LETTRE DE M. L'ARGH. DE BORD. — JUIN
nous a rapporté de Morgues, dé cent cinquante hommes et d'un homme de condition enterré à Morguâs , qu'on dit être le neveu de Borgia.
J'attends avec grande impatience de savoir où se sont retirés les vaisseaux , quelle résolution ils prennent f et surtout une bonne figure du lieu où ils sont, et des forteresses qui les commandent.
Pour nos îles, je m'y en vais pour y metti^e le dernier établissement, faire raser tous ces petits forts et fortifier Sainte-Marguerite et la Croir sette à perfection, y établir Guitaud, et mettre le tout en. état que l'espérance même ne reste pas aux Espagnols, dont les canons vont à Paris trouver leurs drapeaux , pendant que nous garnissons les places des armées de France.
Pour ce qui est du général, M. d'Harcourt a été commandé de s'en retourner à la cour, et moi de demeurer à l'armée , laquelle a ordre, si celle d'Espagne ne parait point, d'aller à Tunis et à Alger pour leur faire connaître le pavillon de France par la bouche de ses canons.
Je vous ai écrit sur le mécontentement que vous m'avez mandé que témoignent ceux de Gènes de la prise des vaisseaux hollandais qui leur appartenaient par les Espagnols. S'ils en veulent tirer raison, vous leur pouvez offrir l'armée' du roi, qui les ira chercher jusque dans leurs ports ; et pour cet effet , je serai à la mer au 8 de ce mois avec toute l'armée, que je mènerai dans leurs ports, s'ils le désirent , pour leur offrir toutes sortes de protection , assistance et service. J'ai peur que ces messieurs-là n'aient pas assez de résolution pour s'en servir ni de fermeté pour refuser leurs ports à ceux qui les ruinent.
Je suis bien en impatience de savoir des nouvelles de la santé du pape et ce que vous savez de l'escadre de don Antonio' d'Oquèdo, où elle est, et ce qu'elle fait, comme aussi celle de Femandine.
428 UVKE n. — CHAP. IV.
Le duc de Savoie engage M. de Bordeaux à tenter , avec la flotte y une diversion sur les côtes de Naples ou de Sicile.
LETTRE DU DUC DE SAVOIE
A M. L*ARGH£VftQUB DE BORDEAUX.
Mens, rarchevéque de Bordeaux , j'ai reçu votre lettre du 7 de ce mois ^ où j'ai appris avec contentement les résolutions que vous m'écrivez de vouloir exécuter le 1 3 ou 20 dudit mois , qui seront véritablement fort avantageuses pour le service du roi ; le tout consiste à se hâter , afin de pouvoir attaquer Tarmée des ennemis avant qu'elle soit jointe à celle qu'ils attendent d'Espagne. Je suis certain que vous savez trop bien ménager les bonnes occasions d'acquérir de la réputation aux armes de sa majesté .pour perdre celle-ci.
Pour ce qui est des nouvelles de ce pays , je vous dirai que les ennemis, après la reddition de Nice, dont les habitants se soulevèrent conti^ la garnison française et troupes que j'y avais retirées, ont attaqué depuis le 1 7 du courant un mien château , nommé Aglian , où ils ont déjà donné plusieurs assauts ; mais jusques ici ib n'y ont perdu que de la réputation et force soldats et officiers, comme vous entendrez plus particulièrement par le marquis de Bagnasco, sur qui je me remets , vous assurait que je suis ,
Monsieur l'archevêque de Bordeaux ,
Votre affectionné à vous servir,
y. Amédee.
De Tarin, ce ii3 jain 16S7.
J'ajoute qu'il est d'autant plus nécessaire que vous sortiez le plus tôt qu'il se pourra avec les vaisseaux, puisque cela vous servira ici d'une puissante diversion contre les ennemis, auxquels vous donnerez aussi par ce moyen de telles jalousies du côté de Naples et de Sicile , que vous les obligerez à y laisser les forces qu'ils pourraient appeler pour nous faire du mal ici, où ils sont déjà trop puissants ; et c'est tout ce que nous pourrons faire avec les troupes qui nous viendront de France
LETTRE DU DUC DE SAVOIE. — JUIN 4637- 429
que de naos opposer à leurs effets, car ils attendent encore six mille Allemands.
M. de Bordeaux, fatigue des nouvelles contradictions que M. de Vîtry et M. le comte d'Harcourt continuaient d'apporter à ses ordres, supplie, dans les lettres suivantes, M. de Noyers et M. le cardinal de Richelieu de lui accorder la permission de revenir en France, ou de s'en aller à Rome. Il se démettrait alors de son commandement en faveur de M. le comte d'Harcourt. Néanmoins M. de Bordeaux envoie à son éminence le plan dé* taillé des expéditions qu'il voulait tenter, pendant la campagne de 1687, sur ^^^^^> Porto-Longone, Baîa, Naples, Gaëte, Tunis, Alger, Port-Mahon, Alicante, Carthagène et Vigo.
M. de Bordeaux termine en se plaignant de n'avoir aucun pouvoir dans Tarmée navale, grâce aux perpétuels conflits d'autorité élevés par les prétentions de M. le comte d'Harcourt et de M, de Yitry , et pourtant d'être responsable de tous les faits aux yeux da roi.^
LETTRE DE M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
A. M. DE NOYERS, PAR LAQUELLE IL S'EXCUSE DE NE POUVOIR AGIR EN PROVENCE, A CAUSE DE LA JALOUSIE DE LA MULTIPUCITB DES COMMAN- DANTS, JOINT AUSSI QUE SA SANTÉ mBYlENT MAUVAISE.
Le 35 juin itôy.
Monsieur ,
J'ai reçu quatxe dépêches en même temps dont vous m'avez honore sur différents sujets ; mais comme il n'y en a qu'une qui porte nouveaux ordres^ je m'attacherai à répcMidre seulement à oelle-Ui :
C'est de demeurer ici dans le service avec M. d'Harcourt pour un temps y et puis vous me donneres ordre dé repasser le Détroit; a quoi je vous répondrai y s'il vous plak, que quoique je n'aie jamais trouvé
aucun commatidement du roi difficile, j'ai trouvé celui«<i de telle nature qu'il est hors de mon pouvoir de l'exécuter.
La première raison est que vous me rendez garant de tous les mauvais événements , comme vous avez fait au premier dessein des îles , à celui d'Oristan et plusieurs autres , et je ne puis rien contribuer à détourner les mauvaises résolutions, ni à en procurer de bonnes, puisque, quoi qui ait été résolu, on le change à la première fantaisie qui prend , et quand on n'aurait point cette humeur , étant à la mer, on ne peut pas concerter étant en différents vaisseaux; si bien que toutes les résolutions viennent de celui qui porte le pavillon , et d'aller en même il n'y a nulle appsa*ence.
La seconde , c'est qu'ayant contribué tou5 mes soins et toute mon industrie à remettre l'armée en même état qu'elle était quand nous sommes partis de ponant , j'en prévois la dissipation dans un mois, par la facilité de M. le comte d'Harcourt et par le mépris qu'il a fait de tous les capitaines de marine , qui auront peine de servir sous lui.
La troisième, c'est que vous me faites l'honneur de me mander que dans quelque temps vous me commanderez de repasser. Vous me pardonnerez si je vous dis qu'après que l'armée sera dissipée et que les vivres seront consommés au mois de septembre, je ne serai plus en état de le pouvoir faire , et vous peut-être ne serez pas en puissance de m'en redonner.
La quatrième, c'est que ma santé est devenue si fragile, que d'ajouter à la peine et aux soins de la mer les autres diverses considérations que je mande k son éminence qui me traversent, je ne le puis sans y succomber , outre que tous les médecins m'ordonnent les eaux, sous de grandes peines.
J'ajouterai encore, entre vous et moi, un petit mal domestique dont je vous supplie ne faire part à personne , qui est qu en partant de Pans , son éminence m'avait fait fiMre un don de dix mille éeus que M. éc Bullion n'a pas voulu qui eût effet qu'au mois de janvier, et die me commanda de (aire le tour de toutes les mers du roî en ponant avec les officiers de la marine, sans que j'en aie rien demandé; que depuis le mois de mai jusqu'à la fin de décembre, elle m'a corn-