EN PONANT
De Ruel , le i8 juin 1637.
Monsieur ,
Je vous fais cette lettre poar voua dire que la saison étant avancée comme elle est, et le roi jageant que vous ne pourriez repasser à temps avec les vaisseaux dans la mer de ponant pour y entreprendre qu^que chose de considérable , sa majesté estime que vous ne devez pas précipiter votre retour, mais demeurer utt peu davantage au lieu où vous êtes, pour voir ce que feront les Espagnols. Joint que je ne veux pas vous celer que le pape^s'étant trouvé indisposé depuis quelque temps, on sera bien aise de laisser l'armée navale dans la mer du levant jusqu'à ce que le mois de juillet soit passé, pour voir ce qui arrivera de sa santé, et empiScher que les Espagnols ne se prévalussent de sji mort, si un tel malheur arrivait, pour contraindre le consistoire en sa liberté.
Je vous prie de bien vivre avec M. le comte d'Harcourt jusqu'à ce que vous vous séj^riez pour venir en ponant, où, par après, vous n'aurez plus à sen^r ensemble. Pendant que Tamiëe demeurera dans la mer <lu levant. M; le comte d'Harcourt et vous, pourrez faire ce que vous estimerez le plus à propos, soit en entreprenant contre l'armée navale des Espagnols si vous en trouvez l'occasion , soit contre ceux d'Alger, y envoyant une si bonne brigade qu'elle soit capable de prendre quantité de leurs vaisseaux et quantité de Turcs pour nos galères.
On renvoie lé sieur chevalier de'Guitaud avec commission de lever deux cents hommes pour mettre dans Sainte-Mai^erite , dont il composera une compagnie qui sera celle de gouverneur, outre laquelle vous établirez dans la place des compagnies du régiment des Ues , ainsi qu'on vous l'a déjà mandé.
Je suis bien étonné que vous n'ayez point reçu de mes lettres, y ayant fort long-temps qu'on vous a dépéché le courrier de M. le comte
d'Harooiirty et depuis le sieur de Bauve^ qui vous a porte 300,000 livres, tant pour le remplacement des fonds de l'armée navale , que pour munir et réparer les lies. On vous a mandé, par lui^ tout ce qu'on estime de deçà pour la conservation de toutes les iles; sur quoi nous attendons votre réponse.
Je vous prie de bien pourvoir Briançon. Je suis bien ftehé que le minime dont vous m'avez envoyé la lettre n'en a pris dn prince de Morgues pour les personnes de qualité dont vous m'écrivez, afin qu'on put connaître clairement ce dont il est impossible de fiiire un jugement certain sur un simple rapport. Si Miraunont ^ Coursan s'en veuimt revenir, il les faut laissek* faire jdntât que de les oUiger a servir contre leur gré. En mç mandant à qui vous estimerez à propos de donner leurs vaisseaux, je vous enverrai les commissions.
Votre très-affectionné , comme frère à vous rendre service,
Le Cardinal dk Richelieu.
A M. L*XRCHEVÊQUE DE BOKDEAUX.
Mons. l'archevâqpe de Bordeaux, ayant appris comme la flotte. des ennemis a paru proche de noies îles et fait coutenancç d'avoir quelque dessein à exécuter de ce cdté-là ou d'attendre de aouveUes (oroes pour œt effet, en voyant qu'à présent la saison est tjop avaDoée pour se promettre de rien faire de considérable dans les mers de ponant , j'estime qu'il «st à propos et nécessaire pour mon service ^qpie vous différiez votre retom' avec mon armée navale en ces mers, du moins jusqu'à la fin de juillet, et alors je vous enverrai mes ordres plus exprès de ce que vous aurez à finre. Cependant, ce que je désire de vous est ^pie votts apportiez toute la diUqgenœ possible à faire radouber tous mes vaisseaux et à les remettre en état de servir ai| plus tôt à la mer^ soit pour s'opposer aux ennemis s'ils tentent quelque ^sti*eprise, soit pour les combattre si vous le pouvez laire avec avantage, «t empêcher qu'ils ne demeurent en lieu et en état de menacer mes <:âUs et d'écianer ces
mers*là y comme ils feront si on les laisse libres , ou pour aller ailleurs entreiNrendr« quelque diose de considérable contre les emiemis ou contre les pirates d'Alger et de Tunis ^ envoyant une bonne escadre de vaisseaux pour prendre ou couler à fond les leurs et enlever le plus grand nombre des leurs qu'il sera possible afin d'en remplir la chiourme de mes galères; me remettant entièrement à mon cousin le comte d'Harcourt et à vous d'employer mon armée navale ou une partie d'icelle à ce que vous jugerez ensemble plus honorable à mes armes et plus utile et plus avantageux à mon service ; désirant avec toute l'affectîen que le bien de mes affaires et de mon service m'y obligent, que vous viviez bien ensemble et agissiez dti toutes choses de concert et en bonne intelligence* La disposition avec laquelle je m'assure que vous contribuerez de votre part à me satisfaire en cela m'empêchera de vous en dire davantage^ vous assurant que vous ne sauriez jamais rien faire qui me soit plus agréable. Et sur ce je prie Dieu* vous avoir, mons. l'archevêque de Bordeaux, en sa sainte et digne garde.
Écrit â Fontainebleau , le 17 juin 1637.
LOUIS
SUBLET
Son éminence ne prévoyant pas que votre retour en ponant apporte grand avantage aux affaires du roi ^ elle me commande de vous écrire de ne le précipiter, mais plutôt de faire radouber les vaisseaux à loisir et tenir toute l'armée en état de combattre encore une fois en levant si l'occasion s'en présente, et mesurer tellement votre temps qu'ayant fait ce qui se pourra en Alger et Tunis vous repassiez en ponant pour remettre l'armée dans les ports, où s'étant reposée le long de l'hiver, elle se trouve en état de servir au printemps.
Vous ne sauriez, pour cette fois, tirer de nous plus que les 300,000 livres que M. de Bullion nous a données par extraordinaire , savoir
225,000 pour partie du remplacement du fonds de la marine , 25,000 pour les recrues de vos troupes et 50,000 pour le renyitaillement et réparations des lies.
Quant aux troupes nécessaires pour la garde , tous en avez ci-devant reçu les ordres , de sorte que je n'ai rien à ajouter.
Vous tiendrez, s'il vous plaît, la main k ce que ceux ajixquels le roi ordonne des recrues les fassent en toute diligence, sa majesté ayant résolu de les employer en des occasions où ils seront très aises de se trouver en état d'y acquérir de l'honneur.
Si MM. de Lanson et de Champigny, qui sont tous deux mes pai*ents, manquent en quelque chose, je vous prie par chafité leur en vouloir donner avis , m'assuraiTt qu'ils ne le^ront jamais par malice.
Je ne sais si je n'ai point oublié à vous remercier de l'avis qu'il vous
plut me donner il y a quelque temps de ce que Ton mandait par delà
des nouvelles avant que vous eussiez reçu vos dépêches ; car, bien que
je n'aie trouvé aucun des miens en faute , cela n'a pas laissé de servir à
faire éloigner de certains écumeurs de nouvelles qui peuvent avoir
donné lieu à ce qu'il vous a plu m'écrire, dont je me ressens votre obligé
et reste ,
Monsieur,
Votre très-humble et très-affectionné serviteur.
De Noyers.
A Rue], ce 17 juin 1637.
Dans les dépêches suivantes, adressées à MM. de Justinian et de Sabran, M. de Bordeaux donne d'assez longs détails sur les vaines tentatives des Espagnols contre Saint-Tropez et quatre bâtiments français qui s y radoubaient. Averti des desseins de lennemi par l'intermédiaire du confesseur Sarde , M. de Bordeaux avait recommandé la plus graude vigilance aux capitaines des vaisseaux qui avaient convoyé les navires alors désarmés dans le port; aussi l'ennemi fut-il vivement repoussé, et ses machines incendiaires coulées à fond/Ën quittant Saint^-Tropez,
Tescadre espagnole voulut essayer une autre attaque sur Frëjus , mais elle eut une issue aussi fSlcheuse que la première, grâce à la vigoureuse défense de M. le comte d'Harcourt.
Dans ces dépêches, M. de Bordeaux prie aussi M. de Sabran d'offrir aux Génois le secours des armes du roi pour les venger d'une insulte faite par les Espagnols à leur pavillon, et de proposer au sénat d'accorder, pour ce faire, l'entrée du port aux vaisseaux français, disant qu'il sera dans huit jours à la mer pour faire la guerre à l'armée espagnole, s'il la peut trouver, sinon aller à la côte de Barbarie.
LETTRE DE M. L'ARCHEVEQUE DE BORDEAUX
A M. JUSTINIAN.
Do aa juin 1637.
Vos bonnes volontés sont trop considérables et le désir que vous témoignez de servir le roi trop louable pour que je ne vous en rende pas les gr&ces et remerciments que je dois , et que je ne tâche pas par toute sorte de Toies à vous en témoigner ma reconnaissance.
J'ai écrit à M* de Sabran pour offrir à messieurs de la république l'armée du roi pour la venger de l'insidte et du tort que lui ont faits les Espagnols, lesquels ne sont bons qu'à piller des marchands, quatre petits vaisseaux que j'avais envoyés à Saint-Tropez pour les raccommoder ayant battu vingt galères qui étaient tenues pour les enlever; de sorte qu'ils y ont laissé force gens et force bois dont M. de Sabran tous dira le détail.
Je croyais avoir mon congé pour m'en aller à lacour, et que M. d'Harcourt demeurerait ici ; mais Tafiaire a changé : l'on le rappelle et on m'a commandé demeurer pour faire la guerre à Tunis et Alger si les Espagnols ne paraissent en campagne.
J'ai fait faire quatre montres à toute l'armée, et leur ai donné de quoi faire des victuailles poiir six mois , et dans le 8 du mois prochain je serai à la voile sans faute. Si vous me voulez faire la grAce de me donner I. 54
moyen d'employer utilement l'armée pour le flerrioe du it)î ou l'assît stance de ses alliés, tous m'obligerez parfaitement et de me croire,
Monsieur,
Votre très-humble servitear,
LETTRE DE M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
A M. DE SÀBRAN.
Le aa juia 1637.
J'ai différé à répondre aux dépêches que m'ont apportées le chevalier du Tillage, le piéton à Avignon, et autres, jusqu'à ce que je visse un peu l'état de nos affaires établi, tant du coté des ennemis que de la cour/
Pour les ennemis, vous saurez qu'après avoir rôdé avec leurs vaisseaux et galères autour des îles , et vu faire les établissements nécessaires pour la garde des îles, ils se sont résolus d'entreprendre sur Saint-Tropez, où ils ont ouï dire que j'avais envoyé quatre vaisseaux pour les radouber. Le malheur a voulu qu'ils ont trouvé nos vaisseaux comme doivent être des vaisseauiç de guerre , c'est^-dire les uns en état de défendre ceux auxquels on travaillait. Ils les ont voulu aborder avec des chaloupes à feu tandis que d'autres chaloupes débarquaient de l'inianterie et que leurs galères faisaient jouer leurs canons le plus qu'ils pouvaient; mais le tout a été inutile, les vaisseaux ayant de leurs canons incommodé les galères, de sorte qu'ils y ont laissé force bois et force rames et des hommes morts à la cote. Les feux d'artifice n'ont pas approché fort près , les mousquetades les en empêchaient. Pour ceux qui avaient mis pied à terre, ils furent repoussés si rudement par les soldats des vaisseaux commandés, par un frère de M. de Saint-Tropez et un lieutenant de vaisseau, que je ne crois pas qu'ils aient envie d'y revenir. Ils se retirèrent sur leur perte , et s'en allèrent à Fréjus, où ils trouvèrent M. d'Harcourtqui s'embarquait, lequel , avec les tix)upes'qui étaient en ces quartiers, les reçut comme ils méritaient. Enfin, ib se sont retirés comme des larrons pris en flagrant délit, avec perte^ à ce que l'on