MARS <C
EXTRAIT D’UNE LETTRE DE M. DE SABRAN
A M. DE CIIAVICSY.
Ou 5 m«r9 i637.
Momsielb ,
Don Francesco de Melos n’élait pas encore de retour de Plaisance , où il ne peut apaiser les ressentiments du duc de Parme des ravages cpie l'ennemi a faits sur sou Ét-il depuis sa paix, proctkianlsi lentement à la rcstiliitroii de ses places qu'il semblait qu'on attendit quelque avis d’Espagne qui retardât les exécutions. Pandolllni est toujours retiré dans sa maison à Milan, qui donne sujet à des grands discours, qui enfin aboutissent tous à une créance générale que l’E.spagnol veut tromper, et <pie le grandnluc n'en’ peut celer son ressentiment , mais n’asera ou pourra garantit- les événements. La princesse de Stillian mère est morte, et l'on prévoit que l'EspaguoI, de gré ou de force, voudra que SaliioucUe soit remise ès mains de la fille, mariée au duc de Médina de las Tonnés; ce qui n'est pas de petite constkpiencc aux princes qui eu sont voisins, et .servira de pixftexte aux ministres d'Espagne de nouveauté. La même personne qui m’avait apporté la lettre de .M. le duc de Parme m'a vu encore de sa part en s’en retournant , et confirmé ce fpi’il m’avait déjà (ait entendre de la persévérance de son altesse en son aQ'cction envers le roi, et de la connai.ssance de ses obligations, et que la nécessité qui le pressait était encore considérable, en ce (pie, ipiand le secours aurait surmonté toutes difficultés, elle se trouvei-ait augmentée (ce qui en eût cxiusé l’entière ruine), n'jr ayant pas dans son Etat pour le faire subsister, et n’ayant de quoi se pourvoir ailleurs par la force ni par argent. Que le bruit était grand de la rétention du comte S<x>tticn Provence, qui aflligerait son altesse, tant pour la crainte d’avoir déplu au roi que pour l’avantage que l’Espagnol en voudrait tirer. Je lui ai dit (pie je m’étais toujours promis de la constance et générosité de son altesse ce tpi’il m’en faisait entcivlre, et (pe le comte Scotti n’avait pas été retenu, mais avait peut-être donné avis à la cour de l’accommtxlement de son altesse,
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et y attendait, sans doute, les réponses des grâces qu’il en avait rendues au roi , et son conge; et que j’écrii'ais à son altesse, ce que j’ai fait en la manière que vous trouverez jointe, pour lui faire espérer que le roi n’aura pas désagréable son accoi'd, voyant sa nécessité et protestations, afin (pi’il résiste à tous partis qui lui seraient oiferts poui' rendre Sabiouette, de la restitution de laquelle je crains fort (pie son accommodement ne soit conditionné, ou que la mort de la vieille princesse de Stillian n’autorise les prétentions du duc de Médina de las Torrès, son beau-fils. Et pour adoucir la rétention bien juste du comte Scotti , selon ce que messieurs de l’armée navale m’en ont donné avis, (pie j’ai voulu feindre à son altesse d'ignorer, en lui faisant (xninaitre, sans le lui dire , (jue s’il y avait de la faute , elle venait d’elle ou du comte Scotti, lui persuadant que je m’imaginais son secours fondé sur des raisons que je lui repi-éseute. J’ai semé ici ce même bruit , qu’il n’est pas retenu, et l’en ai voulu avertir afin qu’il s’y tienne.
Depuis quatre joiu^, nous avons l'avis de la descente (pic l’armée navale, a faite avec les troupes (pii devaient secourir M. le duc de Paime, la prise de la tom- et port d’Oristan , et de trois ou (piatre autres lieux, avec frayeur générele de toute l’ile, et la grande ris(pie de Caillery, principale ville, dont le gouverneur dépécha à Livourne , implorent le secours, comme j’ai su par le rapport de deux Français (pii en partirent le 2 de ce mois; mais les galères du grand-duc ne sont pas encore en état, et n’iront pas se présenter en un port où nous . sommes. Quoi (jue c’en soit, ce sera un coup de grande l'éputation , si nous y (xmvoiis maintenir en la possession de (piel(|ue place ou port qui rendra périlleux l’aller et le venir des galères d'Espagne également en pleine mer et terre à terre. On dit aussi que vingt vaisseaux d(îs notices s’étaient séparés, ce (pie l’on craint plus ici à cause de l’ar{'ent que l’on attend ; cet ellet augmente l’estime du secxiiire (pie sa majesté donnait à M. le duc de Paivue, et chacun voit que si l’Espagnol a payé chèrement jxmr s’en mettre à couvert sur le Parmesan, il n’en a pas évité l’airront ailleure, et se persuade que l’armée navale pourre bien seconder à l’avenir les entrepris!» en Italie, si nos galères (comme j’en ai donné avis à M. le général) sont en état d’exé-
cution à la iin de ce mois , ou avant (jue les galères de l’ennemi soient unies, et que le dessein des Iles soit encore sur pied, au retour de l’armée navale , l'entreprise en serait plus aisée , et la sui'prise en la desceotc fort avantageuse , étant chose assurée qu’il n’v a jamais des vivres pour trois mois.
J’ai envoyé par celui qui était allé des iles vers notre armée navale de ma part et par un autre séparément, à l’insu l’iin de l’autre, les abolitions pour retirer nos patrons mariniers et soldats ; ce qu’il faut qu’ils exécutent avec secret, et y al joint que passé le mois d'avril la grâce n’aurait plus d’ell'et, et que s’il survenait trêve ou paix, la porte sera fermée pour jamais à leur retour, et qu’au contraire ils seront tous exécutés en effigie.
Outre ce j’ai fait la même dépêche au sieur Robert, consul de Livourne, sans lui donner connaissance des autres, parce que je crains que comme consul on ne le veille et lui impute le lappel des Français. J’envoie un de ceux qui est réfugié à Naples et n’y sera point soupçonné, pour essayer d’avertir discri-tement ceux qui y sont et les assurer qu’arrivés ici je leur donnerai toute facilité et moyen d’iiller en Provence.
SI. le duc de Parnoe, ignorant encore rélargi.ssenient de M. Fabio Scotti, prie instamment M. de Saltritu de réclamer auprès de la cour de France la lilierté de son initiistr»>r