‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 64 sur 171 · RELATION VÉRITABLE. — DÉCEMBRE 163C · texte numérisé non relu

RELATION VÉRITABLE. — DÉCEMBRE 163C

cette entrevue se rendait toujours plus dillicile , bien que ledit sieur comte d'Uarcourt et ledit sieur maréchal fussent en parfaite intelligence, et que le dernier se fût résolu d'abord avec une franchise tout entière d'aller voir l'autre sur l'amiral, aucompagné de trois ou quatre des siens seulement, et sans autres témoins; mais ledit sieur de Bordeaux ayant voidu traiter cette entrevue comme une alfaiie d'importance et la mettre en négociation , chacun se tint ferme dans l'intérêt de la dignité de sa charge; il n’y eut depuis aucun moyen de les rajuster que par des compliments et des visites qu'ils se faisaiént faire l’un l'autre, jusques à ce que l’armée navale étant partie du Gourgean pour aller à Gènes, ledit sieur maréchal alla voir M. le comte d'Harcourt sur l'amiral, dans le port de Vlllefranche, après plusieurs civilités récipioques, ayant jugé <jue le service du roi le requérait ainsi.

Durant que les choses passaient de la sorte entre MM. d'Harcoui t et de Bordeaux, voyant qu’ils ne trouvaient pas le nombre de vaisseaux, les tartanes arrivées, ni les quatre mille hommes qu’on leur avait fait espérer de trouver tout prêts pour joindre à leur Botte , et delà passer à l’exécution de qucUpie entreprise de conséquence , résolurent d’envoyer queltpi’un vers M. de Savoie pour lui faire leurs compliments, lui rendre une dépêche du roi, et, en lui offrant tout ce fpii dépendait de l’armée navale, lui demander scs avis de ce qu’elle pourrait plus utilement entreprendre pour le service de sa majesté. Le sieur Duplessi,vBesançon fut nommé pour cela ; M. le maréchal de A'itry le trouva bon , et lui donna des dépêches et l'instruction nécessaire pour cet effet; mais étant arrivé vers ledit sieur maréchal pour prendre les siennes et recevoir ses oommandements , il arriva qu’en ce même temps les divers et pressants avis qàe Mit sieur maréchal re<-ut des desseins des ennemis du côté de l’embouchure du Rhône l’obligèrent d’y envoyer en diligence ledit sieur Duplessis pour voir les movens qu’il y aurait de s’y opposer, et faire travailler au plus tiit où il jugerait qu’il en serait besoin, lui en donnant un commandement par écrit , pour le décharger envers lesdits sieurs d Harcourt et de Bordeairx du voyage dont il avait été chargé par eux, et qui fut fait depuis par le sieur Lequeux, contrôleur général de la

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marine, après que ledit sieur Duplessis eut leiivoyè dès le Jour même par ledit sieur Lequeux toute la dépêche qui lui avait été donnée ; et ce fut de là que ledit sieur de Bordeaux prit occasion de commencer à vouloir mal audit sieur Duplessis, comme s’il eût pu refuser d'obéir audit sieur maréchal, sous lequel il faisait les charges d'intendant de lutaille et d'intendant des fortifications de la province.

Il faut noter ici que jamais le maréchal de Viti-y n’eut avis de la part du roi que l’année navale de sa majesté dût passer en Provence, tant s'en faut qu'il eût pu tenir quatre mille hommes prêts pour embarcpier dessus, et d'autant moins que ce nombre n’était pas seulement dans toutes les troupes qui s’y trouvaient pour lors, où vingt-deux places de garnison eu demandaient davantage pour la sûreté de la province.

Environ le 12 ou le 13 d’août, la susdite armée navale fit voile et s’en alla mouiller au Gourgean, à la vue des îles de Sainte-Marguerite et de Saint-llonorat , où, le même jour et les deux suivants , l’escadre de Provence, composée de douze vaisseaux, se rendit aussi , ne faisant plus qu'un corps d’ariuée avec la flotte du ponant, et où le tout séjourna jiisqucs à la lin du susdit mois d’août.

Durant ce temps, il fut proposé d’attaquer les îles, comme étant la chose que sa majesté avait le plus à coeur, et pour laquelle apparemment toute cette dépense de mer avait été faite j et parce qu’il y avait quantité de prépai-atifs à faire auparavant , on envoya en diligence le sieur Duplessis-Besançon pour en donner les mémoii'es. Il arrive, il les donne, M. de Bordeaux se charge de les faire exécuter, moyennant .5,000 livres, que M. de Nantes s’engagea de lui faire fournir dans le 15 septembre suivant; et pour cet cllct Icvlit sieur de Bordeaux envoie un commissaire de la marine et quelques antres personnes en divers lieux de la oùtc, mais avec si peu d'argent et des ordies si souvent changés et rechangés qu’au lieu que tout devait être prêt au 1.5 du mois sus<lit, et que dans cette précipitation de temps il ne voulut jamais que ledit sieur Duplessis fît travailler à certaines pièces trèsutiles à ce dessein , parce cpte les entrepreneurs ne les pouvaient rendre qu’au 20 du même mois , il est arrivé néanmoins que le dernier

Digitizoci

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(K'tobre tout ce qui avait ëté commeucé nVtait pas encore en état (l’étre embaixpié seulement.

Le 29 d'aoùt , toute l'armée fit voile du côté de la rivière de Gènes, où ce qu’elle fit est si public tpt’il serait inutile d’en parler, tant ce voyage fut fait hors de propos et avec peu d’avantage et de fondement.

Or, comme il avait été proposé qiieUpiefois au maréchal de Vitry d’entrer en part avec le vomte d’Harcourt pour l'attaque des lies , tant pour prétendre que cette enti'eprise ne pouvait regarder que lui seul jiourse devoir exécuter dans l’étendue de son gouvernement, que parce qu’il n’y avait encore aucun oixire du loi, il ne fut rien ix^ solu du p'irticulier de cette attaque; mais afin d'étre a.ssuié des intentions de sa majesté sur une ail'aire de cette conséquence, en attendant le retour de l’armée navale pendant qu’on travaillerait aux piéparatifs de ce dessein, ledit sieur maréchal dépêcha ledit sieur Duplessis à la coui', chargé d’une instruction signée de lui, les deux principaux articles de laquelle contenaient en substance la dilficulté de cette attaque, attendu le grand nombre de galères ennemies qui étaient nouvellement arrivées dans le frioul qui sépare les deux Iles , contre tout plein d'autres empt'-chements essentiels , et la proposition de faire un fort auprès de Mourgues pour ôter l’usage de son port aux ennemis , et par ce moyen, en leur ôtant l'aisance et la commotlité de rafraîchir lesrlites lies, s’ouvrir le chemin de s’en saisir indubitablement.

Ledit sieur Duplessis fait son voyage ; l'attaque des lies n’est point jugée faisable en ce temps-là pour plusieurs raisons; on résout le fort de Mourgues comme très-utile et très-important, et ledit sieur Duplessis s’en revient avec un fonds de cent raille livres pour cet ellét, ordre à M. le comte d’IIarcouii d’en faire exécuter le dessein, et à M. le maiéchal de Vitry de l'assister de troupes et de tout ce qui pourrait dépendre de lui, sans se mêler d'autre chose que de la consei-vation de son gouvernement pendant tpi’on seixiit attaché à la constraction dudit fort.

Le sieur Duplessis étant de retour environ le 24 septembre , il donne au maréchal de Vitry les dépêches qu’il avait pour lui; et ledit sieur

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mai'^bal sVlaiit aussilôt mis eu devoir d’y obëir, ledit sieur Duplessis s’avaiiee à Nice dès le lendemain avec le sieur Ferrault, accompagné duquel il était relourné de la coiu-. Sept ou liuit jours après, l’armée navale arrive à VillcfraDche, où les onlres qu’ils avalent apportés pour M. le comte d’IIai-court et de Bonleau» leur ayant été rendus, et l’intention du roi |Miaissant, pour faii-e le fort de Mourgues avec plus de sûreté, que M. de Savoie déposât la Tiu-bie entre les mains des troupes de sa majesté, le sieur Duplessis fut envoyé pour ce sujet vers M. le marquis <le Bagnasco, gouverncui' du comté de Nice; mais ledit sieur mai'tpiis ii’atTint onlre de son maître (pie de recevoir lesdites troupes dans un petit village ipii est tout joignant à la Turbie , et de contribuer au surplus en payant toutes les commodités nécessaires à la construction dudit fort qui se pourraient rencontrer dans l’étendue de sa cJiarge , MM. d’Harcourt et de Bordeaux cstiincrentà propos que ledit sieur Duplessis fît un voyage auprès de M. de Savoie pour traiter douccnienl avec lui celle all'aire de la Tiiible par l'entremise de M. d'Ëmcry ; mais la dépêche étant faite, et lui prêt à partir, son vovage fut interrompu par ledit sieur de Bordixiux, et fut trouvé bon de n’v envoyer en sa place cpi’un des gardes de M. le comte d’Harcourt seulement, auquel il fut commandé de ne s’adresser qu’andit sieurd’Ëmery. Ledit garde fait le voyage, chargé d(» lettres qui pariaient de l’envoi dudit sieur Duplessis, lecjuel ne paraissait point. Cette procédure fut trouvée fort mauvaise de son altesse.

En attendant le retour dudit garde, comme les dépêches du i-oi témoigpiaient toujours (jue le but prgtciptl de sa majesté était l’attaipie des îles, en cas (pi’il se trcHivât occasion de l’exécuter, et que la construction du fort de Mourgues , rpioique jugée trisi'importante, n’était pas positivement commandée, mais seulement cximme un acheminement à ladite attaque, M. de Bordeaux, sans considérer gutrement (pie l’effet dudit fort, cpii se pouvait faire en moins d’un mois, était la sûreté du succès d'icelle, au lieu de commencer par ledit fort, tourna toutes ses pensif» sur les Iles , et, soit pour en faire mieux réussir le desseinr<>*> pour avoir plus de matière de suivre son animosité dans celui-ci que dans l'autre, étant maître des préparatifs des bateaux et de toutes les

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