MARS
COPIE BE OB QHS LE SIEUR DE 8ABRAN ENVOYA EN fO&MB DE LETTIE DANS U$ CONSEiU WL CETTB IIBPUBUQUE, ASSEMBLES POUB EN PBOFITER L'0€CA$10N, SUR LE JiUJET D'UNE LETTRE DE H. L'ARCHEVÊQUE DE BOR- DEAUX, ET DES PROPRES TERMES DE LADITE LETTRE DU 20 MARS.
Serenissimi SIGNORI,
Or ora ricevo orduia dagli illustrissimi edeccellentissimi signori GOQte d'Harcour t ed arcivescovo di Bordeaux , per lamentanne in nome del Re , jmo signore , délia {MÙ iodegna ed ostile azîone che possa cascare nell'animo più tra^ ditore , perpétrai» da un jmddito di questa reppublica di San Remo nominato GeronimOf 'dell' età di anni 22, il qoale^ dopo di aver portato délie fiiiiita e citroni in Marsiglia ed esserli stata concessa oome Genovese ogni commodità di pratica e oonunercip per tutta la Provenza, ha poi caricato m Nizza su la sua harca poiitoni ed altri legnand fatti far a posta da detti serenissimi signori^ ed in vece di tragettarli in Antibo^ li ha transferiti vituperosamente in Monaco , ed altri dicono haverli gettati in mare e retiratosi în San Remo. Richiedo dunque da vostre Signone serenîssrme pronta giustizia , e taie che basti per loro soddirfacione , accib non ahbia Sua Maestà sog-
Serenissimbs seigneurs y
Je viens présentement de rece* voir onjre de MM. le comte d'Harcourt et archevêque de Bordeaux de me présenter devant vous pour me plaindre de Ja plus insigne et lâche action qui puisse tomber dans le cœur le plus perfide , perpétrée par un sujet de cette république de SaintrRémo^ nonmié Geronimo, âgé de 22 ans, lequel^ ayant porté sur sa barque ou tartane des fruits et citrons dans Marseille avec toute commodité de passage, pratique et commerce par toute la Provence , coDome sujet de cette république^ ^tant revenu à Nice et ayant chargé sur sa tartane des pontons que les susdits seigneurs avaient fait faire exprès^ au lieu de les porter dans Antibes et Cannes, les a transportés malicieusement dans Monaco. Je requiers , en leur nom , de vos seigneuries sérénissiraes , une prompte justice , et qui suffise pour leur satisfaction , afin que. le roi n'ait pas si^et de s'en plaindre et son armée navale de s'en res-
getto di dolersene e l'armata navale di Yindicarsene ; e perché mentre restarà sospesa la giustizia e soddisfazîone^ si è presa risoluzione di fermare e sequestrare nelle mari del rè le barche, roba e persone di San Remo. Le prego , con la loro prudenza ordinaria, prerenire con il dovuto castigo il danno che ne possa seguire. E siccome per schivare gli ostacoli che ogni Tolta ritardano le mie udienze nelli più- gran bisogni, ed usare la diligenza ordinatami^ io mi yaglio délia giunzione loro in mandar con questa carta mio segretario :
cosi saranno servîte di prendere pronta risoluzione e convçneyole al bisogno , accib av yisati detti signori del buon ordine posto da Vostre Signorie serenissime abbianno cagione di moderare il risentimento che mostrano di tal ofTesa , con che faccio riverenza,
Di V.V. S.S. Serenissime Devotissimo servitore ,
Sabran.
Di casa, li 26 di niano 1637.
sentir. Et parce que pendant que la justice et satisfaction en sera suspendue^ ils ont pris résolution d'arrêter les barques , marchandises et personnes de Saint-Rëmo dans les mers du roi , je youst prie de prévenir, par votre prudence et le châtiment convenable , le dommage qui s'en peut ensuivre.
Et comme pour éviter les obstacles qui retardent ordinairement mes plus nécessaires audiences et pour user de la diligence qui m'est commandée, je me prévaux de votre asr semblée , y envoyant mon secrétaire avec cette lettre, aussi , vous aurez s'il vous plaît agréable de prendre prompte résolution et convenable au besoin , afin que ces messieurs , avertis du bon ordre que vous y aurez mis, aient sujet de modérer le ressentiment qu'ils ont de cette offense. Sur quoi je vous baise les mains , etc., etc.
Ce 16 mars 1637.
dette lettre leur ayant été envoyée à deux heures de nuit , ayant agité l'affaire, ils mandèrent audit sieur de Sabran par sondit secrétaire que l'on essayât , s'il était possible , d'avoir plus de particularités du nom et de la persctone criminelle, attendant que le lendemain qu'ils envoyèrent une lettre au podestat du lieu pour faire les diligences
requises et s'en saisir, et qae, s'il désirait, la lettre lui serait mise en mains. Cependant le sieur de Sabran fut averti que ce galant avait changé de nom et s'appelait Jean-André Massa , et avait jeté en mer les pontons et s'était retiré à Saint4lémo ; sur quoi il renvoya le matin sondit secrétaire en avertir le duc et le sénat, et leur dire qu'il ne voulait point que la lettre du podestat lui fût mise en mains , se remettant à eux d'y mettre les ordres selon l'exigence du cas; ce qu'ils promirent faire et dépécher à l'heure même à Saint-Rémo , dont ledit sieur de Sabran donna incontinent avis à MM. le comte d'Harcourt et de Bordeaux^ comme il se voit en une lettre précédente.
Dans les dépêches suivantes , M. de Sabran, en félicitant
M. de Bordeaux sur l'entreprise de Sardaigne, continue de le
renseigner sur les forces navales et les projets maritimes des
Espagnols, et sur la politique présente des différents Etats
d'Italie.
A M. L'ARCHEVâQUE DE BORDEAUX.
De Géoés, le !i mars 1637.
Monsieur ,
Je me réjouis avec vous que le bruit de vos conquêtes dans la Sardai^ gne soit si public , et que l'on ne vous donne rien moins que la conquête de l'Ile entière si vous êtes un peu renforcé de gens; quoi qu'il en réussisse , les ennemis n'en tireront pas leur revanche par le moyen de nos îles. La terreur va partout ; et un certain qui , avec l'aide du grand-duc I a voulu iaire cinq cents hommes en Livourne, n'a pu faire que cent et dix misérables pour aller en Sardaigne. Le grand-duc arme tant qu'il peut de galères ^ et, de plus, on croit qu'il veut mettre en état ses galéasses ; mais il a prou peine , et si Dieu lui donnait une rencontre de nos, vaisseaux , il aurait peine d'être bien assuré chez lui-même.
L'avis de vos exploits est ici il y a plus de huit jours, et fut aussitôt
à LfTOumei où le gôUTemeur manda cric»* au secours. Il y a peu ou point de munitions en File, la frayeur générale^ peu de soldats; l'Espagnol fait dire îci que de eeux du pays quatre mille ebeTaux sont en campagne^ et je dis que vous avez fait porter des selles, car il» n'en ont point. Le^ quatre galères d'Espagne chargées d'argent vous ont heureusement manqué ; elles ont passé en haute mer à cinquante mi-tles deSardaigne et gagné Capo-Corso, où, étant averties de votre descente, elles n'arrêtèrent guère. J'attends bien impatiemment les nouvelles que vous m'avez promises , et crois que je suis le premier qui aie donné avis à la cour de Turin de votre heureuse descente.
Le comte Scotti a passé vers Sestri en haute mer sans me voir ni m'envoyer. Je vois par les lettres de la cour que l'on n'y a pas trouvé mauvais l'accord de son altesse de Parme , puisqu'il est si content et feignait de l'être, et qu'il proteste tant de vivre serviteur du roi; mais s'il n'a conditionné ses restitutions et tous les avantages de la relaxation de Sabionette es mains des Espagnols, ce qui n'a dû être, selon ce qu'il en a témoigné. L'Espagnol, comme je l'avais prévu, garde sa foi; ayant fait paraître quelque lenteur à démolir et rendre, procédait de son intention de retirer Sabionette , ce que don Francisco de Melos a enfin fait à cause que la vieille princesse de Stilliano est morte et sa fille a épousé le duc de Médina de las Torrès , et a mis deux cents Italiens avec un chef napolitain nommé Tiberio Brancaccio. Voilà comme les loups ne craignent rien quand ils ne voient plus les chiens. Messieurs de Venise, qui ont tant fermé les yeux, sentiront à loisir ce coup.
II y a douze vaisseaux les plus gros et plus pourvus de Naples à Bayes , à six milles de Naples , mal gardés , c'est fort aisé à brûler, et une forteresse voisine qui se peut tenter. Deux de ces vaisseaux se chargent de biscuit, vin, blé, munitions, pour les îles, et Ton craint fort la rencontre des nôtres. Le grand-duc envoie des munitions en Sardaigne , à ce que l'on dit; et parce que le tour de l'île est grand ,'on croit qu'il y soit facile. J'ai bien fait valoir les abolitions, vous en verrez bientôt les effets ; et si Sainte-Marguerite et Saint-Honorat vous tentent , et que les vaisseaux soient en état, ce sera un coup d'état de prévenir l'arrivée des vaisseaux et galères d'Espagne. J'ai reçu une vieille lettre de M. le
comte d'Harcourt et de tous , monsieur , pour la sollicitation d'une barque; je m'y emploie de toute ma puissance , et m'assure qu'après tant de restitutions des barques de Gènes , nous serons obliges bien sûr à les prendre , s'ils n'en font raison comme ils doivent. L'on dit que vous avez pris soixante mille sacs de blé à l'Oristan , vous en pourrez envoyer aisément ^i cela est. Honorez, s'il vous plaît, de vos commiandements et de vos bonnes grâces ,
Monsieur ,
Votre très-humble et obéissant serviteur.
Sabran.
EXTRAIT D'UNE LETTRE DE M. DE SABRAN
A M. L' ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
De Grénes, ce la mars 1637.
J'ai eu, par M. le cardinal Bicchi , avis de votre retour et de notre petite et victorieuse flotte; je m'en réjouis avec vous. On a fait ici courre le bruit que la cavalerie du roi et vous aviez pensé être tous taillés en pièces , et que l'on s'est retiré aux vaisseaux avec désordre et perte de six cents soldats ou mariniers. M. Bicchi m'a dit que quatre cents matelots y étaient demeurés et cent soldats , et que force capitaines avouaient que l'on pouvait avoir force blessés dans l'armée, et que l'on croyait que M. d'Harcourt et M. de Bordeaux voulaient attaquer les îles; mais que les chefs avaient témoigné qu'ils n'y entendraient pas (de quoi j'ai cru vous devoir avertir), afin que M. de Bordeaux se trouvât abandonné et empêché par les contradictions.
J'ai écrit partout votre retour à Cannes après des grands butins, amas de blé , prisonniers et autres ; et que l'armée avait justement fait ce qui lui avait été possible, déchargé son courroux sur la Sardaigne; que l'Espagnol était entré sur le Parmesan, pris , et porté plus de dommage à l'Espagnol qu'il ne nous en fera par les lies en cent ans, et que vous n'avez garde , avec le nombre de gens que vous aviez , de prétendre de vous établir là , et que vous avez bien de meilleurs desseins, I. * 40
C'est aussi ainsi que M. le cardinal Bicchi et toute sa siûte^ TéritaUement amie/ en a parlé ici. Mais le susdit seigneur m'a assuré qu'il n'y a pas union ni intelligence; c'est avec tant de respect et de passion que Sabran honore monsieur de Bordeaux , qu'il aurait cru fallir de lui celer rien.
Votre très-komble et obéissant s^rriteur.
Sajuiah.
LETTRE DE M. DE SABRAN a m. l'archevêque de bordeaux.
Monsieur ,
Je n'ai point été honoré de la faveur de votre souvenir depuis votre départ de Provence en Sardaigne^ ce que je vous dis afin que si vous m'avez écrit vous puissiiez savoir que je ne les ai pas reçues. Le capitaine Labarre vous va revoir; il m*a dît qu'il a dit adieu ^ et il croit, s'il est vrai que vous alliez attaquer les iles , j devoir être utile , et que pourvu qu'il puisse vivre en servant , il ne désire que cela. Il avait porté y et deux autres sans lui , les abolitions à Livoume ; il vous dira qu'elles font quelque opération bien lente, car on veille les mariniers , et il. vous dira que cinq qui s'en allaient de Livoume à Pise ont été arrêtés et couraient péril des galères; ce que j'ai fait entendre ici à celui qui fut autrefois envoyé vers vous par Gènes , qui a grande correspondance vers le grand-duc, et que s'il ne les sauvait, ils périclitaient.
Le prince de Monaco a dépéché ici et de là ailleurs , que l'on va attaquer les tles, c'est-sndire que les galères et vaisseaux se hâteront du grand-duché, de Naples et de Sicile. Je vous écrivis que M. Bicchi m'avait dit que ce dessein était su, et qu'il avait reconnu grande aversion des capitaines et peu d'union , chacun s'essayant plus d'exagérer les raisons des événements bons ou mauvais que de se laisser aller sans curiosité à ce qui se doit résoudre et savoir par peu de têtes. Je crois vous le devoir écrire , vous honorant comme je le fois.
Le duc de Parme a relâché enfin Sabionette, et en a écrit à Sabran ; mais s'il a touché, comme il écrit, les frais qu'il a faits à la garder, il a
mieux pourru à sa satisfaction particulière qu'à celle de ses voisins et à leur sécurité y encore qu'il prétexte d'ayoir remis la place pour la princesse de Stilliano è& mains d'un Italien. Il proteste plus que jamais de sa passion vers le roi et la France; et que sa disgrâce l'ayant mis hors de tout moyen de servir le roi en cette conjoncture par l'extrémité où il était réduit y il n'avait point d'autre moyen de se mettre en état pour le servir en un autre que par un traité dans lequel, si on a réservé qu'il ne servirait le roi à ce coup, aussi-bien ne le pouvait-il, et le pourra comme il le désire en un autre.
Don Francisco de Melos et le chancelier de Milan partent enfin le 22 pour Gcdogne et leurs gens sont partis; je crois que ceux du roi et de l'empereur sont à cette heure en campagne , puisque tous passeports réformés sont venus.
L'on se donne une grande créance que l'on fera encore la paix ; et veut-on qu'il y ait quelque traité de trêve moyenne avec industrie entre M. le cardinal Olivarès ? Cela est fort à deviner. Les gens qui voient clair croient que l'empereur étant mort , l'espoir de se prévaloir de mécontentement de Monsieur et de M. le comte Otés, le nouveau roi souhaitera fort sç soulager par une paix , quoiqu'on la juge bien difficile. Je ne sais si je vous ai écrit que les ennemis avaient eu dessein sur Brème par la recherche d'une intelligence avec le gouverneur. M. le duc de Rohan a fait du ravage, et me mande qu'il est prêt à recevoir les ennemis à son accoutumée. M. d'Émery se rend, a-t-on dit, garant à la cota* des succès en Piémont, moyennant le nombre de gens de guerre et moyen d'entretencment qu'on lui donne, selon que S. A. de Savoie et lui désirent. C'est où je finis et demeure sans fin ,
Votre très-humble et obéissant serviteur,
Sabran.
Géoes, M ai murt 1(337.
P. S, L'on m'écrit que M. le comte d'Harcourt est sur le tapis pour venir commander Tannée d^Italie sous M. le duc de Savoie en place de M. le duc de Gréqoi.
316 UVRE II. — CHAP. lU.
LETTRE DE M. DE SÂBRAN À M. l'archevêque de bordeaux.
De G^nes, ce 27 man 1637.
Monsieur ,
J'étais en grande impatience de n'avoir point de vos nouveUes pour l'incertitude de votre santé ^ et que mes lettres vous eussent été toutes fidèlement rendues , comme je le vois par la faveur des vôtres des 1 0 et 12 mars^ que je reçus au soir^ pour le sujet desquelles, laissant de part ce qui s'est passé en Sardaigne , que Ton racontait par ici différemment de la vérité , je me réjouirai que vous en soyez revenu en santé , et vous trouviez en état de réussir en l'attaque des îles et de vos généreux desseins, que je vous souhaite (brtunée* Lie vaisseau du chevalier Gentile, qui a été brûlé, laisse par ici grande appréhension s'il se sera et les siens sauvé. L'on dit qu'il y avait quantité de marchandises considérables qui allaient en Espagne; les lies souffriraient beaucoup de cet accident , s'il eût prévenu le déchargement des provisions qu'il y aurait apportées de Naples.
Quant à ce que vpus m'écrivez de ce patron Geronimo de San-Remo, qui si perfidement, restant chargé des pontons que vous avez fait faire à Nice, les a portés sur la tartane dans Monaco^ j'ai exécuté avec la chaleur que vous m'ordonnez le contenu en l'une de vos lettres , ayant incontinent , et poiu* ne peixlre temps , envoyé à deux heures de nuit mon secrétaire dans le conseil assemblé avec une lettre cachetée de ma part, telle que vous la trouverez ci-jointe^ pour y être ouverte en public, afin que les longueurs qu'eût causées la remise de l'audience que j'eusse demandée aujourd'hui, joint aussi qu'ils ne s'assemblent point le samedi et le dimanche pour délibérer , eût pu donner loisir au criminel de s'enfuir, ou à ces messieurs de le faire évader, s'ils en eussent eu la volonté.
Leurs réponses, après avoir traité de l'affaire une heure, a été qu'ils étaient extrêmement marris de cet accident et feraient toute diligence
pour s'en saisir, et en i^ndre toute la justice et satisfaction que méritait cette lâcheté y offrant à mondit secrétaire de lui donner la lettre qu'ils écrivaient au podestat de San-Remo pour l'envoyer ici et en faire le
châtiment.
Depuis , j'ai été mieux informé et su que ce galant avait changé de nom et s'appelait Jean-André Massa, et qu'il avait jeté en mer vos pontons et ce dont il était chargé et s'était retiré à San-Remo ; aussitôt j'ai envoyé mon secrétaire au palais les informer mieux et témoigner com* bien ce traiti^ était préparé à mal faire , puisqu'il avait a l'abord déguisé son nom. Aussitôt messieurs ont ordonné que le secrétaire fit une nouvelle lettre au podestat, et je leur donne avis de la commodité de la felouque par laquelle je vous écris , afin que , avec plus de diligence et moins d'éclat, celui qui porte la lettre s'en aille. Nous verrons par l'effet leurs intentions.
J'ajouterai que le secrétaire de la seigneurie dit au mien que ces messieurs eussent désiré que la lettre que je leur ai écrite n'eût pas été si pressante. Je leur ai fait dire que je crois les avoir servis en ne déguisant rien et les avertissant de prévenir par un châtiment convenable le juste ressentiment d'une offense considérable pour la conjoncture.
Je vous rends très-humbles grâces, monsieur, de la part que vous me faites des ordres de la cour, dont il est bien à propos que j'aie été averti pour m'en servir es occasions et ruiner les sinistres interprétations que nos ennemis donnent à toutes nos actions, me réjouissant aussi des moyens de subsistance que vous avez reçus pour l'armée, que votre prévoyance et crédit a bien aidée.
Pour nouvelle , je crois vous avoir écrit que M le duc de Parme a mis sous une garde italienne et un capitaine napolitain Sabionette es mains de la princesse de Stilliano, moyennant le remboursement de ses frais. Les uns croient que c'a été par un article secret de l'accommodement qui le rendait moins excusable d'avoir eu si peu d'égards à la sûreté des princes voisins; les autres estiment que son intention était que le grand-duc en fût dépositaire, comme il eût été convenable, et le prétexte de suspendre la relaxation légitime jusques à ce que les droits du prince de Bossolo eussent été liquidés.
318 UVRE U. — CHAP. ffl.
Je n'apprends rien des préparatifs des galères de Najrfes et Sictfe ; celles du grand-duc et ses trois galions sont prêts et bien annës, et dedans force Françab du débris de Parme. Je crois que irous aurez su que pour trois passeports que Ton attendait de l'empereur y rtwwnk^ la France en ayait donné autant ^ il n'en est venu qu'un d' AUeHiagney et icelui signé seulement du nouveau roi prétendu des Romains^ sans doute pour tirer aj^irobation de son élection par l'acceptation des passeports, qui semblaient n'avoir pas été jugés recevables à la cour , k cause de cette unité et de la foime , «ce qui va éloigner l'assemblée de Cdbgne y laquelle, pour l'avancement de la saison, ne peut plus souffrir de délai, y ayant aussi de l'apparence que les succès des armes cette année ren* dront la condition des uns ou des autres bien avantageuse , a quoi il semble que nous ayons plus d'espoir que nos ennemis, par la nouvelle défaite des impériaux et prise de Leipsig et autres lieux par les Suédois.
C'est tout ce dont je vous puis entretenir attendant l'konneur que vous me promettez de vos commandements, étant plus que personne 4h monde ,
Monsieur,
Votre très^humble et obéissant serviteur,
M. de Bordeaux envoya à M. le cardinal de Richelieu les relations suivantes de Tattaque des îles , coup de main qui fut tenté par M. de Bordeaux à son retour de Sardaigne , selon les instruc* tions de M. de Noyers.
DE L' ATTAQUE DB L'tLB SAINTE -MARGUERITE.
L'armée navale du roi étant arrivée au Gourgean le 6 mars 4637 à son retour de Sardaigne , M. de Baume fit rendre dès le lendemam de bon matin les dépêches du roi à M. le comte d'Harcourt, afin que par icelles il pût être informé des volontés de sa majesté et de mon-
seigneur le cardinal ; et au même instant M. de Bordeaux alla trouver M. le oomte à son bord^ où ayant rencontré le sieur de Castdbn, il se proposa plusieurs difficultés qui se rencontraient en ce dessein*
Le lendemain, M. de Bordeaux ayant proposé, en présence de MM. de Baume et de Frémioourt , d'exécuter les commandements du roi et de son éminenoe en la forme que M. de Noyers le prescrivait (qui était à dire d'aller aux iles par surprise de quelque fort y sans s'arrêter à tant de précaution qui faisait perdre un grand temps et ruiner le dessein par la longueur qui donnait temps aux ennemis de se préparer ) , ce qui ne fut pas jugé à propos ; mais quand ib auraient bien tous les préparatifs qu'on estimait nécessaires pour donner. Ce qui obligeaM. de Bordeaux à faire des efforts extraordinaires pour les recouvrer ; ce qui a été fait si heureusement que tout le monde en était content , et de telle sorte que tous ces préparatifs ont été prêts et distribués à toute l'armée le sixième jour après qu'ils avaient été deinandés, qui était le treizième de mars. Auquel jour on s'assembla à Cannes au logis de M. de Baume, en présence de tous les principaux officiers de l'armée , où il fat résolu que l'on donnerait le lendemain par deux attaques , savoir : l'une par M. le comte d'Harcourt et M. le comte de Carces avec toutes les troupes qui avaient été embarquées pour Parme , et l'autre par M. de Bordeaux et M. de Castelan sans autres soldats que ce qu ib pourraient tirer des vaisseaux , qui pouvait aller à cinq ou six cents hommes; et cette résolution fut remise à exécuter le quinzième , auquel jour il se leva des vents de levant si furieux , qu'à peine pouvait-on empêcher les vaisseaux d'aller à la cote , ce qui dura jusqu'au dimanche 22, qu'il commença à permettre aux chaloupes d'aller de leurs vaisseaux à terre.
Dès le matin de ce même jour, M. de Bordeaux envoya apprendre des nouvelles de M. le comte d'Harcourt, et le supplier de commander aux vaisseaux d'aller à leur mouillage, comme il avait été résolu , pour fifiiToriser les deux attaques , et même d'envoyer les deux frégates le long de l'Ile donner quelques canonnades aux forts et reconnaître la contenance des ennemis.
M. le oomte ayant reçu cette lettre et témoigné ne désirer que Fexé-
cution de oe qui avait été rësola^ s'en alla à Cannes, d'où il apporta des résolutions contraires, revenant le soir pour tenir un nouveau conseil y OÙ MM. de Castrevieille et quelques autres assistèrent. En ce conseil on proposa de ne faire qu'une attaque , et avant qu'ils en vinssent aux opinions , M. de Bordeaux leur représenta le tort qu'ils se fai-> saient de ne pas diviser les forces des ennemis par deux attaques, qui avaient été tant de fois concertées et dont tout le monde demeurait d'accord du succès ; mais toutes ces remontranees ne servirent de rien , puisque M. le comte dit tout haut qu'il ne voulait faire qu'une attaque à la pointe de l'île Sainte-Marguerite qui s'appelle le Fortin. Le siéur de Castelan refusa d'opiner , de peur, à ce qu'il dit , qu'on ne crût qu'il affectionnait diverses attaques pour sa vanité ; quelques autres opi-^ nèrent, mais soutinrent la première résolution ; d'autres au contraire.
Pour M. de Bordeaux , il leur déclara tout net et en présence du sieur Guérapin, qu'il n'en pouvait, en façon de monde, être d'avis, puisqu'il ne jugeait pas que ce fût le service du roi de ne faire qu'une attaque en confusion et au lieu qu'ils marquaient, d'où ils pouvaient être repoussés pour les raisons qu'il leur allégua sur l'heure, auxquelles ils ne purent lui en opposer aucune contraire , sinon qu'ils ne vou-> laient qu'une attaque. Aussi leur dit-il qu'encore qu'il souhaitât de tout son cœur que leur dessein réussit , qu'il ne voulait néanmoins prendre aucune part à leur gloire ; mais qu'il les suppliait de se souvenir, s'ils ne réussissaient pas , que pour le moins ce n'avait été par son avis , et qu'il ne désirait pas aussi porter sa part du blâme.
M. le comte s'en va coucher à l'amiral pour envoyer dès la nuit l'ordre aux vaisseaux d'aller mouiller, afin qu'on pût descendre le jour même.
M. de Bordeaux se rend le lendemain 23 à la pointe du jour à l'armée, où il trouva que les vaisseaux ne commencèrent à mettre à la voile qu'à une heure de soleil , de sorte que la matinée du jour s'étant passée sans mouiller , les vaisseaux furent obligés de remettre la partie au lendemain deux heures devant jour , d'autant que le vent de terre qui les pouvait servir commence ordinairement une heure avant le soleil levé et dure une heure après. M. de Bordeaux s'employa tout ce
jour-là à voir s*il manquait encore quekpie chose aux troupes^ qui étaient diTisëes en six corps compris la marine, soit pour lem*s bateaux, soit pour leurs préparatifs et munitions de bouche et de guerre , tout leur ayant été ordonné dès le 13; et lors tout le monde témoignant être satisfait et de bateaux et de quoi que ce soit qu'ils eussent demandé.
Sur les quatre heures de ce même jour il arrive des allèges de Saint- Tropez qui portent chacune deux cents hommes, et on en donna encore a tous ces corps chacun une, outre leurs bateaux, bien qu'ils n'en eussent pas de besoin si ce n'était pour être plus au large > eux et leurs préparatifs.
Le lendemain 24, M. de Bordeaux envoya deux hommes devant jour avertir l'amiral de faire le.signal de paiiance et dire à quelques vaisseaux qu'ils allassent donc mouiller selon l'ordre de M. le comte, celui qu'on avait résolu dans le conseil ayant été. changé.
Ce qu'ayant fait au même instant et s'étant avancés plus qu'à la portée du mousquet, ils ruinèrent non seulement les parapets dés forts qu'ils battaient, mais emportèrent toute une face de muraille du fort appelé le Fortin.
Toutes les troupes étant embarquées dès le matin, et tous s'étant acheminés proche l'amiral , pour attendre leurs ordres de ce qu'ils avaient à faire en donnant, ils y furent depuis les deux heures après midi jusque sur les six et sept du soir, sans en recevoii* aucun.
A laquelle heure M. le comte vint chercher M. de Bordeaux, qui était au bord de Dumé, mouillé à la demi-portée du mousquet du fort dont l'on avait abattu les parapets, pour voir comme tout se passerait, n'ayant plus de part en l'affaire, où il lui dit qu'il remettait au lendemain matin l'attaque, attendu que tous leurs corps n'étaient pas ensemble, et que les allèges qui portaient une partie de leurs préparatifs ne les avaient pas encore joints , et qu'il serait tout aussi bon le lendemain.
M. de Bordeaux lui répondit lors , en présence de MM. de Garces , de Castelan et de la plupart des officiers de l'armée, que, s'il remettait encore une fois la partie au lendemain, qu'il ne ferait jamais rien , et qu*il ne fiiUait plus rien espérer des îles;
Que le moîndi^ temps dissiperait les plates , les allèges et les antres préparatifs, qui ne pouvaient , en façon du monde, soutenir la lame de la mer tant soit peu émue , et que Tinfanterie se débanderait ; que , pour la raison qu'ils aj^rtaient que les allèges n'étaient pas dans leurs corps , qu'ils n'étaient pas à une portée de mousquet, la autour; que les plates que le chevalier Desroches aTait amenées avec ses brigantins Qt beaucoup de peine, étaient présentes, que le reste , depuis qu'il avait été confié entre les mains des sergents-majors des corps , je n'en avais pas ouï parler.
On allégua après qu'il était trop tard ; k quoi il fut répliqué qu'on devait avoir prévu cela de meilleure heure , puisqu'on avait résolu de ne donner qu'à l'entrée de la nuit , pour marque de quoi on avait pris pour signal de mettre des fanaux aux haubans.
Mais toutes ces raisons ne purent empêcher la résolution prise de remettre au lendemain.
Au commencement de la nuit, il s'éleva du vent, et une pluie qui fit l'effet prévu, jetant des bateaux à la cote^et obligeant l'inÊinterie de s'en aller dans ses petits bateaux , les uns à Cannes , les autres au Gourgean.
Toute la nuit les ennemis ont réparé les ruines du canon autant qu'ils ont pu, et fait une batterie à fleur-d'eau, qui incommodait extrêmement les vaisseaux : le vent grand les empêchant de pouvoir tirer leurs canons, donnait jour aux ennemis de leur donner plusieurs coups k l'eau. De sorte qu'ils ont eu beaucoup de peine de s'élever de la câte. Les deux plates qui étaient mouillées k la portée d'un demi-mousquet des ennemis, étant abandonnées de tous les vaisseaux, les hommes qui étaient dedans , après avoir demandé plusieurs fois secours k l'amiral , enfin envoyèrent dire k M. de Bordeaux qu'ils étaient prêts k se perdre, de la mer et des ennemis, qui lemr tiraient incessamment, sans avoir aucune espérance d'être secourus. M. de Bordeaux envoya quérir lesdits brigantins, auxquels on promit tout ce qu'ils voudraient s'ils voulaient les aller remorquer ; mais ils dirent qu'ils n'iraient pas pour tous les biens du monde, qu'en élevant l'amiral de la coke, ils avaient eu des coups de canon à l'eau et des hommes tués; si bien que M. de
Bordeaux dit à ceux cpii étaient dans lesdites plates^ qu'ils tinssent tant qu'ils pourraient , leur promettant aussi tout ce qu'ils Vondraienl, mais qu'à l'extrémité , plutôt qu'aller entre les mains des ennemis , ils les brûlassent. Quelque temps après, trois brigantins des ennemis (à ce que rapportent ceux qui étaient dans les plates) venant pour les prendre , ils y mirent le feu, et se sauvèrent dans leurs petits bateaux , disant qu'ils avaient en peine d'échapper desdits brigantins, lesquels, en leur présence , avaient coupé les cftbles auxdites {dates pour les mener a la cote; mais le feu y étant déjà fort en flamme ils ne les y purent faire aller qu'à moitié brûlées, et où elles achevèrent de se consumer aussitôt entre les mains des ennemis.
DE l'attaque des ÎLES SAINTE-MARCaERlTE ET SAINT -HONORAT. — 1637.
Le mardi 24 mars, partie de l'armée navale du rot ayant mouillé à la portée du demi-mousquet de là pointe de l'Ile Sainte-Marguerite , et tout le long d'icelle, battirent depuis cinq heures du matin jusqu'à sept heures du soir les forts des ennemis et leurs retranehensœnts ; de sorte qu'ils firent brèche au fort de la pointe appelé le Fortin ^ et rasèrent la plupart de leurs retranchements. Les troupes embarquées avec tous leurs préparatife, prêtes à donner, en furent empêchées par un vent et une pluie qui s'é]eva si grande que la plupart des petits vaisseaux furent envoyés à la côte en différents lieux^ et les préparatifs la plupart perdus. Les vaisseaux , qui passèrent sur l'ancre toute la nuit^ eurent grande peine à se lever le matin , et deux grandes plates chargées de fas^ cines, tonneaux , paniers , furent brûlées, la houle empêchant qu'on ne les put amener à la côte et étant si près qu'on ne les pouvait conserver sans grande perte de gens. Les mercredi , jeudi et vendredi , s'employèrent à ramasser les débris. de la tourmente, et, le samedi matin, le sieur de Cangé fut commandé avec le sieur de Coupauville et huit autres vaisseaux de retourner aux postes d'où étaient partis les vaisseaux le mardi ; ce qiii fiit fait par le moyen du sieur Desroches, avec ses bri-
gai>tins f à cause du calme , saAs lequel nul vaisseau n'eût pu se rendre au poste y quoique le canon et les mousquets lui tuassent force gens. Et à Tinstant, les sieurs commandants deMontigny et de Chastelux arrivèrent de la mer y lesquels prirent leurs postes si heureusement^ qu'avec les autres déjà mouillés^ ils ruinèrent en peu de temps ce que les ennemis avaient réparé depuis la première attaque^ et même deux batteries que les ennemis avaient faites auprès de la tour.
Sur les quatre heures et demie ^ tous les corps étant disposés par escadre de bateaux^ selon qu'ils devaient former les bataillons , leurs enfants perdus détachés de leurs corps , dans de petits bateaux l^ers à l'abri Aes vaisseaux , qui tiraient des salves de canonnade comme les meilleurs Espagnols font de mousquetades , au signal qui fut fait de donner, mirent pied à terre avec telle promptitude que les ennemis n'eurent loisir que de faire leurs premières salves. Dès lors, les mousquets des nôtres furent inutiles ^ ayant mis l'épée à la main pour suivre les ennemis l'épée dans les reins jusque dans leurs forts. Les régiments de Yaillac et de la Tour y firent tout ce que l'imagination se peut former de mieux. Le comte de Yaillac fut blessé de deux ou trois coups d'épée, et quinze de ses officiers, dont il y avait cinq capitaines en chef, tués ou mis hors de combat.
Les sieurs de Castrevieille à la tête de son régiment et de Rilly de celui de Roussillon firent tout, ce qui se peut. Ceux de Cornusson et de Saint- André de même; celui des Iles et Vitry ne s'épargnant pas, de sorte que celui qui commandait celui des Iles fut fort blessé et un capitaine tué; le sieur de Lions, commandant celui de Vitry, tué. Le corps de la marine, commandé par les sieurs de Miramont, Guitault, Dumex, Coursan et Senantes, a pris pour sa bonne fortune un corps d'Espagnols naturels à combattre, où ils firent voir qu'ils étaient aussi capables de commander l'infanterie que les vaisseaux du roi. Le commandeur de Guitault et le chevalier de Senantes, commandant les enfants perdus, eurent, pour leur partagé, deux capitaines espagnols, d'ont l'un s'appelle don Juan Raies, fort estimé parmi eux , lesquels de coups de main demeurèrent sur la place. Les volontaires qui étaient avec M. le comte de Carces furent toujours parmi les
enfants perdus. Le frère du président Séguiran y a été tuë ; le sieur de Vins blessé à la jambe ; Baptiste , la jambe rompue en deux endroits , et Rochebrune blessé à la joue. Un vieux gentilhomme, nommé le sieur de Remous, âgé de 79 ans, a été pris prisonnier s'étant avancé pour secourir son gendre , qui y a été tué.
Le siem* de Castelan , qui avait donné avec les enfants perdus de la Tour, fit voir qu'il était autant soldat que capitaine, dont il se servit bien après en retranchant l'armée dans la nuit , de sorte que toutes les armées espagnoles n'eussent pas délogé nos gens le lendemain matin. Les sieurs de Frémicourt et de Sagny, aides-de-camp, firent paraître leur cœur et leur activité en cette occasion , portant les divers ordres, soit en mer , soit en terre, avec une merveilleuse diligence et au lieu où il faisait le plus chaud. Le sieur de Beaufort, qui arriva de la part du roi comme l'armée marchait pour aller au combat, y a été blessé d'une mousquetade au-dessus de l'œil ; le Plessis-Besançôn , au pied ; les sieurs de Bonyer, Lac, Garon et quelques autres volontaires firent merveilleusement bien, entre autres Bonyer, qui, sortant des rangs avec six mousquetaires, alla abattre celui qui commandait la cavalerie à la tête de son escadron. Le sieur de Charmeil fit paraître qu'il venait de la part du roi plutôt pour chasser lés ennemis que pour des querelles particulières. Le sieur de la Roullerie, commandant le train de l'artillerie, fut si diligent à descendre à terre, et si prompt à exécuter les pièces des ennemis , qu'on eût cru que c'étaient encore leurs officiers, sans que les boulets commencèrent à séparer leurs bataillons et escadrons. Le sieur de Manty, qui a^ait commandé le premier jour avec le commandant de Poincy la batterie des vaisseaux , oublia, aussi bien que le commandeur Desgoutes , la nécessité que le roi a de leurs services sur la mer, pour se faire enfants perdus en cette attaque, où le chevalier de Pointrincourt et plusieurs autres capitaines de l'armée na*vale, à l'imitation de leurs chefs d'escadre, mirent pied à terre avec les enfants perdus.
M. le comte d'Harcourt, auquel seul l' honneur de ce combat est dû, s'étant trouvé infinies difficultés en l'exécution qu'il a surmontées, a fait voir qu'il était autant soldat que désireux de servir le roi. La des-
cente étant heureusement faite , et avec tel concert qa'il semblait que ce (ùt un ballet répété. Le9 tonneaux^ fascines , paniers , outils de toutes sortes, arrivèrent en telle abondance, que dans la nuit tout le camp fut retranché et deux batteries laites du canon des ennemis. Quelques Napolitains , Italiens et Savoyards commencèrent à se rendre , et le di-« manche, à trois heures après midi, voyant que les travaux commençaient à s'avancer et que Tartillerte se mettait à force à terre, les hommes qui étaient dans le fort se sont retirés au fort Sainte-Marguerite , laissant leur fort garni de pain, vin, viande, poudre, sur lesquelles ils avaient laissé des mèches allumées, et de quatre pièces de canon qu'à l'in* stant on a tournées ccmtre ]es ennemis. La nuit, on avancera les travaux vers Saint-Martin , par où se fait la oommunication de Saint-Honorat et où il y a un fort bon puits, et de là au fort de R^on, qui est devers le ponant , et puis à la tour de Batignère , afin d'enclore la grande forteresse, devant laquelle on se propose de mettre cinquante canona en batterie.
DB CE QUI s'est PASSÉ EN L' ATTAQUE DES ttES SAINTE-iIAR«UEBIT£ HT