‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 104 sur 160 · SAINT-HONORAT · texte numérisé non relu

SAINT-HONORAT

Du «4 mars 1687.

L'armée navale de sa majesté étant mouillée le kmg de Sainte-Marguerite et à la pointe de levant, plus près qu'à la demi-portée de mousquet du fort appelé le Fortin , ayant premièrement disposé deux escadres des vaisseaux , savoir : l'une un peu avancée hors le golfe et pour être plus parés d'aller aux vaisseaux ou autres secours qui eût pu se présenter, et l'autre au Théoule pour entrer dans le frioul, s'il venait des galères ennemies, et pour battre les forts en ruine au même instant que le corps des vaisseaux canounerait le fort du fortin Monterrey, forcer redoutes et logements, et pour forcer Sainte-Mai^erite, et par ainsi tous d'un même accord favoriser la descente.

Les vaisseaux s'attachèrent donc à battre les forts , et particulièrement les sieurs de Manty et de Poincy , qui pointèrent eux-mêmes si heureusement ce fortin , qu'il reçut pour sa part plus de deux mille

coups de caiion depuis le matin jusques au soleil couché ; aussi fut-il réduit en tel état, que de pierre dont il était revéta, ayec de bons parapets et deux ou ti^ois batteries , qu'il né paraissait plus que talus de terre éboulée , tous ces parapets ruinés et la iace du coté de la marine emportée et les batteries presque démontées. Toutes les troupes étaient embarquées comme pour le secours de Parme , c'est*à^ire les mêmes y s'ajoutant encore un corps pris sur les vaisseaux du roi , dont la tête n'était pas moins à estimer que le cœur des capitaines qui les commandaient : on devait faire deux attaques , mais un nouveau conseil les changea.

L'autre embarquement était si parfait, aussi bien que l'abondance de nos préparatifs , qu'il semblait plutôt que ce fût une hyperbole qu'une vérité. Les bateaux y étaient en si grand nombre, que, tout embarqué, il en demeura encore pour porter plus de cent cinquante hommes, les ponts , les échelles , les tentes , les pics , les pelles , toutes sortes d'outils à travailler, ruiner, miner et saper, les sacs pleins de terre, les fascines et tonneaux , et généralement tout ce que l'on se peut imaginer. Des artilleurs y étaient en une si grande quantité que j'oserais en feire la comparaison de notre embarquement à Taixshe de Noé, mais il ne plut pas à Dieu que nous recueillissions de cette journée ce qu'il nous gardait pour *trois jours après } car étant prêt à descendre , sur les six heures du soir, le ciel un peu ombrageux , des nues menacent de quelque mauvais temps ; si bien que dans la résolution donnée par ce temps suspect, ce peu de 'jour qui nous restait manqua , et le vent se leva de telle force à deux ou trois heures de là , que d'un bel ordre où nous étions, ilse fit un étrange désordre, nos bateaux s'en allant d'un coté et d'autre, les plates qui portaient nos préparatife à la c6te : bref, il nous a fallu recommencer. Les vaisseaux eurent bien de la peine même à se lever de leurs postes pour prendre un mouillage plus assuré , si bien que les 25 , 26 et 27 ne s'employèrent à autre chose qu'à amasser tous nos préparatifs et réparer ce qui nous manquait.

Mais le samedi 28 , le sieur de Langue de Loupeville , avec neuf ou dix autres vaisseaux , ayant été c&mmandés de reprendre le poste des

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mêmes vaisseatix qui avaient battu le 24 , ils y allèrept de si bon cœur qu'à moins de donner leur éperon dans les rochers qui sont en la descente ils ne pouvaient pas s'en approcher ; aussi la mousqueterie des ennemis les incommoda de telle sorte qu'ils furent obliges de se tirer sur leurs ancres un peu plus au large auparavant que de pouvoir tirer un seul coup de canon*

Les sieurs de Montigny et de Ghastelux, qui revenaient de la mer ^ y prirent aussi un poste si avantageux qu'ils faisaient sur les ennemis des salves de mousquetades et salves de canonnades.

Pour le chevalier Desroches, le service qu'il y a rendu en cette rencontre avec ses deux galiotes est si considérable, que pas un de nos vaisseaux n'eût pu aller ni se retirer de son poste sans lui. Aussi, il y a perdu beaucoup des mariniers par le canon et la mousqueterie des ennemis.

Nos vaisseaux ayant donc bien battu et ruiné non seulement ce que les ennemis y avaient réparé, fait force brèches, tous nos corps étant disposés, et les enfants perdus détac^s de chacun par escadre de bateaux, en même ordre que sMls eussent été à pied ferme , sur les trois à quatre heures après midi , le signal de donner n'a pas sitôt paru que les enfants perdus sont descendus avec une joie indicible, fait leur salve et essuyé celle des canons et mousquets des ennemis," emporté d'emblée le fortin , allé droit aux ennemis , l'épée à la main , dans leurs tranchées , lesquelles ils leur ont fait abandonner et poursuivis l'épée dans les reins jusques dans leurs forts.

Les régiments de Vaillac et La Tour y firent à l'ordinaire des merveilles. Le mestre-de-camp du premier fut blessé à la tête de son régiment de deux ou trois coups d'épée , et l'escarmouche fîit si chaude pour les deux régiments, qu'il lem^ demem^a dix ou douze officiers blessés ou tués, comme les siem^s de Fraissinet, Gongounat, Miranne tués , Busquat blessé , Dessource blessé.

Le corps de l'armée, commandé par les sieurs de Guitaud, Miraùmont, Coursan, Dumé etSenantes, fit voir qu'il était capable de rendre service aussi bien en terre qu'en mer; pour preuve de quoi il ne céda à qui que ce fût sa part de rhonneuf" qu'il y avait à acquérir , ayant

dëfaît un bataillon d'Espagnols commandé par don Jean Realles^ qui fat mie^ et un auti*e dont on ne sait pas le nom.

Le rëgiment des Iles a si bien fait qu'on s'est confirmé en la bonne opinion qu'on a\ait d'eux ^ le sieur d'Hérisson y ayant été fort blessé , d'autires tués.

Roussillon , Gastrevieille et Saint-André ont rendu aussi des marques de leur bonne conduite et affection au service du roi aussi bien que Comusson.

Bref, le régiment de Yitry a donné sujet de se louer de lui , le sieur de Lieux, qui le commandait, y ayant été tué et autres officiers blessés.

Le sieur de la RouUerie , commandant l'artillerie , a été plus tôt à teiTC avec son train pour exécuter le canon des ennemis qu'on eût eu peine à juger qui les exécutait si on n'eût vu leurs bataillons et escadrons renversés par le feu.

M. le comte de Garces, auprès duquel la plupart des volontaires se sont rendus , a non seulemeat témoigné la part qu'il prenait en cette occasion comme lieutenant de roi en la Provence , mais fait sa charge de maréchal-de-camp avec autant de vigueur que se peut imaginer.

Les volontaires sont beaucoup estimés, ayant repoussé une fois les ennemis jusques au pied de Monterey, et le siem^ Bonyer s'étant détaché de leur corps avec six mousquetaires pour aller attaquer la cavalerie, dont il. en a fait tomber quelques uns par terre.

Le frère du président Séguiran y a été tué, les sieurs des Lerdetz et •de Yinces blessés à la jambe.

Le sieur de Baptiste y a eu la jambe rompue , et le sieur de Rochebrune blessé à la jo.ie.

Le sieur de Glermontr-Versillart y a aussi été blessé , et le sieur Duplessis-^esançon. .

Les sieurs de Frémicourt et de Sagny, aides-de-camp, ont fait paraître par leur diligence à porter les ordres de part et d*autre , qu'ils entendaient leur charge et qu'il n'y avait point de lieu trop chaud pour eux.

Le sieur de Beaufort, arrivé de la part du roi comme on allait don*ner, reçut aussi un coup de mousquet au-dessus de l'œil.

330 LrVRB IL — CHAP. III.

M. dé Charmeîl, enseigtie des gard6fi^u-K)orp6 , envoyé par sa huh jesté , a fait connaître en cette occasion qu^il était plutôt Tenu pour chasser les ennemis de la Prorence que non .pas pour une querelle particulière.

Le sieur de Castellan, maréchal-de-camp ^ s'est bientdt jeté aux enfants perdus > et a témoigné être autant soldat que capitaine; aussi s'en est-il servie car il a fait retrancher l'armée toute la nuit^ de sorte que tous les Espagnols ensemble eusseht eu bien de la peine à la déloger le lendemain matin.

Pour M. le comte d*Harcourt, auquel l'honiieur de ce combat apparu tient seul y il faut avouer qu'il s'y est comporté avec autant de fermeté, s'étant rencontré plusieurs difficultés en ce dessein qu'il a surmontées , que de générosité et d'affection au service du roi , faisant des actions dignes de sa naissance et d'exemple pour un bon soldat.

La nuit se passa à se retrancher presque sur la contrescarpe de Monterrey et à faire une plate-forme pour mettre en batterie le canon pour tirer sur les ennemis , si bien qu'à la pointe du jour ik furent^salués de deux et trois, et si civilement que enfin il se sauva sur le midi plusieurs Napolitains et Savoyards , ce qui obligea à continuer jusques sur les quatre heures après midi, qu'on eut avis qu'on voulait parlementer» Us rendaient le fort , mais ils ne se donnèrent pas ce loisir-la , puisque dès qu'ils virent que quelques troupes allaieht droit au fort , ils s'en-* fuirent et gagnèrent Sainte-Marguerite, laissant le canon avec les munitions de guerre et de bouche, des poudres et des mèches allumées en plusieurs endroits , ce qui fit croire qu'ils avaient eu grand hâte de s'enfuir.

On se logea à Saint-Martin, et se délibéraitM>n d'aller tout chaudement à Ragon et de Ragon au Balaguier, qui ne pouiicont pas beaucofup tenir; et par ainsi, faisant notre circonvallation , nous enfermerons Sainte-Marguerite et lui ôteix>ns tout-^à'^fait la communication de Saint-Honorat et mettrons cinquante pièces de canon en batterie devant ce fort , en leur déclarant que s'ils y laissent mettre le feu à un seul , qu'ils n'espèrent jamais de quartier.

De quatre mille que nous avions fait descendre, nous n'en fîmes

mettre d'abord pîed à terre que neuf ou huit cents hommes, lesqods gagnèrent h retrancliement de mille cinq cents qu'on dît être dedans ; après nous 7 mimes jusques à quatre mille hommes et ces deux autres mille que nous réservions dans nos vaisseaux de peur qu'étant à ten*e le canon et incommodité du logement ne nous^Ies mit hors de service.

On fait avancer quatre mille hommes sur la côte et on a mandé aux troupes qui cheminaient vers le Piémont de prendre cette route.

L'on rassemble notre armée, n'ayant ici que vingt-cinq vaisseaux avec les vaîflaeaux qui arrivent devant le combat ; les grands galions du roi , de M. de Guise et autres arriveront an premier vttit avec douée de nos galères, qui seront plus en état d'allei; chercher les ennemis, s'ils sortent hors de leurs ports, que de craindre qu'ils les viennent voir pour ap^ porter du secours à des gens qui n!en peuvent espérer que de Dieu.

M. de Sabran prévient M. de Bordeaux des différentes dispositions de l'Espagne au sujet des îles de Sainte-Marguerite et Saint -Honorât, depuis que l'armëe navale y a effectue sa descente , et lui donne aussi avis que M. de Cesy a rompu le traité précédemment condu entre le sultan et le roi d'Espagne.

A M. L*ARCHBVÊQUB DE BORDEAUX.

De Gènes, ce 3i mars, de uuit, iCSj.

Je vous ai écrit aujourd'hui par un canonnier qui a servi M. le chevalier de Rasilly^ M. de Monsigny et autres^ à qui j'ai donné un passeport^ et j'use de redite par celle-ci afin de pouvoir vous avertir de tout. Il est arrivé ici , de la part du prince de Monaco, une felouque qui assure que vous tombâtes bien aux lies , et ne dit point si vous y avez encore pu descendre, mais qu'il n'y a pas de la poudre et autres munitions à suffisance dans les lies, ni des gens; et l'on a donné avis au grand-duc et sollicité qu'il envoie ses galères , et le duc Doria prépare quatre des siennes pour lever six cents soldats à Final et les aller

porter aux iles. Ce serait un coup d'état d'attraper ces galères; ce que je crois infaillible y si vous ayez des vaisseaux près de là qui se tiennent a YilleCranche et Cannes. L'on se promet que le grand-duc enverra ses galères pour l'opinion que les nôtres ne sont pas prêtes ; et à Naples et Sicile l'on fait tous efforts pour mettre en mer les galères et quinze vaisseaux ; mais il leur manque bien des mariniers. J'attends avec impatience que l'entrée des mers et iles ait été heureuse et qu'il- y ait moins de sang que l'on ne s'imagine. Us sont quatorze à quinze cents ^ mais je suis bien averti qu'il y a plus de six cents malades et impuissants de combattre. Je vous supplie par toutes occasions m'écrire afin que je soulage nos amis en Italie , et quoique vous m'écriviez oonfidemmenty<je le ménagerai selon le besoin, et vous baisant très-humblement les mains , je demeure sans fin y

Votre très-humble et obéissant serviteur,

Sàbran.

J'ai eu avis de M. de Cesy qu'il avait rompu un traité que les Espagnols faisaient avec le Turc par l'ambassadeur de l'empereur, et que le Turc offre cent galères équipées au roi à toutes les occasions qu'il voudra contre ses ennemis Vous saurez que M. le duc de Rohan a été retenu à Coire par les Grisons, qui, ensemble avec les Espagnols^ conspirent ce que nous ferons à la Valtelioe. Il y a long-temps que j'ai averti la cour et lui de cette menée; je crains qu'une diversion n'affaiblisse cet effort , qu'il ne soit bien grand , les places sont bien munies.

M. de Sabran annonce la révolte des Grisons et le premier essâi d'un des brûlots français qui a incendié otimplétement un vaisseau assure par le vice<-roi de Naples.

A M. DE CHAYIGNY.

Da !•» aTril 1637.

Monsieur^

J'avais caivoyë à Turin, il y a quatre jours, les avis que j'avais eus de la révolte des Grisons ; et par crainte que le sieur Morel , qui passa le lendeniain,. ne put retirer la dépêche que je vous faisais, je lui en donnai le duplicata ; à .cette heure , je vous donnerai de meilleures nouvelles, que le résident de Venise m'écrit de Milan que M. de Rohan a trompé la vigilance de ses gardes , s'est ^uvé dans le fort de Ragazzo, avec huit cents Suisses qu'il y a introduits ; mais on dit que le convoi de blé n'y a pu entrer. Cette action n'est pas de petite conséquence, parce que l'on m'a assuré que les Espagnols n'avaient point voulu se mettre en campagne pour les Grisons, qu'ils n'eussent en effet rompu les premiers avec nous, et oifensé le roi par la détention de M. le duc de Rohan, leur figurant, comme ils ont fait par-deçà, que sans la personne de M. de Rohan , les armes du roi ne pouvaient faire longue résistance , désirant oe dépécher de cette affaire , avant que la nécessité les oblige à revenir sur le Milanais. Le prince de Monaco a dépéché ici en diligence une felouque au duc Doria, pour solliciter des gens et de la poudre, qui manquent aux lies, n'y ayant que quatorze cents hommes , dont six cents sont malades et sans défense.

Aussitôt l'on a dépéché au grand-duc pour faire avancer ses galères, attendant celles de Naples et de Sicile, et vingt-cinq galions que Ton y apprête, mais où il y a grande faute de mariniers et chiourme, et dont le soldat ne vavt rien. L'on se promet que celles du grand-duc se mettront en mer, sur l'opinion que nos galères n'étant pas vers les iles, les vaisseaux ne leur empêcheront pas leurs fonctions, ni de décharger ce qu'elles porteront, et se retirer toujours à voiles et rames dans Monaco. Je crois, néanmoins, que ce prince ne voudra pas exposer à si grand péril ce dont il peut avoir besoin pour sa sûreté , ^si les escadres des galères d'ISi^pagne ne le joignent, ce que j'estime fai-

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sable dans le 15 de ce mois, qae celle d'Espagne est attendue avec plus d'un million d'or.

Cependant le duc Doria prépare diligemment quatre galères des siennes renforcées , pour porter des poudres et six cents hommes jus-, qu'à Monaco, et là prendre son temps pour les aller décharger es lies. J'en ai dépéché double avis à MM. de l'armée navale, lesquels ont, à mon avis, fait leur descente dans les lies, où s'étant couverts, on ne doute plus de la perte des forts; mais ce sera un grand effet de notre bonne fortune si le débarquement n'est fort san^aiit , encore qu'il semble que ceux de dedans sont si fort désespérés qu'ils ne sont guère animés à cette défense.

Vous aurez su , monsieur, comme nn de nos brAlots consuma , en deux heures , le grand vaisseau de Gentile entre les deux tles. Le sieur Gentile s'en est sauvé avec une vingtaine seuleittent ; tout le reste y est péri. Il y avait en marchandise, blé ou biscuit que l'on devait apporter à Gènes aux galères Doria , quatre-vingt mille écus vaillant ; Gentile n'a perdu que le blé , ayant refusé à Naples d'aller aux lies que le viceroi ne lui eût fait assurer son vaisseau, oà il y avait quarante-^sept pièces de canon. La crainte est ineroyable de nos brûlots , dont j'ai assuré partout que nous en avons douze en état, et l'artifice en est admiré.

M. de Noyers apprend à M. de Bordeaux toute la joie qu a causée à la cour la nouvelle de l'attaque desilea, et Teagage à en presser vivement le siège.

A H, L'ABCBBVftQOB »B 90KDBADX.

De Rael , le 5 tTril 1687.

MoNsiBini,

Si la nouvelle que M. le premier-président d'Aix a envoyée a la cour de la descente dans les Iles y a tant apporté de joie que je ne la vous

puis écrire, que sera-<5e lorsque Dieu vous donnera moyen d'en mander la prise! Certainement, tous ne pourrez jamais rencontrer occasion qui vous acquière et plus de gloire et plus de réputation que celle-là; car Ton voit bien d'ici quelle part vous y aurez eue et combien vous y aurez contribué en toutes manières. Le roi et son éminence écrivent à M. le maréchal de Vitry en termes si forts que je ne puis douter qu'il ne vous assiste , et jusques à donner son cœur, après les invitations puissantes qui lui en sont faites. Toute la France, qui est en caiu(e en cette affaire, detfiandera justice de ceux qui n'y auront servi et travaillé selon leur devoir.

Je vous envoie un certificat «signé du sieur Le Picard de la somme de 280,000 livres que vous devez avoir à cette heure et assurance de 320,000 livres pour la fin de ce mois. Outre cela , je vous envoie une lettre du sieur Julianet aux sieurs procureurs du pays pour faire compter les six vingt mille livres restant des quatre cents. Cela s'exécutant , j'estime qu'il aura été abondamment satisfait au mémoire que vous m'avez envoyé pour la subsistance des vaisseaux et autres dépenses de l'armée navale jusques à la fin de septembre. Pour les ordres et instruc^ tions du retour de l'escadre qui revient en ponant , M. de Chavigny y a travaillé et vous les enverra.

Nous avons été bien étonnés d'apprendre le peu de devoir et d'assistance que rendent en ces occasions MM. vos intendants de la justice en Provence. Son éminence leur en mande ses sentiments , et je n'omet<( rien de ce que je dois leur écrire sur ce sujet. Vous aurez encore de nos nouvelles avant de partir de Provence, et nous tâcherons de faire en sorte qu'il ne vous manque rien de ce qui dépendra des soins.

Monsieur ,

De votre Érès-humble et très-afiectionné serviteur,

De Noyers.

M. de Sabran félicite M. de Bordeaux sur la descente des troupes françaises aux tles, et donne de nouyeaux détails sur les armements des Espagnols»

A M. l'archevêque DE BORDEAUX.

De Gènes , ce 5 avril 1637.

Monsieur ,

J'ai reçu h^er la faveur de la vôlre du dernier de mars y avec la relation des heiMreux succès en la descente et attaque des iles« Chacun est dans Fétonnement que vous en soyez quitte à si bon marché ^ car on s'assurait qu'à gagner seulement les retranchements et fortifications qui étaient à bord de mer, vous perdriez plus de 1^ moitié de votre armée ; je me réjouis avec vous ^ monsieur, que le tout succède si heureusement et avec tant de gloire à M. le comte d'Harcourt^ de vous, et enfin de tous. J'ai envoyé à Livourne, Milan , Mantoue, Venise et Parme , copie de cette relation , dont il en est venu ici en même temps une en italien qui ne dit rien de la vôtre. L'on est ravi que MM. de Manty et de Foincy se soient mis entre les iles, et les aient canonnées de cette furie, chacun disant que M^ de Manty croit d'être dans une citadelle, et que ses canons portent plus loin que ceux des iles; et l'on dit que l'amiral a tiré en un jour ou deux onze cents coups de canon , et que chacun des vaisseaux et les hommes de commandement et commandés ont si généralement bien fait qu'il y a peine de discerner selon 3a portée qui a fait le mieux. Je ne flatte point , j'ai coutume de dire la vérité. M. de Beaufort polirra assurer en se présentant que si l'ennemi eût pu il eût ôté les yeux pour ne pouvoir être témoin oculaire, puisqu'ils y visaient en le blessant de si près. J'en ai aussi envoyé copie à M. le duc de Rohan.

Je vous ai écrit deux fois la semaine passée que le prince de Monaco avait député ici , et de là à Florence et Naples , pour avoir des poudres et i*enforts , et que quatre galères de Doria préparaient pour porter des poudres et six cents hommes qu'elles trouveraient à Final , et qu'on sollicitait les galères de Naples et celles du grand-duc de s'avancer.

A cette heure , je vous dirai que les galères de Doria n'étant pas bien pressées, l'on chargera des poudres sm^ un brigantin et galiote puis-

samment armés d'hommes et de rames , afin qu'arec moins d*éclat et plus de promptitude , le tout put débarquer a Sainte-Mai^uerite et à Saint-Honorat; mais on a écrit de Monaco que la chose a été tentée sans réussir, et aucuns croient qu'ils ne s'en sont guère approchés.

Depuis , une galère Doria bien renforcée et légère est allée à Monaco pour essayer de faire mieux , et s'il était possible d'avoir un peu de valeurs ou quelque autre chose à Yillefranche. On pourrait fhire an bon coup, ou en toute façon empêcher ce secoiu*s.

Je ne vois pas que le grand-duc se presse pour ses galères, et de Naples et de Sicile , je ne découvre pas que quoi que l'on presse rien soit en état, mais si quelque chose arrive, ce sera tout à coup, et avec tous galères et vaisseaux qui manquent surtout de mariniers. Et j'ai vers Naptes qui me doit avertir et vers Livourne. L'on m'assure qu'ils n'ont pas de quoi tirer de Final des soldats qui vaillent ; et tantôt ib disent qu'on les tire de Milanais et tantôt de Naples; que l'on croit en avoir eu de tout prêts et les avoir envoyés en Sardaigne , où n'y en ayant pas besoin , quatre ou six galères les avaient portés à Sainte- Marguerite; mais l'on n'a du tout rien découvert de tout cela, Monsieur,

Votre très-humble et obéissant serviteur,

Sabran.

Dans les dépêches suivantes, le roi, M. le cardinal de Richelieu et M. de Noyers félicitent M. de Bordeaux sur la descente des îles , et lui donnent des instructions ultérieures.

LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHEUEU

A M. l'archevêque DE BORDEAUX, TOUCHANT LA DESCENTE DE3 TROUPES

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