-es du soir, rjue les courants ne reculent lesdits vaisseaux jusqu’au cap de Saint-Tropez.
J’oubliais à vous dire, monsieur, tpie M. le marécbal m’a donné son ordre en faveur de ces pauvres patrons qui vont k la mer; mais elle ne leur sera pas beaucoup avantageuse, puisqu’il porte seulement exemption de logement durant le temps que lesdits patrons seront à la mer pour le service du roij le vôtre, monsieur, me sera toujours si cher qu’il ne paraîtra point d’occasum que je n’embrasse avec passion pour vous témoigner <|ue je suis ,
Monsieur ,
Votre très-humble et très-obéissant serviteiu-.
SeGuniAii.
P. S. MoDsicur, par le compte que vous pouvez fâire dei quatre lartanea que j’ai arrêtées S Cannes, et de trots autres à Saliit-Raplieau , qui portent sept cent trente hommes , et qui ne reviennent pus moins qu’à environ neuf cents livres , vous trouverez qn’U J a beaecoup k gagner, puisque cinq liateauz ne portent que six cent cinquante hommes et eoâlent six fois autant.
LE’TTRE DE SEGUIRAN
A M. L’ASÇHEVÊQt/E DE BORDEAUX.
A SefauTropes, Sa i4 aevembre i69S.
MoifsiBint,
Suivant poDCtaellement les iostractions et la loi que tous m’avez données en partant d'auprès de vous, je vous redirai en passant qu’ayant voulu faire débarquer vos quatre-vingt-quatre douzaines de planches sur deux tartanes de ces trois que j’ai arrêtées à Saiut-Rapiteau, et qui n’attendent que votre commandement pour piurtir, je me trouvai obligé de m’arrêter à Fréjus jusques à quatre heures aprèsmidi, n'y ayant trouvé qu’ouze bateaux de prêts des vingt-quatre que
j’y ai laissas avec oixlre lie suivre les galères lors<{u'elles paaseroiil , ayant employé tout ce temps à (aire la recherche des patrons et mariniers pour des treize bateaux restants, dont j’ai pris les noms et surnoms, que j’ai laissés au procureur du roi de l'amirauté de ladite ville; et (|uel({ue taiti <|u’il fût lorsque j’en partis , je suis arrivé le même jour en cette ville, distante de cinq licncs de mauvais chemin, où ayant appris que M. le général des galères était sur l’une des huit galères ipie j'ai trouvrés dans le port, je lui ai envoyé un gentilhomme, m’étant déchargé de ce compliment pour ce soir, afin de pouvoir surprendre, la nuit dans leurs maisons les patrons des baixpies, tartanes et bateaux, dont vous en verrez le nombre dans un petit état ci-joint. Je ne sais pas si ce que j’y ai fait vous contentera, mais je sais bien que j’ai déserté d'hommes ce lieu de Saint-Tropez et en ai fait venir des v iUages voisins de deux h trois lieues; le tout avec l’assistance des olBciers de l’amirauté et consuls de la ville, desi|uels m’étant informé à des autres personnes les plus intelligentes ipieje connais le long de la côte pour le fait des blés dont vous m’aviez chargé par votre iiutruction, je prévois qu’il y aura une grande peine d'en trouver, et qu’à moins de faire une visite générale par toutes les maisons des gentilshommes et autres, et de fouiller partout, il sera impossible d'en recouvrer; et piiir ce làire, il serait besoin d’une autorité toute puissante , cl j’estime ipi'll faudrait une commission p^iculière du roi pour ce sujet. Jus<|ucs ici, monsieur, je n’ai rencontré aucun vaisseau ni barque chargés d'aucune sorte de vivres.
J'ai vu M. le Ixiilli de Forbin et ai pris mon temps en fayon que |K)ur lui parler premier qu'à M. le général des galères', sans donner jalousie à ce dernier, qui est en possession de s’éveiller assez tard; j’ai été en galère de si bon matin que j’ai eu tout loisir d'entretenir ledit sieur bailli avant que mondit sieur le général ait été en état de voir personne, ni de savoir que je fosse là. Je lui ai donc rendu votre létue et fait voir comme en trois divers articles de mon instructioii vous lui faites assez connaître et à moi que les galères vous sont absolument nécessaires ; jusqnes Ut que sur les longs raisonnements qu’il me faisait, fondés sur son ordinaire prudence et sage conduite, je ne lui
LETTRE DE M. DE SEGLIRAN. — NOV. 16.36. I8t it^ndaù ancuiie chose, mais bien, ooroinc voiu me le diles souvent, ffu'il fallait songer seulement d'aller bientôt aux Iles et les reprendre. Ce que j'ai trouvé de plus oonsidérable en sa plainte et disoam s, c'est t|ue les trois plates étant extrêmement pcsaitles et lourdes , il sera bien difiieile aux galères de les pouvoir remurc{uer sans rames, et, à dire vrai, je m'étonne de quoi le sieur Cauvin, qui a entrepris l'ouvrage desdilcs plates, n'en a point fait faire; de quoi m'étant pris à lui à bon escient , il m’a fait voir pour sa décharge une lettre du sieiu' Luquet, du 1 3 du mois passé, qui dit i{ue vous lui avez écrit de révoquer l'ordre cpi'il avait eu pour faire travailler auxdites rames. La connaissance que vous m'avez donnée et celle que j'ai encore de moimême du besoin que vous avez destlites galères , pour ôter cct empêchement on prétexte de ne pouvoir traîner lesdites plates , j'ai cummandé cinquante rames de trente pans de longueur, qui seront paraclievées partout demain, y ayant trente hommes après, mondit sieur le général des galères m'ayant envoyé quinze de ses lèraollats ', sachant <pie j'en étais pressé , et oU'ert avec coeur et alTcclion toutes les choses qui sont en son pouvoir.
Comme j'achevais cet article, le sieur de Rochebrune, que vous avez envoyé sur une clialoupc , m'a fait l'honneur de me venir voir et me rendre votre lettre , le commencement de laquelle , pour vous parler dans les franchises cpii me sont ordinaires , m'a un peu étonné, pour ne pas dire fôché; car je n'avais garde de vous envoyer les tartanes cl bateaux <{ue je puis avoir frétés es lieux où j’ai passé depuis mon dépari d’avec vous, puisque le premier article du vos mémoires porte formellemeiit qti’clles ne doivent partir de leurs ports qu’à mesure que les galères passeront : aussi il est nécessaire, s'il me semble, qu’elles les escortent. Ledit sieur de Rochebriine m'a fait voir l'iiistructiou que vous lui avez donnée, et soulfre bien patiemment que dans un article d'icelle vous lui donniez cluu-gc de voir M. le général des galères elle sieur bailli de Fourbin et moi , que vous postpasez à ce dentier dans l’ordre de récriture, mais noupastpie vous me croyiez capable d'oubli ou de négligence ès choses c|ui m’ont été par vous ordonnées ou ijue je vous ai promises.
* CoQsUvicteort de rames. *
Comme ma dépêche est anez lougue, dans le leœp» que je parachevais , il est arrivé deux patrons avec leurs tartanes, partis de Toulon depuis deux jours, qui disent avoir laissé audit Toulon dix autres tartanes que les consuls de la ville ont frétées à raison de cent cinepunte livres chacune par mois, avec trois mariniers, et se doivent aller rendre à Cannes. Disent encore lesdits patrons tpi’on avait aussi arrêté vingt-deux bateaux eu ladite ville, et qu’ils sont demeurés là faute d’argent.
Jeme .suis avisé d’nn expédient, cpii est que, donnant aux galères les rames que je faisais travailler pour servir aux barques et tartanes que je prends en cette ville, il faudra , s’il vous plaît, que par le retour de celui qui vous rendra celle-ci vous écriviez à M. le chevalier des Hoches, qui est ici, de me faire délivrer les rames de son brigantiii qui est à Toulon , pour remplacer au lieu d’icelles que je fais donner pour servir auxdites plates, et que ledit sieur des Roches en écrive à Toulon; c’est chase qu'il ne doit pas refuser, puisqu’il a eu de son éminence ledit brigantin en pur don et qu’elles sont tout-à-fait nécessaires pour l’usage desdites Ixirques. C'est ce que je vous puis dire présentement, vous assurant que je n’omettrai aucune chose de celles qui seront en mon pouvoir pour vous donner satisfaction de toutes celles que vous m’avez ordonnées comme étant, monsieur, etc. , etc.
Depuis ma lettre écrite, il m’a été fait une proposition par des personnes fort zélées au service dn roi, dont je tairai ici les noms, poulies considérations que je vous dirai à la première vue , ipii est cpie dans la nécessité présente on se pourrait servir de la marchandise et barque du patron Jean-Baptiste Saylon prise en ces mers, avec les Portugais et Napolitains qui sont ici prisonniers ; et si bien parmi les premiers il se rencontre que le sieur Gasqui, qui est gentilhomme d’honneur, et qui sert fort fidèlement sa majesté en cette province, se trouve intéressé en cela. Je ne suis pas si scrupuleux cpiand il s’agit de servir le roi , que mettant comme je fais tous les jours mon plus liquide quand il en est besoin , je ne fusse aussi d’avis de prendre et le servir en celte rencontre de tous les deniers ijui pom-ront devenir bons de ladite prise. Mais encore que les premiers , cpii ont coopéré à ce bien ,
n'aient pas fait gramU frais pour ce sujet , la raison veut lu^aiimoins (|u'ils en aient la mcillcnre partie : ce partant , il me sènible que peii- •lant <pie la chose est indrciae, et avant le jugement qui s’en peut ensuivre , il serait bon de traiter avec les pn>cureurs si vous le trouvez .î propos, me faisant fort principalement pour ce tpii est du sieur Gastpii , <|ui est fort mon ami, de le faire consentir avec les autres pour la moitié , et de J'autre moitié restante , sa majesté en pourrait retirer six ou sept mille livres, suivant la commune estimation du 'total par gens à re connaissant, même des marchands de Saint-Tropez, tpii la mettent à douze ou treize mille livres, et (|ui m’ont assuré ipie les draps de Daroelone tpii sont de ladite prise ne sont pas fins tomme on croyait. Celui tpii m’a fait ladite proposititm offre de vous faire tenir tians le port où vous désirerez deux cents charges tle blé et tpialrc cent cinquante mill||rolles de viii, en lui faisant délivrer en même temps ladite barque et marchandises de ladite prise. J’ai communiqué cette proposition au lieutenant de l'amirauté, chez qui je luge, qui m’a d'autant plus agréé que, l’ayant trouvé avantageux pour sa majesté, il m’a aussi dit que ladite prise pouvait valoir la somme de 13,000 fr. J'attendrai votre ordre à ce sujet, afin que, paasunt à Brigauçon, j’en puisse résoudre avec ladit sieur Gasqui, et traiter par après avec celui qui offre ces blés et ces vins, en repassant à Saint-Tropez. Je vous renvoie l'archcr qui était veuu avec M. de Rochebrune, pour ne m'être aucunement utile. ,
Monsieur, votre très-humble et obéissant serviteur,
SBGDiaAR.
P. S. Monsifvr, vous saves par le tîenr de Rochebrune romme j'ai M conlraint de faire refaire les apostili ' et ouvertures des plates qui n’avaseul pas asseï de force ni de tains pour j passer les avirons. Cette heso^e , aussi bien que celle des avirons , pouvant être achevée partent dciuaiD , toutes les claies sont einbarquées dans les plates , en assez mauvais ordre , mais j'ai trouvé l'aBairc faite par les forçat, k mou arrivée.
' Apottit, espèce de poutre carrée qui , guenr, terminent la largeur de l'crovrr régnant de chaque chié de œs sortaa de hé- morte c'est-à-dire de U murailie, sitnév timents de transport, et sur toute leur ion- hors de la flottaison-
Dans cette lettre, M. le comte Fabio Scotti , envoyé de Parme, supplie les chefs de l’expédition des îles Sainte-Marguerite d’en retarder l'attaque, et de s'occuper avant toute chose de faire parvenir à M. le duc de Parme les troupes qu'on lui promet depuis si long-temps, ce prince, faute de ce secours, pouvant être forcé de se joindre aux ennemis de la France. (Prévision qui d'ailleurs se réalisa, ainsi qu’on le verra plus tard.)