‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 101 sur 160 · SUR LA SARDAIGNE · texte numérisé non relu

SUR LA SARDAIGNE

De Rucl, le i*' mars 1637.

Monsieur ,

Le roi laisse libre à M. d'Harcourt et à vous de vous gouverner en l'affaire que vous avez entreprise en Sardaigne ainsi que vous l'estimerez

à propos, sans tous prescrire aacune chose ; partant , ce sera à vous à prendre yos mesures selon qae la facilité ou difficulté que tous trouyerez sur les lieux -vous y obligeront.

Le sieur de Gaen m'ayant dit qu'il y avait trois ou quatre vaisseaux qui difficilement pourraient repasser le Détroit, je remets à votre jugement à prendre en cela le parti qui sera le plus expédient. Il dit qu'ils ne valent rien qu'à brûler pour en tirer le fer; je ne sais s'il dit vrai , aussi estimé-je plus à propos, pour le service du roi , m'en remettre à vous que d'en (aire une plus grande enquête. Si on est contraint d'en user comme il le propose, il faut avoir soin des agrès, et surtout des canons, qu'il faut rapporter soigneusement pour en armer d'autres.

Si les ordres du roi fussent arrivés avant le parlement de l'armée pour la Sardaigne , on croit qu'il eût été plus à propos de s'attacher à l'attaque des iles en l'état auquel on représente qu'elles sont ; mais^il ne reste maintenant qu'à tirer l'avantage qu'on pourra du voyage que l'on fait , auquel il faut bien prendre garde à ne s'embarquer pas en un dessein pareil à celui que les ennemis ont fait aux iles , qui les embarrasse et leur coûte beaucoup plus qu'il ne leur apporte de profits et d'utilité. J'espère, par la grâce de Dieu , que tout ira bien. Cependant je vous prie de croire que je suis ,

Monsieur , Votre très-affectionné confrère à vous rendre service ,

Le Cardinal de Richblieu.

M. de Sabran annonce à M. de Ghavigny que les Espagnols mettent de grandes lenteurs à exécuter le traité qu'ils ont conclu avec M. le duc de Parme , et que la descente des troupes françaises à Oristan en Sardaigne a cause une profonde sensation en Italie.

MAHS 4637. 305

EXTRAIT D'UNE LETTRE DE M. DE SABRAN

A M. DE CHAVÎGNY.

Du 5 nars i637.

Monsieur ,

Doii Francesco de M elM n'était pas encore de retour de Plaisance , où il ne peut apaiser les ressentiments du duc de Panne des ravages que l'ennemi a faits sur son État depuis sapaix^ procédant si lentement à la restitution de ses places qu'il semUait qu'on attendit quelqtie avis d'Espagne qui retardât les exécutions. Pandolfini est toufOiirs retiré dans sa maison à Miian^ qui donne sujet à des grands discours^ qui enfin aboutissent tons à une créance générale que l'Espagnol vent tromper y et que le grand-duc n'en peut celer son ressentiment^ ma» n'osera ou pourra garantir les événements* La princesse de Stillian mère est morte ^ et l'on prévoit que l'Espagnol^ de gré on de force ^ voudra que Sabionette soit remise es mains de la fille ^ mariée au duc de Médina de las Torrès; ce qui n'est pas de petite conséquence aux princes qui en sont voisins , et servira de prétexte aux ministres d'Espagne de nouveauté. La même personne qui m'avait apporté la lettre de M. le duc de Pai^ne m'a vu encore de sa part en s'en retournant ^ et confirmé ce qu'il m'avait déjà fait entendre de la persévérance de son altesse en son affection envers le roi , et de la connaissance de ses obligations y et que la nécessité qui le pressait était encore considérable, en ce que ^ quand le secours aurait surmonté toutes difficultés , elle se trouverait augmentée (ce qui en eût causé l'entière ruine), n'y ayant pas dans son État pour le faire subsister , et n'ayant de quoi se pourvoir ailleurs par la force ni par argent. Que le bruit était grand de la rétention du comte Scotti en Provence ^ qui affligerait son altesse, tant pour la crainte d'avoir déplu au rcH que pour l'avantage que l'Espagnol en voudrait tirer. Je lui ai dit que je m'étais toujours promis de la constance et générosité de son altesse ce qu'il m'en disait entendre, et que le comte Scotti n'avait pas été retenu, mais avait peut-être donné avis a la cour de l'accommodement de son altesse, I. 39

et y attendait, sans doute, les réponses des grâces qu'il en avait rendues au roi , et son congé; et que j'écrirais à son altesse,- ce que j'ai fait en la manière que vous trouverez jointe , pour lui faire espérer que le roi n'aura pas désagréable son accord, voyant sa nécessité et protestations , afin qu'il résiste à tous partis qui lui seraient offerts pour rendre Sabionette, de la i^estitution de laquelle je crains fort que son accommodement ne soit conditionné, ou que la mort de la vieille princesse de Stillian n'autorise les prétentions du duc de Médina de las Torrès, son beau-fils. Et pour adoucir la rétention bien juste du comte Scotti , selon ce que messieurs de l'armée navale m'en ont donné avis, que j'ai voulu feindre a son altesse d'ignorer, en lui faisant connaître, sans le lui dire , que s'il y avait de la faute , elle venait d'elle ou du comte Scotti, lui persuadant que je m'imaginais son secours fondé sur des raisons que je lui représente. J'ai semé ici ce même bruit , qu'il n'est pas retenu, et l'en ai voulu avertir , afin qu'il s'y tienne.

Depuis quatre jours, nous avons l'avis de la descente que l'armée navale a faite avec les troupes qui devaient secourir M. le duc de Parme, la prise de la tour et port d'Oristail , et de trois ou quatre autres lieux, avec frayeur générale de toute l'ile , et la grande risque de Gaillery , principale ville, dont le gouverneur dépécha à Livourne , implorant le secours , conoime j'ai su par le rapport de deux Français qui en partirent le 2 de ce mois; mais les galères du grand-duc ne sont pas encore en état, et n'iront pas se présenter en un port ou nous scnxuues. Quoi que c'en soit, ce ser.a un coup de grande réputation , si nous y pouvons maintenir en la possession de quelque place ou port qui rendra périlleux l'aller et le venir des galères d'Espagne également en pleine mer et terre à terre. On dit aussi que vingt vaisseaux des nôtres s'étaient séparés, ce que l'on craint plus ici à cause de l'argent que l'on attend; cet effet augmente l'estime du secours que sa majesté donnait à M. le duc de Parme, et chacun voit que si l'Espagnol a payé chèrement pour s'en mettre à couvert sur le Parmesan , il n!en a pas évité l'affront ailleurs, et se persuade que l'armée navale pourra bien seconder à l'avenir les entreprises en Italie, si nos galères (comme j'en ai donné avis à M. le général) sont en état d'exé-

cution à la fin de ce mois , ou ayant que les galères de l'ennemi soient unies , et que le dessein des lies soit ejicore sur pied , au retour de l'armëè navale, l'entreprise en serait plus aisée , et la surprise en la descente fort ayantageuse, étant chose assurée qu'il n'y a jamais des vivres pour trois mois.

J'ai envoyé par celui qui était allé des lies vers notre armée navale de ma part et par un autre séparément , à l'insu l'un de l'autre , les abolitions pour retirer nos patrons mariniers et soldats ; ce qu'il faut qu'ils exécutent avec secret , et y ai joint que passé le mois d'avril la grâce n'aurait plus d'effet, et que s'il survenait trève ou paix, la porte sera fermée pour jamais à leur retour, et qu'au contraire ils seront tous exécutés en effigie.

Outre ce j'ai fait la même dépêche au sieur Robert, consul de Livoume , sans lui donner connaissance des autres , parce que je crains que comme consul on ne le veille et lui impute le rappel des Fran* çais. J'envoie un de ceux qui est réfugié à Naples et n'y sera point soupçonné , pour essayer d'avertir discrètement ceux qui y sont et les assurer qu'arrivés ici je leur donnerai toute facilité et moyen d'aller en Provence.

M. le duc de Parme, ignorant encore 1 élargissement de M. Fabio . Scotti , prie instanmient M. de Sabran de réclamer auprès de la cour de France la liberté de son ministre.

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